‹ Le cabinet de lectureChapitre 10 sur 249 · COMBAT DU !) PRAIRIAL · texte numérisé non relu

COMBAT DU !) PRAIRIAL

L'Angleterre, pleine d'une juste confiance dans les avantages qu'elle avait sur nous, s'était empressée d'armer ses vaisseaux pour les envoyer sur nos côtes. Au comme ment des hostilités, nous trouvons le Betlt phon attache à la Hotte d eivation, stationnée dans la Manche : Vingthuit vaisseaux de ligne C< osaient cette armée navale, dont le commandement avait été conOé à i amiral llovve. Ses premières opérations se bornèrent à protéger un convoi considérable d'approvisionnemens qui parti i de la rade d'Exeter, vers la fin de l'année 1793. L'habileté reconnue de l'amiral anglais fut en partie déjouée par les manœuvres audacieuses d'une division française. Celle-ci, sortie du port de Brest sous les ordres du contre-amiral Vaustabel, parvint à suivre le convoi, à le harceler dans sa marche, et à lui enlever deux bâtimens , sans qu'il fat possible à l'ennemi, avec des forces quatre fois plus élevées, de la repousser, de l'envelopper et de l'amener à un combat.

Le contre-amiral Vanstabel rentra à Brest, où le gouvernement révolutionnaire faisait d'incroyables efforts et déployait une activité extraordinaire pour donner à la France une armée navale sur l'Océan.

Il fallait d'autant plus d'énergie pour relever notre marine, qu'elle venait d'éprouver une perle immense à Toulon. La trahison, en livrant aux Aiicjais ce port, qui est à la Méditerranée ce qu'est Brest à l'Océan, avait causé la destruction d'une partie des forces maritimes de la républi^ française : dix-neuf vaisseaux et quatorze frégates ou corvettes avaient incendiés, fortement endommagés eu enlevés par les Anglais. Une bat rangée, perdue au milieu des mers, n'aurait guère pu nous être plus funeste. Mais le sinistre de Toulon ne fut pas au moins sans compensation. Il mit en évidence le génie et l'audace de ce jeune Bonaparte qui était destiné à porter au plus haut point la grandeur et la gloire de la France ; car l'ancien lieutenant en second du régiment de La Fère se distinguait à Toulon et contribuait à en chasser les Anglais, tandis que le ïir.lU'rophon entrait en ligne contre nous sur l'Océan, et nous envoyait ses premières bordées.

La convention nationale avait chargé deux de ses membres , Jean-Bon- Saint-André et Prieur de la Marne, d'aller surveiller les arméniens du port de Brest. Ces deux représentai s'acquittèrent avec beaucoup d'intelugei et un zèle infatigable de leur mission administrative : ils commencèrent par soumettre le'corps de la marine à un examen sévère, par opérer de nombreuses réformes, par distribuer Jes récompenses aux plus capables, par châtier les traîtres : ils s'appliquèrent à améliorer la condition matérielle du marin, à relever sou moral, à rétablir l'esprit de discipline, à reconstituer l"s équipages.

Les travaux de construction, de réparation , d'équipement , marchant de pair, la Hotte se formait à vue' d'œil : en peu de temps, elle se trouva assez, forte pour combattre les escadres de la Grande-Bretagne. Un simple capitaine de vaisseau, Yillaret-Joyeuie, fut élevé au rang de vice-amiral et investi du commandement de la nouvelle année nav, le. < On nous objecte que Villaret est un aristocrate, disait le représentant du peuple Jean-Bon- Saint-André ; qu'importe, si ce brave marin est digne, sous tous les autres rapports, de la conliauce de la république ? » Il eût été difficile de faire un meilleur choix : le comte de VïHarct- Joyeuse .avaii servi ayee utie

grande distinction dans les mers de l'Inde sous les ordres du bailli de SuflVen.

Quelques prises importantes marquèrent les courses des premières escadres qui furent détachées de la Hotte de Brest.

Mais une bataille générale devenait chaque jour plus imminente. La famine pesait sur tous nos départemens avec ses sinistres conséquences; la «liséré du peuple était grande, ses privations cruelles, ses souffrances excessives. Cet état de choses pouvait accroître les aiécontentemens, produire des désordres, pousser même les esprits à la révolte : c'était une bonne fortune pour la malveillancedes partis, un élément de succès pour les royalistes, une diversion puissante pour l'étranger. La convention nationale, justement inquiète de cette situation calamiteuse, avait pris d'énergiques mesures pour parer au danger; elle comptait surtout sur la prochaine arrivée d'un convoi, qu'on avait dû expédier des Etats-Unis pour la France. Le convoi réussirait il à soustraire sa marche à l'armée ennemie ? Fallait-il l'abandonner à son sort ou courir les chances d'un combat pour le sauver à tout prix? Placée entre ces alternatives également périlleuses , la convention n'hésita pas long-temps; elle envoya à l'amiral Villarret l'ordre d'appareiller sur-le-champ avec sa Hotte (i).

Qu'on juge du mouvement qui remplit la rade de Brest lorsque le signal du départ fut donné par les canons du vaisseau-amiral et répété successivement , comme un écho , par toutes les batteries du port ! Plus d'un millier de canots , se dirigeant vers les vingt-six bàtimens de guerre en partance, animèrent tout-à- coup la face des eaux. La petitesse de cette multitude d'embarcations semble élever encore les hautes murailles des vaisseaux de ligne ; jamais ces c itadelles flottantes n'ont paru plus formidables, plus majestueuses ; jamais elles n'oat inspiré plus de confiance, plus d'enthousiasme. On a effacé du front des vaisseaux, comme de celui des hommes, les insignes et les souvenirs dupasse. Le magnifique trois-pents les Etats-de- Bourgogne a pris le nom de la Montagne, le Royal-Louis celui du Républicain , etc. Cependant quelques bàtimens ojit conservé leurs anciennes déjion-.iiiations, qui contrastent singulièrement avec les noms improvisés par l'esprit démocratique. On remarque le Neptune, le Scipion, le Trujan, le Tourville, à côté du Jacobin, du Tyrannicide, du Gasparin, du Lepelletier. L'amiral Villaret- Joyeuse avait arboré son pavillon en tête du grand-mât de la Montagne; déjà il s'est rendu à son bord, suivi du représentant Jean Bon-Saint-Andre. La flotte entière, déployant ses voiles et se formant en colonne , franchit le goulet dans le plus bel ordre, aux cris de Vive la France ! vive la république] La terrible nnmace, mort aux Anglais] trouve aussi de l'écho sur tous les ponts. Dès que nos vaisseaux ont gagné le large, ils se rangent sur trois lignes et se dirigent sur les îles Coves et Flore , où ils doivent attendre le convoi d'Amérique.

C'était le 1" prairial an 2 (2), par une belle matinée de printemps, que l'escadre avait appai eillé. Des hauteurs de la côie on put distinguer encore, au milieu de la nuit suivante, les fanaux allumés que les matelots avaient suspendus aux mi Us des bàtimens pour éclairer leur marche nocturne.

Il s'en fallait de beaucoup que l'instruction des équipage répondit toujours à leur patriotisme. 11 y avait sur la flotte une foule d'hommes qui ' voyaient la mer pour la première fois : soldats des armées du nord, de l'ouest ou du sud, ils appartenaient, les uns à la première réquisition, les

(!) Le convoi américain éuit composé de cent soixante navires, chargés de grains et de denrées coloiiiales : on portait à cent vingt-cinq millions de francs la valeur de cette douille. « La France ne l'ut pas le seul pays que désola la famine de nul, dinent les -auteurs o'e V Histoire de la Marine française , presque toutes les contrées de l'Europe, sans excepter la Grande-Bretagne, furent en proie aux horreurs de ce fléau. Xa flottille des Etats-Unis eût donc élé autsi prjciense pour l'Angleterre que pour la France ; et on ne pouvait douter que cette puissance ne cherchât par tous les moyens à s'emparer dune si riche proie. • Chronique de la- Marine française, par MM. Jules Ltconate et Fulgence Girard, loin, l app., pag. 324 et 326,

(2) Le 20 mai 1794»

autres à la dernière levée opérée par la convention. Force avait été de les prendre pour remplacer les anciens artilleurs de la marine. La grande jeunesse d'une partie des ofliriers et leur peu d'expérience n offraient pas de moindres inconvéniens. L'Amiral avait donc reçu l'ordre de transformer sa marche en un cours d'enseignement pratique. Chaque jour on s'exerçait aux évolutions de la tactique navale, chaque jour on exécutait le branle-bas de combat comme si l'on avait été en présence de l'ennemi. Les frégates et les corvettes de l'escadre, lancées en éclaireurs sur sa route, recueillirent une riche et abondante moisson de prises. Dans ces espèces de razia, elles pouvaient d'ailleurs compter sur un puissant auxiliaire. Depuis le commencement des hostilités, les ports de la Normandie et de la Bretagne avaient armé en course un grand nombre de bàtimens qui ne laissaient ni repos ni trêve au commerce des puissances coalisées. Les vaisseaux de l'état, en secondant les efforts des corsaires, devaient nécessairement accroîtie les pertes de nos ennemis ; la marine marchande de l'Angleterre ne tarda pas à le reconnaître. Bientôt la rade du port de Brest et la rivière de Landernau fuient encombrées d'embarcations captives portant leurs pavillons à la traîne. C'était beaucoup pour l'intérêt public et privé, ce n'était pas assez pour la vengeance.

Enfin, le 9 prairial, à huit heures du matin, ces cris : Na»ires\ navires xous le vent ! partirent des hunes de plusieurs vaisseaux dont les gabiers avaient découvert simultanément l'escadre britannique. Ce signalement devait être pour bcaucotsp un glas de mort; il n'en fut pas moins accueilli avec enthousiasme par les Français; en un moment, l'avant, la dunette* lies haubans, les vergues, furent envahis par une foule d'hommes avides de contempler un spectacle si ardemment désiré. C'était bien le pavillon en lierai I on allait donc se trouver face à face avec les Anglais.

11 était presque impossible de conserver son sang-froid dans celte atmosphère embrasée par l'enthousiasme d'une aimée. Le conventionnel Jean-Bon-Saint-André lui-même se laissa gagner par l'ardeur générale. Un seul homme peut-être, ù bord de la flotte, se rappelait encore la mission qui lui avait été confiée par le comité de salut public : se porter enavant du convoi, le couvrir des voiles de l'escadre, comme l'aigle prend ses petits sous ses ailes, le faire entrer dans un de nos ports , fût-ce au prix d'un combat; mais, hors le cas de nécessité absolue, éviter un engageaient, qui pouvait avoir des suites désastreuses pour la naissante mariue de la république française.

Cet homme, d'un esprit à la fois calme et intiépide, était Villaret- Joyeuse.

Il eut assez d'ascendant sur Jean Bon-Saint- André, qui voulait brusquer l'attaque, pour le ramener au parti le plus sage. M. Thiers assure, dans son ouvrage, que le contraire arriva, c'est-à dire que le chef de l'escadre française, cédant à l'influence du député conventionnel, offrit immédiatement le combat à l'ennemi. Cependant, nous ne pouvons admettre une pure supposition démentie par les documens historiques les plus sérieux. L'escadre mouillait précisément dans le voisinage des eaux où devait passer le convoi américain ; en livrant bataille aux Anglais sur cette mouvante arène, elle aurait donc commis la double faute de les forcer ii y séjourner et d'y courir sans nécessité les chances d'une défaite ? Or, l'amiral et le représentant n'eurent garde de se laisser aller à un e erreur qui pouvait tout perdre. 1U cherchèrent, par de feintes démonstrations, soit de combat, soit de retraite, à attirer les Anglais dans une auire direction, Le but des évolutions de notre escadre ressort sullisamment de la relation que Jean-Bon-Saint-André adressa un mois après à la Convention nationale. «Le salut du convoi étant l'objet de notre mission, disait-il , nous jugeâmes que, dans notre position, ce que nous avions de mieux à faire était d'éloigner l'ennemi de la route qu'il devait suivre. Nous calculâmes qu'en tenant la bordée du large, nous entraînerions l'Anglais dans le nord et dans l'ouest de celte route, et que, par ce moyen, le convoi passerait à environ vingt-cinq lieues ou sud des deux armées. Celte combinaison était d'autant plus juste, qu'elle a été vérifiée par l'événement (1). »

(1) Rapport fait a la Convention nationale par Jean-Bon-Saint-André, dans la séance du lu thermidor an 2 (4 juillet 1794).

Villaret-Joyeuse ignorait la force et la composition de l' escadre brilannii|ue. Il gouverne hardiment vijrs elle pour la reconnaître , tandis que lord Houe vient lui-même à la rencontre des Français avec ? .es vingt-six batimens de guerre. Les deux Hottes sont en présence, elle s se forment en ligne de combat : il n'y a plus entre elles qu'une plaine I quide d'une lieue et demie de large. Mais l'amiral républicain fait signe ù ses vaisseau* de virer de bord pour se diriger dans ,'e nord-ouest.

Les Anglais devaient se méprendre sur un mouvement: qui simulait une retraite : leurs officiers, tous braves cl excellons marins, tous connus par de longs et honorables services, croient avoir affaire à un ennemi incapable ou timide. Redoublant de vitesse, ils suivent avidemi nt les traces des Français. La saison des gros vents était heureusement p isséc : rien ne contrarie d'abord cette immense évolution de cinquante-i eux bâti mens de guerre. De l'uu et de l'autre cô.é, on tiraille à une si grai nie distance, que les matelots des deux armées aperçoivent le feu et la fui >éc des batteries ennemies sans entendre la détonation de leurs canons.

Cependant un trois-ponts de noire arrière-garde, le Re volutionnaire , se trouve engagé dans un combat plus sérieux : par Initial ileté de son capitaine, dit-on, quatre vaisseaux anglais l'atteignent, l'attaquent de concert et lui font éprouver de grandes avaries. Séparé de la Hotte , il a la bonne fortune d'échapper à l'ennemi et d'élrc rencontré, au bout de \ ingtquatre heures, par ['Audacieux, qui le prend à la remorqu » et le conduit à Rochefoi t.

L'escadre française, avant la Montagne au centre de sa li; jne, poursuivait sa marche dans la direction de nord-ouest. Quand le jo ur vint à lui manquer, elle hissa des fanaux à tous ses mâts d'artimon. Le 5 Anglais ne savaient comment s'exp iquer cette hardie démonstration de la part d'un ennemi qu'ils croyaient disposé à cacher ses mouvemens dan: ; l'ombre : ce ne fut pas sans beaucoup d'étouiiement et une longue hésil, nion qu'ils se décidèrent à suivre l'exemple des républicains. Enfin , ceux -ci purent voir se détacher successivement , sur le fond noirâtre du ciel , 1 es fanaux qui indiquaient la position de la flotte ennemie.

Les premières heures du jour suivant furent remplies par de n ouvelles évolutions. Lord Howe Ut quelques tentatives pour r.ous enlever l'avantage du vent, que nous avions gaulé depuis la matinée du !). Les d eux armées, en défilant l'une sur l'autre, se canoiinaient to jouis sans r îsultat, caries boulets, après avoir ricoché et tracé sur la mer de courts sillons d'écume, venaient mourir au pied des murs de bois. \ illarei , satisf.iit d'élre resté maître du vent, reprit le sillage de la veille.

A peine ccue évolution est-elle exécutée que lord H owe fait signe à son avant-garde de tomber sur l'extrémité de notre ligne pour ia couper; mais le brusque revirement qu'il indiquait au\ siens n'ayant pa:> été compris, il avance lui-même contre les Français avec son vaisst au-ain irai la Heint ■ Charl lie, et eu faisant signe au Belléroplioh el au /. ivialhàn d'imiter sa manœuvre. Villaret-Joyeuse, prompt à dïviner l 'intention de l'ennemi, cherche il parer ce coup par un autre ; il ordonne i i la Hotte de se ranger de manière à forcer l'escadre anglaise de passer, coi rant à contre-bord, sous le canon de toute notre ligne. Malheureuseinen t, dans ce Bornent décisif, l'inexpérience et l'indécision de quelques oflii iers paralysent les efforts des Français. La manœuvre se fait avec si peu d'ensemble que plusieurs de nos vaisseau y restent entièrement étrang ers. Lord Howe parvient à couper notre colonne, vers les deux heures ap. es midi, ■v l'arriére da Tyramucide. Le Beltéroplum et le Léviathan tentent iuutilemcui de le suivre. Arrêtés par un feu des plus meurtriers, ils sont obligés de se rejeter en arrière; ils sont même emportés si loin de l'escadre britannique, dans ce mouvement rétrograde, qu'ils la perdent de vue cl ne peuvent la rejoindre que deux jours plus tard.

Tous les efforts de l'ennemi s'étaient portés (outre le Tyrannit i d et Ylnclumi table.

Ces bàlimens, détachés de la ligne française pjr la manœuvre de I ord Ilowe, eurent à soutenir le choc le plus terrible. Pendant une heure, les deux tiers de la Hotte ennemie les assaillirent de tous côtés. Ils eusse nt été infailliblement perdus, sans l'habileté et l'intrépidité des capitaine a

Dordelin et I.aniel, qui se couvrirent de gloire par leur belle résistance. Le premier était un jeune (Minier de l'ancienne marine; le second un vieux commandant de la marine marchaude. Au milieu de celte épouvantable mêlée, Dordelin et Laniel avaient conservé toute la liberté et toute l'agilité de leurs mouvemens; on les voyait manœuvrer pour échapper au feu de l'ennemi ou pour lui envoyer des volées de mitraille avec une mortelle précision. Villaret, par de pressans signaux, avait appelé les Français au secours de leurs frères. Impatient de voir la lenteur qu'on mettait à lui o!:éir, il se porta vivement sur la scène du combat. Le gros de l'armée suivit l'exemple de -on chef. Après une courte et sanglante action, les Anglais furent forcés de se retirer, en laissant derrière eux le Tyrannicide et ^Indomptable, victorieux, mais tout couverts de largo blessures et de profondes cicatrices.

On pava chèrement ce glorieux succès : Villaret acquit la douloureuse certitude que deux de ses vaisseaux,rlnd<wnpi<i6te et le Montagnard, ne pouvaient plus servir : il leur donna l'ordre de gagner le port le plus prochain de la cote de France, ijuant à lui , il reprit la route du nordouest vers la lin du jour. Lord Howe s'obstina à le suivie ou plutôt à nin (lier presque à ses côtés , heureusement pour le convoi américain, qui approchait sous l'escorte du contre-amiral Vanstabel.

Le 13 prairial, cette flottille de navires marchands , chargée de la subsistance d'un peuple, passait tranquillement sur le champ de bataille où les deux escadres avaient élé naguère aux prises. De nombreux débris du combat, des hunes, des pièces de sculpture, des galeries, des ligures brisées flottaient encore à la surface des eaux : au-dessous , dans les profondeurs de l'abîme, dormaient les braves marins qui avaient succombé glorieusement.

ARISTIDE GUILBERT. - [National.)

DsiH'i- <tV Jflotlriilols.

Voyez, celle nature "que, sauvage, tailladée, tourmentée, voyez ce ciel plein de turbulence et d'irritation . ces eaux capricieuses el vagabonde» ; vous êtes dans un pays à part.

Ici un plateau régulier, à la cime, car l'ouragan l'a nivelée, plus bas ces lianes à pics; à droite, la Houpe-du-Lion, imitant si bien le formidable dominateur de ces contrées, qu'on dirait le roc de granit ciselé par la main des hommes ; à gauche, embrasure mortelle , la Guculc-du-Diable , par où si? décbatnent les raffales écrasantes. Au pied de ces masses imposantes, une belle cité propre et blanche comme l'étalage d'une blanchisseuse au bras des mûriers ; et en avant une rade spacieuse el dégagée.

L'ouragan s'élance, se développe et voile la cime des monts avccd'borribles gémissemens. La tablé est mise, dit le matelot d'une v»i\ faible.

Il a raison de trembler, la r se gonfle, elle envahit la plage, ébranle les

rochers qui la protègent; elle monte, elle est aux nues. Les câbles sont luises les navires eu lambeaux, les débris des mâtures et des carennes inondent la grève, el ça el là des cadavres d'hommes broyés el mutilés. ( est que la lame écumeuse les a saisis dans son vol, elle les a vomis au 'oin, elle les a tordus el abandonnés enfin aux bètes féroces de ces contrées.

Cela s'appelle le Cap-de-Bonnc- Espérance, autrefois nommé le Cap-des- Tcmpëlcs. Sa ville, on l'a baptisée Table-Baj ; c'était une colonie hollandaise , c'est aujourd'hui un comptoir anglais... Où ce peuple usurpateur n'en a-t il pas ?

Gourmets, courbez la tête cl saluez avec respect! A quelques lieues de la ville du Cap, est un petit village nommé Constance; le vin de ce sol privilégie est le plus estimé du monde. J'en ai bu dans ces caves magnifiques et gigantesques , il était vraiment du crû celui-là ; et tous enviez sans doute un bonheur que je vous abandonnerais sans regrets , car je sois le plus aquatique des bipèdes des deux conlineni.

Mais ce n'esl pas à cette ivresse que je veux vous convier aujourd'hui ; et si je vous en parle, ce n'est que pour vous faire mieux apprécier la valeur des contrastes, afin surtout de vous donner un avant-goût d« la scène

d'orgie dont je vous ai promis la fidèle esquisse. Ecoutez. Ce n'est point une page à la Gallot , ceci n'est ni une fantasmagorie, ni un rêve, ni un cauchemar ; ceci est une toile historique, un tableau vrai dans la masse, scrupuleusement vrai dans les détails. Si vous en retranchez quelque chose, il sera incomplet, et j'ai là devant les yeux ou plutôt, hélas! dans la pensée, l'heure de l'apprêt, la joie des convives, le grognement lourd des êtres phénoménaux qui s'agitaient autour du festin, et l'impatience de leur gloutonnerie. Rien ne m'échappa de cette enivrante bacchanale, rien n'en est perdu pour mes souvenirs.

11 y eut d'abord de la coquetterie dans la toilette, neuf femmes et douze hommes ; moi, pauvre, j'étais un être à part, une chose, on m'accepta par commisération, on ne voulait pas me laisser mourir de faim : le Hottentot a aussi des niomens de générosité.

Quand on veut voyager avec profit, il faut tout voir, le torrent et le ruisseau, l'hurabrc coteau et la cime neigeuse, l'arbuste microscopique et le géant séculaire qui pèse sur le sol et le protège de ses larges rameaux. Quand on sait voyager , il faut jeter un coup d'œil sur la cité naissante, sur la ville achevée, et mille regards sur la terre inhospitalière, où les périls, les fatigues, la mort même se dressent pour ainsi dire à chaque pas : le contraste, voilà la vie.

Les neuf femmes dont je vous ai parlé s'occupèrent donc de leur toilette. Elles s'étaient montrées à moi cinq minutes avant absolument nues; je les accueillis un instant après parfaitement vêtues, selon les mœurs et les usages du pays. Chacune d'elles servait tour à tour de femme ce chambre à sa voisine. Accroupes sur une terre fangeuse, elles se tenaient face à face, et des fragmens de peaux hideux, puans, passaient de main eu main. Quelles mains, juste ci :i! La première à l'ouvrage s'emparait de la tête qui lui était présentée, elle crachait dessus une salive verdâtre : la chair putride dont je vous parle était un débris d'hippopotame pris au piège ou mort de vieillesse, elle graissait le front, les joues, les cheveux, les larges épaules, le sein immense, les reins athlétiques et le reste du corps de la dame. Celle-ci souriant, redressait avec fierté la tête et demandait si on ne l'avait pas trompée et si toute sa personne était bien enduite, si l'ongle en grappin arriverait difficilement à la peau , si elle pouvait enfin se présenter sans rougir à l'étranger visiteur ou à son mari. Les Hottentotes oat des maris.

Dès qu'on avait dissipé ses craintes, elle se mettait à son tour à la besogne, elle embellissait scrupuleusement sa compagne, et la toilette achevée, elles se rendaient au lieu du festin.

A son lever une Hottentote de moyenne taille, de moyenne corpulence, pèse 200 livres; avec ses atours , elle va jusqu'à 250 : jugez de la femme privilégiée, de la princesse; car ici le volume fait le mérite et la puissance.

Tout est prêt. Si vous avez été faire une excursion dans les lieux voisins et que vous vouliez rejoindre la bourgade, ne fatiguez pas votre vue à la chercher, reniflez en pivotant sur vous-même et les plus fétides exhalaisons vous guideront à merveille. On devine une Hottentote avec le nez bien plus qu'avec le regard.

Cependant on est assis sur le sol : une fumée notre s'échappe d'une masse informe qui s'est roussie sur des branches consumées. Le cadavre est là ; c'est un quartier d'hippopotame, un débris de porc-épic, une cuisse de rhinocéros, les pieds d'un éléphant mort de vétusté, peu importe.

Les convives se pressent, s'élancent armés d'un morceau de fer tranchant, ou d'u:i véritable couteau avec son manche acneié '?. !a ville du Cap. Le coi ps est entamé, de rudes lanières d'une chaire rouge ou violacée, sanguinolente, sont arrachées péniblement; le plus âgé des convives frappe trois coups dans sa main au milieu du plus parfait silence ; c'est peut-être une prière. Au dernier coup, les bras s'agitent, les mains se lèvent, les yeux deviennent flamboyans d'intempérance, les gueules s'ouvrent pour recevoir les lambeaux de chair, de larges mâchoires s'agitent turbulentes, et vous croyez entendre le glouglou d'une eau fangeuse tourbillonnant dans un égout. Le Hottentot dîne et exprime sa joie.

L'estomac est satisfait, l'abdomen est tendu, hommes et femmes res-

semblent à des i uuids énormes mis en mouvement. Si l'un d'eux est privé de ses crocs cai'cinés, son obligeant voisin ou sa généreuse voisine lui vient galamment en aide. 11 approche ses lèfres bien défendues des lèvres mendiantes du p; aient. Chacun d'eux tire de son côté, et quand le morceau de cuir est d ivisé, la personne qui a rendu service restitue, sans le saisir avec les doigts, comme font les mères des oiseaux à leurs petits, la becquée imbibée d 'une salive mousseuse, dont on le remercie avec un sourire plein de délie, itesse

Le repas n'est p as complet, il y a encore deux services, quelquefois même trois chez ces ardens sybarites de l'Afrique méridionale : dans l'ivresse d'une vieftoire remportée contre un rhinocéros mort ou malade, oa va jusques à q uatre. Je vous ai promis le tableau complet, achevons-le.

Dans des vases de terre d'une forme incorrecte, tantôt à long bec, tantôt à large ouver ture , on a jeté pêle-mêle du sang du porc-épic, de la graisse d'hippopo lame, des racines hachées menues, quelquefois aussi du gazoï. pilé, le lowl imbibé d'eau. On bouche le vase à l'aide de feuilles vertes pressées avec le poing ou le talon, et le récipientde terre exposé à uu feu actif chauffe et cuit les alimens qui lut ont été confiés. Quand ils se sont bien mêlés , bien imbibés , bien précipités les uns dans les autres , quand le mastic est parfaitement compacte, on brise le vase, une boule énorme roule s &x le gazon , on compte les convives, et l'un d'eux coupe à l'aide d'un cass\e-tête cette macédoine convoitée d'avance par d'avides regards; les trois, coups sont frappés de nouveau, et la seconde orgie commence.

Dans une c\e mes excursions autour de Table-Bay, j'ai voulu goûter aussi de ces étranges gourmandises ; eh bien ! dussiez-vous révoquer en doute la vér acité de mes paroles, je vous jure que cela me parut exécrable, presque mortel, et que j'en vomis plus de deux heures. Une bouchée seule ni'ava il terrassé ; peut-être avec uu peu plus d'audace me serais-je façonné à 1 a pitance <de mes amphitrions.

J'ai vu à deux lieues de Constance quatre Hottentots marrons faire cuire un porc-é pic embroché sur des charbons ardens ; puis le déchirer de leurs mains et le dévorer iivec les intestins non vides. Si la civilisation était ar- ; rivée jusi ju'à eux, ils auraient été, je gage, les colons d'une nouvelle république naissante au milieu des profondes solitudes de cette partie sauvage du continent afri. cain.

Le H attentot fabriqt te aussi à l'aide de quelques fruits aigrelets, de quelques racines malléabli s trempées dans de l'eau et exposées au feu, une sorte de liqueur enivrante qui lui donnerait presque du courage et de l'intelligence, si le ciel avait opéré un miracle de plus. Peut-être Dieu luimême a-t-il limiité sa puissance.

Dès que le r epas est achevé, dès que toutes ces belles choses sont accomplies, la torpe ar, le sommeil s'emparent de la bourgade, les uns ont la force de se tr aîner jusque dans leurs cases souterraines dont le sommet dépassé le se .1 de deux ou trois pieds au plus, les autres roulent bientôt immobiles ai ttour du foyer, un ronflement universel se fait entendre, l'acte de vie est ac compli ; vous avez cessé d'observer, vous saisissez vos crayons, votre calepi n, vous achevez votre esquisse au milieu de ce troupeau infect et imn- ,obile, et vous vous félicitez d'avoir étudié dans son existence de brute, 1 e peuple le plus sale, le plus idiot, le plus lâche, le plus hideux , le plus in- ;omplet du monde.

Et si v ous songez plus tard que ce repas a lieu au milieu des forêts éternelle .-s qui pèsent sur le soi des steppes sauvages et des lagunes immenses où se vaairent les hippopotames, quand vous songez qu'il s'achève auprès de l'antre du tigre qui bondit, de l'hyène qui grogne, de l'éléph ,ant et du rhinocéros qui déracinent ou brispnt les troncs gigantesques, du lion qui rugit, de l'ouragan qui décapite les forêts , des cataractes (i ,u ciei qui ouvrent leur gueule béante , vous vous demanderez comnien t H se peut qu'il y ait encore des Hottentots sur la terre, comment il se f ait qu'ils fuient une vie paisible àciité d'une cité florissante et les habit odes sociales d'un peuple qui comprend une vie autrement taillée que la leur ; je réponds :

C'est que dans la ville du Cap, le Hottentot serait esclave, et qu'il est libre dans ses déserts. JACQUES arago.

(Dimanche.)

SCIENCES

PERFECTIONNEMENT Dl DAGUERRÉOTYPE.

Le Daguerréotype vient de recevoir un perfectionnement aussi remarquable qu'inespéré. Jusqu'à ce jour on n'avait pu, à l'aide de cpt il meut, saisir l'image des objets mobiles, tels que les feuilles d'arbi par les vents, les voiles des vaisseaux, les nuages, les traits mnes

is certains cas, l'expression de leur physionomie, iii. Daguerre vient de surmonter celte difficulté au moyen d'un procédé qui ré tion de seconde le temps m a ssaire à l'action photogénique. M. Arago a annoncé ù l'Académie des sciences que M. Daguerre lui adresserait un rapport sur cette nouvelle découverte.

PROPl . SINGULIÈRES DES SREVETTES ET DES ANGUILLES.

— M. Valot écrit à l'Académie des : tir annoncer que de

tes saisies par la glace vivent encore quand ou les fait dégeler avec précaution. On sait qu'en Russie on transporte de Pétersl) scou

des anguilles gelées subitement , qui se conservent I s dans cet

élat et reprennent leurs mouvemensen faisant foudre !.. - lai e qui les entoure.

CHAUSSÉE NATURELLE SOUS-MARINE DÉCOUV1 AMÉRI- QUE. — Une lettre de Pensacola [Florjdes occidentales) contient quelques détails curieux, mais malheureusement encore incomplets, sur une d verte géologique fort remarquable, indiquée par une dame française, supérieure de l'institution catholique des jeunes .1 ille, et vériliée par M. de Gueydon, commandant le brick de guerre le Danois.

« Pensacola, 19 octobre ïS'.\0.

> Je puis vous donner actuellement des explications sur la singulière découverte d'une chaussée naturelle dans la baie de Pensacola. Cette cu- Vt nés remarquable a déjà élé \isiiéc plusieurs fois, depuis le départ du brick de guerre français le Danois, dont le commandant M. de Gueydon fut le premier à la reconnaître et ii : r, autant que les eaux, qui étaient alors à une haute élévation, le 15 juillet, le 1 i purent permet- Ire. Depuis celte époque, MM. les officiers de la Frégate américaine tke Warrcn l'ont exainin e, au commencement de septembre ; enfin M. Cosmao Dumanuir, commandant de la corvette française la .S l'a visitée auvi le 3 du mois d'octobre. Connue alors les eaux étaient basses, il a . acilo de contempler à loisir ce monument de la nature ; et \oici le résultat des observations auxquelles il a donné lieu :

» Cette chaussée, d'environ cent pieds de largeur, parait s'étendre dans toute la longueur de la baie, c'est-à-dire une lieue e: demie au-dessous de l'embouchure de l'Escambia, parce qu'au point opposé on la voil reparaître; et, selon toutes les appari : ilines d'ocre et de terre gli 11 tes de sable qui entourent cette baie de lou- pétrification a élé dans le principe un énorme amas d'arl : - eaux ou par une cataslrophe quelconque , qui, s'étanl amoncelés, ont barré celle baie dans toute son étendue. Le milieu de celle clia:. irésente qu'une seule niasse parfaitement solide , tous les troncs, touli les branches ayant

et, il faut trancher le mot, soudés et joints en - r une ma-

tière ferrugineuse, comme si cet immei I s'était opéré au fourneau

d'une forge. Les deux côtés présenicnl di s ragmens holés, dont les uns sont parfaitement ronds, comme celui que je vous envoie ; lesaulres vous a\ez aus-i un spécimen sont fi 1 .erses branches, toujours

réunies par le même ciment. Quelques fragment ont déjà été envo] des musées de France, d'Amérique et d'Angleterre.

3(38 . i E38Qg<I>8i8$933.

\i IBM SCRITS ET MÉDAILLES. — Le conseï v ire de la Bibliothèque

possède un beau manuscrit contenant la copie de la relation des guerres de Louis XIV pendant l'année 1674, avec cari,', et plans enluminés. Le conservatoire a liait [uisition de 85 médailles de la Bactriane,

dont '.) d'or el 11 d'argent; toutes rares, plusieurs inédites.

On a découvert dans un jardin du faubourg Cauchoise Seine-Inférieure) une statuette ci plusieurs médailles. La statuette en bronze, longue d'environ dix pouce avee un Gni et une délicatesse remarquables, représente un Hercule portant sur l'épaule sa massue. Elle est parfaitement conservée. Les médailles semblent remonter aux Antonins. Ces objets, qui dénotent d'une manière si évidente les iraces de la domination romaine dans notre pays, ont été acquis par M. Deville pour être dépi au musée de Rouen.

ANTIQUITÉS ROMAINES. — Dans les bois d'A vallon, a un bon quart de lieue de la route d'Avallon à Loi mes et à environ une lieue de Uarrault, on a trouvé les restes d'une vaste habitation ayant purement appartenu, il y a quinze ou seize cents ans, à un riche Romain ou à quelque t des Gaules. Le bois où existent ces ruines est la propriété de M. le comte César de Chnslellux. Il y fait faire des touilles en ce moment, et l'on y trouve des choses vraiment curieuses. Le sol ou carrelage de plusieurs pièces de cette habitation est en mosaïques; il 5 en a une surtout qui esl d'une beauté remarquable, li paraîtrait que quand les Gaulois ont autrefois chassé les Romains, ils ont assiège ou surpris cette villa, puis l'ont incendiée et détruite; car ce qu'on en découvrcaujoùrd'hui est nonseulei les arbres qui ont crû sur les débris, mais bien

encore enseveli sous une couche de cendre et de charbon. On a trouvé l'intérieur de cette habitation les ossemens de cinquante-deux personnes, mises les unes auprès des autres et couchées sur leur coté, sans doule pour tenir moins Je place; 1 ui 5, qui vont être continuées

par les ordres et sous la direction de M. 1 |e I lustellux, fourni-

ront plus tard des rcnsc'gnemi ns précieux sm Tobjei'dc la découverte qui vient d'être faite et qui parait fort importante.

— l ne découverte importante, et qui fournit une nouvelle preuve du séjour des Romains sur le territoire de l'ancien Pagus-AUiardcnsis , a eu lieu récemment à La Réole, el nou sons un devoir de la signa-

ler. C'est un dépôt funéraire reconnu dans la partie sud est et au pied du

coteau du Castel-d Alllard, prés le viaduc du Charros. Indépendant ni

de trois squelettes assez bien conservés, ou a trouve une grande quantité ,s, el plusieurs urne.-, cinéraires et autres vases en terre cuite, la plupart en débris, parmi lesquels nous avons remarqué :

ux patères, l'une d'argile fine, rouge, recouverte d'an beau vernis, d'une : .mie, et portant la marque de fabrique CCO estampée en relief; la seconde, en terre de même couleur, mais commune, ■ •ni vernis 2. Un va e servant à l'allaitement, blanc jaunâtre el d'une parfaite conition; Deux vases en forme d'urne, à deux anses, (erre rou

. môme terre , remplie de cendn ! . de 1 h u bon et d'os calci:.

Deux urnes noires, renfermant aussi des ossemens ;

On a enfin rencontre un fragment de lacrymatoire, en verre vert, plusieurs morceaux d'un métal méconnaissable paraissant avoir appartenu à des fibules , etn ind-bronzc, aux effigies de Ira

jan, d'Adrien et d'Antonin-le-Pieux. Celle dernière avail été dé| os iedanj l'une ont Irouvi inés sur un ter

rain de 11 mètres sur 8 d'étendue, et à diverses profondeurs.

— A Rome, on a déb'ayé l'aquéduc de l'empereur Claude. Ce monument, qui de jour en jour se développe plus à la vue, excite l'admiration générale par ses dimensions colossales et la hardiesse de son style.

Les ouvriers qui travaillaient au démolissement des deux tours placées près la porte Majeure, à Rome, ont dérouvert dans les fondemens de la tour de droite un bas-relief antique de grande dimension, représentant une boulangerie romaine, où l'on voit tous les détails de la fabrication du pain.

AXTIQIITÉS SAXONNES — A Margate une immense grotte, creusée vers le temps de l'heptarcbie saxonne, a été découverte et parait devoir jeter quelque jour sur les habitudes des Saxons. Une affaire meurtrière et décisive eut lieu sur cet emplacement en:re les Saxons et les Danois. A plusieurs reprises il a été découvert dans la plaine qui avoisine la grotte, des quantités considérables d'ossemens réduits en poussière ; des squelettes entiers avaient môme é'.é conservés. On a trouvé des armures de cette même époque. La grotte s'étend à une grande dislance sous une colline; des promenades, des chambres, des parsages nombreux y sont tracés, et les voûtes sont chargées d'inscriptions curieuses. Ce travail a dû être fait à la lueur de torches. La découver! e de la grotte a été due à une excavation dans une propriété située au dessus.

CHRONOLOGIE HI'S HIVERS !tIÛODHÏCX.

En 358, l'empereur Julien, qui passa ses quartiers d'hiver à Paris, probablement dans le palais dont les ruines se font encore remarquer rue de la Harpe, dit qu'en celle année l'hiver y fut plus froid qu'à l'ordinaire, la Seine charriant des glaçons qui, réunis et consolidés, formaient un pon* sur cette rivière.

En l'an 763 et en l'an 801, l'hiver fut très rigoureux. En S22, les chareltes passèrent sur la Seine durant plusieurs mois. En 1067, 1210, 1305, 1354, 1358, 1361, 1364, 1408, 1420, les Parisiens eurent à souffrir des hivers.

En 1433 la, gelée commença à Paris le dernier jour de l'année et conti" nua pendant trois mois.

Les années 1460, 1480, 1493, 1507, 1522 sont encore signalées par les historiens comme ayant eu des hivers froids. En 1544, on coupait le vin dans les tonneaux avec des haches. En 1600 et 1608, les hivers furent très froids.

L'hiver de 1621-1622 fit sentir sa rigoureuse température jusqu'en Italie, En 1638 et 1657, le froid fut excessif.

De 1672 à 1663, la gelée dura à Paris du 5 décembre jusqu'au 8 mars. En 1665, il y eut 21" 2/10™" centigrades de froid à Paris. Pendant l'hiver de 1676 à 1677, la Seine fut prise pendant trente-cinq jours consécutifs.

L'invention du thermomètre remonte, comme on sait, h l'année 1590, mais ce ne fut guère qu'au commencement du xvin* siècle qu'on en fit généralement usage. En effet, depuis le commencement de ce siècle, nous possédons une série d'observations faites avec ce précieux instrument. C'est ainsi qu'en 1709 on compta 23° 1/10°" de froid à Paris; en 1716, 18° 7 10™" ; en 1729, 15" 3/10'"" ; en 1740, il y a un siècle, la Seine gela entièrement; en 1742, le thermomètre descendit à 17°; en 1744, la Seine gela encore : en 1747, on eut 13° 6/10°" de froid ; en 1748, 15" 3/10°"; en 1754, 14° 1/10"; en 1755, 15° 6/10°"; en 1762, la Seine fut prise partout; en 1767,on eut 15° 3/10™"; en 1768, 17° 1/10°'; en 1771, 13' 6/10°"; en 1776, 19° 1/10°*; en 1783, même degré de froid ; en 178S, 3ï* 8/10""; en 1795, 28° 5/10°", et la gelée dura 42 jours; en 179S, ou eut 17* 6/10*" et 32 jouis de gelée; on se rappelle la campagne de Russie en 1> 12; en 1819, la Seine gela entièrement ; en 1820, on eut 14° 6 10°" de froid ; pendant l'hiver 1829 à 1830, 16° 3/10°" ; en 1836, même degré de froid ; enfin, en 1838, le thermomètre de l'Observatoire marqua 19° centigrades.

La température moyenne de la capitale pour chaque année est extrêmement variable ; mais la température moyenne d'un grand nombre d'an.

nées, d'un demi-siècle, par exemple, oscille entre 10 et 11 degrés centi. grades.

A 9° centigrades, la^Seine gèle.

Le plus grand froid qui ait été remarqué à Paris est celui de l'hiver de 1795 ; aussi toutes les personnes qui le traversèrent s'en souviennent parfaitement. Le thermomètre descendit à 23° 1/2.

Une expédition scientifique et commerciale de la première importance se prépare à Londres en ce moment. 11 ne s'agit de rien moins que de remonter le Niger tout entier, et d'établir des relations avec tous les peuples riverains. On sait que l'expédition des frères Lauder a amené, il y a quelques années, la connaissance du cours du Niger inférieur et de ses embouchures dans le golfe de Bénin. L'expédition actuelle se compose de trois bateaux à vapeur en fer, dont l'un peut être démonté complètement. Ce dernier est destiné à conduire l'expédition au-delà des cataractes de Boussa, si ces rapides courans ne peuvent être surmontés par toute la flotte dans la saison des hautes eaux. On visitera aussi Sacatou, Tombouctou et Djenné , et l'on espère compléter la série d'observations de MungoPark. Les fonds de cette belle entreprise ont été faits par une société particulière, mais le gouvernement anglais donne les instrumens de physique nécessaires aux observations, et fournit un certain nombre de matelots et d'ofDciers delà maiine royale. L'expédition doit partir de Londres au mois d'avril prochain.

Tribunaux.

POLICE CORRECTIONNELLE

La dernière dent de ma tante.

Simplice Milliard est traduit en police correctionnelle par M. Claude Michard, son oncle. L'oncle est accompagné de madame son épouse, grande personne âgée, fardée et prétentieuse, qui pince les lèvres pour dissimuler sans doute l'absence des dents, et se confond en révérences et en salutations. Quel est le crime du pauvre Simplice? M. Michard nous l'apprendra.

M. Michard. — Simplice est mon neveu, cela est vrai ; mais le fait dont il s'est rendu coupable a b'isé tous les liens du sang... Simplice, tu n'es plus mon neveu.

Simplice. — C'te bêtise ! comme si je n'étais pas toujours le fils de votre frère.

— Au physique, il n'en peut être autrement ; mais au moral, je te renie.

— Ah ! mon oncle ! que vous êtes jobard ! Au lieu de me combler

de bénédictions pour ce que j'ai fait, vous me traînez devant les tribunaux, comme un Turc!

— Vous vous êtes conduit au vis-à-vis de M" Michard, votre tante (\rc Michard fait la révérence), comme un franc Iroquois.

— El vous, vous êtes un mari bonace... pour ne pas dire mieux. M" Michard, respirant des sels. — Ah ! ciel !

M. Michard, soutenant son épouse. — Eméline !... (A Simplice :) Mal

heureux, tu veux donc sou décès! tu veux donc commettre un tan-

ticide !..,

Simplice. — Tanticide !... à ce compte, je suis donc encore votre neveu ?

— Tais-toi et laisse-moi l'accuser de tes forfaits.

— Ça m'est bien égal, je me défendrai... et le plus vexé, ça sera pour sûr vous et votre épouse.

— Insensé !.. (Saluant lesju^cs.) — Messieurs, j'ai dans le fond d'ur.e de nos provinces méridionale un frère peu fortuné qui a eu l'imprudence de donner la vie à ce serpent que vous voyez là...

— Je ne sais pas plus serpent que chapeau chinois. Je ne sais pas la musique.

— Je méprise tes calembredaines... Mon frère, il y a six mois, m'envoya ce mauvais sujet, me priant de le placer à Paris dans quelque administration... J'ai reçu ce gamin comme le sang de mon frère; je l'ai soigné, caressé, mijoté, comme s'il eût été mou propre Gis.

— C'est vrai ! et c'est pour ça que je me suis attaché à vou* Vous

avez beau me persécuter, je vous aime tout de même, et vous aursi vous m'aimez, vous avez beau dire.

— C'est faux!... Croiriez-vous, messieurs, qu'un jour de grand dîner chez moi, le drôle a eu l'impudence criminelle de donner un soufllct à M"' Michard, mon épouse et sa tanie. (M"" Milliard fait la révérence.)

— C'est juste ! j'en conviens... même que ma tante a perdu du coup sa dernière dent...

M" Michard, défaillant. — \h ! Seigneur!

Simplice. — Votre femme est une bégueule , mon oncle , et une bégueule qui vous fait des traits avec M. Lecoche , ce vieux lion qui sent le musc à 20 kilomètres à la ronde.

M. Michard. -— Calomniateur!

Simplice. — Laissez donc ! j'étais derrière un rideau, je h s ai entendus causer comme de vrais amis, pour ne pas dire amans. Alors, vu que je vous aime, j'ai été indigné et j'ai flanqué un soulllct à ma tante. Si vous y tenez, je vous rendrai raison.

M" Michard lève des yeux langoureux sur son mari. — Ah ! Michard !

M. Michard. — Apaise-toi, Emeline... Je ne crois pas un mot de ces atrocités... lu es la plus vertueuse des femmes !

Simplice. — Et vous le plus vertueux des époux.

Simplice est condamné à 8 jours de prison. [Droit.)

JUSTICE DE PAIX, fi' arrondissement. — La corde de pendu.

Ce monde offre un singulier aspect de vires, de misères et de faiblesses; combien de fois le philosophe de l'antiquité aurait-il à hausser les épaules sur la crédule sottise des humains, s'il venait de nos jours, sa lanterne à la main, chercher dans ce Paris bruyant et immoral, un homme dans toute l'étendue du mot. C'est surtout devant les juges de paix que se dévoilent les petitesses et les superstitions ridicules des animaux raisonnables, comme nous appelle Brid'Oison. En voici aujourd'hui encore un singulier exemple.

La veuve Grégoire. — Monsieur le juge, je suis une honnête femme , et si je réclame mon argent, c'est que j'en ai le droit... Monsieur Chai lot m'a trompée indignement...

Le juge. — Que vous a-t-il fait ?

La veuve Grégoire. — Il a d'abord fait nia connaissance... C'était, il y a trois mois, chez ma nièce Ursule, une grosse blonde qui fabrique des culottes de peau pour la gendarmerie départemental'... Le coquin lui enfilait ses aiguilles, à c'te lillc... il n'y a pas de mil à ça ; au reste, il était très poli envers moi; c'était manie Grégoire par ci, marne Gré » e par là !... Comment va votre... polissonne de santé ?... Roulotlons n mis toujours?... Nous faisons des pcloltcs dégraisse... Nous sommes encore gentille quand nous sommes peignée... et un tas de bêtises de ce genre. Bref, je m'attachai à cet adolescent, d'autant plus qu'il paraissait avoir à l'égard d'Ursule des vues très honnêtes.

Le juge. — Ces détails sont inutiles à la cause.

Ii veuve Grégoire. J'y arrive. Il faut vous dire que je suis très superstitieuse... Je crois aux sorts, au marc de café, aux araignées du matin et du soir, aux couteaux en croix et aux nouvelles a la chan Icllc. I n joui-, dans la conversation, je dis à Chariot : .le donnerais bien les cinquante finies que j'ai à la caisse d'épargne pour avoir de lacorde de pendu... On dit que ça porte un bonheur extraordinaire. — Mère Grégoire, me répond cet homme, cela est difficile à obtenir.., attendu que la pendaison

n'est plus de mode... On ne pend plus qu'en Angleterre ; en France o se sert du charbon et de l'eau de 1 1 Seine... Ma foi, pensai-je, je ne ferai pas le voyage de Londres pour voir pendre un homme, mes mm cm ne me le permettent pas... D'ailleurs, je pourrais tomber dans la morte saison. Riregém al. Ça reste là, quand huit jours après, qu'est-ce que je reçois ? une lettre de Chariot, qui m'apprend qu'il vient de se peu Ire un droguiste dans sa maison, au quatrième au-dessus de l'entresol... et qu'on attribuait cet événement à un suicide. (Hilarité prolongée. Je lui réponds tout de suite que je veux uu morceau de la corde... celuiqui touche le dessous du cou... C'est le meilleur... Il m'écrit encore que la corde est lestée dans les mains du portier de la maison, et qu'il fuut donner dix francs pour en avoir; je les donne, et il m'arrivelc lien tant désiré...

Le juge, souriant. — Qu'avez- vous donc à réclamer?

La veuve Grégoire. — Je réclame, parce que dès que j'eus ce talisman ma fortune changea de face... Le lendemain, mon chat mourut d'une indigestion... ma cuisinière se grisa... ma pendule retarda d'une heure ; la portière médit des sottises, et j'eus une forte colique ... (Hilarité.) Cela n'en resta pas là... Le lendemain je mis le feu à nies jupons, mon neveu me vola deux bouteilles d'eau-de-vie et m'envoya son tailleur, ma Colique avait pris un caractère fort incommode, et je vis défunt mon époux en songe... J'étais la plus malheureuse des femmes... (Longue hilarité.) Apres avoir long-temps cherché pourquoi ce talisman de bonheur me produisait l'effet contraire, sur informations prises, je connus le mot de l'énigme.

Le juge. — Eh bien ! quel était ce mot ?

La veuve Grégoire. — Eh bien ! mon pendu, dont je portais la corde, n'était pas mort !... Il mangeait des panades et des bouillons à l'oseille à l'Hôtel Dieu. Le droguiste s'était manqué. (Rire prolongé.)

Le jeune Chariot, blâmé par M. le juge pour avoir encouragé des erreurs superstitieuses, s'excuse eu disant que ce sont les gens chargés de i i levée du corps qui trafiquent ordinairement de la corde. Quant à lui, il n'a servi que d'intermédiaire.

Il est néanmoins condamné à rendre l'argent.

La veuve Grégoire. — Ne continuez plus ce métier, jeune gars, vous pourriez vous faire pendre.

Chariot, ironiquement. — Dans tous les cas, je ne vous vendrai pas la corde qui m'aura servi... vous êtes une trop mauvaise pratique... (Ililarilé générale.)

GARDE NATIONALE DE PARIS

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