‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 93 sur 151 · AH HÉ E · texte numérisé non relu

AH HÉ E

Michel-Asoe i«co.n»*iioti. — Document» inédil» conservés au Bi1

SOMMAIRE-

[■ | Le «mi ihi Louvre et la

COLLECTION CAHPAÏ*.

NOUVELLES DES MUSÉES

L'Empereur , accompagué d'un de ses aides de camp, s'est rendu au cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, pour y voir l'installation provisoire des antiquités que cet établissement doit à la munificence de M. le duc de Luynes.

Nous trouvons dans te Moniteur les détails suivants sur la visite de Sa Majestî :

• Sa Majesté en a examiné les diverses séries en archéologue qui a étudié beaucoup de monuments anciens ; mois bien des fois Kilo a manifesté son admiration pour les monuments qu'Elle avait devant les jeux et qui surpassaient en beauté ceux qu'Elle avait été à même de voir jusque-là. Séance tenante, l'Empereur a envoyé chercher aux Tuileries des bracelets et des boucles d'oreilles en or, trouvés récemmeut dans une tombe à Alise, qui venaient de lui parvenir le matin même, et dont le travail avait beaucoup d'analogie avec un des bijoux antiques des collections de Luynes.

« Sa Majesté s'est informée du degré d'avancement des catalogues des manuscrits, appelés, a-t-Elie dit, a rendre de plus grands services encore que les catalogues des imprimé*, parce qu'ils révéleront aux hommes de travail des monuments et des documents dont l'existence ne saurait être soupçonnée. Elle a appris avec satisfaction que le catalogue de l'ancien fonds des manuscrits français et le catalogue des manuscrits orientaux allaient être mis sous presse , et que les catalogues des fonds latins de l'Oratoire et de la Sorbonne étaient fort .-.vancés.

« L'Empereur s'est montré plein de bonté pour tous les fonctionnaires de la Bibliothèque impériale qui l'ont reçu. Il a été heureux de retrouver parmi eux le savant M. Hase , qui fut son premier professeur et celui du prince son frère, et qui compte à la Bibliothèque cinquante-huit ans d éminents services. »

— Le musée de sculpture moderne, au Jx>uvre , s'est

em khi d'un bas-relief en marbre de Miuo de Fiesole, ta I ierge el l'Enfant , qui lui a été donné par un amateur distingué de Paris, M. His de la Salle. C'est un ouvrage d'un grand charme et d'une très-grande finesse d'exécution, qui a un peu perdu au Louvre à être désencadré et fixé sur la muraille toute nue. Les délicates madones florentines du quinzième siècle, faites pour être placées dans l'intérieur des appartements , entourées de bordures d'or et d'azur, comme on y suspendrait de nos jours des peintures de Terburg et de Metzu, se trouvent uu peu dépaysées dans les salles froides et nues du rez dé chaussée du Louvre.

— La Gazette de t ienne publiait dernièrement, en tête de sa première page, une lettre autographe de S. M l'Empereur François-Joseph, adressée à S. A. I. l'archiduc Reinier , et ordonnant la fondation d'un musée autrichien pour les arts et l'industrie.

Les collections de la Cour , de l'Arsenal , du Belvédère , de l'Université , de l'École polytechnique et d'autres galeries publiques devront contribuer à former le musée qui , d'après les intentions de son auguste fondateur, doit puissamment contribuer à former et à développer le gout artistique des industriels autrichiens. Les objets d'art resteront la propriété des différentes galeries d'où ils seront tirés. Jusqu'à ce que le musée puisse être définitivement formé, une galerie provisoire, pour satisfaire dès à présent aux besoins de plus en plus pressants des arts industriels , sera établie dans une vaste salle du château, li sera joint à ce musée des ateliers de photographie et de moulage en plâtre. Un comité , composé du chef de section au ministère d'État , M. Charles de Lewinsky ; de l'administrateur du Trésor et conservateur du cabinet des médailles, M. J.-Gab. Seidl ; du secrétaire rapporteur dans la section des arts au ministère d'État , docteur Heiden ; et du professeur de l'histoire des arts à l'Université de Vienne , Rodolphe de Eitelberger, est chargé des travaux préparatoires

Tou» droits rftcrvi'i.

6ti

GAZETTE ET BULLETIN

pour ta fondation du musée. Cette commission est autorisée à s'adjoindre d'autres membres , et aura à soumettre prochainement des propositions, ainsi qu'un projet des statuts , à l'empereur , qui termine sa lettre par la recommandation de traiter cette affaire comme étant de. la plus grande urgence.

— A Madrid, la construction du vaste édifice qui doit réunir au Prado de Recolelos la bibliothèque nationale, ta galerie de tableaux, le musée arc héologique, etc., etc., se poursuit aven célérité. Une commission composée de savants et d'artistes a été nommée pour présider à tout ce qui regarde l'installation intérieure des collections, et tout fait espérer que l'exposition des beaux-arts de 186-1 aura lieu dans le local qui lui a été réservé dans la construction nouvelle.

—Une tentavive de vol qui pouvait avoir de graves conséquences et qui témoigne d'une rare audace a été exécutée, pendant la nuit du samedi au dimauche, 1" février, au musée des Thermes et de l'hôtel Cluny, et, si le coupable a pu être arrêté en flagrant délit et remis par M. du Sommerard lui-même entre les mains de la justice sans qu'il ait eu le temps d'accomplir son œuvre de destruction, c'est grâce aux sages mesures de précaution ordonnées par S. Kxe. le ministre d'Ktat dans tous les établissements placés sous son autorité, ainsi qu'à l'excellente organisation des rondes militaires qui se font chaque nuit à des heures variables, et qui sont, de la part du directeur de l'établissement, l'objet de prescriptions toutes spéciales.

L'hôtel de Cluny , qui renferme un grand nombre d'objets précieux uou-sculcmcnt au point de vue de l'art, mais à celui de la valeur iutrinsèque, et qui est visité chaque jour par des milliers d'étrangers , est gardé par un poste militaire dont le chef prend part, avec les employés de l'établissement, au service des rondes qui se font non-seulement le jour aux heures où le public n'est pas admis dans les galeries, mais surtout la nuit , à des moments détermines par ordre spécial du directeur.

Daus la soirée du samedi, le sergent Hubinet, du 89* de ligue, chef du poste de l'hôtel Cluny, eutrant dans les galeries avec le surveillant Dcvillers pnr une porte de dégagement inconnue au public, s'aperçut immédiatement que de graves dégâts vouaient d'être commis dans la salle qui renferme les principales pièces d'orfèvrerie, et notamment les couronnes d'or des rois goths. SVIançant avec résolution a travers 1rs salles du musée, le sergent Hubinet a pu saisir et terrasser un individu pris ainsi en flagrant délit de vol, et qui cherchait à lui échapper dans l'ombre. L'éveil fut donné immédiatement, et le malfaiteur fut conduit au poste de l'hôtel de Cluny. Les dégâts commis une fois reconnus, et la disparition d'un certain nombre de bijoux de grand prix ayant été constatée, il s'agissait de rentrer eu possession des objets enlevés, et les mesures les plus énergiques furent prises à ce sujet, séance tenante, parle directeur du musée, M. du Sommerard.

Toutes les dispositions furent arrêtées pour que personne ne put sortir de l'établissement, et peu d'instants après tous les objets disparus des vitrines étaient retrouvés, tant par suite des recherches actives faites, que sur l'indication du coupable lui-même, vivement pressé par le directeur de l'établissement.

L'enquête ouverte, séance tenante, par ses soins, a établi les faits suivants, qui ont été constatés peu d'instants après par M. Nusse, chef de la police municipale. , Le malfaiteur était entré dans les collections à l'heure où le public y est admis; au moment de la fermeture des salles, il était parvenu à se blottir, sans être aperçu, daus un meuble de la chamelle, et avait ainsi échappé aux rondes qui suivent le départ du public; sorti de sa cachette aussitôt la nuit venue , il s'était mis en devoir de forcer les vitrines renfermant les objets les plus précieux, sai s oser toutefois allumer une bougie qu'il portait sur lui, dans la crainte de donner l'éveil aux factionnaires ; il venait de commencer son travail de destruction, et u'avait été interrompu que par l'arrivée soudaine d'une ronde de nuit, entrant par une porte dont il ne pouvait soupçonner l'existence, malgré la connaissance qu'il croyait avoir des lieux après plusieurs visites faites au musée.

Ces faits une fois établis, M. du Sommerard, ayant repris possession de tous les objets précieux enlevés dans les vitrines, et qui étaient déjà ficelés avec soin pour tenir le moins de place possible, fit conduire le coupable à la préfecture de police et le remit lui-même eutre les moins de M. INusse, chef de la police municipale, qui s'est transporté immédiatement, et au milieu de la nuit, à l'hôtel de Cluny avec MM- Démarquais et ! Claude, commissaires aux délégations, et a procédé, j dans toutes les salles du musée, et de concert avec le directeur, à de sérieuses investigations.

Le coupable a été ramené à l'hôtel de Cluny et a *ubi un nouvel interrogatoire sur place et en préseucc des i objets enlevés par lui.

Ce malfaiteur, qui refuse de faire connaître son nom, et dont l'identité n'a pas encore été reconnue, comptait s'érader par les fenêtres des galeries donnant sur les jardins; mais ses calcul* devaient se trouver déjouei par la présence d'un factionnaire qui n'est ptacé que le soir sous ces fenêtres , et dont , par conséquent, il ne pouvait soupçonner la présence.

Parmi les objets les plus importants qui avaient pu être déjà enlevés des vitrines au moment de l'arrestation, nous citerons la fameuse rose d'or du trésor de Baie, le beau fermai! enrichi de pierres précieuses , et les grandes crosses en argent repoussé de la collection Soltykofi, les objets en or trouvés à Cessous, les colliers et les bracelets eu or massif découverts à Saint-Mars-lc- Illanc, etc. Tous ces objets précieux, nous le répétons, ont été repris intacts, et les dégâts sont purement matériels et sans importance , c'est-à-dire qu'ils se bornent aux glaces brisées de quelques vitrines.

L'instruction commencée ne parait pas devoir amener tous les éclaircissements désirables sur le» véritables motifs de cette audacieuse tentative. En s 'attaquant de préférence aux objets d'or massif, le coupable ne paraît pas eu avoir seulement convoité le métal. l.es torques et bracelets antiques avaient été roulés avec précaution, de façon à les réduire, sans dommage, au plus petit volume; les crosses avaient été démontées et non brise* s ; les branches de la rose d'or, rapproche es et maintenues par des ficelles, et le voleur s'était emparé du précieux tau de buis et ivoire sculpté, qui figure au catalogue sous le n° 2790. Grâce à la vitrine construite en fer, et fermée de toutes parts par des portes de fer, les précieuses couronnes d'or gothes ont échappé à toute profanation.

L'auteur de cette tentative de vol est un homme de haute taille, qui parait avoir quarante-cinq ans, et être doué d'une force musculaire peu commune. Il dit être d'Anvers, où sa femme serait établie; détails qui ne paraissent pas certains. Un moment on crut avoir mis Il main sur le fameux Jud, avec lequel il parait avoir une grande ressemblance. Cequi est vrai, c'est qu'il était arrivé à Paris le 24 janvier. Le lendemain il avait rencontré, par hasard, une jeune femme de son pays, avec laquelle il avait passé la soirée, et les jours suivants il avait fait plusieurs visites au musée de Cluny, aux heures de l'ouverture publique. Ses dispositions étant prises, et se croyant sur du succès, il choisit la nuit du 31 janvier au 1" février pour l'exécution. Mais, pour dérouler les recherches en cas de surprise, il fit porter, dans la matinée du samedi, sa malle dans un hôtel meublé, présdu chemin de fer de l'Est, et la lit déposer daus une chambre dans laquelle il s'installa. Resté seul, il enleva de sa malle un tableau représentant les portraits de deux vieillards, peints sur bois, dont l'origine parait remonter à deux ou trois siècles, et ses papiers, comprenant son congé militaire, son acte de mariage, plusieurs lettres de famille, etc. Il forma une liasse de ces papiers et les plaça avec le tableau derrière un meuble, puis il quitta l'hôtel en annonçant qu'il reviendrait dans la soirée et justifierait alors de son identité pour son inscription sur les registres des voyageurs. Il se dirigea vers le musée de Cluny, et, chemin faisant, il acheta un de ces faux diamants de vitrier, que l'on vend pour quelques sous sur la voie publique, croyant que cet instrument lui suffirait pour couper les glaces des vitrines; mais il reconnut qu'il ne faisait que des traces imperceptibles sur le* glaces, qu'il essaya de briser avec le poing et le coude, sans succès. Ce ne fut qu'en «'emparant de pincettes trouvées dans une cheminée qu'il parvint à accomplir son œuvre de destruction. B... G... prétend n'avoir jamais subi de condamnation judiciaire; l'habitude du café est si forte chez lui, qu'il a demandé en grâce qu'on lui en donnât une tasse, offrant d'abandonner en échange tous les autres aliments de la journée. Cest sans difficulté qu'il a fait connaître les circonstances qui avaient précédé et accompagné la tentative de vol ; ce n'est que sur son identité qu'il avait refusé pendant cinq ou six jours de s'expliquer, parce qu'il craignait, disait-il, de causer du chagrin à sa famille. A la suite de ses aveux, une perquisition a été faite dans la chambre qu'il avait louée dans l'hôtel meublé de la rue de Strasbourg, et l'on y a découvert et saisi sa malle et les papiers indiqués avec le tablrau. La justice poursuit l'instruction de cette affaire. — M. le maréchal Magoan vient, par un ordre du jour, de signaler aux troupes du I" corps d'armée, la présence d'esprit, le sang-froid et le courage dont le sergent Hubinct a fait preuve en arrêtant l'auteur du vol du musée de Cluny.

Page 1