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VOYAGE DANS Z.A TURQUIE D'EUROPE

par Ami Boue.

Cet ouvrage n'est pas un recueil d'J adressions mises au jour dans quelque élégant cabinet de Paris ; ce n'est pas un Tableau de l'empire turc tracé sur un caïque du Bosphore; ce ne sont pas des Tues de l'Orient prises par quelque midshipman depuis le pont d'un bâtiment de guerre croisant dans l'Archipel. M. Bouc est venu au monde dans un temps où tout cela était déjà fait; mais il s'est dit que la Turquie d'Europe restait néanmoins peu connue des européens, par la raison que ni l'officier anglo-indieu, pressé de revenir en Angleterre, ni l'homme de lettres impressionnable de Paris, ni le midshipman de l'Archipel, ni le touriste du Danube ne savaient ce qu'il faut pour faire connaître un pays à leurs lecteurs. M. Boue n'a trouvé nulle part de données positives sur la géographie physique et sur l'histoire naturelle de la partie continentale de la Turquie, et il a acquis les connaissances nécessaires pour remplir cette lacune. Il s'est dit que la Turquie est habitée par des Turcs, des Grecs, des Albanais, des Slaves surtout, et il a, pour visiter ces diverses nations, appris le slave, le grec, le turc. C'est avec ce bagage qu'il s'est mis en campagne en 183G, en compagnie de quelques savans allemands et français, et c'est après quatre années de voyages et de recherches qu'il se présente au public avec deux mille quatre cents pages grand in-octavo, dont nous nous (proposons de rendre compte à nos lecteurs.

Peu de personnes ont, autant que M. Boue, contribué à bien faire connaître la géographie physique de cette partie de l'empire ottoman. Il l'a étudiée et l'a décrite avec l'œil du géographe ; et tout en faisant regretter que le manque de bonnes cartes empêche de le suivre toujours facilement, la clarté de son exposition est aussi propre que possible à faire disparaître cet inconvénient.

Le baromètre, en main, M. Boue a déterminé la hauteur de près de douze cents localités. Ce nombre équivaut, pour le résultat, à un nivellement de la surface de l'empire turc.

Quoique rien ne ressemble moins à l'Italie que la Turquie pour le tracé horizontal de sa configuration géographique, M. Boue saisit habilement des analogies géologiques entre ces deux péninsules, et les doeumens qu'il nous fournit par ses mesures barométriques permettent de trouver des rapports d'un autre genre. Leur tracé irrégulier n'exclut point la symétrie. La vallée du Danube, dont le niveau est peu élevé au dessus de la mer, est le pendant de celles du Pô et de l'Ebre, et sépare comme elles le corps de la péninsule des chaînes élevées qui en sont la limite septentrionale. L'intérieur de l'Espagne offre, en Castille, un plateau de mille huit cents à deux mille pieds de hauteur. L'Italie n'en offre qu'un rudiment dans le bassin dont le lac Fucino marque le centre, élevé, selon M. de Zach, de deux mille pieds également. Dans la Turquie, enfin, M. Boue signale l'existence d'une région élevée, entre la Macédoine et l'Albanie; plusieurs bassins lacustres eu occupent les cavités et offrent avec les lacs de l'Apennin une analogie frappante de hauteur. Le lac de Castoria, semblable au fond d'un cratère, est à une hauteur de mille neuf cent vingt-trois pieds, et celui d'Ochrida à deux mille qumze. Ce lac est le plus beau et le plus élevé de la Turquie: il peut avoir sept lieues de longueur sur une et demie dans sa plus grande largeur ; ses rives sont bordées de petits escarpemens calcaires ; de

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deux côtés les pentes des montagnes sont fortement boisées ( i des villages se cachent ça et là dans les anfractuosités des falaises. D'un autre côté, Ochrida avec sa butte, le mont l'ieria et son vieux château romain, qui fut la résidence «lu roi bulgare Samuel, font, à peu près, l'effet de Genève au bout du lac Léman. Cette comparaison paraîl d'autant plus naturelle, que les eaux bleues du lacd'Ochrida l'emportent peut-être en transparence sur celles du r.hiine a sa sortie du lac suisse, l.a dénomination de Lycbnidus, delychnis, translucide, lui était bien due, puisqu'on aperçoit les poissons au fond de l'eau depuis cinquante à soixante pieds de hauteur.

Dans la plaine qui s'étend au midi de ce lac. existent d'autres lacs de inoindre étendu, entoures de vastes marécages, île manière qu'il paraîtrait que ces masses liquides n'en formaient jadis qu'une, n'étant encore séparées que par des prairies humides, plus ou moins étendues, Minant la saison. Il est même possible qu'une fois ces eaux aient été réunies à celles du lac d'Oclirida et du lac de Castoria, Lorsque les premières avaient un niveau supérii ur

L'Épire présente un certain nombre de lacs cràtériformes de bassins circulaires ou ovoïdes de montagnes; il est remarquable aussi par la quantité de ses cavités sans eau. de ses étangs ou cours d'eau disparaissant dans certaines saisons, ainsi que par ses gouffres et ses ri\ieres souterraines, l.e plus bel exemple de ces dernières se trouve dans l'écoulement des eaux du lac de .lanina. qui est c pose de li réunion du

lac île Labscbistas et de celui de .lanina. Ces deux bassins sont réunis par un canal si étr ut, si parsemé d'îles et si rempli de roseaux, qu'on peut prévoir un jour oit il y aura deux lacs au lieu d'un dans cette cavité. Sur les bords de ce canal sont des tourbières, qui remplacent en partie le manque de bois de chauffage dans ce bassin. En général, les lacs les moins profonds tendent journellement à diminuer; les bords de de celui de Jauina ne sont plus en partie qu'un vaste marécage où croissent des roseaux. Ces tristes eaux paraissent noirâtres, à cause de leur fond tourbeux : elles ont eu jadis un niveau plus élevé, et il est possible que le déboisement presque total des montagnes voisines ait contribué i diminuer cette masse liquide, qu'on ne pouvait pas mieux choisir que pour la place de l'Àchéron. Ces lacs sont alimentes surtout par des Inrrens venant des hauteurs, ainsi que par des sources souterraines d'une température peu élevée. Leur niveau est à mille cinq cent ou mille six cents pieds au dessus de la mef.Uls déversent leurs eaux dans le golfe il' trta et dans la mer Ioniennne à la fois, par un certain nombre de canaux souterrains dont quelques uns forment des goût'

Le lac de Scutariest le plus grand de L'Albanie septentrionale. M Boue

le considère comme ayant du jadis servir de réceptacle aux eaux du Drin, qui a maintenant une embouchure distincte de celle des eaux du lac. La plaine qui le sépare de cette rivière n'a qu'une largeur de deux lieues et offre des ondulations de vingt a trente pieds seulement plus élevi [| .

s>n bassin. < ta trouve, dans son pourtour, les indications d'un changement de niveau et de vastes marécages Ses bords présentent en d'autres endroits un long talus qui pourrait devenir en entier un parc délicieux, si les habitans savaient, comme les Egyptiens^ ranimer en été la i tion,en montant les eaux du lac jusqu'au liaut de ce plan incliné, el i n bonifiant les parties trop graveleuses du sol. Ses eaux poissonneuses baignent le pied des chaînes Monténégrines et réfléchissent quelques Ilots et rocheux dispersi s i leur surface Les provinces de la Turquie dont les eaux se déversent dans le bassin du Danube, ont un sol à la fois plus boise et mieux arrosé que les revers opposés des montagnes auxquelles elles sont adosses. L'agriculture y possède des ressources plus constantes, et les rivières navigables sont assez nombreuses. Ces rivières portent souvi turc de ILarasou

(noire eau), ou son équivalent slave de Tchornitza ou Tchoma Rieka (noire rivière Cette dénomination si fréquente a été donnée pn ment parce que les rivières, serpentant entre des montagnes de teintes vertes ou noirâtres, ont de loin loir d'avoir des eaux noues, surtout si ces montagnes sont boisées.

L'Albanie, l'Herzégovine et L'Epire contrastent fortement avec la Bosnie, la Servie et la Valaclue. par l'aspect rocheux, âpre et un de leurs montagnes, par la rareté des sources el par la nature torrentueuse des rivières qui les traversent, Celles-ci, dans les temps d'orages et de pi mes, sont momentanément des torrens furieux el très dangereux, occupant dans les plaines un vaste lit qu'ils couvrent de cailloux, tandis qu'au gros

de l'ete elles sont réduites a quelques filets d'eau I .es eaux d'Albanie se déversent ainsi dans la nier par beaucoup de canaux, sans pouvoir guère être utilisées que pour l'agriculture et le flottage.

Les chaînes calcaires des montagnesde l'Herzégovine offrent un grand nombre de rivière* qui disparaissent dans les fentes des rochers nu dans des vallons encaisses, pour reparaître dans des bassins inférieurs. La végétation y est brûlée en été, el les paysans sont forcés d'avoir recours l des citernes. L'Albanie, comme la Grèce, participe au système particulier d'écoulement souterrain de la plupart des eaux de l'Herzégovine , parce qu'elle a un sol analogue et n'est en partie qu'un prolongement des mêmes chaînes.

Les sources thermales sont en grand nombre dans toute la Turquie d'Europe; M. Boue en cite soixante-seize, dont un tiers au moins portent le nom slave de ha nia bain ; il est.asse/ Singulier d'en trouver une en Macédoine qui porte un nom arabe dont le sens est le même, Hammam .source chaude', l.e nombre des sources simplement minérales peut être fort considérable; niais comme les indigènes n'y attachent pas la même importance, il est moins facile à déterminer, et le hasard seul peut conduire le voyageur à en faire la découverte. M. Boue compte vingt-cinq sources acidulés dans la seule Bosnie, el une vingtaine de sources hépatiques, muriatiques, ferrugineuses, dispersées dans d'autres parte- de l'empire: on conçoit aisément que ce ue doit être qu'une faible portion de celles qui existent et que d'autres vov.ie.es pourront faire connaître.

lis eaux minérales connues sont, pour la plupart, thermales et hydrosulfureuses, parce que les Turcs recherchent cette espèce d'eau, à cuise de leur habitude de se baigner très souvent. Ils ne font guère .il

tention aux eaux minérales froides, à l'exception de quelques eaux acidulés salines. Les eaux chaudes se trouvent dans toute la Turquie, à l'exception de la Bulgarie et de l'Albanie. Elles sont alignées du nord au sud, ou bien au pied des chaînes, au centre de la Turquie, et alors en relation avec les roches trachytiques. Une zone ignée E.-O. nous est in diquée, au centre du pays, par un grand nombre de sources. La premii re

esl non loin de la mer Noire, a deux lieues et demie .1 l'Est il' \idos et a peu de distance du pied du IbilUaii ; il v a, dans le sol pv roxenique . un bain thermal sulfureux, connu de toute antiquité et sous le Bas-Empire sous le nom d'Ancluale , maintenant Ighiolu. il est très visité en été, • ■ni soit isolé et sans autre habitation que des huttes élève provisoirement. Certains baigneurs paraissent même c

sur leurs chariots en partie couverts.

î)Ondance d'eaux thermales se continue de l'Europe eu \sio

Ainsi de nombreuses sources chaudes sortent ,!u pied de l'Olympe à Broussa, dans la plaine voisine, sur la pente du plateau ou et. ut bfltie

Alexaiiilria-'lroas. a Siuvrne el dans plusieurs districts voisins I ne circonstance remarquable est l'uniformité de leur composition chimique,

Car elles soiil tOUti plus ou moins h\ drosull'ureuses 11 v en a. a la vé

rite, qui le sont extrêmement peu, comme ceUe des deux Bania . pie- d< de la I ruade, etc. ; mai- < . i , diminution dans l'hydrogène sul-

Ul s'expliquer naturellement par son - I i p u

la longueur du trajet que ces eaux ont eu à parcourir sous terre M i i li la température, car si cite dernière offre beaucoup

de variations d'une source .1 l'autre, ces différences peuvent pro aussi bien du genre des milieux traversés, de la rencontre d'eaux fro des, du niveau dessources, que de i intensité variable de l'agent igné qui nie- c Ile température élevée.

Quelques unes de ces eaux onl déposé jadis beaucoup de tuf calcaire, et indiquent ainsi qu'elles contenaient de lucide carbonique et de la

chaux. M. Boue cite pour exemple l'eau de Bania , près de Nissa, sans odeur d'hydrogène sulfure, et qui laisse encore échapper un gaz dont la chaleur parait au baigneur plus grande que celle de l'eau. Un semblable dépôt se retrouve aussi aux Ttiermopyles et à Broussa en Asie, où il occupe une étendue de trois quarts de lieue sur un quart de lieue de largeur et présente une épaisseur de cent pieds. A Baden, près de Vienne en Autriche, une niasse de tuf calcaire indique par ses coquillages, dont une pàludine n'existe plus dans le pays, que c'est une formation bien ancienne de la source.

La température de ces différentes sources est de 00° c. dans la Troade ; de 47° à 54' dans l'ile de Samothrace; de 42° à 84° c. à Broussa; de 73° à Cihiustendil. Celle des Therraopyles, suivant le docteur Holland, environ 40° c. On peut cuire des reufs dans les eaux de Samothrace. 11 est remarquable de trouver des ulves et des couferves croissant dans quelques unes de ces sources, malgré leur chaleur.

Parmi les eaux de la Bosnie, celle de Kiseliak (aigre) est la plus chargée d'acide carbonique. On a taillé autour des sources un carré qu'on a entouré de planches et d'une barrière. Les trois auberges voisines ne suffisent pas en été pour contenir les personnes qui viennent quelquefois de fort loin pour boire ces eaux. Des huttes de feuillage abritent le surplus des étrangers. L'eau de Kiseliak a une température de 10° c, l'air étant à 17° et demi, et l'acide carbonique libre s'en échappe à gros bouillons ou par bouffées, et en si grande abondance qu'on ne peut se tenir long-temps accroupi près de la surface de l'eau sans ressentir certains effets désagréables provenant de ce gaz délétère. L'eau, fort acidulé et agréable à boire, dépose, comme à Pyrmont, une espèce de sédiment jaunâtre ferrugineux. Comme il y a sur la même ligne que les sources acidulés et thermales de la Bosnie, plusieurs eaux très ferrugineuses, il semblerait que les eaux minérales acidulés ne prennent leurs parties ferrugineuses que dans les couches superficielles du sol.

Les trois sources tièdes de Bania-Louka paraissent avoir été employées par les Romains, et donnèrent lieu jadis à l'établissement de trois bains turcs ; mais aujourd'hui il n'y en a plus qu'un qui ne soit pas tombe en ruine.

Dans aucune partie de la Turquie le peuple des campagnes ne témoigne un grand empressement pour la découverte des mines que son territoire peut renfermer, certain qu'il est de n'en pas recueillir d'autres résultats que des corvées ou des impôts additionnels si elles sont mises eu exploitation. Les mines de la Servie paraissent avoir été exploitées fort anciennement, et les minerais exploitables ne sont guère connus que dans cette province, parce qu'elle a été quelque temps sous le gouvernement autrichien, qui a fait faire des recherches à cet égard. Elles renferment surtout du sulfure de fer et de la galène quelquefois argentifère. Les Turcs les abandonnèrent à des bandes de brigands. SousTcherny-George on les reprit partiellement. In mineur du Banat fut enlevé à cet effet de nuit et retenu en Servie. Eu 183G, M. de Herder, capitaine des mines de la Saxe, a visité, à la demande du prince Milosch, les principaux gîtes métallifères de ce pays.

La Bosnie contient probablement tout autant, si ce n'est plus, de minerai que la Servie ; mais peu de localités en sont connues , vu l'ignorance des babitaus. Il parait incontestable que ce pays contient même d'autres métaux que du fer, et que, sous le dernier roi, Etienne Thomasévitch, il v avait un ministre spécialement affecté à la direction de cette branche du revenu public. D'anciennes exploitations, peut-être romaines, de plomb argentifère, existent, dit-on, près de la ville de Serebernitza (ville d'argent). Le mont Zlatibor (mont d'or) passe, à tort peutêtre, pour être riche en or, car le mica jaune et blanc est pris trop souvent pour de l'argent par les ignorans. Pline prétend que les Romains avaient une mine d'or dans le Zlatnitza (d'or), et plusieurs rivières de la Bosnie passent pour charier des paillettes de ce métal.

Les montagnes de la Haute-Mœsie, entre la Macédoine et la Servie, renferment positivement des minerais argentifères, surtout aux environs de Novo-Brdo (uouvelle montagne). Les historiens parlent même d'or,

et M. Boue considère le Pengéedes anciens comme ayant pu être situé dans ces montagnes voisines de la fameuse plaine de Cassova. D'après les anciens historiens, il y avait en Ulyrie, dès le milieu du premier siècle de notre ère, des mines qui donnaient une grande quantité d'or. Eu l'227, les mines de l'ancienne Servie rendaient des produits assez considérables pour qu'on lit venir des mineurs d'Allemagne. C'est aussi dam le milieu du treizième siècle que prirent naissance la plupart des colonies minières allemandes en Hongrie. Une colonie de mineurs saxons a existé surtout près de Novo-Brdo. De 1427 à 1437, les mines de la Haute- Mœsie furent concédées par George, despote de Servie, à la république de Baguse, moyennant une ferme annuelle de deux cent mille ducats. Néanmoins les Ragusains en tirèrent un grand profit, parce qu'ils n'exploitèrent que les parties les plus riches, sans songer à utiliser entièrement ces gisemens. Les historiens évaluent encore à cent vingt mille ducats le produit annuel de ces mines a l'époque de la conquête de Conttantinople par les Turcs. Lorsqu'en 1355 le sultan Mohamed II prit Novo-Brdo, le roi George de Servie, annonçant ce désastre au roi de Hongrie, désigne ces mines comme caput patriœ, et ob mineras nervi bellum. L'époque où les travaux cessèrent doit être fort éloignée, puisqu'il n'en reste dans le pays que le souvenir.

On exploite en Yalaehie des masses considérables de sel et de cuivre, ainsi que dans la province voisine de Transylvanie.

Il est remarquable que l'on ne trouve point de basalte ni de sel dans le reste de l'empire, et presque aucune trace de gypse. D'uue autre part, l'ancienne activité volcanique s'exerce encore sous le sol turc crevassé en produisant un nombre considérable de sources thermales 'alignées le long des chaînes ou des éruptions ignées. Le basalte est remplacé par de grandes masses de porphyre pyroxénique; enfin dans l' Asie-Mineure, il y a de véritables volcans éteints depuis les temps historiques, ou du moins depuis les époques géologiques extrêmement récentes.

M. Boue atteste que le déboisement des collines, cette plaie presque générale de l'agriculture contemporaine , s'est propagé en Turquie hors de proportion avec les besoins d'une population clair-semée sur un sol fertile. Les plaines de la Tbrace et de la Thessalie sont tout-à-fait dépourvues de bois, et même quelquefois sans arbres isolés. Dans certains points, ce manque de forêts est un accident naturel, comme dans la (daine orientale de la Hongrie ; mais ailleurs , et surtout vers la mer de Marmara, le pays a été dénudé ainsi de mains d'hommes. On ne voit de bois dans la plaine de Tbrace que dans son fond tout-à-fait occidental. La chaîne côtière de la mer Noire est encore assez boisée çà et là ; niais dans les collines au pied oriental du Rhodope, les forêts sont dégénérées en broussailles de chênes et d'épine-porte-chapeau {Paliurus acukatus). L'intérieur de la Macédoine offre aussi assez de montagnes, probablement jadis boisées, qui sont aujourd'hui dénudées et incultes. Ce fait se représente dans une grande partie des montagnes de la Mccsie , de la Moyenne Albanie, de l'Épire et de la Chalcidique. Dans ces contrées, toutes les grandes vallées et les plaines sont généralement déboisées depuis long-temps , ce qui n'est pas le cas pour la Haute-Albanie. Dans la Mœsie Supérieure il y a quelques bois sur le cours supérieur de la Morava et des taillis de chênes qui ne datent au contraire que de l'époque où les Serbes abandonnèrent aux Turcs la possession de ces contrées.

D'un autre côté la nudité :de certaines montagnes calcaires dépend de la nature des rochers escarpés ou trop arides. La décomposition de ces roches y produirait à la longue de la terre végétale si les fendillemens ne donnaient pas aux eaux pluviales tant de facilité pour enlever les portions déjà terreuses à mesure qu'elles se forment.

(Bibliothèque universelle de Genève. — La suite prochainement,)

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