A FLORENCE
K n'est pas sans une certaine émotion que je suis retourné, pour la seconde fois, visiter la maison de Michel-Ange Buonarroti. On parcourt un musée, on visite une église: quoi de plus simple et de plus ordinaire ? mais entrer solitaire dans l'habitation consacrée, où a pendant de longues années vécu, pensé, agi le plus grand artiste des temps modernes; marcher dans son sentier, s'asseoir à son fover, sur son banc, s'accouder à sa table, se sentir entouré des mêmes témoins muets qui l'environnaient pendant sa vie , c'est une tout autre affaire que d'examiner un marbre ou de juger froidement d'une peinture dans le lieu banal où sont confondus toutes les époques et tous les styles. Tout, ici, parle à l'imagination d'une façon puissante, prête des ailes aux plus paresseuses.
Ici c'est un dessin qui n'est point terminé, pensée embryonnaire d'un chefd'œuvre admiré ; là, sur cette cire à peine ébauehée et déjà vivante, s'est conservée l'empreinte du doigt de l'artiste, comme s'il l'avait touchée hier! partout des rayons de son génie immortel. Qui sait s'il n'est point resté quelque chose de son souffle sous ce plafond, entre ces murs étroits!
Mais quel besoin d'évoquer le Dieu ? n'est-il pas présent au milieu de tant de réalités? et cette grande peinture austère et fougueuse, calme et sereine, dans son inexprimable emportement, ne suffit-elle pas pour être à la fois l'âme et la terreur du sanctuaire ?
La maison des Buonarroti est située dans la fia Ghibellina, au coin de celle tlei Ma/ /ni Sut/ici , dans le voisinage de l'église de Sauta Croce. Son apparence extérieure est modeste, bourgeoise même; son entrée des plus simples. On monte deux marches, et une allée vous conduit, en laissant l'escalier à droite, dans une petite cour. Il y a là deux statues antiques drapées de l'époque romaine (têtes modernes rapportées , une amphore, en terre cuite, est couchée dans l'un des angles, et sur les murs sont incrustés des inscriptions et quelques fragments antiques d'un très-bon choix.
Dans la chambre, au premier étage, qui sert de vestibule à l'appartement, se trouve une grande armoire vitrée remplie de fragments antiques, un sarcophage étrusque en terre cuite, entre autres, qui a conservé son coloriage antique dans toute sa vivacité. En face, entre les deux croisées, un Cupidon couché, demi-colossal, marbre médiocre d'\ndrea l'erruzzi, et au-dessus une Vierge tenant l'Enfant, bas- relief terre cuite, éinaillé, de Lucas délia Robbia, placée entre deux ligures du même artiste. L'objet le plus remarquable de cette salle, qui rappelle plus particulièrement dans l'ensemble de sa décoration le souvenir et les travaux de I Couard Buonarroti, l'antiquaire, est un jeune Apollon tenant sa Ivre, torse en marbre d'un beau travail grec; la tète, qui a été rapportée, est antique, le reste est refait ; il pose sur un élégant chapiteau du quinzième siècle, qui lui sert de socle. Cà et là sont appendus aux murs quelques faïences italiennes, un petit miroir métallique dans son cadre en l>ois sculpté, et des fragments antiques de marbre.
Cette pièce donne accès, à droite, à la galerie et à une suite de pièces plus particulièrement consacrées à Michel- Vnge; mais nous devons auparavant entrer à gauche, dans un salon tendu de soie jaune, qui contient les tableaux peu nombreux de la famille. C'est d'abord un portrait de Michel-Ange, jeune encore, peint par Giuliano Bugiardini. L'illustre artiste parait avoir de trente-cinq à quarante ans. Sa tète est couverte d'une sorte de turban blanc ajusté avec une certaine recherche; la peinture dure et sèche ajoute à l'effet singulier de cette coiffure, mais son authenticité n'en est point douteuse, et elle présente cette particularité que la déformation du nez, si prononcée dans le buste en bronze du musée du Capitule, y est à peine sensible. I n autre portrait, attribué à Marcello Venusti, paraît plutôt fait d'après le buste connu que d'après nature. Le portrait de son neveu Léonard, par Allori, est {l'une belle qualité, et une petite tète de femme, que l'on croit celle de Sistilia Buonarroti, est fort jolie.
Deux autres peintures sont plus importantes au point de vue de l'art : la première est ce qu'on appelle en Italie une pivddtn , un gradin, sorte de frise décorée de petits sujets, qui formait la base des tableaux d'autel du quinzième siècle; on l'attribue à Pesello. Elle représente les miracles de saint Nicolas de Bari, divisés en trois compartiments. Son exécution est d'une grande légèreté, la touche fine, la couleur transparente, et, si nous n'avions pas contre nous
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\asari qui on parle dans la \ ie de l'escllo, nous attribuerions volontiers à Masaccio cette peinture d'un dessin excellent, et où le nu est traité avec une délicatesse et un sentiment tpie l'on ne rencontre pas encore chez les artistes de l'époque de lïlippo Lippi, plus de trente ans avant les fameuses fresques de la chapelle des Braucacci. Nous ne tondions pas encore aux choses de Michel- \nge. Lorsque N asari citait cette prctlella, elle était encore dans la chapelle des Cavalcanti, à Smitu C/occ, et Boltari, dans ses notes au biographe Arétin, nous iipprend qu'elle fut donnée à Michel-Ange le jeune par l'un des sacristains de l'église, en échange d'un gradin nou\eau qu'il fit faire. L'autre tableau, la Mort de Lucrèce, trois ligures à mi-corps, appartient à l'Kcole vénitienne, attribuée ici au Titien et qui est peut-être de Giorgioue, est assurément digne d'occuper une place distinguée dans l'œuvre de l'un ou de l'autre de ces artistes; on aimerait à penser que Michel- \nge a possédé cet élégant chef-d'œuvre Lui a-t-il appartenu, lui aussi, ce j>etit émail de Limoges qui représente la France dans ce sanctuaire italien:» Ce serait un grand honneur. Il est d'une qualité rare, et représente la Vierge tenant l'Enfant, ligure aux trois quarts posée sur un croissant; deux anges dans le haut tiennent une couronne suspendue sur sa tète, et perpendiculairement, sur le bord latéral à gauche, est placée celte inscription : AN F. RFC-INA. CFLORVM. Ce petit tableau présente cette particularité, qu'il est peint sur le cuivre un, et que le fond, qui n'a été recouvert cpie d'une légère couche d'émail transparent, a l'aspect mordoré d'un contre-émail.
Ce que nous a\ons appelé la galerie, et (pie l'on décore ici «lu nom de Pinacothèque, est le temple éle>é à la mémoire de Michel-Ange par son petit-neveu, dans les premières années du dix-septième siècle. Nous ne saurions dire qu'il est digne de l'homme, nous ne devons juger que l'intention, qui est certainement excellente ; le reste est la faute de l'époque.
Dans une niche étroite pratiquée entre les deux fenêtres est placée la statue en marbre de Michel-Ange : il est assis; la pose ne manque ni d'une certaine grâce ni de \érité; ce qui lui manque, c'est l'espace, et, comme toutes les sculptures faites précisément grandes comme nature, elle parait petite. C'est un ouvrage d'Antonio Novelli; une inscription gravée sur une table de marbre, qui forme le piédestal, rappelle qu'elle a été placée là par Michel-Ange Buonarrnli, lils de Léonard, en 1020.
Les parois de la salle sont entièrement couvertes de peintures consacrées à la gloire du grand artiste, et rappelant les particularités les plus glorieuses do sa vie au point de vue du temps, c'est-à-dire de préférence, ses relations avec les souverains et par ordre de date : Michel-Ange ambassadeur de la République florentine auprès de Jules II, à Bologne; — Michel-Ange refusant les présents de Soliman, qui voulait lui faire jeter un pont sur le Bosphore; — Miehel-Ange montrant à Léon X le plan de la bibliothèque Laurentienne; — forti-
fiant San Minialo; — reçu avec honneur par le doge Andréa (iritti, et lui présentant un dessin pour le pont de Rialto ; — visité par Paul III ; — reçu par Jules III ; — cédant aux instances de Paul IV, fortifiant Rome et présentant au pape un modèle de la coupole de Saint-Pierre ; — visité à Rome par le jeune François de Médicis, qui le fait asseoir et reste debout à l'entretenir; — et, enfin, Michel-Ange composant ses sonnets, visité par l'ange de la Poésie. Dans les quinze compartiments du plafond sont déposées des allégories qui caractérisent son génie, et au milieu son apothéose. Partout encore sur les frises et sur les bases, des grisailles qui représentent les épisodes de sa vie d'une moins grande importance. Toutes ces peintures ont été exécutées par Fontebuoni, Biliberli, Jacopo da Empoli, Roselli, Marucelli, Panignani, Allori, Yignali, Turrini et d'autres encore qui avaient quelque réputation alors, et qui depuis, pour la plupart, sont tombés dans un oubli profond. Le style des grisailles est celui auquel Callot a donné son nom , et qui n'est autre que le style florentin de ce temps-là.
Mais ce qui nuit considérablement à toutes ces belles choses, c'est une grande composition de Michel-Ange qui occupe tout le fond de la salle : la Vierge tenant l'Enfant, et autour d'elle, saint Jean et d'autres apôtres, figures entières, en pied, de proportions plus grandes que nature. Cette peinture, d'une animation et d'un effet extraordinaires, nous semble contemporaine du plafond de la Sixtine; elle a au même degré la soudaineté, l'imprévu, l'énergie de mouvement qui animent toutes les figures de cette sublime composition. Peu connue, parce que jusqu'à présent le public a été rarement admis dans cette maison, elle est appelée à tenir désormais une place importante dans l'œuvre du maître. Au-dessous de cette peinture , dans le soubassement, est encastré un bas-relief de marbre, combat d'hommes nus, ébauché seulement, ouvrage de la première jeunesse de Michel-Ange, et connu depuis Vasari sous le nom de Combats des Centaures; on ne sait trop pourquoi, puisqu'il n'y a aucun Centaure dans' la composition. De chaque côté de la peinture que nous venons de mentionner, au-dessus de deux petites portes qui conduisent aux chambres suivantes, sont placées deux statues de marbre, petite nature, qui représentent la Vie active et la Vie contemplative, très-bonnes réminiscences du style michelangesque de Domenico Pieratti.
I^?s chambres qui nous restent à décrire ont un caractère plus intime, et, bien qu'on ait cherché à les embellir, elles conservent encore le caractère d'une habitation privée : le jour, qui vient de haut, prépare au recueillement. La première est intitulée : Histoire de la famille; une frise qui court tout autour contient ses armoiries. La plus ancienne est l'arme parlante de la famille Canossa, un chien tenant un os dans sa gueule (cane osso), dont celle des Buonarroti paraît être uue branche éloignée, comme nous le verrons tout à l'heure; mais les Buonarroti portaient d'azur à trois bandes d'or, au lambel de gueules, à quatre
pondants, accompagnés de trois fleurs de lis d'or. Plus tard, en i5i5, Buonarroto Buonarroti, frère de Michel-Ange, étant un des prieurs de la république lors de l'entrée de Léon X, il lui l'ut concédé d'ajouter à son écusson un chef d'or portant un tourteau d'azur fleurdelisé entre les deux lettres L. X. i l/éon X i. Ce Buonarroto était alors chef de la famille. Des quatre frères de Michel-Ange, Sigismond fut soldat, Léonard moine de l'ordre de Saint-Dominique, Giansimoue un poète agréable ; Buonarroto seul s'est marié et eut une descendance.
Dans cette salle est placé le buste de marbre de Michel-Ange le jeune, par Kinelli , un des bons élèves du Bernin ; on ne peut s'empêcher de remarquer dans cet ouvrage la recherche de quelques détails fouillés avec un soin minutieux, mais très-franchement exécutés; des cadres appendus au mur renferment d'excellents dessins, plus de soixante, la plupart à la plume et d'autres à la sanguine, études de dessin, de composition et d'architecture.
11 y a là, par exemple, une série de dessins à la plume consacrés a l'anatomie des genoux dans des positions différentes, qui est vraiment extraordinaire par sa beauté. L'étude des genoux de l'homme assis était une des coquetteries de Michel-Ange; celui du Moïse, ceux des statues de la chapelle des Tombeaux à Florence , sont des modèles admirables.
C'est dans cette pièce que se trouve dissimulée, dans la boiserie, une petite |K>rte donnant accès à un très-petit cabinet. I n banc en bois est adossé au mur, un bureau et des casiers laissant tout juste assez, de place pour entrer et s'asseoir, occupent le reste de l'espace. I ne petite fenêtre à gauche éclaire ce réduit austère, où la pensée seule pouvait se trouver à l'aise. Nous nous sommes assis devant la table sur laquelle écrivait Michel-Ange ! Un portrait de femme du Pontormo, la tète seulement, est l'unique ornement de cet alvéole. Elle a ce type de beauté vigoureux et élégant à la fois, qui est le caractère de l'école florentine du seizième siècle , et une certaine morOidezza de modelé à laquelle Michel-Ange ne pouvait s'arrêter, mais qui devait lui plaire. Là aussi sont suspendues deux béquilles sur lesquelles l'immortel nonagénaire s'appuyait pour marcher, car cette tète si saine et si forte jusqu'à sa dernière heure était servie par de mauvaises jambes.
Dans la pièce dite la Chapelle , qui vient ensuite, on a placé un buste en bronze de Michel-Ange et ceux de marbre du sénateur Cosimo Buonarroti, dernier propriétaire de la maison, et de sa femme Rose Grant-Vcndramin, jeune veuve de sang moitié anglais et moitié vénitien, qui avait épousé le vieux sénateur par admiration pour son illustre ancêtre. Une Vierge allaitant l'Enfant, assise et vue de profil, bas-relief en marbre non terminé (hauteur, 60 cent.), de la main de Michel- Ange, a pour pendant sa répétition en bronze; dans un cadre sous verre, un grand dessin d'architecture, projet de façade pour l'église Saint-Laurent de Florence, et dans un petit talœrnacle soigneusement fermé,
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une trc-s-potite descente de croix en plâtre, véritable bijou où I ampleur du style le dispute seul à la finesse de l'exécution.
l*a chambre dite Studio est garnie dans tout son pourtour d'armoires "l« sont enfermés les papiers de la famille Imonarroti, les manuscrits, les dessins, la correspondance de Michel-Ange, les documents, les contrats relatifs à ses ouvrages, un trésor inestimable pour l'histoire de l'art. I\n dépit de quelque.-, dispositions rétrogrades et d'un exécuteur testamentaire tant soit peu rodinos, tout nous fait espérer que ces papiers précieux seront bientôt donnés au public, par les soins de M. Caetauo Milauesi, directeur des archives de Florence.
Michel-Ange ne fut pas seulement le grand artiste (pie l'on connaît; il fut aussi, pendant sa longue existence, l'oracle de l'art, le centre vers lequel convergeait la pensée des artistes qui, tous, jeunes et vieux, recouraient à lui et le révéraient comme un maître, et l'ensemble de sa correspondance est l'archive de l'art lui-même. Ainsi on conserve ici plus de trois cents lettres de Michel- Ange, et celles plus importantes encore qui lui sont adressées sont au nombre de près de mille , toutes signées des noms les plus illustres dans les arts et dans les lettres, Sébastien del Piombo (trente-huit lettres'., le Kosso, \ ittorio Chiberti, Andréa et Jacopo Sansovino, IV. de San (iallo, I r. Kustici, le Piloto orfèvre, Jean d'Cdine, \ alerio \ iceutino , Leone Lconi, Itaccio d'Agnolo, l'Ammanato, Vittoria Colonna, Yarehi, etc., etc.; sans compter celles «le I rançois l'r, de Catherine de Médicis, de Pierre Soderini, de Corne 1er de Médicis. Lt, parmi les documents, tous ceux relatifs au tombeau de Jules 11, à la façade de Sainl- Luircnt, et aux quinze statues exécutées pour la cathédrale tic Sienne; les éléments enfui d'une histoire nouvelle et déliuitive de Michel-Ange.
Deux des armoires qui entourent cette salle sont vitrées et renferment quelques esquisses en cire et en terre cuite, que nous regrettons de ne pas v rencontrer en plus grand nombre. Dans celle de droite, un petit modèle en lent* cuite du torse du belvédère, un projet de restauration pour le groupe d'Ajax, et une ébauche en cire dite ici de David, mais qui me semble se rapporter davantage à l'un des prisonniers du musée du Louvre. Dans l'autre armoire, une esquisse en cire de dix-huit pouces de hauteur, première pensée de la statue colossale de David; le bras droit manque, et la tète semble diriger ses regards vers ce bras absent. I n petit christ en bois, simplement dégrossi au ciseau, mais déjà d'un vigoureux caractère, — le modèle en cire d'une figure presque anatomique, qui semble l'esquisse d'un saint Jérôme, — et les fragments en terre cuite d'uu groupe de Samson tuant les Philistins, dont nous connaissons quelques exemplaires en bronze , groupe dont parle N asari et que Daniel de A'olterre a placé dans son tableau du Massacre des innocents.
Dans un cadre sous verre on a placé quelques fragments de poésies tracées en grands caractèix-s au crayon rouge sur des feuilles contenant déjà des croquis à la plume, et qui semblent des lambeaux de sonnets que l'artiste, déiKhsant
son ciseau, a jetés là tracés d'une main hâtive pour les retrouver plus tard. F.n face, un autre cadre contient trois autographes de Michel- Ange, écrits à diverses époques de sa longue carrière Le premier concerne la statue colossale du pape Jules II, le second des affaires privées, et le troisième, d'une écriture très-nette et très-régulière, porte la date de l'année i 5(î!i, qui est celle tic sa mort.
Olui qui est relatif à la fonte de la statue colossale de Bologne n'est qu'un simple hillet écrit à la hâte, par Ruonarroti , à celui de ses frères avec lequel il était en relations plus intime, qui nous apporte une particularité nouvelle sur cet ouvrage aujourd'hui perdu; il est court, nous allons le rapporter : ce sera pour nos lecteurs un avant-goût, une parcelle de l'archive des Buonarroti.
« Ruonarroto, nous avons jeté ma figure, et elle est venue de telle manière « que je crois fermement avoir à la recommencer. Je ne t'écris point tous les « détails, parce que j'ai autre chose à penser : il suffit que tu saches que la « chose est mal venue. Remercions Dieu, car j'estime (pie tout est pour le « mieux. Je saurai sous peu de jours ce que j'aurai à faire et je t'en aviserai. « \\ertis (lodoni, celui qui a été «le bonne volonté, et, s'il arrive que je doive « la refaire ou que je ne puisse retourner à Florence, j'en prendrai mon parti « et t'en avertirai. Je ferai mou possible pour exécuter ce que j'ai promis H « que tout soit pont le mieux i .
« MICHKL-XWF.LO. „
C'est avec cette simplicité, cette tranquillité stoïque que l'artiste annonçait la non-réussite d'un travail qui lui avait pris quinze mois de son temps et occasionné des dépenses considérables; heureusement pour lui qu'il n'en fut pas ainsi à l'ouverture du moule, la statue fut trouvée en bon état.
La statue assise de Jules II avait, suivant Condivi, dix-sept à dix-huit pieds de proportion ; des recherches nouvelles nous permettent de préciser les dates qui la concernent. l'Ile fut coulée en bronze le 29 juin i5o8; il y fut employé, suivant les mémoires du temps, 17,000 livres de métal, y compris la cloche qui était sur la tour du palais Benlivoglio et une pièce de canon brisée dans la dernière guerre. I ne particularité curieuse des mœurs de l'époque, c'est qu'elle ne fut placée au-dessus de la porte principale de l'église de Saint-Petronio qu'au moment fixé par l'horoscope tiré à cet effet, le 21 février i5o8, à la quinzième heure ; l'année commençait alors à l'àques.
Michel- \ngc reçut pour lui mille ducats d'or de la commune de Bologne.
(P « Boonarroln, noi abbiamo gcltala la mw liijur.i, «I " sajiro iu fra poclii «là i|iirllo rh« io aliltia a fart, ■ avili e tenula di mo-lo clic io rmlo nfrrmatito avril* ani- » scrotti. AtUane Codoni. colui clic è Matoili buoua vo- - (are. Io non li srm» iMirtiriiUrniciite il tiilio, ptrrhè Im « loiilù, r se avirm- clic io l'altU d» «rrifan- o rhe io non « iltm cln iwnure : liaMa chc la coia «■ vrnuta tualc. Rin- « jxiv« ritornar co*là , io |»iglirro partilo, ce o. • gnuiamo Ui<i. perche Minio ogni rosi per Io mcplio. Io
\jc Pape assis, la tiare en tête, couvert d'habits pontifiraux d'une grande richesse, avait le bras droit levé dans l'attitude de bénir, l'autre tenait.... Nous ne sommes pas fixé sur ce qu'elle tenait. On raconte que, pendant qu'il faisait le modèle, l'artiste embarrassé sur ce qu'il devait placer dans cette main gauche, recourut au pontife, et lui demanda s'il lui plaisait qu'il y mit un livre. — Pourquoi un livre , dit Jules II ; mrls-j- plutôt une épc'e que je ne suis de lettres, moi. Lorsqu'il lui fut présenté, surpris de l'énergie du mouvement, il dit en souriant à l'artiste : Cette statue donnc-t-cllc la bénédiction ou la malédiction? — Saint Père, dit Michel- Ange : elle menace ce peuple, s'il n'est pas sage.
Cet insigne monument de l'art fut jeté à terre le 3i décembre i5i i, dans un mouvement populaire, et brisé en morceaux, l^i léte, qui était restée intacte, fut achetée par le duc de Fcrrare, avec les autres fragments. Vasari la vit encore dans le cabinet (Guarda robba) de ce prince, qui avait l'habitude de dire que, malgré son poids, six cents livres, il ne l'échangerait pas contre son équivalent en or ; elle est aujourd'hui |>erdue.
lue dernière pièce, plus petite que les autres, qui servait peut-être de chambre à coucher de l'illustre artiste, ne contient que des dessins en petit nombre, quatorze seulement; mais ils sont grands et magnifiques. Parmi eux brille un Vierge tenant l'Enfant, composition superbe, finie dans quelquesunes de ses parties, le bras de la Vierge et le corps de l'Knfant, par exemple, avec ce soin minutieux qui rappelle les dessins des vieux maîtres; l'esquisse «l'une composition pour l'ensemble du Jugement dernier el une belle tète de jeune homme, dessin à la sanguine très-terminé
Ici rien n'est douteux , nous le déclarons avec plaisir, sous l'impression de l'extrême jouissance que nous avons éprouvée en visitant ces trésors, et de notre part ce n'est point un mince éloge. Tout ce qui nous a été conservé par la famille de Michel-Ange est précieux, important, nouveau, et si, en signalant ce nouveau musée aux amateurs, nous nous sommes abstenu de commentaires, d'éloges même, c'est qu'ils nous eussent entraîné trop loin.
Depuis le xvi° siècle, la maison de la / ia (ihibellina est restée l'apanage des aînés de la famille Kuonarroli, et, ce qui vaut mieux, de ceux de ses membres qui l'ont représentée depuis avec un certain éclat. Après la mort de Léonard, neveu et héritier de Michel-Ange, elle passa à son fils Michel-Ange, le Jeune, auteur dramatique et écrivain distingué ; son petit-fils Philippe, célèbre antiquaire, la posséda à son tour, et, à la fin du siècle dernier, elle appartenait à un autre Philippe Buonarroti, qui sortit des pages du grand-duc Léopold pour embrasser avec ardeur les principes les plus avancés de la révolution de 93.
Naturalisé Français par la Convention nationale, compromis plus tard dans la conspiration de Babeuf contre le Directoire, Philipp- Buonarroti répondit à ceux qui lui proposaient l'exil en échange de la prison, qu'il aimait encore mieux rester dans sa patrie adoptive pour y jouir des restes de la liberté mou-
LE CABINET DE L'AMATEUR. III rante, vestigio morientis libertatis. Sous le consulat, Bonaparte, qui l'avait beaucoup connu à Ajaccio, le fit sortir de prison. Exilé sous la restauration, il rentra en France après 1 83o. Nous avons voulu rappeler le souvenir de ce dernier Buonarroti devenu Français, âme vraiment stoïque, qui rappelait par son austère probité les vertus de son glorieux ancêtre , et que nous avons vu mourir parmi nous en 1837, professant avec le même enthousiasme que dans sa jeunesse les principes qui lui avaient valu une vie si agitée.
Son fils Cosimo Buonarroti, le dernier de la ligne directe, mort sans enfants le 13 février 1 858, a légué à la ville de Florence l'archive domestique de sa famille, les manuscrits, dessins et papiers de Michel-Ange, les peintures, sculptures et autres objets qui composent le musée et la maison où tous ces précieux monuments sont conservés; laissant en outre une rente perpétuelle pour son entretien , les gages d'un conservateur et l'acquisition de tout ce qui pent contribuer à augmenter la collection.
La maison de Michel-Ange a pris rang aujourd'hui parmi les musées d'Italie.
ROBERT NANTELTL