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HISTOIRE DU TEMPS DU CHRISTOPHE COI.OUD

Par Fénimoue Cooper,

Traduit de l'anglais par F. de Labédollièiie ,

■1 vol. in- 12,

En vente chez Gustave Barba, éditeur, rue Mazarine, n. 34.

Le Gérant, TAQUARD.

Paris. — Imprimerie et lithographie ife MADLDE et l'.EMOli, rue bjilleul, u cl II, près du Louvre.

12» Année. — N" 19

Lundi 5 Avril 1841.

Sittcratuve.

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SCIENCES, BEAUX-ARTS, MŒURS

MEMOIRES ET VuYAGES.

HISTOIBKS ET MM VKI.I.I .s

DECX GRAVURES DE MOUE ET EX DESSIN l' VU MOIS.

On s'abonme .'i P iri-i . nie du Rasard-Ricbelien, . les départemens, cbei les Directeurs des les Libraires, el auv bureaoi des Message- ^^2 ries royales, et des Messageries LaflUleel Caillard. ^

Ou ue rerull que le» Icllres atTraucblcti.

JOURNAUX, LIVRES, THEATRES

MODBS ET MELANGES.

CHRONIQUE DIS TtllBl YUX.

EXTRAITS D'OUT&ACEI INÉDITS 11 VU H > m

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ET LE CERCLE REIMS

GAZETTE DES FAMILLES

SOMMAIRE

Le Périmer Guillaume, par .M. Rénédict Gallet. — Histoire d'un Brave, par M. F. Cochelet. — (Voyage dans la Turquie d'Europe (2e article). — Les Guêpes, par M. Alphonse Kaiwi. — Beaux-Arts: Salon de 1841 (2« article;. — Théâtre : Théâtre des Variétés, le Maître d'École, par MM. Lockboy et Amcet. —Tablettes des cinq jours : Faits divers.

LE FERMIER CUILLAUME.

Au sommet d'une colline située près des bords du Cher, s'élevait encore, vers la lin du règne de Louis XVI, un antique château qui dominait de ses murs gigantesques la capitale de la Touraine, C'était, depuis un temps immémorial , la résidence d'une noble et puissante famille dont le chef mourut en 1787, après une courte maladie, et laissa ton litre et ses grands biens a son neveu Anatole de Chambrun. Celui-ci quitta immédiatement la cour de Versailles et vint avec sa femme prendre possession de ses nouveaux domaines.

Jeunes, vertueux, bienfaisans , le comte et la comtesse de Chambrun devinrent, en peu de temps, la consolation, l'appui, la providence de leurs vassaux. La récolte avait-elle été mauvaise , la grêle avait-elle dévaste les champs et dépouillé les vignes de leurs bourgeons et de leurs Heurs, leur charité inépuisable et souvent ingénieuse trouvait le moyen de dédommager le laboureur de la stérilité de ses travaux. Cependant leurs bienfaits ne firent pas germer partout de la reconnaissance. Un des

fermiers du comte, nommé Guillaume, lui voua une haine irréconciliable. Cet homme, d'un caractère sombre et irritable, d'une nature rudti et sauvage, d'une intelligence supérieure à sa position, était dévoré par l'envie et détestait tout ce qui se trouvait au dessus de lui par le nom, le rang, la fortune. Les événemens vinrent offrir un aliment aux passions coupables qui fermentaient dans son cœur.

La Révolution éclata , et la noblesse tout entière fut enveloppée dans un arrêt de proscription. Guillaume [ne vit dans ces bouleversemens qu'un moyen de s'enrichir sans peine et d'assouvir une haine jusqu'alors impuissante. Au premier bruit Jque les journaux apportèrent des événemens de Paris, il se déclara partisan des nouvelles idées, et quand ce terrible mouvement, qui se propageait d'une ville à l'autre avec une extrême rapidité, arriva à Tours, il se hâta d'y prendre part et se chargea de le diriger.

Investi d'une autorité réelle, Guillaume commença par s'emparer du cbàteau de son bienfaiteur. Le domaine de Chambrun fut envahi, et les terres qui en dépendaient mises sous le séquestre de la République. Mais Guillaume ue retira point de cette expédition tout le fruit qu'il en avait espère. M. et M"' de Chambrun avaient quitté le château peu d'heures avant son arrivée, emportant quelque argent et leurs bijoux les plus précieux , et tous deux fuyaient de bois en bois, de village en village, tremblaus sans cesse d'être reconnus ou trahis. Cette vie errante, pleine de privations, d'angoisses , d'incertitudes et de périls, dura plusieurs mois. Enfin le comte voyant la santé de sa femme s'altérer, sentant ses propres forces s'éteindre , traqué sur toutes les routes, et désespérant d'échapper plus long-temps aux émissaires de l'homme qui les poursuivait avec un si cruel acharnement, se décida a chercher un refuge aui portes mêmes de Tours, l'n bûcheron ouvrit sa cabane aux deux fugitifs; mais ce fut en vain qu'il entoura les nobles proscrits de tous le.-, soins, de toutes les précautions que le devoiiment le plus absolu pouvait lui suggérer. Plusieurs paysans pénétrèrent un soir jusqu'au comte <lc Chambrun, et le sommèrent de les suivre j L'Hôtel-de-Ville pour y comparaître devant le fermier Guillaume, deveuu le citoyen Guillaume, président du tribunal révolutionnaire.

L'ancien cultivateur est assis dans un large fauteuil. Plusieurs liasses de pièces de procédure révolutionnaire sont jetées pêle-mêle sur une ta- Lie placée en face de lui.

— Ah ça! est-ce fini ? murmure-t-il avec un ï*este d'impatience, en regardant emmener un réfractaire qu'il venait de condamner à mort.

Au même instant une jeune et belle femme se précipite dans la salle et s'ani'te devant lui. Ses longs cheveux noirs flottent en désordre sur ses épauk. s' ses veux sont égarés, son visage es;t pâle comme celui d'un sraort. Elle e. st vêtue du simple costume des paysannes de la Touraine mai§ ce déguis. ement dissimule mal l'éblouissante blancheur de sa peauj la finesse de sa7 f°r|nes et l'élégance aristocratique de sa tournure.' Sous un extérieur vilJageois on reconnaît la grande dame. Il y a des femmes à qui le dégu'isement «t impossible.

Guillaume sourit, uiu° joie cruelle étùacelle dans son regard : il a reconnu Mroe de Chambpun,

— Asseyez-vous, citoyenne...

Mais M**" de Chambrun reste debout.

— Monsieur. . .

— L'égalité de la République a détruit ces vieilles formules ; appelezmoi citoyen.

— Oh ! pardon, pardon !... Je suis si tremblée ; mes idées sont si confuses... Eh bien ! citoyen président, puisque c'est ainsi qu'on vous nomme... mon maria été arrêté hier... quoique innocent, je vous le jure.., et emprisonné à l'Hôtel-de-Ville... Oserai-je vous demander quel sera son sort?

— Celui des traîtres et des ennemis de la République.

— Mais il n'est ni l'un ni l'autre, s'écria Mm« de Chambrun -d'une voix déchirante,,, Il n'a point pris les armes contre la République... 11 n'a pas conspiré avec l'étranger... Que pouvez-vous lui reprocher, sinon les bienfaits dont il vous a comblé?... Pariez, Monsieur ! quel est son (.'rime ?

— Son crime! Pi 'est-il pas gentilhomme?... N'a-t-il pas foulé aux pieds le pauvre peuple ?

— Et c'est ce dont vous l'accusez, vous, Monsieur ?

Guillaume resta un instant interdit devant cette expression si naturelle de surprise et de reproche.

— Citoyenne, dit-il en se remettant de son trouble, la reconnaissance de l'homme privé doit se taire devant le devoir de l'homme public... le mien est de punir les coupables...

—-- Et de protéger les innocens ! répondit la comtesse en relevant la tête... Mais il est impossible que vous me parliez sérieusement... Jamais, oh ! non, jamais! car ce serait un forfait horrible... Jamais vous n'oseriez vous souiller du meurtre d'un homme qui ne vous a fait que du bien dans ses jours de prospérité, qui vous a marié, citoyen Guillaume.:. qui a doté votre femme et servi de parrain à votre enfant. . . qui, pendant six ans, a été pour vous un ami, un bienfaiteur... Vous souriez... Oh ! je savais bien que vous ne vouliez que m'effrayer !

Puis se précipitant à ses pieds :

— Vous me rendrez mon mari, n'est-ce pas? Vous m'accorderez sa grâce, sa liberté... et je vous bénirai à chaque heure du jour. Je prierai Dieu de vous guider, si vous êtes dans la bonne voie ; de vous pardonner si vous êtes dans la mauvaise...

— Vous oubliez que je ne crois pas à l'efficacité des prières, répondit froidement l'ancien fermier.

— Mais regardez-moi donc, Monsieur!... je suis à vos pieds. Je vous implore, je vous demande grflee! Que faut-il vous dire, mon Dieu?... JN'est-il donc pas de paroles qui puissent arriver jusqu'à votre cœur et l'attendrir?... Tout ce qui touche, tout ce qui émeut les autres hommes vous trouverait-il froid et indifférent? La pitié...

— C'est une faiblesse.

— Le remords ?

— C'est un mot.

— Dieu ?

— Je n'y crois pas.

— Oh ! quel homme êtes-vous donc ? s'écria la jeune femme dont les yeux répandaient un torrent de larmes.

— Qui je suis ? répondit Guillaume en frappant la table de son poing fermé, je suis un homme qui s'inquiète peu de. heurter quelques cadavres. Mais faisons trêve aux injures et écoutez-moi... Votre mari est un noble, un aristocrate... vous dites qu'il n'a point pris les armes contre la République ; cela se peut, et je veux bien le croire... Mais c'est que le temps, l'occasion et les moyens lui ont manqué... Eh bien! en admettant que je consentisse à lui rendre la liberté, c'est-à-dire à trahir mes convictions et mes devoirs, répondez... quel prix attacheriez-vous à un pareil service ?... qu'auriez-vous à m'offrir?

— Et que voulez-vous que je vous offre, Monsieur? Je possédais des richesses, on s'en est emparé... un château, on l'a confisqué au nom de la République... Je suis seule, proscrite, errante, sans fortune, sans amis, sans asile, sans protection ! Que voulez-vous donc que je vous offre, Monsieur?

— Ce qu'une femme peut offrir à celui qui l'aime éperdùment... un amour tendre et généreux.

Puis saisissant une liasse de papiers et les lui montrant : — Je tiens dans mes mains la grâce de votre mari et sa condamnation. Un mot au bas de l'un de ces arrêts, et M. de Chambrun est libre à l'instant même ou fusillé dans une heure... Choisissez !

A ces mots, la comtesse cacha son visage dans ses mains ; un tremblement convulsif la saisit ; des sanglots étouffés soulevèrent sa poitrine.

— Eh bien ! Qu'avez-vous résolu ?... sa liberté ou sa mort?

— Sa mort ! répondit M™0 de Chambrun, en tombant inanimée aux pieds de Guillaume.

ni

Trente soldats, le fusil chargé, attendent l'ordre de faire feu : et ea face de cette troupe menaçante, un jeune homme pâle, mais calme, tient à la main un mouchoir blanc dont ou a voulu lui couvrir les yeux : c'est le comte de Chambrun. Tout-à-coup de grands cris se font entendre sur la place, et Mmc de Chambrun se précipite vers les soldats.

Aux accens de cette voix chérie, le comte tressaille douloureusement. Tout son sang-froid, tout son mépris de la mort s'évanouissent ; il attache ses regards sur sa femme bieu-aimée et lui tend les bras. Mme de Chambrun s'y précipite, elle le serre étroitement, et tous deux confondent leurs soupirs et leurs larmes. La foide est émue, les soldats hésitent... Déjà on parle de délivrer le condamné, lorsque la grande fenêtre de l'Hôtel-de-Ville s'ouvre : Guillaume parait sur le balcon ; il promène alternativement son regard farouche* sur sa troupe et sur le comte, puis il fait signe à l'officier d'éloigner la jeune femme.

En ce moment une chaise de poste, lancée au grand trot, s'arrête au milieu de la place. Un homme d'une taille colossale met la tête à la portière et considère avec surprise les divers acteurs de cette scène, puis il s'élance de la voiture, marche droit à l'officier répubicaih, lui ordonne de suspendre l'exécution et de conduire son prisonnier à l'Hôtel-de- Ville. Arrivé dans la salle du tribunal révolutionnaire, le nouveau venu se tourne vers AI. de Chambrun et lui demande quel crime a motivé son. arrestation et son jugement. Pendant le récit du comte, ses sourcils froncés, le mouvement de ses lèvres, l'expression menaçante de sou regard indiquent la violence des sentimens qui l'agitent. A peine ce récit est-il terminé, qu'il croise les bras sur sa poitrine, s'approche de Guillaume et lui demande d'une voix tonnante ce qu'il a à répondre et quelle est son excuse.

— Le bien de la République! réplique audacieusement celui-ci.

—Le bien de la République ne justifie pas les cruautés inutiles! Tu la calomnies, misérable! La convention a dès long-temps les yeux fixés sur toi... elle m'a chargé de faire prompte et bonne justice. J'ai voulu

voir; j'ai vu! Tu as mérité la mort! Soldats, ajouta-t-il en se tournanl i\. emmenez cet homme et qu'il soit fusillé à l'instant même... Voici l'ordre de la Convention '.

En vain Guillaume essaie-t-il de se justifier ; en vain demande-t-il qu'on suspende l'exécution jusqu'à ce qu'une enquête ait établi l< de l'accusation, le Représentant demeure inflexible. Comprenant alors qu'il ne lui reste plusfde chances de salut, l'ancien fermier tombe dans un arecs de colère frénétique, il arrache de son bonnet la cocarde tricolore, la déchire, la froisse entre ses mains et la foule aux pieds, en

Mit :

— si c'est ainsi que la République récompense ses défenseurs et ses

ns, meure la République!

Le Représentant du peuple ne quitta le perron de l'Hôtel-de-Ville que lorsque l'exécution fut accomplie. S'approchant alors d'une table, il écrivil quelques mots à la hâte, et remeit au comtele papier qui les contenait.

— Quant à vous, citoyen, lui dit-il, prenez ce sauf-conduit... 11 garantit votre sûreté et celle de votre femme... Ne quittez point la France*. Ne vous mêlez d'aucun complot... N'entrez dans aucune conspiration ni intérieure ni étrangère... e1 vous n'aurez rien à redouter de la République! Vdieu, citoyen... Si l'on vous demande de qui vous tenez ce sauf-conduit, répondez que c'est de Danton.

I lanton avait des ruomens de justice et de compassion,

En dispersant dans l'exil les divers membres de la famille de Chambrai, la révolution en éteignit la souche, M. et Mm« de Chambrai ne

revirent pas, en des temps plus heureux, le château de leurs ancêtres, et le voyageur n'aperçoit plus aujourd'hui que des ruines sur l'emplacement un s'élevaient naguère les tours du vieux Manoir.

IIlmïuictGallet.

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