CONSEIL DE DISCIPLINE DE LA QUATRIÈME LÉGION
i.'S tambours et la grosse caisse1....
Le président. — Qui est-ce qui se nomme Lapivonite?
Un gros monsieur. — Vou* dites Lapivonite ?
Le président. — Oui, monsieur Lapivonite.
le gros monsieur. — C'est moi, pour vous servir.
I. • président. — Vous êtes accusé d'avoir manque l'heure de votre faction et d'avoir disparu du poste?
Le gros monsieur. - - Je n'ai jamais mis les pieds dans aucun poste au mon e, je m'en déclare incapab'c... ayant la vue bass ■.
Le président. — Ce n'est donc pas vous qui êtes marchand de bijoux en faux ?
Le gros monsieur.— Je vous prie de croire que je n'ai jamais rien livré de faux à la consommation publique.
Le président. — Quel état exercez-vous donc?
le j ros monsieur.- Je suis grosse caisse lyrique et suis né en Bavière en 1794.
Le président. — Il y a donc erreur Avcz-VOUS un homonyme dans
vou e maison '.'
Le gros monsieur. — Il est déménagé depuis siv mois.
Le président. — Vous pouvez vous retirer, monsieur; le conseil vous tient quille.
Le gros monsieur. — Moi je ne donne pas quittance au conseil; voila
la différence; vous saurez que le premier jour de cette année, madame Lapivomïe dormait sur les deux oreilles, lorsqu'un coup de poing retentit à ma porte, accompagné de plusieurs autres.— Qui est là ? deman- ,iaj jc : Sous la porte, me répond-on ; je regarde; on me passe le billet suivant :
De vos tendres tambours, ah ! recevez l'hommage
Qu'ils viennent vous offrir au premier jour de l'an;
Pour leur cher caporal ils vont faire tapage,
Et vous allez entendre un glorieux boucan.
Dieu vous donne fortune, honneur, jours sans soucis,
Femme gentille et santé forte.
Nous voulions vous donner deux oranges aussi, Mais elles n'ont pas pu passer sous votre porte. (Rires.)
Messieurs , leur dis-je , je n'ai pas l'honneur de vous connaître; faiics moins de bruit, car ma femme est malade. — Avez-vous fait passer les cent sous a'usage? — Comment, cent sous! je ne suis pas de la garde nationale . je ne donne rien. — Ah ! bon ! fait l'un des tambours , je vois ce que c'est... il n'est pas content, le caporal , parce qu'on n'a pas battu un ban ! La dessus , ils descendent , et sous ma fenêtre ils font un sabbat de tous les diables. — Ma femme crie en se réveillant; je passe la fenêtre à mon cou et je leur crie , allez-vous-en , canailles, vous incommodez mon épouse au plus haut degré. — Bon , bon , dit le plus vieux de ces affreux musiciens, je vois ce que c'est , il veut un ban double, l'orgueilleux; enfin, vous l'aurez, bourgeois, vous l'aurez le ban double, et ils continuent à crever leurs caisses (rire général). — Hommes infâmes, que je leur crie, laissez-moi la paix ou je cherche la garde ; je le dirai à votre général. — Il se plaint encore, poursuit le tambour-maître ; il veut qu'on lui battp la générale. Là-dessus ils me font un roulement affreux : j'ai cru qu'il pleuvait des pots de cheminée (rire prolongé). J'ai jeté cent sous pour les faire taire. Je les réclame au conseil.
Le capitaine-rapporteur. — C'est encore une erreur; on vous a pris pour le caporal Lapivonite.
Le gros monsieur. — Le même qui vendait les bijoux en faux?
Le capitaine-rapporteur. — Le même. Je ferai venir les tambours qui vous ont rendu les honneurs dont vous vous plaignez, et l'argent sera remis en vos mains.
Le gros monsieur, avec bonhomie. — Ils l'ont peut-être déjà bu ; çà les gênerait de le rendre, ainsi qu'ils le gardent... mais je vous en prie, messieurs, plusd'honneursbruyans ; si j'en voulais, je m'en rendrais tout seul... je suis grosse caisse (hilarité).
{Audience.)
Hante îjcô illote.
Tantôt enseveli sous un linceul de neige, tantôt couvert d'une épaisse couche de bone, tantôt enfin cuirassé de verglas, Paris ne permet point au monde fashionable de quitter les vêtemensles plus chauds.
Ainsi, au sortir du lit, ce sont d'amples robes de chambre en flane'le chinée ou à dessins bizarres que préfèrent nos dames Us plus élégantes. Pour aller en ville, ce sont les robes en casimir, les bournous, les pelisses à la bonne femme, à la reine, à la duchesse, les manteaux algériens , les doubles chaussures , les chapeaux de velours , les manchons, etc. Toutefois, en recommandant tous ces vèlemens, qui sont également en faveur, nous ne prétendons pas qu'ils ne soient pas sujets à de grandes distinctions. Dans l'empire de la mode plus que partout ailleurs , il faut beaucoup de tact et de discernement. Ainsi , le par-dessus dont on se sert pour aller à pied ne doit point être celui dont on s'enveloppe en voiture ; et celui qui sied à une dame ne pourrait être porté par les jeunes personnes. Nous conseillons à celles-ci de ne point s'écarter du genre bournous et mantelets. Les éebarpes ouatées leur conviennent parfaitement aussi bien que les chapeaux de peluche bouclée blanche ou grise à reflet rose. Nous avons vu de ces chapeaux dont les ornent ens consistaient en une suite de coques en même peluche posées sur l'un des cOtés
de la passe. De semblables coques, mais plus petites, disposées en berthes, encadraient la figure.
Nous recommandons à nos lectrices les deux toilettes qui sont représentées dans notre gravure de ce jour. Celle surtout dont la robe est en velours vert nous a paru être d'un goût très distingué. Le marabout, à son extrémité blanche, est moucheté de petites plumes mates qui forment en quelque sorte une pluie de feuilles de roses. Les couleurs du marabout rappelées sous la passe du chapeau produissent un charmant effet. Nous avons remarqué sur la tête d'une jolie blonde un chapeau de velours épingle gris tramé de violet , et ayant pour ornement une longue plume qui tombait sur le côté, et qui était formée d'une multitude de petites plumes violettes à bout blanc. Ces petites plumes étaient disposées de façon à se bien détacher les unes des auires , ce qui donnait à l'ensemble beaucoup de légèreté ; sous la passe on avait placé trois marguerites violettes de chaque côté.
Nous donnerons encore 1 ; détail d'un autre chapeau qui fait partie d'une toilette complète expédiée pour l'étranger et qui convient parfaitement au teint brun de la personne à laquelle il est destiné.
Ce chapeau est aussi cie velours épingle, mais de couleur paille à reflet blanc. Deux plumes blanches dont on a couvert la côte d'un marabout paille, sont placées sur le côté de la passe. La plus longue vient en serecoquillant garnir le bavolet. Le dessous du chapeau est orné de petits marabouts blancs et d'épis en chenille [.aille.
Bien que les plumes acquièrent chaque jour plus de vogue, et que beau coup de coiffures de spectacle, de soirée et de bal eu soient formées, on ne peut cependant oublier les (leurs qui sont encore le plus bel accessoire de 1a toilette des jeunes personnes. Nous leur conseillons d'employer des guirlandes sans feuilles. Nous en avons remarqué dont les Heurs assez grosses vers le milieu venaient en s'amoindrissant aux cxtrénrtés. On les attachait avec un nceitd dans les coques du chignon. Le même genre de monture se retrouve dans des couronnés-chaperons placées sur le côté de la tête. Ces chaperons vont fort bien sur des touffes de cheveux bouclés.
En dépit de la mode, nous ne pouvons nous empêcher de blâmer les lire-bouchons si longs et si lisses que quelques dames ont adoptés. Ils nous rappellent ce qu'il y a de plus disgracieux dans les ligures de pierre qui ornent les monumens gothiques.
Nous terminerons en décrivant une toilette dont l'ensemble, plein de fraîcheur, nous a paru digne de remarque.
Le dessous était de salin rose pâle ; la robe, en tulle de même nuance avait trois ruches en tulle également et de diverses grosseurs dont la plus forte était placée tout à fait au bord de la jupe. Ces ruches, après avoir fait le tour de la robe, venaient en s'amoindrissant se rattacher sur le côté au bas de la taille où elles étaient retenues par uoe Ileur rose, en tissu d'Orient. Le corsage plat avait une hcrtlie bordée d'une petite ruche également en tulle rose, de grosseurs inégales. Des Heurs roses, en tissu d'Orient, servaient d'attache aux marabouts roses qui, placés dans le chou de la coiffure, revenaient un peu sur le devant pour accompagner le visage.
Théâtres.
TIIÉ.\TF,E DES VARIÉTÉS. — Si nos Femmes le savaient! vaudeville
en un acte, par MM. Liîfkakc et Emmanuel Gonzalez
( La scène se passe à Lunéville. )
M. de Bussières, capitaine de lanciers, et M. de Taverny, son lieutenant, s'ennuient des manœuvres qu'on leur fait faire et dont ils n'apprécient pas suffisamment l'importance. Au lieu de chercher des distractions que la vertu puisse avouer, ils se livrent à tic mauvaises pensées avec beaucoup de hardiesse, en sorte que, pour devenir tria coupables, il ne leur manque que l'occasion ; cl pourtant ils sont mariés l'un et l'autre.
Or, leurs femmes qui ne reçoivent pointée leurs nouvelles et qui tiennent à s'en procurer , prennent chacune le coupé d'une diligence et ar-
rivent à Lunéville sans y être attendues. Conduites au même hôtel, elles ne tardent pas à faire connaissance et à se confier réciproquement leur commune anxiété ; puis elles se séparent pour aller faire leur toilette.
Bientôt survint le capitaine Bussieres qui n'a pas vu sa femme, mais qui a rencontré M"" de Taverny, dont les beaux yeux ont dtnné le coup de grâce à sa fidélité maritale. Hardi dans ses desseins el prompt à les exécuter, le galant oflicier lance un billet doux sous la porte de M"* de Taverny ; après quoi il se retire très satisfait de lui-même et plein des plus douces espérances.
I.e lieutenant, qui croit également se sentir très épris des al traits de M"' de Bussieres, accourt à son tour muni d'une missive qu'il a remplie d'une foule de choses tendres, et la glisse sans plus de remords sous la porte de la belle inconnue.
Soit par vertu, soit peut-être aussi par l'effet d'une secrète vanité, les deux voyageuses n'ont rien de plus pressé que de se communiquer les lettres qu'elles ont reçues et dont l'écriture leur fait aisément reconnaître les auteurs. Animées d'un égal ressentiment, elles conviennent de se venger et d'accorder les rendez-vous qu'on leur demande... en changeant toutefois d'appartement.
Des réponses aussi promptes et aussi décisives satisferaient les plus exigeans. 11 ne saurait y avoir qu'uue opinion à cet égard. Aussi les maris s'abandonnent-ils à la joie la plus vive , sinon la plus pure , lorsqu'une circonstance imprévue vient révéler à chacun d'eux l'arrivée de sa femme et la doace faveur dont elle se propose de récompenser les feux nouveaux qu'elle a fait naître.
Il faudrait sans doute être entièrement dépourvu d'un cœur d'homme pour ne pas comprendre les divers sentimens qu'une pareille découverte doit exciter dans l'ame de ces époux infortunés, de ces guerriers non moins sensibles au point d'honneur qu'aux charmes de la beauté. Trop avancé dans la science des choses d'ici-bas pour n'avoir point entrevu dès l'abord tout le parti qu'il allait retirer du succès de ses premières démarches, chacun deux mesure, à la portée du coup affreux dont il menaçait la tête ennemie, la grandeur des maux qui lui étaient réservés a lui-même. Aussi une fougue toute française les porte-t-elle à laver leur injure dans les Ilots d'un sang généreux lorsqu'une réflexion judicieuse fait tomber de leurs mains les armes avec lesquelles ils vont se couper vaillamment la gorge.
Cette réflexion, c'est encore la vengeance qui la dicte, mais la vengeance utile, la vengeance éclairée, la vengeance, en un mot, telle qu'on peut ia concevoir au siècle des lumières.
Au lieu d'assurer par un combat à outrance l'impunité d'une nu moins des deux infidèles , ils veulent vivre désormais pour leur reprocher leur crime, et pour jouir de leur confusion. Ils se réconcilient donc, ils s'embrassent, ils se promettent une amitié éternelle, et, abjurant désormais tout sentiment de jalousie , ils conviennent de se présenter aux rendezvous nocturnes qui leur ont été accordés; en sorte que M"" de Buse trouve avec M. de Taverny dans la chambre de M * de Taverny, et de Taverny reçoit M. de Bussieres chez M"" de Bussieres. On conçoit que ce double quiproquo, auquel d'ailleurs la colcie dont les deux couples sont possédés ne permet pas de supposer des conséquences bien graves Délaisse pas de donner lieu à des développemens / piquons, et que les dames, s'estimant fort heureuses de se tirer avec honneur d'une position qui avait dû leur paraître fort dangereuse et fort embarrassante, se mondent très disposées à pardonner à leurs maris.
Cette pièce, qui n'a guère d'autre défaut que d'être un peu trop libre, a réussi, et continue à attirer la foule aux Variétés. I.e public applaudit M"« Oli\ier, qui joue très bien, et M"' Alice Ozy, qui est for! jolie.
Macaroni , ou Malien de cuisine, vaudeville en un acte, par MM. Varin et Jules Cordier.
Celte pièce, que le public avait d'abord accueillie assez froidement, a fini par obtenir un vrai succès. On l'applaudit maintenant tous les jours.
Macaroni est garçon de cuisine d'un restaurateur italien chez lequel il a appris tout ce qu'il sait de la langue du lasse et de l'Arioste, c'est-à-dire la nomenclature contenue dans la carte du dîner, ni plus ni moins.
Partisan déclaré ùi pacha d'Egypte, Macaroni n'a pu faire adopter ses opinions à son maître. Celui-ci, désespérant de le ramener lui-même à des sentimens plus favorables à la Porte-Ottomane, lui fait passer le seuil de la sienne avec une énergie qui réveille dans nos cœurs le triste souvenir d'une autre exclusion.
Privé de sa place. Macaroni se voit contraint d'entrer au service de M. Chamouillé, qui le charge d'enseigner l'italien à sa 011e, la charmante Nini.
M. Chamouillé oit entier : maître de son temps, il se donne les plaisirs de la promenade et du spectacle, el ne pouvant surveiller lui-même sa fille qu'il veut cependant garantir des séductions auxquelles l'expose son âge et sa beauté, il l'a placée sous la direction de M " Ste \marante, veuve d'un ancien oflicier de l'armée impériale.
Macaroni, qui ne peut remplir auprès de son élève les fonctions doni il s'est chargé, s'en est attribué d'antres plus conformes à ses inclinations ; il s'occupe avec assiduité à lui apprendre le langage du cœur et relui de» yeux. La dame Ste Amarante qui, en femme expérimentée, n'a pas tardé à reconnaître le manège auquel se livre le digne professeur, bien loin de s'y opposer, lui témoigne une bienveillance toute maternelle et lui offre de travailler à lui faire obtenir la main de Nini, s'il vent bien l'aider ellemême à devenir M '"'' Chamouillé. Il est inutile de dire qu'elle n'éprouve point un re fus.
Malheureusement M"' Nini a reçu de M. Adolphe le complément d'instruction qu'on lui destine, en sorte qu'il devient utile de les marier ; et comme M. Chamouillé continue à ne pas sentir le besoin de convoler à de odes noces, M"" Sainte-Amaranthe , pour ne pas rester célibataire se voit contrainte de contracter une alliance plus intime avec Macaroni.
Tel est le canevas de cette pièce dont tout le mérite consiste dans les mille caleralrourgs qui y ont été semés.
Odry est très amusant dans le rôle de Macaroni. Il arrache le rire. Au reste il est très bien secondé par M"* Flore qui joue le rôle de M"" Ste- Amarantbe ; c'est en dire assez en faveur de cette actrice.
TABLETTES DES CINQ JOURS
Fait» divers.
ier. — On lit dans une correspondance d'Alger, adressée au Toittonnais :
« On raconte une singulière histoire. Dans la dernière expédition du maréchal, un de nos chasseurs trouva, près de la tente d'une tribu que l'on > icc igeait , nu sac assez volumineux. Sans si- soucier du conti nu du sac, il le plaça sur la croupe de son cheval; mais comme le sac était trè. enr ne put aisément 1 . A son grand élonnement
une voix humaine lit entendre un cri. I.e sac fut ouvert, et on aperçut une femme de lo à 17 an- et une valide dont ou évalue le contenu à 10 ou 12 mille francs. I.e soldat plaça la femme prisonnière sur les prolonges et garda pour lui et ses camarades la somme trouvée dans le sac. M parait que le propriétaire de la jeune femme et de l'argent, pressé de fuir, n'avait ('■coule que i'instincl de sa conservation el avail abandonné ce ■ a de plus cher au monde, sa femme et son trésor. »
— On assure que Mme Laflarge va être dirigée sur la prison de Cadillac, où elle doit subir sa peine. Elle j doit occuper une cellule qu'habita longtemps la femme Bancal, si affreusement célèbre par le procès Fualdès. La domestiqu? qui ne l'a jamais quittée depuis sou arrestation n'a pas obtenu i ion de l'j accompagner. \u reste la condamnée paraît se résigner à son sort. La seule i bi se qui semble lui répugner béai
c'est l'habit de bure grise qu'elle devra adopter , et qui est l'uniforme récluses.
— Les envoyés cochinchinois ont assisté hier à la séance de la chatoies pairs. Tous les regards étaient tournés sur leur tribune, et ds
supportaient avec une grande impassibilité le mouvement de curiosité dont ils étaient l'objet.
— Le vieux proverbe : Nul n'est proplu le en son pays, reçoit en ce moment une éclatante application aux Etats-Unis. Dans les élections à lu
présidence et à la vice-présidence, aucun des candidats n'a obtenu les voix de l'état dans lequel il est né.
M. Van Buren a été répudié par New-Vork , et le général Harrisson par la Virginie. MM. Johnson, Polk et Tyler, candidats à la vice-présidence, ont subi un pareil ostracisme de la part, le premier du Kentucky, le second du Tennessee, le troisième de la Virginie, leurs provinces natales.
— Un journal de l'ouest des Etats-Unis vient d'annoncer à ses compatriotes que, pour se mettre à leur portée, il recevra du cochon au poids pour prix de leur abonnement.
— Le théâtre du Gymnase-Dramatique avait fait remplacer, il y a quelques jours, le rideau qui sépare la scène du public par un autre rideauannonces. De grandes affiches coloriées indiquaient les principaux marchands de la capitale. Nous apprenons que l'autorité a fait défendre ce spectacle d'un nouveau genre.
6. — Avant-hier, à midi, sur la partie encore glacée du canal St-Martin, un homme chaudement enveloppé dans un manteau fourré prenait plaisir à jeter des gros sous sur les glaçons, après lesquels couraient de jeunes enfans. La plupart de ces petits malheureux tombaient à l'eau en courant après la proie qui leur était offerte, et leur chute égayait singulièrement l'inconnu, malgré les murmures et les observations des spectateurs, qui craignaient que ces bains multipliés ne fussent nuisibles à la santé des enfans. « Bah ! bah ! dit l'étranger, c'est trop de sollicitude pour de pareils misérables, et leurs païens seraient trop heureux d'en être débarrassés ; au surplus, l'eau n'est pas trop froide. — Vous croyez ça, bel homme, lui répliqua un charbonnier du faubourg, eh bien ! tâtez-en à votre tour. » A ces mots, il poussa rudement le bel étranger qui, dans l'eau jusqu'à la ceinture, put juger du calorique de l'eau à l'état de glace fondante.
— Deux jeunes vagabonds, Grousseau et Fournouquet, se présentèrent hier chez le sieur Hinzelier, petit traiteur du faubourg Saint-Marceau, et tous deux se firent servir un rôti, une salade et six litres de vin. La carte apportée, tous deux mirent simultanément la main à la poche, chacun feignant de vouloir régaler l'autre. Comme cette manœuvre durait depuis assez longtemps, le traiteur, pour en linir, leur proposa de tirer au sort l'honneur de payer la dépense. Vous avez raison, di. Grousseau , et j'ai trouvé un moyen, c'est vous qui allez décider la chose : rabattez votre bonnet de coton sur vos yeux, étendez les mains, et celui que vous attraperez le premier sera l'officier payeur. Le traiteur se prêta en riant à cette plaisanterie; mais à peine s'était-il voilé que ses deux convives s'échappaient sans bruit de la salle, et ce fut une pratique qui cuirait qu'il saisit par le bras en lui criant : « C'est vous qui paierez ! » Le nouvel arrivé, tout étonné de cette apostrophe, n'y répondit qu'en rendant la vue au traiteur, qui ne perdit pas de temps, courut après les deux tilous, qu'il eut le bonheur de rejoindre bientôt, et de consigner entre les mains d'un commissaire de police.
— On lit dans la Revue de Paris du Siècle :
« Le père de Mlle liaciiel, après avoir acheté un coupé jaune et un cheval bai-bran pour promener ses loisirs, vient, dit-on. de faire exécuter son portrait, afin de léguer son image à la postérité la plus reculée. Ce portrait est un tableau allégorique dont l'idée fait le plus grand honneur à son imagination. Dans un salon somptueusement meublé, M. Rachel est représenté en robe de chambre de velours aniai anthe, recevant la visite et l'hommage des ombres de Corneille et de Racine qui lui serrent la main en signe de reconnaissance et de remerciement. Le père leur sourit et les regarde d'un air protecteur qui semble dire : « Que scriez-vous devenus, pauvres diables, si je ne vous avais donné ma fille ! »
Nous espérons que le jury permettra l'exposition de cette agréable peinture qui fera fureur au prochain salon.