FAC-SIMILE DE LA PREFACE D'HORACE
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La note suivante, relative aux modifications orthographiques apportées au texte des pièces de Pierre Corneille, devait être placée en tête de l'ouvrage avant la tragédie de Médée. Plus tard Voltaire changea d'avis, fit une nouvelle note beaucoup plus courte, qui se trouve à la quatrième scène du C«£
et celle dont nous donnons ici le fac-similé resta manuscrite dans les papiers des frères Cramer.
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L'édition de Corneille , donnée par Voltaire, est ornée de trente-trois compositions , une pour chaque pièce, dessinées par Gravelot et gravées par >. le Mire, J.-J. Flipart, de Longucil, Lempereur, C. Baquoy, A. Radigues et B.-L. Prévost; plus un frontispice dessiné et gravé à l'eau-forte par Watelet.
Elle ne contient que trente et une pièces de Pierre Corneille, au lieu de trentetrois; deux ont été omises, Psyché et Stificon, et remplacées par Ariane et le Comte d'Esses de Thomas Corneille. Psyché ', faite en collaboration avec Molière, n'était pas ordinairement comprise dans les œuvres de Pierre.
Le premier projet de Voltaire avait été de confier les dessins à un artiste de Dijon, Fr. Devoge, qui lui avait envoyé ceux $ Attila, de Sophonisbe, et de ta Toison d'or. « Vous relevez par votre art, lui écrivait Voltaire, des pièces où Corneille oublie un peu le sien. » Cette question des dessins parait avoir été très-controversée entre l'éditeur et le libraire, mais le dessinateur à la mode l'emporta, et Voltaire dut lui-même se résigner plus tard à voir ses œuvres illustrées par Gravelot.
« Je vous jure, caro , que le dessein de Médée et de Jason par Devoges esi une de vos meilleures estampes. N'en croyez pas les dégoûts de ceux qui ne veulent que des desseins d'éventails. D'ailleurs, qu'importent les estampes pour les détestables pièces qui composent les derniers volumes ?
« Nous abandonnons furieusement le Corneille, et Pierre le Russe va bien lentement. Je vous soupçonne d'imprimer le volume des Additions à l'Histoire générale , mais je vous avertis que je fais un errata dans un goust assez nou-
LE CABINET DE L'AMATEUR. 95 veau. Non-seulement je corrige les fautes qui sont échappées à l'éditeur et à moy, mais j'ajoute par supplément des choses assez importantes. On les pourrait mettre dans votre volume, et il serait bon que j'en visse les épreuves.
« On a oublié les lettres de Henri IV, dans les envois des tomes de l'Histoire. Je vous supplie de m'en faire tenir deux exemplaires , que j'insérerai à leur place à la fin du dixième tome.
« Je salue toute votre famille et vous embrasse de tout mon cœur. »
« Eh mon Dieu ! a t'on toujours dans sa poche droite un vieux Mercure , et dans sa poche gauche un programme de l'Édition de Pierre Corneille? n'oublie t-on pas tout dans Paris au bout de quelques semaines et même de quelques jours? songe t'on à autre chose qu'à ses rentes, à ses maîtresses, et à l'Opéra Comique?
i II est d'une nécessité indispensable, de faire mettre de nouveaux avis dans les affiches de Paris et dans les journaux. Voici encore deux personnes qui s'adressent à Madame Denis pour avoir des souscriptions , il est très-important d'instruire le public à plusieurs reprises, et il l'est encore davantage d'écrire des lettres à tous ceux qui ont souscrit et qui n'ont point payé.
« Monsieur Cramer doit les connaître en consultant ses registres et le programme. On ne sait, par exemple, si messieurs les princes, M. le duc de Villars, madame de Pompadour, M. le prince de Soubise, ont paié leur contingent. Il est sur que M. le maréchal de Richelieu et plusieurs grands seigneurs n'ont rien donné.
« Voicy des modèles d'avis au public, et de lettres circulaires dont monsieur Cramer est prié de faire usage , il est prié aussi de mander si M. le Contrôleur général a donné quelque chose au nom du Roy afin qu'on puisse écrire en conséquence, on lui renvoyé les feuilles corrigées, on lui renverra incessamment le Traité sur la tolérance sur lequel on a consulté des ministres du saint évangile, et qui par conséquent sera approuvé de Dieu et des hommes.
« On répond bien que ce saint Libelle entrera dans Paris ou tout entre, mais on recommande sur toutes choses à Monsieur Gabriel le secret sur cette œuvre de Dieu.
* N. B. Je suis plus en peine caro de votre testicule que de votre tipografie, madame Denis vous en dit autant quoy que cela ne soit pas honnête et mademoiselle Corneille suivrait notre exemple si elle savait de quoy il s'agit , ne m'oubliez pas auprès de votre famille et rétablissez au plus vite vos parties récréatives.
« 4 janvier au noir, p
Le post-script um de cette lettre est autographe de Voltaire, le reste est de la main de son secrétaire, ce qui indique ici la différence du ton de la cor* respondance.
\jr Projet de souscription au Théâtre de Pierre Corneille , signé : tes frères Cramer, est très-certainement de Voltaire : la Bibliothèque Impériale en possède un exemplaire. On y annonce que l'édition aura dix à douze volumes, a L'exemplaire ne coûtera aux souscripteurs que deux louis d'or neufs de vingt- « quatre livres de France : nous n'aurions pu livrer cet ouvrage à un prix si « modique, sans l'encouragement que plusieurs princes et des particuliers zé- « lés pour l'honneur des lettres ont donné à cette entreprise, à l'exemple de « Sa Majesté" le Roi de France, qui pour favoriser la famille du grand Cor- « ncille, a daigné souscrire le premier pour la valeur de deux cents exemplaires. »
A la suite des conditions, vient la liste des premiers souscripteurs, parmi lesquels on remarque, après le roi de France,
L'Impératrice de Russie
pour
aoo exemplaires.
L'Empereur d'Allemagne
IOO —
L'Impératrice
IOO —
Voltaire
IOO —
La marquise de Pompadour
Les fermiers généraux
L'Académie française
Le fermier général Bouret
a Non, non, non. Vous êtes des Suisses, vous dis-je! Quelle barbare idée de mettre serré les noms des acteurs au bout d'une épitre! Prenez vos mesures de façon que ces noms des personnages soient en titre folio recto, et la pièce verso.
« Pour y parvenir, ôtcz une ligne à chaque page, marge sera plus grande, coup d'œil plus beau. C'est ainsi qu'on fait de belles éditions, mais surtout jamais les noms des personnages au bas d'une lettre... fy. Gardez-vous bien encor de tirer avant que j'aye revu exactement, et moy et d'autres. Pucelle fourmille de fautes, mes œuvres en sont hérissez.
« Je veux bien être imprimé en gros sas, mais pour Corneille, c'est autre chose. Nous sommes responsables au public.
« Mes chers frères, un peu d'attention et d'assiduité. Je vous en conjure. Dieu et les hommes vous récompenseront. »
« Caro qui n'êtes jamais à la maison, si je vous demande comment va le Corneille, vous me dites qu'on se réjouit fort à Vinci.
« M. Héron demande une souscription , ce Héron est premier commis du conseil, qu'il soit inscrit.
« Milord Pal mes ton, milord Spenser, M. Bing à inscrire.
« Je vous supplie de m'envoier deux Tolérances afin que je grifonne quatre cartons sur l'une et que je garde l'autre en témoignage.
« Plus, je vous demande en grâce de faire parvenir une Pucelle à madame la marquise Dudefant, à St Joseph à Paris, par vos ayant cause à Paris.
« Plus, à moy quatre exemplaires des remarques croustilleuses sur Y Histoire générale.
« Plus, milles tendres amitiez.
« Plus, j'aime de tout mon coeur Jean Louis, nous en ferons un philosophe. »
« Ce fds de prêtre, ce Grasset minor a bien l'air d'avoir fait beaucoup de souscriptions pour Corneille, et d'en avoir destiné les deniers à des usages plus pressez. Son aventure avec madame Dalbertas n'est pas la première. Il cherche de l'argent dans Genève. Je crois qu'il est à propos que MM. Cramer aient l'œil à tout celà, et qu'ils empêchent leurs amis d'être dupes, et qu'ils ne le soient pas eux-mêmes. Je leur écrit en hâte ce petit billet.
« 11 sera bon surtout que MM. Cramer recommandent à leurs correspondants de Paris de ne pas livrer l'argent des souscriptions à ce monsieur.
« Y a-t-il quelque chose de nouvedu ?
« Samedi matin. »
« Oiro Gabriel , vous avez plus fait que je ne feray jamais, vous avez lu la Galerie du palais, la Place roiale; Dieu me préserve de commenter ce que je ne peux lire. Mais il y a quelque chose à dire sur chaque tragédie et même sur Agésilas et Attila, qui sont ce que je connais de plus mauvais sur le léatie.
« Au reste , je travaille , et on ne commencera à imprimer que quand je
serai sur des paiements des souscriptions du roy et des princes, seule ressource qui puisse favoriser les commencements de cette entreprise.
« 11 ne sera pas mal que ma préface, en forme d'épître dédicatoire à l'Académie, la préface sur le Cid et quelques autres morceaux paraissent dans le public pour faire désirer l'ouvrage entier.
* En attendant dépucelons Jeanne, achevons l'histoire, etc., etc.
« N'avez-vous pas rapporté, de Paris, des rogatons sur les affaires du temps ? »
« La suite du Menteur m'ennuie horriblement ; je vous prie de m'envoyer du Pompée et du Shakespear. J'ai reçu les derniers mémoires de Russie; priez Dieu que j'ayc assez de santé et de vie pour remplir tant de taches. »
« Caro, je vous renvoyé cette triste feuille, la seule dont votre tipographe m'ait honoré cette semaine. Je l'ay parcourue et je vous garantis qu'elle ne sera jamais lue.
« 11 vaut mieux, à mon avis, voir la Bérénice racinienne précéder la pauvre cornélienne que la suivre. A tous seigneurs tous honneurs. On serait las de cette juive si on imprimait le fatras détestable de Pierre avant l'élégie touchante de Jean. Certes, Jean danse mieux que Pierre, mais le public commence à murmurer d'attendre trop longtemps, hàtons-nous, sortons vite de Pulchérie et de Suréna.
o Vos ouvriers font-ils des recrues ? Entre nous il est honteux qu'ils n'aient pas fini les prétendues tragédies de Pierre. Songez que nous avons encor à imprimer deux pièces de Thomas, les comédies de Pierre, les discours alembiquez et lourds sur les trois unitez, etc., etc. »
« Je ne commenterai que le comte d'Essex et Ariane. J'ay renoncé à Stilicon comme le public. Je crois qu'il faut honorer les deux pièces de Thomas, de deux estampes. Si on l'en privait ce serait le trop traiter en cadet de Normandie.
« A l'égard d'Olimpie je ne demande point d'estampe, un jour viendra
LE CABINET DE L'AMATEUR. 99 peut-être que uous en aurons, mais comme on a déjà imprimé cette pièce, bonne ou mauvaise, en Allemagne, je pense, cher caro, que vous devez vous dépécher plustôt que de reculer.
o Bonsoir, mon cher carv. — Samedy. »
« Je viens de faire l'errata des 8 premiers volumes. J'attends pour le compléter le i ie et le ia* tome. Cet errata ne tiendra qu'une page ou deux tout au plus, mais il est d'une nécessité absolue; il faut prémunir le lecteur contre des phrases qui n'ont aucun sens, ou qui disent le contraire de ce qu'elles doivent dire. Il est même indispensable de mettre cet errata en téte de l'ouvrage, afin que le lecteur qui paye chèrement ne soit point obligé de recourir au dernier volume pour corriger des fautes qui se trouvent au i**, et qu'il soit averti tout d'un coup des choses auxquelles il doit suppléer lui-même. Nous mettrons cet errata immédiatement après la dédicace à l'Académie française, laquelle ne contiendra que 1 5 ou ao lignes.
« Je vais écrire à M. le comte de Kaunitz pour savoir comment il veut traiter l'article des souscriptions de l'Empereur et de l'Impératrice.
« Voilà pour ce qui regarde Pierre , les remarques ont extrêmement réussi auprès de tous ceux qui les ont reçues, on attend avec beaucoup d'impatience la Tolérance : M. Cramer en a-t-il donné à Genève? A-t-il des nouvelles du paquet de Paris? En a-t-il envoyé en province et dans les pays étrangers?
« J'embrasse bien tendrement M. Cramer, toute notre petite famille en fait autant. »
« Jeudy.
m Demain j'enverrai à M. Caro le reste de l'errata. Je le prie de m'envoyer une dédicace à l'Académie, afin qu'elle lui soit présentée avant qu'elle soit publique. Je m'en tiendrai à celle-là, où il n'y en aura pas du tout.
t M. le duc de Choiseul est très content de la Tolérance, ainsi que tous ceux qui l'ont lue. Je ne conçois pas pourquoi votre cheval de Lyon rue.
« Souvenez-vous, je vous en supplie, de Madianile. »
Le dernier mot de cette lettre a trait au Dictionnaire philosophique que l'on imprimait.
Le Théâtre de Pierre Corneille, imprimé en 1763, parut dans les premiers
jours de 1764, avec le Traité sur la tolérance et les Contes de Guillaume Vadé. Le monde était alors rempli du nom de Voltaire. La Dédicace à l'Académie, dont il est question plus haut, est, en effet, fort courte. Il y disait à ses collègues , pensant peut-être à l'espèce d'exil qui le tenait éloigné de Paris :
« Cinquante ans d'expérience m'ont instruit, mais ont pu m'égarer; quelques-unes de vos séances m'en auraient plus enseigné qu'un demi -siècle de mes réflexions. »
Des témoignages de la sollicitude de Voltaire , pour faire valoir l'édition de Corneille , se retrouvent en grand nombre dans la Correspondance générale. Ces soins n'étaient peut-être pas sans charmes pour le vieillard arrivé à une si haute position littéraire ; ils lui rappelaient une autre opération du même genre faite aussi par souscription , la publication de la grande édition de la Henriade, donnée à Londres en 1728, source première de sa fortune.
Marie Corneille fut mariée à M. Dupuits de la Chaux, cornette de dragons et propriétaire dans le voisinage de Femey.
L'édition de Théâtre de Pierre Corneille produisit deux cent mille francs de bénéfices, qui furent partagés entre le libraire et la nièce du poète. Voltaire y avait ajouté un cadeau de noce de 20,000 livres. Ces jeunes gens, qu'il appelait nos enfants, lui restèrent attachés, c'est-à-dire vécurent auprès de lui jusqu'à sa mort.
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