COLLECTION CAMPANA
>ous aussi, nous avons été pris de quelque inquiétude, lorsque nous avons vu toucher, par d'autres mains que celles de la France, une collection qui s'était formée pour ainsi dire sous nos yeux, et dont nous connaissions bien l'intérêt. Aux premières nouvelles de l'acquisition de 5i« vases grecs par le gouvernement russe, nous avons cru tout perdu; car cette division est vraiment
T«n arolli reenn.
GAZETTE ET BULLETIN
d'une extrême importance. Mais un peu de réflexion et quelques informations plus exactes nous ont rassuré, sans nous consoler toutefois des quelques belles pièces certainement perdues pour nous.
Les fresques de l'école de Raphaël étaient estimées, à Rome. 200,000 francs, et In vase de ('.unies, 100,000 francs. On donnait aussi à quelques statues, médiocres en mérite, une assez grande valeur ; il n'était donc pas probable que le gouvernement romain, quelque pressé qu'il fut de rentrer dans 'ses avances, ait laissé gaspiller, pour 200,000 francs peut-être, un gage du mont-de-piété de Home qui représentait une somme considérable.
A la suite de son acquisition, lorsque M. Cuédéonorf vint à Paris et crut nous faire une bonne niche en imprimant le catalogue de ses acquisitions, il fut aisé devoir, ù l'emphase de quelques louanges excessives décernées à des monuments secondaires, que les Romains n'avaient eu affaire ni à uu archéologue très-exercé, ni à un connaisseur d'un goilt très-fin, et que, à part le rate de Cnmes et le tombeau étrusi/tte en brome, deux pièces d'une grande valeur il est vrai , la collection était encore dans son entier.
Ceci dit à propos d'une rectification insérée dans le Moniteur, à l'adresse d'une Revue qui avait publié in extenso, nous ue savons dans quel but, le catalogue de M. Guédéonoff, il ne nous en coûte rien d'avouer que ces rectifications, qui empêchent certaines opinions de prendre une trop grande cousistance, nous paraissent excellentes. Nous regrettons de n'avoir pas vu démentir en même temps le bruit qui attribuait à certaines influences rivales la reproduction inusitée, dans un recueil périodique français, de celte longue nomenclature de 707 objets antiques rédigée par un Russe.
Voici la rectification du Moniteur du 15 septembre :
« Une Revue, en publiant le catalogue des pièces acquises par la Russie et provenant de la collection Campana, fait précéder et suivre cette publication de
notes inexactes et de réflexions qui tendraient à rabaisser l'importance de la portion acquise par la France et qui va former le Musée Napoléon III.
" Il est dit, dans l'une de ces notes, qu'un commissaire russe, M. Stapau Guédéonoff, avait acquis pour le musée impérial de l'Ermitage, a Saint-Pétersbourg, la plupart tle* principales pièces qui composaient le musée, alors en son entier, et on lit à la (In de ce même article : • Trois •. mois, jour pour jour, après notre acquisition conclue.
le musée du Ixmvre s'est rendu acquéreur, à son tour, « des objets restants du musée Campana. A la suite - de nos choix faits et limites, comme il a été dit, aux « œurres de premier ordre, la France a payé le sur- « plus 812,000 écus romains ou 4,300,4-10 francs. »
» <>r, la Russie a acquis pour 050,500 francs, non pas la plupart des principales pièces, mais un certain nombre de morceaux dont nous donnons plus bas le chiiïre en regard de celui des acquisitions de la France.
<< t* musée Campana se compose de douze séries. Le commissaire russe n'a eu à choisir que dans cinq séries : les séries des vases, des bronzes, des bijoux, des sculptures et des peintures. Mais, dans ces cinq séries mêmes, le gouvernement romain avait fait une réserve pour ses musées, réserve à Inquelle le commissaire russe n'a pu toucher. Le vase de Cumes seul a été obtenu par une négociation particulière.
<• Le gouvernement de l'Empereur a acquis les douze séries composant le musée ; de plus, les commissaires français, MM. Léon Renier et Sébastien Cornu, ont obtenu du gouvernement pontifical que tous les objets choisis par lui dans toutes les séries lissent retour à la collection, et qu'une masse de fragments précieux de vases et de terres cuites, qui n'avaient pas été portés au caUogue, fussent ajoutés à l'acquisition.
« Le tableau suivant donnera une juste idée des acquisitions de la France comparées à celles de la Russie :
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BLASON, DEVISES, IMPRESE.
Le blason, les emblèmes, devises ou i m prête, jouent un rôle considérable au moyen Age, et on ne s« figure que difficilement à quel point les signes de ce genre étaient employés partout par les grands seigneurs, qui paraissent avoir cherché avec soin les occasions de les multiplier. Vêtements harnais, meubles, équipages,
rien de ce qu'ils faisaient exécuter, à quelque titre que ce fût , n'échappait à leur empreinte. Aussi leur connaissance est-elle d'un grand secours pour expliquer l'origine et la provenance d'une foule de moutiments «le cette époque.
I ne note sur le blason du prince de Colles, que nous empruntons à une publication anglaise (Xotes and Qu€ries), touche très-bien à toutes ces particularités.
DU CABINET DE I/AMATEUll.
On sait que le prince de Galles, héritier présomptif de la couronne en Angleterre, porte trois plumes d'autruche dans ses armes. La version populaire, nu sujet de l'adoption des plumes d'autruche par Edward, le prince INoir, peut être rangée parmi les traditions de la nature de celle de « Whittington et son chat, » et d'autres non moins foudées. Au nombre des légendes fameuses en 'Angleterre, nous avons celles du roi Arthur et de la Table Ronde, de saint George et le Dragon, de Guy, comte de Warwick, et cinquante autres qui ont peut-être un fond de vérité, mais qui se perdent à travers la nuit des âges et qui nous sont venues embellies par la tradition.
A propos des plumes d'autruche et de la devise des princes de Galles, telles que l'héritier présomptil actuel les porte encore, l'historien Sandford en fait remonter l'adoption au temps de la bataille de Crécy. • Au nombre des hommes émiucuts qui moururent dans cette bataille, il faut compter, du côté des Français, Jean Lugetnburg. roi de Bohême, qui tomba de la main même du prince Edward. Celui-ci arracha du casque du vaincu ces plumes d'autruche qu'en souvenir de sa victoire il porta dans ses armes, adoptant jusqu'à la devise ICI! D1KN (je sers), et qui furent mises sur sa tombe et portées ensuite par tous les princes de Galles. L'historien suppose que des ailes d'autruche surmontaient le cimier de Jean de Bohême, et qu'/rA (lien signifiait qu'il servait le roi de France. Le même historien remarque que la devise du princ e peut faire allusion a ces paroles de l'Apôtre : - L'héritier, tant qu'il est enfant, ne diffère en rien d'un serviteur. • Cela serait d'autant plus acceptable que les princes de Galles sont héritiers et serviteurs de la couronne. Toutefois, les princes de Galles n'adoptèrent pas seuls ce blason et cette devise, car on les retrouve dans les armes de branches collatérales de la famille royale, dans celles des maisons de Lancastre et d'York.
I-es plumes étaient un ornement militaire dans l'ancien temps, et aujourd'hui encore elles jouent dans le costume un rôle éclatant. Ainsi, les plumes de roq ornent le chapeau de général. Les anciens rois bretons, particulièrement dans le pays de Galles, ornaient leurs étendards de plumes d'autruches blanches ; mais il est certain que les princes de Galles n'ont commencé de porter la plume d'autruche qu'au temps du prince Noir.
Une mention spéciale des plumes du prince de Galles est faite dans l'inventaire de la garde-robe royale sous Edward III. Après avoir décrit les divers articles de vaisselle, dont quelques-uns marqués P (initiale probable de la reine Philippe}, il est fait mention d'une pièce de vaisselle qui représente dans les armes les plumes d'autruche du prince de Galles.
Le prince Noir, dan» un testament daté du 7 juin IS76, ordonne que son corps soit déposé dans la cathédrale de Canterbury, et que sur sa tombe on place douze écussons d'un pied chacun. De ces douze écussons, six « porteront nos armes entières, et les autres nos plumes d'autruche. Sur chaque écus&on l'on inscrira le mot haumont, ■ sans doute une devise du prince, synonyme de magnanime.
Dans son testament, le prince ordonne encore que sur la tombe son image soit placée armée en guerre. Il ordonne que, pendant la cérémonie funèbre, des hérauts, précédant son corps, porteront les plumes
d'autruche et son pennon noir avec plumes d'autruche.
Parmi les présents que fit ce prince h la cathédrale de Canterbury, figure uue tapisserie ornée de plumes d'autruche, et il veut que sa chapelle spéciale soit ornée d'ecussons avec plumes d'autruche. A la chapelle Saintîxicolas, il donne sa garde-robe où se trouve, entre autres vêtements, une cotte bleue avec roses et plumes d'autruche.
En réfutation à ce dire de ceu\ qui soutiennent que c'est à dater de la bataille de Crécy que le prince Noir prit les plumes d'autruche, nous objecterons que le cimier du prince Jean était orné, nou de ces plumes, mais de plumes de vautour. On dit cependant que l'empereur Charles, quatrième roi de Bohême, fils de Jean de Bohême, qui fut tué à la bataille de Crécy, portait une plume d'autruche, insigne qui étaft certainement dans les armes de sa fille Anne, épouse de Richard II. La petite-fille de la reine Philippe était sœur de Henri, comte de Luxembourg, aïeul de l'empereur Charles IV. Et si, comme il y a lieu de le supposer, l'autruche était l'ancien blason de la famille, on comprendra que les plumes d'autruche aient été portées par la reine Philippe et par ses Ois. Tous les (ils d'Edward III, outre le prince de Galles, portaient des plumes d'autruche, et une excellente preuve que les plumes ne furent pas prises à la bataille de Crécy par le prince de Galles, c'est que lui-même les portail dans son sceau avant la bataille.
BIBLIOGRAPHIE
Iconographie espagnole, ou collection de portraits, de statues et de monuments funéraires inédits de rois, reines, grands capitaines, écrivains et autres personnages célèbres de l'Espagne depuis le onzième siècle jusqu'au dix-septième, recueillis et publiés par M. Yalkntin Cardereba, accompagné d'un texte par le même auteur. 2 vol. grand in-folio. Paris, Legoupil, boulevard de la Madeleine, S.
La domination des Arabes, le voisinage de la France, des relations politiques avec l'Italie, ont exercé tour à tour, et à des degrés différents, une influence notable sur les beaux-arts eu Espagne, mais plutôt pour exciter et développer les qualités caractéristiques de ses écoles nationales que pour leur imposer une direction étran gère. Peu de pays en Europe ont possédé des monuments plus remarquables» plus nombreux et plus variés, et cependant il n'en est point qui ait été moins connu des artistes et des amateurs. La gloire de Velasquez et de Murillo sans doute a franchi les Pyrénées, mais c'est .j peine si l'on soupçonnait, il y a quelques années, qu'avant ces grands maîtres les arts avaient fleuri dans la Péninsule, et que la renaissance et le moyen âge y avaient laissé d'admirables souvenirs. Longtemps la difficulté des communications, le manque de guides éclairés, et, il faut le dire, l'insouciance des Espagnols pour des trésors qu'ailleurs on aurait signalés avec orgueil aux étrangers, ont éloigné les voyageurs d'un pays qui leur offrait un vaste sujet d'observations. Puis, des guerres désastreuses et le désordre, suite de sanglantes révolutions, ont précipité la ruine d'une foule de monuments qu'une déplorable incurie n'avait que trop avancée.
La pt entière moitié de ce siècle a été surtout fatale
GAZETTE ET BULLETIN* DU CANIN ET DE L'AMATEUR
pour les arts en Espagne. Tandis que, dans tout le reste de l'Europe, se développaient le goût des études archéologiques et le respect des antiquités nationales, l'Espagne se couvrait de ruines et voyait disparaître quelques-uns de ses plus beaux titres de gloire. Partout la fureur aveugle du vulgaire s'attaque aux monuments contemporains des institutions qu il répudie. Le vandalisme, qui a détruit tant d 1 monastères dans la Graude- Bretagne, tant de châteaux et d'églises en France, a de même exercé ses ravages en Espagne. Maints chefsd'œuvre de la peinture et de la sculpture, renfermés depuis des siècles dans l'obscurité des cloîtres, où jamais un artiste n'avait pénétré, ont reparu alors à la lumière, mais pour quelques instants; ils allaient tire livrés à la torche ou au marteau des barbares.
Au milieu de ces scènes de destruction sauvage, un artiste, animé d'un patriotisme ardent et d'un zèle à toute épreuve, s'efforçait, quelquefois au péril de sa vie, d'arracher aux iconoclastes la proie qui leur était abandonnée. Pendant trente ans, M. Valeutiu Cardcrera a parcouru l'Espagne, à la recherche des monuments et des souvenirs de son histoire. Ni la guerre civile, ni les fatigues, ni les privations de toule espèce, .n'ont arrêté son activité admirable. Partout il s'efforçait d'édairer le vulgaire et lui prêchait le respect des arts et des gloires nationales. Il accourait partout où quelque monument était menacé, et, s'il n'en pouvait prévenir la ruine, il obtenait du moins comme une grâce de le dessiner au milieu des démolisseurs, et conservait ainsi un souvenir de ce qu'on allait perdre à jamais. Chargé plusieurs fois par le gouvernement de recueillir les débris échappés aux Vandales, ou de désigner les objets d'art qui pouvaient prendre place dans des collections publiques, il a eu le bonheur de prévenir des destructions irréparables et de conserver à son pays des richesses dont il appréciera plus tard toute la valeur. En même temps et parmi ses explorations aventureuses, il se formait un portefeuille immense de dessins exécutés d'après nature, d'autaut plus précieux qu'un grand nombre de monuments qu'ils représentent n'existent plus aujourd'hui. C'est une partie de ce portefeuille qu'il publie.
Nous avons distingué tout d'abord dans cette collection les représentations de personnages illustres, la plupart sculptées sur des tombeaux, quelques-unes peintes, provenant de monastères et d'églises supprimés ou démolis. Outre leur importance historique, ce« portraits, tous inédits et souvent très-remarquables par leur exécution, offrent à l'art et à l'archéologie une foule de renseignements du plus haut intérêt. Tantôt la disposition originale d'un monument, tantôt la renommée du personnage auquel il a été consacré, le recommandent à l'attention; ailleurs, le costume, les ajustements
fournissent à l'antiquaire un sujet d'observations neates et curieuses. M. Carderera. qui réunit justement au titre de peintre de Sa Majesté Catholique celui de membre de l'Académie de l'Histoire, s'est appliqué, avec le tact d'un archéologue exercé, à reproduire scrupuleusement tous les détails sur lesquels l'érudition moderne fonde se» jugements. Son crayon, aussi fidèle que rapide, a conservé à chaque monument ce que les artistes appellent le caractère, c'est-à-dire cette apparence générale qui frappe tout d'abord, et qui, bien mieux que toutes les traditions, accuse une époque, uu style, une école. Rien n'a été négligé pour que la reproduction de ces dessins fdt d'une parfaite exactitude, et le crayon des lithographes les a interprétés de la manière la plus fidèle.
L Iconocbu'IUE espagnole est une œuvre sérieuse, fruit de patientes recherches, de longs et pénibles vova ges. Mlle résume dans sou ensemble une grande partie de ce que le moyen Age et la renaissance ont, dans la Péninsule, produit de plus remarquable en peinture et en sculpture. C'est enfin, — que pourrions-nous dire de plus ?— l'œuvre d'un amateur et d'un artiste, et les encouragements ne peuvent manquer à un trav ail cotisrieacieux et original, qui doit combler une lacune regrettable dans l'histoire de l'art.
Archives de l'art prançais, recueil de documents relatifs à l'histoire des arts eu France, publics tous la direction de M. A. de Montaiglou. \oucelle série, livr. 1 et II. Paris, F.n. Tnoss, passage des Dcux-Pavillons, 8.
\a première série des archives de l'Art français, editee avec soin par le libraire Dumoulin, et qui ne forme pas moins de dix volumes, va avoir une suite. — l.e> premières livraisons de la deuxième série, qui viennent de paraître, contiennent une nombreuse suite de pièce» relatives à Jean de Paris, peintre et valet de chambre des rois Charles VIII, Louis XII et François I", et auv travaux de cet artiste, exécutés à Lyon de 1483 a IS:«.
On ne connaît bieu l'intérêt des recueils de documents, dans le genre des Archives de l'art français, que lorsque les volumes sont ajoutes aux volumes. C'est une tache ingrate et difficile à remplir, qui mérite toute la sollicitude des
Nous rappelons à no» lecteur, que nous avou* (ail faire puur les aboulie* du C.ABIMIT DE L AHATCUH un certain iKuubrc de reliures molilrs, disposer» de manière à recevoir vingt-quatre numéros de notre recueil. Ou peut se le* procurer au pris, ledmt de 3 fr. 10.
Chrx CASTKL, libraire, passage de l'Opéra.