‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 38 sur 151 · IJ · texte numérisé non relu

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eès, ne laissera plus guère apercevoir de différence entre les porcelaines françaises et les étrangères. »

Nous sommes donc placé tout d':d>ord en présence de trois manufactures : Rouen, Passy et Saint-Cloud. Mais auparavant nous devons indiquer pour mémoire, à cause de l'importance qu'on a voulu lui donner, le privilège accordé en 1664 à Claude Révérend, marchand grossier et bourgeois de Par/s, pour la fabrication de la porcelaine imitant celle des Indes à la façan des Hollandais. Nous disons pour mémoire, et à cause du mot porcelaine qui s'y trouve placé, car il est évident qu'il ne s'agit ici que d'une imitation des l>elles faïences de Delft, qui étaient alors l'objet d'un grand trafic, et qui par la beauté de leur émail jouaient à merveille la porcelaine orientale.

Un savant français, M. André Pottier, conservateur du musée de Rouen, qui a le rare privilège de ne laisser à ceux qui viennent après lui que bien peu de chose à ajouter aux sujets qu'il traite, a mis en lumière, le premier, un privilège de l'année iu?3, qui fixe la date de l'établissement de la manufacture de Rouen. Nous en reproduirons le préambule.

« LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à Ions ceux qui ces présentes verront, salut.

« Nostre bieu-aimé Louis Poterat nous a très-humblement fait remontrer que, par des voyages dans les pays étrangers et par des applications continuelles, il a trouvé le secret de faire la véritable porcelaine de la Chine et celui de la fayence de Hollande; mais luy estant impossible faire travailler à la dite porcelaine que conjointement avec la fayence d'Hollande, parce que la porcelaine ne peut cuire qu'elle n'en soit complètement couverte pour ne pas recevoir la violence du feu (jui doit être modéré pour sa coction, il luy est nécessaire d'avoir notre permission de travailler et de faire travailler à l'une et à l'autre; et, à cet effet, de faire construire de grands fourneaux, moulins et ateliers en des lieux propres pour tels ouvrages ; et ceux qui lui paraissent plus commodes sont dans un des faubourgs de la ville de Rouen, apelé Saint-Séver, où l'on peut établir une manufacture des dits ouvrages, pour y faire toutes sortes de vaisselles, pots et vases de porcelaine semblable à celle de la Chine, et de fayence violette, peinte de blanc et de bleu, et d'autres couleurs à la forme de celle d'Hollande, pour le temps qu'il nous plaira, pendant lequel il pourra vendre et débiter les dites porcelaines et fayences susdites, sans y estre troublé; et , à cet effet, il nous a très -humblement fait supplier lui accorder lettres à ce nécessaires. A ces causes, etc.. »

M. Pottier s'est inquiété avec raison des suites positives que pouvait avoir eues ce privilège , et de savoir si l'établissement de Rouen avait réellement produit de la porcelaine, car il en était souvent de ces privilèges d'autrefois, comme de nos brevets d'aujourd'hui, dont les promesses n'entrent pas toujours dans le domaine des faits accomplis; et il a joint au témoignage de Savary des

LE CA1HNET DE L'AMATEUK. 183 Bruslons , que nous venons de rapporter, celui du Livre Commode d'Abraham du Pradel, publié à Paris en 1691, sous le titre : Les Adresses de la ville de Paris, avec le Trésor des Alman vcils, autre mine de renseignements curieux sur la fin du dix -septième siècle. 11 y est dit, en termes qui lèvent tous les doutes, que: Le sieur de Saint- Estienne, maître de la fayencerie de Houen, a trouve le secret de la fayenee violette tachetée et de la porcelaine semblable à celle des Indes. Et lesieurdeSaint-Estienne de notre Almanach n'est autre, suivant le registre armoriai manuscrit de la bibliothèque de Rouen ; lilazons ou armoiries des officiers et nobles de la ville de Houe a (de iG5'3 à 1700), que Ixmis Poterat, escuyer, sieur de Saint-Estienne, portant : D'azur au checeron (for, accompagné de trois étoiles d'or, deux en chef, une en pointe. Ilaudiquier de Blancourt avait parlé de la porcelaine de Rouen vers le même temps dans son traité de Y art de la verrerie.

Lorsque M. André Potlier réclamait en 1847, pour Rouen et pour un de ses concitoyens, la priorité de la fabrication de la porcelaine, il ne paraissait pas connaître de spécimen des produits de cette manufacture. Nous n'avons vu que l'échantillon possédé par le musée céramique de Sèvres, un joli petit vase monté en argent, aux armes de Louise Asselin, femme d'un conseiller au parlement de Rouen, du nom de Heuste. Il est décoré en bleu d'un motif d'ornementation française de très-bon goût , sa couverte est sensiblement bleuâtre. .Nous aurons souvent l'occasion de constater l'extrême rareté des productions de ces premières manufactures.

L'absence d'un certain nombre de ces porcelaines de Rouen ne nous permet pas de nous arrêter aux termes mêmes du privilège qui mériteraient d'être examinés. Il y est dit qu'il est impossible de « faire travailler ladite porcelaine que conjointement avec la faïence d'Hollande, parce que la porcelaine ne peut cuire qu'elle ne soit entièrement couverte, pour ne pas recevoir la violence du feu qui doit être modéré pour sa coction. » Ces raisons n'étaient sans doute qu'un artifice de Poterat pour obtenir le droit important de fabriquer la faïence à Rouen, en concurrence avec Nicolas Poirel, sieur de (irandval, qui en avait le monopole depuis l'année 1G46. Le privilège obtenu, en 1702, parla veuve et les héritiers de Pierre Chicanncau, pour l'établissement d'une manufacture de porcelaine à Saiut-Cloud, rappelle celui de 1O73, mais tout en réservant au sieur de Saint-Etienne, Rouen et ses environs, il constate qu'à cette date, la fabrication de la porcelaine avait cessé à Rouen depuis un certain nombre d'années déjà.

Il paraîtrait, d'après un mémoire que nous citerons plus loin, qu'on fabri • quait «le la porcelaine à Chaillot, près Paris, en 169/». Ce ne pouvait être que dans la verrerie voisine de la manufacture de tapis de la Savonnerie , où on faisait des ouvrages de verre de la dernière délicatesse, dit un auteur du temps. Il n'est parvenu jusqu'à nous aucun échantillon que nous puissions attribuer à

cette officine, qui produisait peut-èlre encore en 1706. Dans la Description de Paris, par Germain Brice, imprimée cette même année, le passage qui concerne la verrerie de Chaillot est terminé par cette phrase : « On y fait des gobelc ts d'une nouvelle espèce de cristal qui résiste au feu. » confusion des idées, en ce qui concerne la nature de la porcelaine, était telle alors, qu'il ne serait nullement étonnant que (i. Brice se soit servi du mot cristal pour désigner les imitations faites à Chaillot.

Dans le Livre commode d'Abraham du Pradel, que nous citions plus haut, on trouve, placée au-dessous de la mention qui concerne le sieur de Saint- Estienne (Louis Poterat ), l'indication suivante :

o M. Perrot, maître de la verrerie d'Orléans, a trouvé le secret de contrefaire l'agathe et la porcelaine avec le verre et les émaux. Il a pareillement trouvé le secret du rouge des anciens et celui de jeter le verre en moulle pour faire des bas-reliefs et autres ornements. Il a son bureau à Paris, quai de l'Orloge, à la Couronne d'or. »

Ce maître Perrot paraît avoir appliqué à des essais très-variés la grande expérience du feu qu'il avait acquise en travaillant le verre. Il avait soumis k l'Académie des sciences, en 1687, des travaux d'un autre genre ; voici ce qu'on lit à son sujet dans le compte rendu de ses séances :

« M. Perrot, maître de la Verrerie royale d'Orléans, lit voir à la Compagnie un ouvrage nouveau de son art, c'est de couler le cristal ou le verre en table, et de le rendre creux en manière de camaveux. On peut y représenter toutes sortes de ligures et d'ornements, des armoiries, des inscriptions, etc. L'Académie crut devoir lui donner un certificat. »

11 est difficile de déterminer au juste ce qu'il y avait de porcelaine dans le fait du verrier d'Orléans; on la désirait si vivement alors, qu'on la voyait partout.

Savary des Bruslons est, à notre connaissance, le seul écrivain qui ait parlé de la porcelaine de Passy; mais l'attention qu'il apportait à tout ce qui avait rapport aux manufactures et au commerce ne permet guère d'élever des doutes sur son existence. Il y revient d'une façon plus explicite encore dans l'article Faïence du même dictionnaire: « On ne met pas au rang des faïences de France ces faïences de nouvelle fabrique ou plutôt ces vraies porcelaines que les Français ont inventées depuis quelques années et dont il y a eu des manufactures successiwment établies à Rouen, à Passy, près Paris, et ensuite à Saint-Cloud. »

Un petit vase du musée céramique de Sèvres , une salière portant pour marque une étoile à cinq pointes et les lettres A. P., est peut-être de Passy, et dans ce cas les productions de cette fabrique seraient fort semblables d'aspect à la porcelaine de Saint-Cloud. Peut-être même, comme semblent l'indiquer les mots que nous avons soulignés dans la phrase de Savary des Bruslons, l'officine des Chicanneau fut-elle établie à Passy d'abord, avant d'être définitivement installée à Saint-Cloud ?

C'est parmi les nombreuses imitations du vieux blanc de Chine que se trouvent confondus aujourd'hui la plupart des essais anonymes , c'est-à-dire sans marques, qui ont été faits à la fin du xvu* siècle et au commencement du siècle suivant. Le vieux blanc était alors très-recherché des amateurs. Sa pâte, d'un blanc de crème , son aspect vitreux pouvaient sembler d'une imitation plus facile, offrir un plus grand intérêt de curiosité, et nous avons trouvé des spécimens non équivoques de son imitation parmi les premières productions des fabriques établies en Allemagne, en France et en Italie.

Malgré tout ce que nous venons de dire, la manufacture de Saint-Cloud peut être considérée comme le berceau de l'industrie porcelainière en France et même en Europe. A ce titre, elle mériterait un historien. Elle est la première qui soit arrivée à une grande notoriété et, pendant quarante ans, nous trouvons partout l'éloge de ses produits : elle a même pu se vanter d'avoir eu le duc d'Orléans le Régent) parmi ses collaborateurs pour la perfection de ses outrages. Voltaire l'a placée dans son Siècle de Louis XIV. « On a commencé à faire des porcelaines à Saint-Cloud, dit-il, avant qu'on en fit dans le reste de l'Europe. » C'est de ses ateliers que sont sortis les ouvriers qui ont perfectionné la pâte tendre à Chantilly d'abord et à Vincennes ensuite, et c'est dans ses fours que Cuettard fit cuire, en 1765, le premier vase de porcelaine dure, façonné avec du kaolin français , présenté à l'Académie des sciences.

Parmi les témoignages contemporains qui concernent cette manufacture, il n'en est point de plus intéressant que celui du I)r Martin Lister, savant anglais, qui vint en France en 1698, à la suite du duc de Portland, ambassadeur envoyé pour négocier le traité de paix de Ryswick. A celte occasion, le l)r Lister passa six mois à Paris, employant ses loisirs à visiter les savants, les bibliothèques, les musées et les collections d'amateurs, et, de retour en Angleterre, il publia, la même année, un récit de son voyage sous le titre : Acconrr of Paris. Nous traduirons ici le chapitre de son livre relatif à Saint-Cloud.

« Je veux maintenant vous parler de ce que j'ai vu ici, et qui m'a semblé soit nouveau dans les arts, soit inconnu en Angleterre. J'ai été excessivement enchanté de la manufacture de poteries de Saint-Cloud ; en effet, il m'a été impossible de distinguer ses produits de la plus Mie porcelaine de Chine que j'aie jamais vue.

« Quant aux peintures faites sur ces poteries, il était raisonnable de s'attendre à ce que les artistes chinois seraient, à cet égard, dépassés par les Français ; mais la glaçure des Français n'est inférieure ni en blancheur, ni en douceur (à l'œil), ni en transparence. Quant aux vases eux-mêmes, ils paraissent, autant que j'ai pu en juger, manquer un peu de vitrification. Quand ils viennent d'être faits, avant qu'ils soient secs, et avant la peinture et la glaçure, ils sont aussi blancs que la chaux. Appliqués sur la langue, ils ont la saveur de la terre dont sont faites les pipes. Comme elle, la pâte en est douce aux

dents, c'est à peine si on en sent le grain; en sorte que je ne doute pas que la terre de pipe soit la matière dont ils sont faits. Quant à la manière dont la terre est traitée, les ouvriers ne cachent pas qu'elle est trois ou quatre fois mouillée et bien battue avant d'être placée sur le tour. Mais je suis porté à croire qu'elle doit d'abord être parfaitement délayée dans l'eau claire et remuée avec soin, afin que les parties les plus lourdes puissent se précipiter. Ce procédé doit aussi être nécessaire pour la manufacture des vases de terre plus communs. Pour cuire l'objet au point où nous l'avons vu dans les articles les plus finis, il faut trois ou quatre cuissons, et quelquefois onze pour quelques-uns d'entre eux.

« Je ne m'attendais pas à trouver des vases faits avec une telle perfection, bien que je pensasse voir des produits égaux à ceux de la manufacture de Gomron, qui, en vérité, arrive presque à la vitrification complète. Mais j'ai trouvé toute autre chose, et le résultat est vraiment surprenant. Je regarde comme un bonheur de notre époque d'égaler, sinon de surpasser les Chinois dans leur plus bel art. Les articles manufacturés à Saiut-Cloud sont payés des prix excessifs. Quelques services ont été vendus 4«o livres , et pour de simples tasses à chocolat on demandait plusieurs couronnes. Quant à la poterie rouge de Chine, elle a été surpassée en Angleterre, où la matière première, l'hématite douce, est tout aussi bonne, et où les ouvriers sont supérieurs. Nous devons ce progrès à deux Hollandais, qui dernièrement étaient à Hammersmith, et qui ont été employés dans le Staffordshire. Il n'est pas de façon de mouler et de modeler, pratiquée en Chine, que l'on n'ait imitée à Saint-Cloucl.

« La manufacture de Saint-Cloud a obtenu de très-bons résultats en ajoutant, de son chef, beaucoup d'améliorations qui sont vraiment très-belles. M. Morin m'a dit dans la conversation que cette manufacture regarde comme un secret le sablé dont elle se sert; ce sable cependant pourrait bien n'avoir d'autre but que de donner de la couleur. Il m'a dit aussi que l'on se servait de sel de soude dans la composition, et que l'on faisait une fritte pour pouvoir travailler le verre avec la terre blanche. Cela ne saurait être ; autrement, on le découvrirait en goûtant la poterie avant la cuisson. Ce maître ingénieux m'affirma plus tard que depuis vingt-cinq ans il faisait des expériences, et qu'il n'avait découvert la méthode que depuis trois ans. »

Ces curieux détails empruntent à celui qui nous les a conservés une importance toute particulière. Médecin célèbre, connu par de nombreux travaux sur diverses branches de l'histoire naturelle, membre de la Société royale de \jmdres, amateur d'art et d'antiquité, le docteur Lister avait tout ce qu'il faut pour bien voir, et nous n'avons pas un doute à élever sur son témoignage. On est d'abord surpris de la variété et de l'importance des modèles exécutés à Saint-Cloud : il ne reste aujourd'hui de tout cela que des pièces d'un intérêt tout à fait secondaire, et il est vraiment bien extraordinaire que pas une de ces

LE CABINET DE L'AMATEUR. 187 pièces d'un décor compliqué, qui étaient remises au four jusqu'à onze fois, ne soit parvenue jusqu'à nous. L'élévation des prix est également digne d'être remarquée. Du reste, pendant tout le xvui* siècle, le prix de la porcelaine continua d'être très-élevé. Nous n'avons rien recueilli sur la valeur vénale des objets fabriqués dans les manufactures de Meissen, de Vienne et de Berlin ; mais il nous reste une longue nomenclature, avec prix, des pièces fabriquées à Krankentlial, que nous donnerons au premier jour à nos lecteurs.

I^e docteur Lister ne prononce pas une setde fois le nom des Cbicanneau. Il ne parle, dans son récit, que de M. Morin. Je ne sais sur quels renseignements M. André Pottier s'est appuyé pour affirmer (pie Morin dirigeait depuis longtemps une manufacture de faïences à Saint-Cloud, ce doit être une erreur; les droits des Cbicanneau, comme propriétaires et fondateurs, sont trop bien établis par l'article du Mercure Calant, écrit deux ans plus tard, et mieux encore par tous les documents, par les lettres-patentes, que nous allons reproduire, pour être contestés un instant. Le docteur Lister ne dit nullement du reste que Morin fût le propriétaire de la manufacture de Saint-Cloud : tout ce qu'on peut conclure de ses paroles, c'est qu'il s'entretenait avec lui en la visitant, ou plutôt, que cette réflexion incidente se rapporte à une conversation qu'il aurait eue avec M. Morin, dont il décrit le cabinet minéralogique quelques pages plus liant. Mais ce nom prononcé par le médecin anglais a le précieux avantage de nous mettre sur les traces du premier savant français qui se soit occupé de la porcelaine : c'est un personnage nouveau (pie nous introduirons dans son histoire et que l'on avait complètement oublié, celui-là même à qui l'on doit très-probablement la formule de la pâte employée dans la manufacture de Saint-Cloud, ou pour mieux dire delà porcelaine française.

Morin (de Toulon , chimiste et naturaliste sur lequel il ne nous reste malheureusement aucun renseignement particulier, fut reçu de l'Académie des sciences en 1693, et devint plus tard premier titulaire d'une des places d'associé botaniste. Attaché plus particulièrement à l'étude de la minéralogie, il publia, en iGg3, un mémoire sur une mine de fer malléable, et lut dans la séance du !\ septembre 1694 un mémoire sur la porcelaine de la Chine, qui est analysé en ces termes dans l'Histoire de l' Académie, publiée en 160,8 par du Hamel (1) :

(I) Stth inilium liiiju» «nui de test» Sinensi, quam porrrlUnam Tocaot, quam que forte Teteres concliam Vendis divere, disserlatiaiicm legil D. Morin, ulii grmiinos illins test» charartercs ilescril.il. Cnndida est , |>ellucida , pigment» albo ad splendorera illila, \ulgo d'un vernis htanc, tuai ru ruleo colore encausta. Yasa li*c leslarea è terra ciim sale arctiwmè permista constarc ciistiinat ; uurrior terra ohstat qnominu» in vitrum halieat, undr oparitatem quandam iodurit. Yilri genus quoddam non eue poreellanam vel ex eo liquet, qnod gravior sit, et fracta in «qualis et *»pera : cira faclilia sil polila, Kqiiali* et Irvis. Qua

ralione et natira et faclilia parenlur, fuse eo toco explirat : è fartitii* eam esse optimam putat, qua; prope Lulcliam in vico cui nomen Chat tôt, couficitiir in S. Ctotlovtt vico.

I«e* derniers mots CioJovei rico, Saiut-Clotid, qui font cheville dans la rédaction de la plirasr, n'esisteut pas dans la première édition de l'Histoire de l'Académie; ils oui «té ajoutés dans la seconde qui porte la date de 1 70 1 ; il n'y a point d'autres différences.

La manufacture de Chaillot n'a pour elle que le témoignage de Morin de Toulon, mais il est décisif.

m LE CABINET DE L'AMATEUR.

« M. Morin a lu une dissertation sur la poterie de Chine connue sous le nom de porcelaine, et que les anciens désignaient probablement sons celui de conque tle Peints. Dans ce mémoire, il décrit les \ rais caractères de cette poterie, blanche, translucide, et couverte d'un enduit blanc et brillant (en français : iVun vernis blanc) , qui est quelquefois émaillé de couleur bleue. M. Morin estime que ces vases sont faits avec une terre très-intimement mêlée d'un sel. La terre en proportion plus grande empêche que la masse se change en verre et lui procure une sorte d'opacité. 11 est évident que la porcelaine n'est pas une espèce de verre par la raison qu'elle est plus pesante et que sa cassure est grenue; tandis que les contrefaçons sont légères et que les cassures en sont lisses. Il explique en détail, en cet endroit (de son mémoire), comment on prépare la véritable rt la fausse porcelaine; il croit que la meilleure, parmi ces dernières, est celle fabriquée au village de Chaillot, près Paris. »

Ce mémoire, qui devait contenir des notions fort précieuses pour l'histoire de la nouvelle porcelaine, est malheureusement perdu aujourd'hui; les registres mêmes des séances de l'Académie, où il devait être consigné, n'existent plus.

La nouvelle histoire française de l'Académie des sciences, publiée en 1730, contient une analyse du mémoire de Morin, de Toulon, qui diffère par quelques détails et prouve qu'à cette époque il existait encore. Comme tout est nouveau et intéressant dans ce qui concerne cette première étude scientifique «le la porcelaine, nous donnerons en note (1) cette seconde analyse, plutôt faite pour augmenter nos regrets que pour satisfaire notre curiosité.

Le temps nous apportera peut-être des détails plus précis sur Morin et sur la part qui lui revient dans les procédés de la porcelaine de Saint-Cloud ; mais son entretien avec le docteur Lister, la façon à la fois réservée et savante dont il parle de la composition des pâtes, sujet de conversation que le manufacturier aurait certes évité avec soin, indiquent suffisamment qu'il ne devait pas v être étranger.

Ij\ visite de la duchesse de Bourgogne attira l'attention d'une manière plus particulière sur la manufacture de Saint-Cloud. On se plaisait à entourer d'une

(I) • M. Morin, de Toulon, a lu deux mémoires, l'un »nr la porcelaine et l 'nuire sur l'aïur des cendres bleues de la montagne dïNvon en Auvergne , et sur sou usage en médecine.

• A l'égard de la poreelaine , il dit que c'est une terre Manche, dure, transparente, vernie extérieurement de blanc et cmaillée de bleu.

» M. Morin croit qu'elle est faite d'une terre qui contient beaucoup de sel étroitement lié avec elle, lequel donne la dureté et la transparence, comme ta terre empêche U vitrification du sel : il rapporte une expérience qu'il a faite à ce sujet.

« Il avoit autrefois un culot en manière de trépied, d'une terre grasse, très-blanche et très-subtile, douce au

toucher comme du savon, insipide, pesante, et qui contenait beaucoup de sels essentiels et très-peu de soufre : il v'esl servi de cette terre, qu'il croit très-difficile à fondre, pendant trois jours de suite qu'il la tint au feu du fourneau : au bout de cette forte il trouva le culot

de la même figure, blanr, dur et transitèrent comme la porcelaine , avec un vernis fort luisant qui différait autant du corps du culot que la porcelaine diffère de son verni». M. Morin ajoute qu'il croit que cette terre serait propre à faire de la porcelaine, si on la faisoit fermenter comme les Chinois font la leur. Il rapporte ensuite quelques ol>servations sur la manière que les Cbiuois emploient à la faire et sur les porcelaines que l'on imite en Europe. •

LE CABINET DE L'AMATEUR. 180 certaine publicité toutes les démarches de cette aimable princesse savoyarde, qui était alors toute la joie et toute la gaieté de la vieille cour de Versailles. l,es moindres détails de ses promenades à la foire de Saint-Germain, et de ses visites chez les marchands de Paris, étaient consignés dans le Mercure Galant. Voici en quels termes il rend compte, dans son numéro du mois d'octobre 1 700, de la visite de la duchesse à Saint-Cloud :

« J'ai oublié de vous mander que, le 3 du dernier mois (septembre 1700), madame la duchesse de Bourgogne, avant passé par Saint-Cloud et tourné le long de la rivière pour aller à Putteau, chez madame la duchesse de Guiche, fit arrêter son carrosse à la porte de la maison où MM. ('.biennaux ont établi depuis quelques années une manufacture de porcelaines fines, qui, sans contredit, n'a point de semblable dans toute l'Europe. Cette princesse prit plaisir à voir faire sur le tour des pièces d'un très-beau profil; elle en vit peindre quelques autres sur des dessins plus réguliers et mieux exécutés que ceux des porcelaines des Indes. Elle alla ensuite voir travailler aux fayences qui se fabriquent dans la même manufacture; après quoi MM. Chicanaux la conduisirent dans leur cabinet, où elle vit quantité de fines et de belles porcelaines dans leur perfection, dont elle fut si contente, qu'elle leur promit d'y revenir. Elle ne sortit de c hez eux qu'après avoir marqué sa satisfaction par les libéralités qu'elle fit aux ouvriers.

« Leurs Altesses Royales , Monsieur et Madame, font souvent l'honneur à MM. Chicanaux d'aller voir leur manufacture. Ils reçoivent aussi de fréquentes visites de princes, de seigneurs, d'ambassadeurs et de toutes sortes de curieux, qui viennent chaque jour admirer la beauté des ouvrages qui s'y fabriquent, et dont il se fait un grand débit pour les pays étrangers.

« Ils ont établi leur magasin pour la vente de leur porcelaine, à Paris, au coin de la rue Coquillière et des Petits-Champs, proche la place des Victoires. >,

Quelques documents parvenus jusqu'à nous permettent de suivre les vicissitudes intérieures de cette manufacture. Une particularité curieuse pour l'époque, c'est qu'elle s'établit et vît grandir sa réputation sans être protégée contre la concurrence par aucun privilège particulier. Ce n'est qu'en 1 70a qu'il lui fut octroyé, à la sollicitation de Barbe Coudray, veuve de Pierre Chicanueau, de ses trois fils Jean, Jean-Baptiste et Pierre, et de sa fille Geneviève. Les droits qu'il concédait sont très-étendus. Nous en publierons les termes dans notre prochaine livraison. Il y est dit, entre autres choses, qu'ils étaient « parvenus dès avant l'année 1G9G » à fabriquer la porcelaine. D'après la relation du Mercure Calant, les fils Chicanueau dirigeaient déjà la manufacture en 1700; c'est donc entre ces deux dates qu'il faut placer la mort de leur père.

Le privilège fut renouvelé pour dix ans en 171 3. Rcaumur, en parlant de Saint-Cloud dans son premier mémoire sur la porcelaine (1727), disait : « De cette même manufacture il en est sorti une autre, qui s'est établie dans le fau-

bourg Saint-Honoré, par un partage fait du privilège entre les enfants de ceux qui l'avaient obtenu. » C'est ce que confirme un second renouvellement du privilège pour vingt ans, qui avait été obtenu par les frères Cbicanneau Jean et Jean-Baptiste, par Marie Moreau, veuve de leur frère Pierre, et par Henri et Gabriel Trou, enfants du second lit de Barbe Coudray, le i5 septembre 1722.

Ce dernier acte nous apprend que le second mari de Barbe Coudray s'apj>elaitTrou. Ce ne peut être qu'un autre faïencier, Henri Trou, aussi établi à Saint- Cloud, qui est qualifié dans un acte autbentique de iGnj « officier de S. A. K. le duc d'Orléans et maître de la faïencerie de Saint-Cloud. » Les deux officines, probablement réunies après le mariage, se divisèrent de nouveau peu après 1722; les deux frères Henri et Gabriel Trou restèrent à Saint-Cloud, et Marie Moreau, veuve de Pierre Cbicanneau fils, vint s'établir à Paris, rue de la Ville-rÉvêqne, faubourg Saint-Honoré, où elle était encore en 1763.

Nous avons rappelé que le premier vase de porcelaine dure présenté par Guettard à l'Académie des sciences, en 1 765, avait été cuit à Saint-Cloud ; en 1 770, celte manufacture avait encore un dépôt à Paris, Grande rue Taranne. Nous ignorons à quelle époque s'éteignirent définitivement ses fourneaux. Elle était située sur le bord de la Seine, dans la partie de la ville où est maintenant la rue du Nord.

Nous arrêtons ici, pour le reprendre bientôt, le récit de ce qui nous reste à dire sur la porcelaine française.

MARQUES ET MONOGRAMMES

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