PORCELAINE FRANÇAISE
(MARQUES ET MONOGRAMMES}
La porcelaine française occupe la place d'honneur parmi les productions du même genre fabriquées en Europe. Elle n'est pas seulement la plus belle, elle est encore la première en date après les tentatives éphémères faites en Italie vers la fin du xvie siècle. Féconde au moment même où elle faisait fausse route, l'industrie française inventa la porcelaine artificielle dite <le ptite tendre, plus belle que la vraie, en cherchant, sans la rencontrer d'abord, la manier*' de fabriquer la porcelaine naturelle semblable à celle des Chinois. Et l'incomparable perfection avec laquelle nous avons su pétrir et décorer cette pâte merveilleuse et tout à fait française, a placé depuis longtemps déjà au rang des joyaux les plus précieux les élégants chefs-d'œuvre sortis de nos manufactures.
Plus tard, la découverte sur le sol français des matières premières, le kaolin et le feldspath, qui constituent la porcelaine naturelle, est devenue pour nous un nouveau titre de gloire. D'autres avaient été favorisés avant nous par le hasard; mais, prudence vulgaire, ils avaient caché leur découverte et comme enfoui leur capital. Nous sommes arrivés, nous, par la voie scientifique, par l'analyse en pleine Académie des sciences, aidés par la fortune sans doute, mais dans la juste proportion de ce qu'elle accorde de faveurs à ceux qui cherchent, après de belles et longues discussions. Sans y mettre ni im stères ni prohibitions, aussitôt que les gites de kaolin eurent été signalés par les géologues, ils furent accessibles à tout le monde, et on vendit la terre à porcelaine à qui voulut l'acheter, nationaux ou étrangers. De nombreuses manufactures ne tardèrent pas à s'élever de toute part, et l'industrie française, le commerce et la fortune publique ont gagné à cette libéralité': la première, une supériorité pratique qui lui assure encore aujourd'hui le premier rang; le commerce et la fortune publique, de nouvelles sources de richesses.
LU des charmes de nos curiosités, c'est qu'elles touchent à tout, et que les plus futiles en apparence nous ramènent sans efforts à d'intéressantes questions d'art, d'histoire et même d'économie politique.
L'histoire de la porcelaine française se divise doue naturellement en deux périodes, qui peuvent tirer leur nom îles productions mêmes qu'elles représentent, c'est-à-dire, pour parler sans périphrase, la période de la porcelaine tendre, la première en date , qui embrasse tous les essais et toutes les tentatives des officines établies avant la fondation royale de Sèvres, et la période de la porcelaine dure, qui comprend les discussions et les controverses qui présidèrent à la découverte «les gîtes de kaolin français, l'établissement des manufactures de porcelaine naturelle et l'émancipation de cette grande industrie. Mais le tableau serait incomplet si on ne plaçait, entre l'étude de ces deux phases principales, l'histoire de la manufacture de Sèvres, qui personnifie et résume si hrillamment, au double point de vue de l'art et de la matière, ces deux aspects du rôle de la céramique française au xvin* siècle.
En réunissant aujourd'hui pour la plus grande commodité des amateurs les marques et monogrammes qui servent à distinguer entre elles les productions des manufactures françaises, nous ne ferotis que toucher à la période des essais, aux premiers pas de l'art, nous réservant de revenir plus Lard sur les autres.
Savary des Illusions , qui nous a laissé dans son Dictionnaire universel du commerce un véritable trésor de détails positifs et de recherches spéciales sur l'état du commerce et de l'industrie en France, au commencement du xvin' siècle, est le premier écrivain qui se soit occupé de nos porcelaines.
« Il y a quinze ou vingt ans, dit-il (0, on a commencé en France à tenter d'imiter la porcelaine de la Chine; des premières épreuves qui furent faites à Kouen réussirent assez bien, et l'on a depuis si heureusement perfectionné ces essais dans les manufactures de Passy et de Saint-Cloud, qu'il ne manque presque plus aux porcelaines françaises, pour égaler celles de la Chine, que d'être apportées de 5 à G,ooo lieues loin, et de passer pour étrangères dans l'esprit «l'une nation accoutumée à ne faire cas que de ce qu'elle ne possède pas et à mépriser tout ce qu'elle trouve au milieu d'elle.
« Kn effet, pour la finesse du grain de la matière, pour la beauté de la forme «les vases, pour l'exactitude du dessin et l'éclat des couleurs, surtout du bleu, il faut avouer que les porcelaines de Kuaug-si ne sont pas plus parfaites que celles de France; une seule chose manque à ces dernières, c'est l'œil du blanc qui est encore un peu louche, ou quelquefois trop mat, et qui, poussé à la perfection dont les ouvriers ne doivent pas désespérer après leurs premiers suc-
(I) Savary des Druvlon*, moiï en IT 10, après une très, avant la publiratiou des lettre* du P. d'rjtlrecolles, iur longue maladie, parait avoir cesse d'écrire vers 1712; des mémoires qui lui avaient été envoyés par un autre mai» la rédaction de ce vaMe répertoire avait été roui- jésuite, le P. le Comte. Le Dictionnaire universel du Commencer longtemps auparavant. Ce qui e*t rerlaiu, c'rit mercr, continué par le frère de Savary des Brualons, ne que Savary écrivit sou article *ur la porcelaine de Chine nanti qu'en 1733.