‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 81 sur 151 · e Canal (B · texte numérisé non relu

e Canal (B

Le Bouquet de bois (B. 222) 10»

Iji Chaumir-re et la Grange à foin (B. 225) ir.2

1a Chaumière au grand arbre (B. 226) 102

Paysage aux deux allées (B. 230) 825

Portrait d'Abraham France (B. 273) 430

Portrait de Clément de Jonge (B. 272) 175

DESSI\S.

Kabf.l Dlmarmn. Un homme, son chien et un ane traversant un gué, signé A\ Dujardin, 1058, a la plume, lavé de sepia .«r,

Ad. Van de Velue. Intérieur de forci, à la plume, lavé de sépia 131

Wouwehmass. la Sortie d'écurie, au crayon, retouché au bistre 550

La vente a produit environ 24,000 fr.

— Une femme de beaucoup d'esprit et de grâce, madame Sabatier, s'est séparée d'une foule d'objets élégants du siècle dernier, tous très -bien choisis, meubles en marqueterie, bronws dorés, porcelaines et terres cuites, qui ont conservé le privilège d'être encore aujourd'hui ce que le luxe intérieur peut choisir de plus coquet.

Deux productions de l'art moderne brillaient cependant d'un grand éclat au milieu des ces aimables choses : Moniteur Polichinelle, une peinture magistrale de M. Mcissonnier, et le buste de madame Sabatier, par Clésinger. Monsieur Polichinelle avait tous les vices de

construction de ses pareils qui se vendent cheat Tempier : bosses énormes supportée*! par des cuisses proWésnstiques et des jambes en manches de lulais, visage apoplectique, oeil étincelaut et railleur; mais il n'y a pas d'autre mot que celui de magistral pour qualifier la vivante allure et la Derté de touche de cette belle peinture exécutée en se jouant sur le panneau d'une porte.

Le buste de madame Sabalier restera un des bons ouvrages de M. Clésinger, artiste inégal, mais qui a la rare et précieuse qualité de changer son marbre en chair qui palpite et respire.

M.Polichinclleaétéadjugéà M. le marquis d'Hertford. au prix de 13,000 francs, et le buste de M. Clésinger, pour celui de 3,350 francs.

Nous ne saurions parler ici des bonheurs du jour, des guéridons, des bras et des /eu*, si recherchés qu'ils soient ; mais un biscuit tendre de Sèvres, jeune fille nue, assise, grande comme nature, mérite une mention prliculiérc. Ou n'a pas encore rendu une complète justice aux biscuits tendres de la bonne époque ; il y a dans la série des sujets charmants modelés avec un art et un >oin qui nous ont toujours pani surprenants, et rien n'est plus doux d'aspect. Les pièces d'une aussi grande proportion (pue la jeune fille de Falconnet, qui nous occupe, sont fort rares et présentaient de grandes difficultés d'exécution : elle a été adjugée pour 3,000 francs.

— M. Charles Pillet ne serait pas le plus or cupé des commissaires priscurs, s'il n'était aussi un des plus soigneux et des plus diligents. Il vient de prendre une mesure excellente. Il a dressé avec soin une liste de tous les amateurs de Paris, en les divisant par spécialité, et il leur envoie ses catalogues sous bande imprimée. Dans 1 intérêt des amateurs et de ses clients, il peut ajouter encore à celte amélioration : c'est de les faire distribuer par une des bonnes maisons de distribution d'imprimé de Paris, celle de Dory par exemple. Il y gagnerait suri té, rapidité et économie. Dans le système ordinaire, la distribution de 500 catalogues coûte 2.1 francs au vendeur, tandis qu'elle peut être faite pour 5 francs dans le cmirt espace de trois heures, après qu'ils ont été déposes au bureau de dislibutioit. Dans la plupart des cas, les catalogues ne sont imprimés que sept ou huit jours avant la vente, et souvent moir.s encore. Si un seul homme se trouve charpé de leur distribution, elle est nécessairement incomplète, et la vente peut en souffrir un dommage énorme.

C'est assez de ces raisons pour ne pas parler de beaucoup d'autres, qui sont particulières aux amateurs qui ne reçoivent pas de catalogues, soit parce qu'ils habitent un quartier éloigné, soit pour d'autres causes.

MOUVEMENT DES MUSEES

Sans sortir de ce vaste monument ttegli l'ffici, la grande œuvre architecturale de Giorgio Vasari, 00 pouvait encore visiter deux expositions d'un grand intérêt : celle des Archives, que les voyageurs étaient admis à parcourir dans leur entier, et celle de la Bibliothèque Magliabeccbiana.

Le projet de réunion des archives de la Toscane en un seul dépôt central, n'a pas plus de dix ans de date. C'est aujourd'hui un établissement incomparable par l'ordre qui règne dans toutes ses parties, l'élégance, le luxe

Dr CABINET DE L'AMATEUR.

même avec lequel il est installéet entretenu. C'estl'œuvre d'un seul homme, M. Bonnini, seconde par quelques élèves dévoués. Ici l'hospitalité n'est ni vendue ni marchandée au visiteur; en parcourant les soixante et une salles où les documents, enfermés dans des portefeuilles uniformes, sont classés dans un ordre admirable, on foule un tapis sous ses pieds, et l'administration vous fait accepter, en entrant, un catalogue explicatif du contenu de chacune des salles.

Les trois premières salles, ce ne sont pas les plus grandes, il y en a une qui n'a guère moins de quarante pieds d'élévation, renferment les diplômes soigneusement déposés dans des armoires ; ils sont au nombre de 139,000. Le plus ancien porte la date du 20 septembre 716. Le nombre des diplômes antérieurs à l'an 1000 est de 380; de l'an 1000 à l'an 1300, on en compte 31,760. Ou peut avoir une idée du reste.

C'est dans la petite salle, dite des autographes, qu'avait lieu l'exposition. Les pièces les plus volumineuses étaient disposées dans une vitrine en forme de pupitre. Pour ne nommer par ordre de date que les monuments les plus précieux, nous citerons :

Un grand diplôme grec de l'année 1191, portant la signature en encre rouge de l'empereur Isaac-Angc Comnène. Signer avec l'encre pourpre était un des privilèges des empereurs du Bas-Empire.

Divers diplômes arabes di xnc siècle, chefs-d'œuvre de calligraphie.

Les plus anciens registres de la commune de Florence, le fameux livre dit det Chiodo, ouvert à la page qui contient la sentence prononcée contre Dante en 1302.

Un curieux contrat relatif à la vente d'un cheval, passé entre Ansclmuccio délia Ghcrardcsca et le comte Ugolino (I2N7) qui, tous les deux peu de temps après, devaient mourir dans la Tour de la Faim, à Pisr, et que Dante a immortalisés dans son Enfer.

Un beau livre compose de quatorze grandes tablettes en bois, couvertes de cire, contenant le compte des dépenses faites par Philippe le Bel et sa femme Jeanne de Navarre, pendant un voyage dans les Flandres, du 28 avril au 28 octobre 1301.

Les tablettes enduites de cire paraissent être des monumentsexclusivement français, on en conserve dans quelques collections. La bibliothèque de Genève en a six écrites des deux côtés qui contiennent les comptes de dépense de la maison de Philippe le Bel pendant les six derniers mois de l'année 1308; il y en avait à Saint- Germain des Prés, de l'année 1307, à la bibliothèque de Saint-Victor et à celle des Jésuites de Paris. Les tablettes du même genre qui sont aux archives de l'Empire concernent le roi saint Louis, celles de Saint-Victor faisaient suite à celles de Florence et allaient d'octobre 1301 a mors 1302. Tout ce qu'on connaît de monuments de ce genre doit être publié sous peu par M. de Wailly, qui s'est déjà occupé des tablettes relatives à saint Louis.

La vitrine contenait encore :

Une grande lettre de Charles VIII.

Le diplôme d'adoption de Bianca Capcllo par la république de Veuise (1579), où pend encore son sceau eu or massif.

Les lettres autographes étaient disposées sur les murs dans quatorze grands cadres. Nous ne les nommerons pas toutes. Ce sont d'abord les papes et les cardinaux célèbres: il est facile d'imaginer que tout ce qu'il y a

d'illustre y figure. — Les artistes : Lippi, Domenico Veneziano. Michel-Ange, une belle lettre du Titien, etc. — Les hommes célèbres : entre autres, Machiavel, écriture irrégulicrc;Savonarole, écriture d'une grande netteté, fort bien rangée, qui n'est pas sans analogie avec celle de l'abbé de Lamennais. — I<cs littérateurs du xv* siècle : DcmetriusÇhalcondyle, Philclphe, Bcroalde, Politien,etc.

— Les littérateurs du xvt' siècle : Arioste, le Tasse, l'Aretin, etc. — Les femmes célèbres : Victoria Coloima et Gitilia Gonzaga entre autres, deux grandes écritures dans le genre de celle du temps de Louis XIV, mais vigoureuses et fantasques. — Tous les Médicis, leurs femmes et leurs filles, sont réunis dans un même cadre.

— Les souverains étrangers représentés par des signatures, — et d'autres curiosités : Alphonse de Ferrare, André Doria de Gènes, Ludovic le More de Milan, Pier Luiggi Farnèsc, le monstre, et Malatesla Baglione, le traitre, placé ;'i côté de Francisco Ferruecio, le dernier défenseur de la liberté florentine.

Une pièce éminemment florentine manque cependant à ce magnifique eusemble de documents, c'est un autographe de Dante Allighieri. Ilatons-nous de dire qu'il n'eu existe nulle part; il n'est parvenu jusqu'à nous ni une ligne autographe ni une signature de raltissimo Posta. Il y en avait du temps de Boccace, Léonard d'Arrezo les a tenus entre ses mains pendant la première moitié du xv' siècle : tous ont disparu depuis.

l.'nc lettre du Dante serait aujourd'hui le premier autographe du monde.

L'Italie est beaucoup trop riche de son propre fonds pour emprunter à ses voisins ; il s'agissait d'ailleurs à Florence d'une exposition nationale, et celle de la Bibliothèque Magliabecchiana était exclusivement florentine. Nous citerons par ordre de date :

Le commentaire de Scrvius sur Virgile, une des premières productions de la typographie florentine , imprimée pendant les années 1471 et 1-172 par Bernardo Cenniui, un orfèvre qui s'était improvisé imprimeur, graveur et fondeur de caractères, et qui signait ses livres comme Francesco Fraucia devait signer ses tableaux un peu plus tard : Bcruardus Cennini Aurifex.

La Divine Comédie de Dante, avec le commentaire de Chri&toforo Landino, édition de Florence 1481, superbe exemplaire de dédicace au sénat et au peuple florentin, S. P. Q. F. , imprimé sur peau de vélin, relié aux couleurs de la Hépubliquc en satin mi-parti rouge et blanc, orné aux coins et sur les plats d'ornements en argent niellés d'une grande finesse.

A côté de ce beau volume, qui ne contient pas les gravures au burin de Baldini, on avait placé un exemplaire sur papier de la même édition qui renferme la suite complète des dix-neuf estampes.

Homère, ['Iliade et VOdyxsée, première édition du texte grec, d'après la copie préparée par Démétrius Cbalcoudylc d'Athènes, et imprimée à Florence en 1488 sous la surveillance de Démétrius de Candie. Deux exemplaires, l'un sur peau de vélin, J'autre sur papier.

L'Anthologie de Planudes, première édition, imprimée en lettres capitales, par Franciscus de Alopa, Florentin, 1494, exemplaire de dédicace à Pierre de Médicis, sur peau vélin, et contenant par conséquent IVpître de l'éditeur, J. Lascaris, qui manque d'ordinaire.

\; Argonautique, d'Appollonius de Rhodes, première édition également en lettres capitales, et imprimée par le

GAZETTE ET BULLETIN DU CA1MNET DE L'AMATEUR

méiueFranciscusde Alopa,cn 1496, exemplaire sur peau de vélin.

Il est difficile de voir rien de plus beau que ces quatre livres, Dante, Homère, l'Anthologie et l' Argonautiqur, imprimés sur vélin d'une éclatante fraîcheur, ornés de lettres initiales, de fleurons et de frontispices, compositions exquises d'Attavantc degli Attavanti, le plus parfait des miniaturistes de la Renaissance.

Après de semblables merveilles, l'exposition n'avait rien à gagner à être nombreuse. Elle contenait cependant quelques manuscrits autographes infiniment précieux : un volume d'extraits d'auteurs anciens de la main de Boccace ; une première ébauche du livre de Machiavel sur l'art de la guerre, un manuscrit de ses comédies en vers, deux dialogues de la main de Galiléo GaliSci.

Un grand manuscrit portugais du quatorzième siècle, fjts Miracle* de la Vierge , était ta seule fleur étraugère de cette exposition. Rempli de nombreuses figures trèsintéressantes sous le rapport de l'architecture et des costumes, beaucoup d'entre elles, qui n'étaient pas terminées, indiquaient clairement les artistes plus ou moins habiles qui avaient concouru à son exécution , l'un pour l'architecture, l'autre pour les vêtements, le maître pour les esquisses tracées à la plume d'une main légère, et pour les têtes des personnages, qui étaient terminées les dernières.

NAGASAKI (suite).

* A Nagasaki, on ne trouve guère que des porcelaines et des bronzes, et quelques-uns de ces beaux sabres à la trempe si dure et au fil si tranchant, à l'aide desquels les Japonais d'autrefois s'ouvraient, dit-on, le ventre pour un oui ou pour un non; mais sur ce dernier objet on risque beaucoup d'être dupe. Cependant je ne voudrais pas passer sous silence les magasius de soieries ; les Japonais ont une telle supériorité dans la fabrique de ces tissus, ils mettent dans l'agencement des nuances, dans le choix des dessins, un goût si pur. si délicat, que vos lionnes même, cher Parisien, ne sauraient où fixer leurs préférences. Quant aux porcelaines, vous l'avouerai-jc? pendant mon séjour au Japon, je m'étais si bien épris des délicatesses de l'art antique, que les objets de fabrique actuelle me paraissaient indignes de retenir un instant mes regards ; mais depuis que je suis de retour parmi ces grossiers fils de l'Europe (je parle des plus huppés), la richesse des couleurs et le caprice du pinceau sur les vases et les services de table japonais m'inspirent quelquefois une sorte de regret de n'en avoir pas fait provision pour mes amis de France, malgré les chances de bris et de naufrage qu'entraînent de si longs voyages.

• Ces courses au bibelot ont uu bien autre charme encore ; vous y trouvez l'occasion de pénétrer dans l'in-

II" KMUt)

Publie m>ds la «Irecllon 4e H. Etc. MOT 1842-46. Paris, Didot, 4 volumes grand in 8». figures. 'Prix : 4© franc»,

Ottc collection, complète en 4 vol., n'a jamais r te mise dans le commerce, et il u'en reste qu'un petit nombre d'exemplaire».

timitéde la vie japonaise. Toutes les maisons sout en bois, avec des cloisons en papier posé sur des cadres qui glissent sur coulisses, de sorte qu'à chaque instant il .s'opère autour de vous des changements à vue commeà l'Opéra ; vous étiez entré dans un parloir; ii peine étes-vous assis, que vous vous trouvez dans une belle galerie ouvrant sur un charmant jardin avec jets d'eau, cascatelles, rocs brisés et perspectives chinoises; la galerie s'efface, c'est un magasin ou une cuisine au milieu de laquelle chante la bouilloire à thé dont ou vous offre gracieusement une tasse; ou bien encore vous êtes dans le cabinet de toilette; là des jeunes filles déroulent sur leurs épaules découvertes jusqu'à la ceinture les ondes de leurs longs cheveux noirs; il y a une naïveté de mœurs que nous croyious n'exister qu'à Tahiti; et, Dieu veuille me pardonner une mauvaise pensée! mais il nous a semblé que plus d'une fois le marchand taxait sa marchandise suivant l'humeur galante de son chaland. Toutes réserves faites, vos marchands du boulevard et de la rue de la Paix connaissent-ils ce moyen de rendre l'acheteur coulant sur le prix des gants et des cravates?

.1 Un autre intérêt encore vous saisit dans les visites chez les fabricants : le maître, les ouvriers, les apprentis travaillent eu famille; on sent là une réciprocité d'affection qui n'exclut point le respect et dont notre génération en Europe n'a pas même l'idée. I.a vapeur, d'un souffle, flétrira cette fleur des âmes. Et parla ville, jamais ni bruit, ni querelles, ni sergent de ville, ni agent de police, comme chez les Chinois, avec leurs claquements de fouets et leur cliquetis de chaînes; sans doute, la forte éducation disciplinaire de ce peuple, où tout le monde sait lire, écrire et méditer les maximes des sages, doit contribuer au maintien du bon ordre; mais la sobriété, qui est une vertu commune à toutes les classes, explique suffisamment la douceur de mœurs de la race japonaise.

« Dans le Japon des livres, où j'avais vécu jusqu'ici, je ne m'étais jamais représenté un Japonais sans son éventail, me promettant d'en rapporter au moins un beau, bien marqué au cachet du pays. Dans le Japon que j'ai parcouru, je n'ai pas rencontré un seul habitant, quel que fût son rang ou sa classe, qui eût en main ou portât à sa ceinture cet objet que croyais si indispensable à leur ajustement, et toutes mes perquisitions n'ont abouti qu'à me faire découvrir daus le coin d'une vieille boutique quelques éventails en papier, tels que ceux qu'on vend l'été, pour cinq sous, sur le boulevard Saint-Denis. La mode eu ce point aurait-elle donc bien changé? ou bien l'usage en est-il borné à la saison des chaleurs ? Or, pendant notre séjour, la neige couvrait les montagnes, et la brise du nord transformait l'eau des bassius en blocs de glacé. »

I.E CABINET DE I.' AMATEUR (2* série) parait lotis le, mois, a partir de mars t8lil, par livraisons de 2 feuillet I,2id-4".

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