‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 48 sur 151 · SUR IA MANIERE DE DIVERS GRVVEIRS · texte numérisé non relu

SUR IA MANIERE DE DIVERS GRVVEIRS

Ce siècle nous aura montré l'art de la gravure au plus haut degré d'excellence auquel il puisse jamais ar river. Nous voyons et nous avons vu de vastes travaux exécutés par de grands artistes.

Monsieur de Poillv(i;a été un des plus célèbres par le grand nombre de thèses, de pièces historiques, et d'estampes religieuses qu'il a gravées. Toutes ont été trouvées d'un dessin excellent, et, s'il eût possédé l'invention delà taille comme il avait le goût et la délicatesse du burin, il eût été pour l'histoire le premier graveur du monde.

Il a toujours gravé ses planches à deux ou trois tailles, mais en beaucoup d'endroits l'ordonnance de ses tailles est trop carrée; dans les draperies particulièrement, il a négligé de suivre la direction des plis et d'en fouiller toutes les profondeurs. Il a le plus souvent travaillé en dessinateur, esquivant la difficulté et négligeant le modelé, pour s'arrêter au goût et à la délicatesse du burin.

M. Rousselet est bien connu pour l'homme le plus habile du siècle. Il a fait récemment les plus beaux ouvrages qu'il soit possible de voir jamais, sans compter ses travaux d'Hercule (Y; , où sont déployées toutes les ressources du burin. Il s'est servi de la troisième taille en beaucoup d'endroits ; la souplesse de son burin suit aisément le modelé du dessin dans toutes ses parties, ses travaux sont parfaitement appropriés aux objets, mais sa taille manque de vigueur et de netteté.

Mon maître disait (pie, de la manière de ces deux excellents artistes, on pouvait aisément s'en faire une plus grande encore, en combinant la délicatesse du burin qui distingue le premier, avec l'invention de la taille qui fait la supériorité de l'autre. On veut aussi que l'étude des ouvrages de M. Rousselet soit plus profitable que toute autre.

.Mon maître avait l'habitude de dire qu'il fallait s'instruire des principes de l'art dans les ouvrages de M. Mellan, étudier ensuite M. Rousselet, mais être attentif à la délicatesse du burin. Il disait que lui-même avait toujours puisé des leçons dans les ouvrages de ces deux artistes.

Pour ce qui est de la manière de mon maître, on peut dire que celui qui

(lj Né à Ahbevilic ra 1023. (2) D'aprn Guido Rrui.

étudie d'après lui peut apprendre à graver dans ce que contient un seul de ses grands portraits. Sa manière était de ne rien terminer avant que l'ensemble de sa composition fût parfaitement construit , comme il en a enseigné la manière dans ses discours.

Il s'est servi de deux et trois tailles, et il a tiré partie de la troisième mieux que personne. Son burin a été judicieux, ni trop grêle ni trop fort. M. Van Scbuppen a beaucoup de sa manière.

Mon maître disait de M. Edelinck que son burin était très -bon, mais qu'il rompait la taille trop souvent, surtout dans les ebairs, et qu'il couvrait trop le travail. Il a toujours dit qu'il ne fallait rien imiter de lui que le goût du burin, mais aussi que si M. Edelinck avait su mettre dans ses travaux l'ensemble et la liaison des tailles que l'on remarque chez Kousselet, il aurait été un des plus grands nommes de notre siècle. Il s'est servi, lui aussi, de deux et trois tailles et de points en beaucoup d'endroits.

Relativement à tant d'excellents artistes qui existent de nos jours, et parmi lesquels nous avons choisi ceux qui précèdent, nous devons dire qu'il faut se garder de chercher à tirer profit de leurs travaux, parce qu'il y a chez eux bien des choses qui sont en dehors des règles et sans fondements.

Relativement aux anciens, mon maître disait que Goltzius, Yillamène et Sadler ont fait de belles œuvres, particulièrement Egidius Sadler, et que Muller et d'autres Flamands ont fait très-bien.

Il aimait les ouvrages de M. Lasue, et il disait qu'on peut encore apprendre beaucoup d'après lui.

Pour compléter le nombre des quatre graveurs les plus habiles, il nous reste M. Mellan, qui démontre si bien dans ses ouvrages la manière d'unir les choses entre elles. Il faut estimer le charme de son burin, l'ordonnance de sa taille dans les draperies, son goût et son mérite comme inventeur des compositions qu'il a gravées.

Pour le goût et l'ensemble de ses ouvrages, Kousselet surpasse tous les autres, ainsi que pour le dessin et la perspective. On dit aussi que, par ses travaux rompus, Edelinck arrive à un modelé excellent; d'autres veulent que Poilly soit unique pour les lointains et pour le paysage, bien que sa taille soit un peu carrée.

Enfin, pour conclure et faire un choix parmi toutes ces opinions, le maître répétait qu'il fallait étudier Rousselet, en s'attachant à la manière de Poilly pour ce qui regarde le burin. Mais, pour apprendre à toucher le fond et faire faire à la gravure un bel effet, on doit suivre la manière de mou maître Nantcuil. Que le ciel accorde le repos à son âme.

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