SUR LA GRAVURE
Il dit que le dessin est l'unique base de la gravure, et que la grande pratique fait trouver facilement plus tard l'invention de la taille ; que, pour l'inventer avec quelque fondement, il faut prendre modèle sur les draperies et sur les vêtements rayés, qui font voir les biaisements et le chemin qu'elle doit suivre selon la direction des plis et leur rencontre. Il s'est toujours servi de ce moyen dans ses ouvrages.
Dans les nus, la taille ne doit jamais être interrompue, partout on doit la retrouver , elle doit donner l'effet avec délicatesse et suivre sur tout le corps la même direction jusqu'au bout des ongles. 11 faut observer que, dans les plis, les muscles roidis ou autres parties semblables, les tailles doivent faire de même et toujours se retrouver sans embarras.
Il dit que celui qui ne sait pas rendre les objets et donner l'effet avec la première taille, n'y arrive pas davantage avec la seconde. L'important, c'est la première taille, les autres viennent ensuite facilement et d'elles-mêmes.
Néanmoins il ne s'est servi dans ses ouvrages que d'une seule taille, et mon maître disait que cette manière est excellente pour apprendre la liaison qui doit exister dans toutes les parties d'une gravure, et très-bonne aussi pour un commençant.
Les burins dont il se servait n'étaient pas à angle [aigu, mais plutôt carrés. Ils sont bons ainsi pour cette manière de graver, parce qu'ils font plus clair.
Il ne faut pas, disait-il, heurter la taille à son extrémité, mais plutôt lui laisser une queue. Pour faire et exprimer délicatement, il faut avoir un goût égal et constant, en rapport parfait avec cette délicatesse.
Dans la belle manière de graver, il est nécessaire que la taille soit d'une même force, sans extravagance de grosseur ni de largeur. Partout elle doit être en perspective, sans cependant faire partout ce que fait la nature.
La nature, dans certains endroits, précipite la taille et fait qu'elle se réduit à rien. Si on devait faire ainsi sur le cuivre, on ferait noir, en raison du grand nombre de tailles réunies dans les tournants, ce qui détruirait l'harmonie. Aussi doit-on toujours soutenir la taille avec prudence, conformément au reste.
(I) CUude Meltw, né 1 ALbeville «m mai ISOS et mort à P.rii en leptembre 1688.
Bien dessiner à la plume est excellent pour trouver la véritable direction de la taille.
La beauté de la gravure, c'est sa souplesse ; on ne devrait pour ainsi dire se servir du burin qu'avec légèreté, comme on se sert d'une pierre de touebe. La belle manière ne consiste pas dans la manufacture, qui n'est rien par elle-même; la belle manière consiste dans le goût et dans le bel effet des choses.
Il dit aussi que la justesse de l'œil consiste à mettre en place et à disposer sans efforts toutes les tailles de la composition, et que Vieil d'or doit s'entendre de celui qui peut à première vue tracer un cercle et y poser le point de centre avec autant d'exactitude qu'on pourrait le faire avec un compas. Il entendait par ces paroles qu'un œil semblable est nécessaire à tous ceux qui se livrent à la gravure.