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LES LIVRES ILLUSTRES

UK PIXRIMIS CLARIS SBLKCTISQ» MCLMMMM OPIS PROPE DIVISrM MTOtUM COSGKSTOI. frrrarit, 1497, IS-FOLIO.

EPUIS quelques années, des perspectives nouvelles semblent s être ouvertes devant les bibliophiles français : ils sont un peu moins exclusifs. S'ils ne s'engagent point encore d'un pas bien résoin et débarrassés de tons préjugés dans le vaste champ cpii leur est donné à parcourir, an moins les excursions dans les pays voisins sont-elles devenues pins fréquentes. Toutcn conservant une préférence bien naturelle pour les productions de l'esprit français, ils commencent à s'apercevoir que la France, aussi bi« n que sa littérature, sont filh-s de la Grèce et de Home, sœurs île l'Espagne et de l'Italie, et que Ronsard est très-naturellement placé sur leurs tablettes à la suite de Pindare et d'Horace, entre Pétrarque et le Romancero.

Qu'est-ce que le livre, sinon le flacon où se conserve l'esprit, la coupe qui contient le vin généreux? Quelques-uns la veulent rare, précieuse, artistemenl ornée, cette coupe : qui pourrait les en blâmer? Tous ne sauraient la vider; mais pourquoi se refuseraient-ils à la courtoisie d'y tremper les lèvres ? Il esl bien entendu que l'on n'a pas toujours des livres rares pour les lire, qu on les aime comme on aime une épée, par exemple, que l'on caresse et que 1 on manie sans penser très-sérieusement à s'en servir. Le charme mystérieux qui nous séduit et nous attire vers ces deux grandes armes, le livre et l'épée, est au nombre de ceux qui se sentent bien mieux qu'ils ne s'expriment.

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1-e goût des livres avait, du reste, grandement besoin d'une infusion de sang nouveau qui le vivifiât. Il était tombé dans l'enfance, il se mourait. Vers le commencement de ce glorieux xix' siècle, je ne sais quel engouement pour de déplorables niaiseries s'empara des amateurs : la mode fut longtemps aux petites choses. Cuilbert de Pixerécourt , Charles Nodier, et quelques autres qui ne valent pas la peine d'être nommés, étaient les illustres et donnaient le ton. Les catalogues de leurs collections sont de curieux inventaires des puérilités qui avaient alors une vogue que rien n'explique aujourd'hui aux esprits sérieux.'

Cet aimable Charles Nodier, que nous ne pouvons, avec toute la bonne volonté du monde, placer au nombre des bibliographes, contribua plus que personne à mettre en réputation par ses écrits des productions littéraires du genre le plus intime. Rien n'est dangereux comme les erreurs d'un homme d'esprit. Le peuple le plus spirituel de la terre fit alors ses délices des Caquet 1 île T accouchée, du Formulaire de liredin, le cocu notaire rural, et du Théâtre de Corneille Messe bois ; il ne fut plus question que du Cadet .Ingoulewnt, et de / erboquet le gcne'reu.r , dont on faisait un cas tout particulier, du Coupe-cul de mélancolie , — de Roger Bontemps en belle humeur, — de Y Enfant Sans-Souci divertissant son père Roger Rontemps et sa mère lioute-tout-cuire. 11 fallait avoir toute la famille. Les plus délicats se nourrissaient des Chansons de Caulticr Garguille, — des Fantaisies de Rruscaudtille, — et des Questions tuba ri niques, style de carrefour et esprit du Pont-Neuf que l'on faisait doubler en maroquin et dorer à petits fers. L' Enfer de la mère Cardine et X Alcibiade fanciullo étaient les colonnes d'Hercule du genre; quelques-uns les dépassaient. Les politiques étaient pleins de tendresse pour les livres condamnés au feu, et d'autres faisaient collection de livres qui n'avaient été tirés qu'à cent exemplaires : les ouvrages de Merard de Saint-Just occupaient dans cette classe une plaee d'honneur. Mais on était surtout friand d'opuscules de quatre, huit ou seize pages ; passé ce nombre, quelques-uns ne les admettaient plus dans leurs bibliothèques. On voulait des titres singuliers. Le besoin de tout cela était si vif qu'on en faisait des réimpressions avec luxe; si bien que le nom de bibliophile devint alors synonyme de bibliomane, que l'on passa du culte au fétichisme, et que ce noble goût des livres tomba chez nous, aux yeux du public, dans un discrédit dont il sera longtemps encore à se relever.

Pour comble de malheur, vers le commencement de cette période funeste, un grand seigneur anglais fit la noble folie de payer 5a,ooo francs un Décaruéron de Boccaee, in-folio imprimé à Venise, en 1/171, par Christof:d Valdarfer. C'est la première édition du plus grand des prosateurs italiens, et c'était aussi le seul complet des trois exemplaires connus.

I)e cette mémorable enchère date l'attention portée par les amateurs anglais sur les productions typographiques de l'ordre le plus élevé ; c'est aussi celle de la grande émigration en Angleterre des beaux livres que nous possédions encore.

Éditions princeps, livres imprimés sur vélin, romans {le chevalerie, livres liturgiques que l'art du xvie siècle s'était épuisé à décorer, grandes collections bénédictines reliées en maroquin muge, que nous rachetons aujourd'hui au poids de l'or; tout cela passait la Manche, acheté à vil prix sur le continent, sans qu'il s'y trouvât personne pour les disputer et les retenir.

Qui peut savoir ce que l'excentricité de lord Blandford a valu à l'Angleterre de trésors littéraires que nous ne reverrous plus î

Mais, comme nous venons de le dire, les amateurs français sont revenus à des sentiments meilleurs, un peu tard et eu petit nombre, c'est vrai ; mais ils sont remplis d'ardeur et de dévouement. Le mouvement a commencé par les reliures historiques, c'est-à-dire par les livres qui ont appartenu à des personnages célèbres; ils ont quelque chose de plus personnel et de moins abstrait. Qui ne voudrait avoir, s'il existait, le Racine aux armes de madame de Maintenon , le la Fontaine de madame de Sévigné , ou le Corneille du Grand Condé ? Par esprit de corps, les bibliophiles ont accordé un souvenir à leurs devanciers les plus illustres, sans toutefois se soucier toujours de les imiter; et les livres portant les noms ou les armes tles (Irolier, des Laurini, des Majoli, du président dcThou, de Chamillard et de Longcpierre, sont venus les premiers prendre place sur les rayons de quelques collections.

lui reliure est le costume du livre; c'est le complément de sa physionomie au point de vue historique, et, si l'on a des livres pour simple délectation, il faut les avoir complets autant que possible, c'est-à-dire les allemands revêtus de peau de truie gaufrée , les italiens avec d'élégants compartiments sur les plats, les français doublés de maroquin et ornés de ces fines dentelles, qui sont le triomphe des Le Gascon et des Du Seuil. La patine du temps elle-même sied mieux à ces antiques qu'une brillante dorure moderne.

On commence à faire cas aujourd'hui des livres anciens à textes ornés de gravures et que nous nommerons illustrés, pour nous conformer à l'usage : c'est un autre progrès.

Enfin les belles productions typographiques du xv* siècle comptent déjà quelques admirateurs; il en est jusqu'à trois que nous pourrions citer.

A l'égard «le ces dernières, il est difficile d'imaginer combien est rebelle chez nos bibliophiles la compréhension des chefs-d'œuvre d'un art parfait à ses débuts et qui a produit du premier coup des livres non-seulement précieux, parce qu'ils sont les premiers, mais encore d'une exécution irréprochable, et qui réunissent au plus haut degré toutes les conditions d'élégance et de beauté. Jamais on n'a mieux calculé qu'alors la justification d'un texte, proportionné la marge du fond et celle de tète. Lorsqu'on les ouvre , on est vraiment frappé de leurs formes harmonieuses, qui est l'art lui-même et qu'égale seule la beauté des matériaux que les premiers imprimeurs mettaient en œuvre. Où pourrionsnous trouver du papier comme celui de Nicolas Jenson ? Le secret de l'encre

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d'Erhard Ratdolt n'est-il pas réellement perdu? Mais, rien n'y fait, la plupart restent insensibles à l émotion inlime , à la noble jouissance de pouvoir dire en feuilletant ces vénérables volumes : Ceci est le premier Virgile, et voilà le premier Horace! C'est sous cette forme qu'ils ont reparu au monde pour enchanter tous les esprits, après être restés mille ans couchés dans le tombeau. Ce Quintilien imprimé à Rome en 1^70, et que l'art nouveau donnait alors pour une pièce d'or, avait été découvert depuis peu par Poggio, après des recherches infinies, dans un monastère de la Suisse allemande, où il pourrissait dans une cave. Son maître, Léonard d'Arezzo, en apprenant cette nouvelle, se hâtait de lui écrire : « Quel bonheur inespéré! Je verrai donc tout entier ce Quinti- « lien, dont les fragments étaient pour moi une source intarissable de jouis- « sances. Je vous en conjure, mon cher Poggio, envoyez-moi ce manuscrit de « I'Institutiox le plus tôt possible, que je le voie avant ma mort. »

Ah ! messieurs, ces livres qui vous laissent froids aujourd'hui, avant-coureurs pacifiques d'une grande révolution littéraire, ont fait battre bien des nobles cœurs, lorsqu'ils ont paru pour la première fois.

La bibliographie proprement dite, dont nous avons voulu dire deux mots en passant, est en dehors du cadre que nous nous sommes tracé dans ce recueil, mais non l'étude de tout ce qui se rattache à l'art dans la confection du livre, comme la gravure, par exemple, et la reliure, qui est un art particulier. Nous avons promis de tracer les principales phases de l'histoire de la reliure des livres, et nous pensons à tenir notre promesse. Nous donnerons sous peu les premières pages de ces récits qui doivent être accompagnés de desseins d'un genre nouveau, destinés à reproduire d'une façon plus vive qu'on ne l'a fait jusqu'à présent les plus brillants modèles de ces élégances du temps passé.

Les livres anciens ornés de gravures présentent un champ bien autrement vaste à parcourir et qui rentre tout entier dans notre domaine , si même il ne nous appartient pas exclusivement. Beaucoup d'entre eux tiennent bien plus à l'art qu'à la bibliographie elle-même. La valeur scientifique du livre ou son intérêt sont devenus moindres avec le temps, et le dessin est resté plus précieux que le texte pour lequel il avait été fait.

Les livres illustrés sont une mine abondante dont il sortira des trésors, lorsqu'il sera possible de l'exploiter à ciel ouvert. Restés enfouis et confondus avec les livres qu'on ne lit plus, ils sont du reste odieux aux bibliographes de profession, qui jugent le frivole ornement qui fait leur mérite tout au plus bon pour amuser les enfants.

Rien ne serait plus aisé que d'en faciliter l'étude , sans même toucher au

système suranné qui préside à la classification des livres dans les grandes bibliothèques, en réunissant toutes les productions de ce genre dans une section intermédiaire, trait d'union entre les livres et les estampes.

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