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TABLEAUX HISTORIQUES

Dans la composition historique qui réclame tant de grandeur, de savoir et d'énergie, le Salon de 18-H offre quelques ouvrages remarquables. Quatre ou cinq toiles surtout méritent une attention sérieuse et se recommandent par d'éminentes qualités, ce sont l'Entrée des Croisés à Constat) tinople, par M. Eugène Delacroix; Y Abdication de Charles- Quint, par M. Louis dallait; la Procession des Croisés autour de Jérusalem, par M. Sehnetz ; la Reddition de Ploléinaïs à Philippe-Auguste el à Richard-Cceur-de-Lion, par M. Blonde]; la Promenade d'Jh'liogabale dans Rome, par M. Muller, et le Naufrage du Vengeur, par M. Leullier.

M. Alaux a aussi exposé cette année trois beaux tableaux historiques représentant : les États-Généraux de Paris, sous Philippe de Valois, en 1328; ¥ Assemblée des Notables à Rouen sous Henri IV, en tô%, et les États-Généraux de Paris sous Louis XIII, en 1614. II serait peut-être embarrassant de décider quel est le meilleur de ces trois tableaux destines aux galeries historiques de Versailles ; cependant nous nous sentons portés à préférer l'Assemblée des Notables sous Henri IV; la composition eu est plus sévère encore, mais sans trop de froideur, et la couleur plus serrée. Tous ces personnages, placés selon Tordre indiué par le Cérémonial Français, ces évêques en robes violettes, ces parlementaires en robes rouges, ces échevins en robes noires conservent bien toute leur dignité; les têtes sont en général bien étudiées et ont une expression noble et fortement caractérisée ; puis l'artiste a si habilement, si merveilleusement distribué la lumière, et surtout ménagé la]perspeetive, que son pinceau trompe l'reiletque l'on croirait, en regardant de loin son tableau, pouvoir entrer de plain-pied dans cette salle où Henri IV adresse aux Notables ces mémorables paroles qui ont toujours été citées comme un modèle de cette vive éloquence du cœur, si puissante sur les hommes assemblés: « Je ne vous ai point appelez comme faisaient mes prédécesseurs.pour vous faire approuver mes isolontez ; je vous ai assemble: pour recevoir vos conseils, pour les suivre; bref, pour me mettre en tutelle entre vos mains, envie qui ne jtrend gueres aux roys, aux barbes grises et aux victorieux! » Malheureusement un discours aussi digne d'être écouté, ne parait occuper que très faiblement l'attention de ceux auxquels il s'adresse. Un grand nombre d'entre eux, pour nous montrer leur visage, détournent leurs regards de celui du grand mi. M. Alaux avait, comme on voit, à traiter de ssujets ingrats, sans mouvement et sans effet dramatique, et cependant ses tableaux ont un mérite réel et obtiennent un succès incontestable.

Bien inférieur, selon nous, au tableau de la Justice de Trajan, inférieur lui-même à la Médée de 1838, le nouveau tableau de M. Eugène Delacroix, l'Entrée des Croisés a Constantinople, rappelle par ses qualités, mais surtout par ses défauts, celui que cet artiste a exposé au dernier salon. Les Croisés ont pénétre dans les rues de Constantinople, les Grecs épouvantés ont fui de toutes parts. Baudouin, comte de Flandre, et les autres chefs de l'armée victorieuse arrivent à cheval devant le palais impérial, leur étendard à la main. Des femmes et des vieillards implorent la clémence des vainqueurs. Sur le second plan, un soldat furieux entraine le vieil empereur qui tend des mains suppliantes vers le groupe de chevaliers ; au-delà l'œil se fatigue à suivre l'immense développement de la cité impériale, les longues rues qui serpentent à perte de vue, et les rives sinueuses du Bosphore. Au-delà encore, ce sont des montagnes bleues qui s'effacent et vont se perdre dans un horizon va» doreux.

Telle est la disposition générale du tableau de M. Delacroix. Louable à certains égards, il s'en faut de beaucoup qu'elle soit irréprochable. Mais que sont devenus l'éclat et la vigueur de ce coloris si puissant qui soutenait naguère la comparaison même avec celui de Hubens ? Assurément ce n'est pas là l'Orient, le pays du soleil et de la lumière. Non, ce ciel, chargé et brumeux, n'a jamais été le ciel de Constantinople, si chaud et si brillant. Non, ces lointains gris et vaporeux n'ont rien des vigoureuses perspectives, des tons forts et tranchés du midi. Non, cette mer d'un bleu si dur n'a jamais été le Bosphore.

'foule la couleur dte ce tableau est terne et violette: ou dirait que Baudouin et les Croisées sont entrés à Constantinople par un jour de pluie et de brouillard; c'est possible, mais l'artiste devait choisir un beau jour, un ardent soleil, une lumière pure et éclatante. Puis enfin, au lieu de ces épisodes pleins de grandeur et de vie, au lieu des scènes dramatiques, et animées, qu'en raison de la nature même de son talent nous étions en droit d'attendre du pinceau hardi et si souvent téméraire de M. Delacroix , nous ne voyons que quelques femmes égorgées et une famille éplorée qui se roule à terre sur le passage des vainqueurs. Au lieu de ces fiers et bouillans croisés qui doivent traverser triomphalement la ville prise d'assaut, M. Delacroix ne nous montre qu'une foule de lances et quelques guerriers engourdis, fatigués, montés sur de lourds chevaux, et traversant assez nonchalamment un quartier désert de Constantinople!

Tout est froid dans ce tableau : à le voir de loin, avec sa couleur si terne et si fausse, on dirait une de ces vieilles tapisseries historiques qui pendent le long des murailles chez les marchands d'antiquités et de meubles gothiques. Nous attendions quelque chose de plus énergique, de plus éclatant et surtout de plus vrai de l'auteur de la Médée et des Femmes d'Alger.

Nous sommes eu plein moyen-âge, nous respirons partout l'air des croisades. Voici deux autres tableaux historiques destinés, comme la toile-tapisserie de M. Eugène Delacroix, au Musée de Versailles, salle des Croisades, et qui représentent également des sujets puisés dans cette belleet glorieuse partie de nos annales : — ce sont la Reddition de Ptolémaïs, par M. Blondel, et la Procession des Croisés, par M. Sehnetz, directeur actuel de l'Académie de France à Borne.

Le tableau de M. Blondel, la Reddition de Ploléinaïs (Saint-Jeand'Acre) à Philippe-Auguste et à Bichard-Creur-de-Lion, en 1191, nous paraît infiniment supérieur à celui de M. Sehnetz. La composition en est sage et bien ordonnée. On comprend bien le sujet, la disposition générale est claire, les personnages sont bien posés , mais l'ensemble n'a ni verve, ni mouvement, ni chaleur. Il serait difficile de reconnaître le prince magnanime auquel la postérité à déféré à si juste titre le surnom d'Auguste, dans ce personnage froid et dépourvu d'énergie que M. Blonde] a gratuitement revêtu des armes étincelantes et du manteau bleu du roi de France.

Le tableau de M. Sehnetz, la Procession des Croisés autour de Jérusalem, la veille ilr te prise de la ville sainte (1-4 juillet 1099), manque d'harmonie, d'ensemble, et ne se relève guère que par le détail des têtes et de certaines parties de la composition. Les Croisés campent depuis long-temps sous les murs de Jérusalem. L'arrivée de la flotte génoise à ranimé tous les esprits : une procession solennelle défile tout autour de la ville; et Pierre-I'Ermite, évoquant tous les souvenirs attachés aux lieux saints que foulent en ce moment les soldats de la croix, rend à leur foi tout son enthousiasme, à leur courage toute son ardeur. Cette composition est froide, lâche, diffuse et dépourvue de toute inspiration. Au lieu de ces austères compagnons de Pierre-I'Ermite, de celle foule de chevaliers si fervens et si fiers, de cette masse de soldats pleins de fanatisme et d'enthousiasme, nous ne voyons eu marche que quelques moines indoleusct quelques guerriers ennuyés.

La grande peinture historique ne convientévidemment pas à M. Sehnetz. Bendez-lui les scènes poétiques de la vie italienne, les pèlerins devant la Madone, les processions de moines dans la montagne, les jeunes et

brunes filles d'Albano allant à la fontaine; rendez-lui toutes ces chaudes élégies italiennes avec les tons et la poésie du climat, et vous retrouverez alors un excellent peintre, un excellent poète!

La levée du siège de Rhodes, en 1 180, par M. Odier est une scène présentée d'une manière large et simple à la t'ois. C'est encore une procession autour de la cité délivrée; le grand-maître, Pierre d' lubusson, fièrement appuyé sur sou épée, t'ait à la hâte panser ses blessures par un t'rere servant pour aller se joindre aux chevaliers qui se dirigent vers l'église de Saint-Jean, et vont rendre grâces à Dieu de la victoire remporte sur Paléologue. \u loin la mer est couverte des galères musulmanes qui s'éloignent a toutes voiles. Tout cela estasse/, pittoresque, assez intéressant, mais bien peu anime, malgré l'enthousiasme que doit inspirer aux assiégés leur délivrance après un siège long et terrible.

l.e ttrt»ur de Saint-Louis arrivant de Palestine, après la première croisade, et débarquant sur la plage d'Ilvères au milieu d'une immense population, par M. Arsemie; la Batailh de Mons-en-Puelk, par Al. Larivière; puis le Louis IX, agenouillé sur les marches de l'autel de la Sainte-Chapelle et offrant à Dieu la Couronne d'épines, par M. Court, sont des ouvrages d'une estimable médiocrité qui sont loin de toute question d'art et où la moindre étincelle de puissance créatrice n'a pas éclate. «

L'Abdication de Chartes-Quint, par M. dallait, artiste belge, est une vaste composition, calme, mais bien conçue et bien exécutée. Charles-Quint a résolu de remettre le gouvernement des Pays- Ras et de la Bourgogne à son fils Philippe, et il a convoqué tousles ordres de l'État dans la grande salle de son palais, à Bruxelles (25 octobre t .">:>.'> Revêtu de son costume impérial, appuyé sur Guillaume d'Orange dont le maintien est lier et majestueux, posant solennellement la main sur la tête de son (ils agenouillé devant lui, le monarque implore la clémence du ciel pour cette jeune tète qui va porter à son tour le poids de la couronne. 1, 'assemblée est grave, recueillie; et tous ces visages de chevaliers et de pages, de prélats et de moines, de bourgeois et de femmes sont empreints de mélancolie. Toutes ces tètes sont belles, fonseiencieusement étudiées, souvent peintes avec vigueur; malheureusement jeunes et vieilles, toutes ont généralement le même ton, ce qui est un défaut réel. Puis tout cela semble n'être qu'une réminiscence de la peinture et des types d' \HVed Johannot. Quoi qu'il en soit, le tableau de M dallait est une ouvre très remarquable, et l'artiste, selon nous, a heureusement aborde et traite cette scène imposante.

I n des plus beaux traits de l'histoire moderne, c'est la lin héroïque de l'équipage du Vengeur. M. Leullier, dans une toile immense, nous à représenté avec hardiesse el rigueur ce drame sublime et terrible. Le vaisseau le Vengeur, foudroyé par trois ha\ ires anglais, s'abîme dans les Mots: lesinàts ont été coupes par les boulets: une partie du pont est déjà envahie par la vague, l'arrière du vaisseau s'enfonce et va disparaître... En ce

moment suprême, mie nouvelle ardeur s'est emparée de l'équipage; des

canonniers lancent aui anglais un dernier boulet, des matelots s'embrassent... d'autres élèvent leurs chapeaux et mussent leurs voix dans un dernier cri d'enthousiasme... lou> bravent et méprisent la mort ! ,,

M Leullier s'est visiblement inspiré de Géricault; son tableau est une

OCUVre digne d'éloge Sans doute; mais nous rend-il parfaitement, dans

toute sa grandeur, dans toute sa majesté, cette scène si fameuse? Vous

ave/, bien sous les veux ibs vaisseaux, des bouillies et de l'eau ; mais la

nier est absente, on la cherche vainement, on n'en trouve qu'un lambeau. L'esprit ne peut se faire à cette grave omission du principal clément de toat tableau de marine.

M. .Mullei- nous a retracé, cette : ée, une Promenade d'HMogabale

dans Hume, \ssis sur un char magnifique que traînent des femmes nues, choisies, entre les plus belles, es té de bacchantes, de satyres, d'histrions qui jettent des Heurs a l'idole impériale et l'étourdissent du bruit

des eon. pies et des taml rs, l'infinie Béliogab de en plein soleil, à la

vue du Capitule, se donne pompeusement en spectacle au peuple dé néré de la Ville-Eternelle. Celte composition, évidemment inspirée des

grandes et triomphales toiles de l'.ubens. est peinte avec une verve immodérée, sans doute, mais avec talent, avec énergie, il j a du mouvement et de l'ivresse dans ce cortège qui s'auite et tourbillonne autour du char. Malheureusement, connue tous les jeunes gens anlens, M. Mullcrabuse de son extrême facilite qui l'emporte et l'égaré Dans sa nouvelle composition, rien n'est régularisé par l'étude sévère : on dirait qu'il ne s'est pas donné le temps de s'occuper des détails, du soin de la tonne et du style des figures, ("est la une funeste tendance qui en a perdu bien d'autres : que M. Mullcr \ prenne garde! on peut aimer et imiter Rubens et Salvator Rosa, mais il faut aussi admirer et surtout étudier Raphaël et le Poussin.

NOUS devons une mention honorable au tableau de M. llippolyte Bellangé/ Attaque du Téniah de Muuzaïa, parler zouaves et les tirailleurs de Vincennes, sons Us ordres du colonel Lamoricière 12 mai 1840 C'est une œuvre chaleureuse qui remue la libre nationale; c'est an tableau plein de verve et de vivacité qui réveille che/. le spectateur l'esprit militaire endormi ; c'est une vraie bataille, chaude et animée, ou l'on se tire bravement des coups de fusil et où l'on sent bien l'odeur de la poudre. Nos soldats grimpent en courant sur les pentes raides et arides du Téniah de Mou/.aia ; au sommet sont les arabes caches derrière de formidables retranebemens ou flottent leurs drapeaux: les zouaves et les intrépides chasseurs de \ inceniies reçoivent leurs décharges en gravissant les rochers ; mais rien n'arrête leur course, rien ne refroidit leur ardeur, le sifflement des balles les anime au contraire) et l'on sent, à la vivacité de l'attaque, que déjà la victoire est à nous. — Nous ne pouvions mieux terminer notre revue des tableaux historiques du Salon de 1841, que par l'éloge de celte vive représentation d'un glorieux fait d'armes.

THEATRES

Yarikths. — Le Matin d'École, comédie-vaudeville de MM I.OCK- KOY et V.KICET. — Nous sommes au milieu d'une troupe d'écoliers hruvans et paresseux connue tous les écoliers passés, présens et futurs Un pauvre magister de village s'évertue 5 discipliner ce bataillon d'étourdis qui lui l'ont mille espiègleries. I.e jour de la distribution des prix est arrive. Grand embarras du pauvre maître d'école! A qui décerner ces prix? au plus savant apparemment ? mais ils sont tous ignorans! au plus sage? mais ils sont tous indociles el lurbulens'

Pour c ble de malheur, un honnête conseiller de préfecture en

tournée a promis d'embellir la cérémonie de sa présence. ( '.oui ut faire?

Ce digne fonctionnaire interrogera sans doute les lauréats; et comme

QOtre pauvre maître d'école sait parfaitement que ses écoliers ne savent rien du tout, la frayeur le saisit, cl , a cette seule pensée, il tremble de tous ses membres.

Mais hélas! le conseiller de préfecture est arrive, un maigre et faux orchestre l'annonce au bruit peu harmonieux du fameux air classique :

Oit peut-on être mieux? La distribution amenée l'honorable fonctionnaire interroge gravement <leu\ élevés-, l'un repond géographie quand on lui parle histoire, et, réciproquement, l'autre histoire quand on lui parle géographie Kotre infortuné magister va s'évanouir de honte el de

désespoir Mais, â surprise! â bonheur! le conseiller est sourd comme

plusieurs pois, il est enchanté de ce U'u croise de réponses, el adresse, en terminant, une petite allocution paternelle au vieux maître et . ni jeunes élèves pour les féliciter, celui-ci de son zèle el de ses efforts,

ceux-là de leur travail el de leurs progrès , et loul le monde se retire

content Oh! l'édifiant et admirable développement de l'instruction

primaire !

l.e principal personnage de celle pièce est le petit Kouvoil, enfant

perdu de l'école buasonnière, haut connue une batte, intrépide maraudeur qui pille les pommes encore vertes daus l'enclos de M. le Maire, et

qui vole les pruneaux de l'épicier du coin. C'est un monstre qui doit nécessairement mourir sur l'éehafaud.

Quoiqu'on en dise, Levassor n'a pas joué le rôle du Maître d'Ecole avec cette verve comique et cette bonhommie charmante que déployait, il v a quelques mois, Vernet, cet habile comédien, dans un rôle analogue, celui de Phœbus, VEcrivain public. Mais en revanche, le petit Fouyou est un acteur pyramidal, et le Maître d'Ecole la pièce la plus amusante qui se puisse voir.

TABLETTES DES CINQ JOURS

Faits divers.

31 mars. — La commune d'IIyères (Seine-et-Oise) vient d'être témoin d'un l'ait qui prouve le rare instinct et le dévoûment sans bornes du chien pour l'homme :

Un jeune ouvrier tut tout à coup enseveli sous un éboulement de terre et de sable; sou chien du nom de Mazagran, se mit incontinent à gratter, et, tout en hurlant et japaut d'une manière lamentable, il parvient à rendre suffisamment d'air à son maître pour soutenir son existence. Puis continuant ses aboiemens, il attira des passons qui délivrèrent le malheureux jeune homme qu'on rappela, niais avec peine à la vie.

Ou estime à un mètre cube la quantité de sable déplacée en peu de temps par ce chien d'un admirable attachement.

— Le procès de Pierre Sarda Tragine a commencé le 2ô mars devant la Cour d'assises de Foix (Ariège). Ou a procédé, dans la première audience, à l'interrogatoire de cet accusé et de quelques témoins.

Pendant tout le cours des débats, dit une correspondance, le caractère de Tragine s'est montré dans toutes ses phases, violent, irascible, hypocrite, audacieux, vindicatif. Quand il se trouve pressé par les faits, il élude avec impatience les questions qu'on lui adresse et se jette dans des divagations.

1" avril. — Un enfant de onze ans, Timoléon Champigny, jouait avanthier au cerf-volant sur le (puai de la Gare. Pendant qu'il le faisait enlever, il vit passer sur la rivière une barque si lourdement chargée de sable, que l'eau arrivait jusqu'au bord. Le marinier qui la montait, Nicolas Dumont, vieillard de soixante-cinq ans, ne fut pas assez habile pour lutter contre le vent qui l'avait pris en travers; une fausse manœuvre fit chavirer la barque et il tomba à l'eau. A la vue du danger que courait cet homme, Timoléon fit preuve d'une singulière présence d'esprit : se jeter à la nage pour le sauver n'était un moyen ni sûr ni prudent, il usa d'un autre aussi simple qu'ingénieux. Avec la rapidité de l'éclair, il attacha une pierre à la ficelle de son cerf-volant, et jeta ainsi une corde de sauvetage à Dumont qui surnageait et eut le bonheur de la saisir. Ce premier moyen ayant réussi, Timoléon comprit que, pour sauver le vieillard, il lui fallait encore user de la plus grande prudence; cette fois le proverbe était textuellement vrai, sa vie ne tenait plus qu'à un fil. L'enfant ne se pressa pas, il se mit à suivre le fil de l'eau, donnant a la ficelle juste la tension nécessaire pour attirer doucement le corps à lui sans la casser. Cette précaution fut couronnée de succès ; quelques minutes après, le vieux marinier avait pu saisir le bord d'une petite chaloupe et remercier l'enfant qui venait de le sauver presque miraculeusement.

— On lit dans le Journal de Toulouse du 28 :

« Hier, vers l'entrée de la nuit on distribuait, sur la place du Capitole, de petits carres de papier sur lesquels étaient imprimés ces mots :

• France ! ... France, depuis 1830, mon petit jardin est afferme! je « sème pendant les six jours de la semaine, et le septième je le fais ■ reposer.

« Nous ignorons si cette distribution n'est qu'une plaisanterie, ou bien s'il faut voir dans ces paroles énigmatiques quelque but sérieux. »

2. — Chose qui ne s'était pas vue depuis plus d'un demi-siècle, hier, on montrait dans les champs du seigle monté eu épi. Tous les cultivateurs éprouvent en ce moment les plus vives craintes que le vent ne se fixe au Nord, car tous les fruits précoces seraient perdus.

— On écrit des bords du Rhône, au dessous de Lyon :

« Dans diverses propriétés riveraines du Rhône, on voit des luzernes, des trèfles parfaitement montés, des fleurs, des roses, des filas épanouis, des feuilles de mûriers de la largeur de cinq centimètres, des bourgeons de vigne très développés. Là même où le Rhône a déposé une couche épaisse de limon nous avons rencontré une végétation si vigoureuse que sa couleur approchait bien plus du noir que du vert.

« Si la température reste ce qu'elle est, douce et même un peu froide, jusqu'à la lin d'avril, nous pouvons, dès aujourd'hui, annoncer pour 184 1 une magnifique récolte, trop juste compensation des pertes nombreuses des épouvantables désastres de 1840. »

3. — On lit dans Y Echo du Nord, journal de Lille, du 1er avril :

« Le succès obtenu à Grenelle par M. Mulot, dans le creusement de son puits artésien, succès qui a dépassé toutes les espérances, puisque l'eau qui a fini par jaillir, après des peines inouies, s'est trouvée chaude, a excité l'émulation de tous les entrepreneurs de fontaines jaillissantes. Notre ville ne pouvait rester en arrière d'une si belle découverte; aussi les ingénieurs qu'elle possède se sont-ils mis sur-le-champ à la poursuite d'une semblable bonne fortune. Des études géologiques, faitesavec soin, avaient à peu près démontré l'existence d'une nappe d'eau thermale s'étendant depuis le village d'Ksquermes jusqu'à celui de Marcq-en-Barceul. La fontaine jaillissante de l'hôpital militaire se trouvant dans cette direction, on avait lieu d'espérer qu'en creusant plus encore qu'on ne l'avait fait, on finirait par atteindre la nappe d'eau chaude. Cet espoir a été réalisé hier dans l'après-midi. Après un nouveau forage de 10 mètres 45 centimètres, une fumée épaisse, qui n'était autre chose que de la vapeur, est sortie tout à coup par le, trou de la sonde, et elle a été suivie d'un jet très abondant d'une eau presque bouillante , donnant 98 degrés au thermomètre centigrade. Le public peut vérifier ce curieux résultat, le concierge de l'hôpital ayant reçu la consigne de laisser entrer les personnes qui s'adresseraient à lui en se faisant connaître.

« Nous apprenons à l'instant que l'autorité supérieure vient de donner l'ordre que cette source d'eau chaude, qui procurera une économie à l'établissement, soit employé immédiatement à la préparation deshains. «

— On lit dans le Sun du 27 mars :

« Il y a quelques jours, deux hommes, l'un Français et l'autre Anglais, au service des propriétaires de l'hôtel royal de Victoria, se sont pris de querelle, et le Français a presque tué l'Anglais. Depuis quelque temps c«s deux hommes, l'un nommé Gardener et l'autre François, étaient en discussion, et la question d'Orient, qui divise la France et l'Angleterre, était la cause de leur querelle.

« Samedi, François rencontra dans les escaliers Gardener, et à ce moment il tenait à la main une cafetière d'eau bouillante. François profitant de sa position, versa sur la tète de Gardener la cafetière qu'il tenait à la main. On accourut aux cris du malheureux Gardener, qui est dans im état effroyable : sa tête et son cou ont pelé entièrement et sont à vif ; on craint pour ses jours. Quant à François , il est parvenu à s'échapper. »

-l. — Mm0 Lafarge est citée pour le 29 avril devant le tribunal de police correctionnelle de Tulle pour voir reprendre de nouveau l'affaire des diamans et voir fixer le jour où les témoins seront entendus.

Le Droit dit que M""-' Lafarge est décidée à comparaître en personne. La Gazelle des Tribunaux prétend au contraire que les intentions de Mlne Lafarge sont de se refuser à tout débat contradictoire.

Le Gérant, TAQUARD.

Paris. — Imprimerie et lithographie de B1AULDE el KliXOU, rue Uailleul, 9 et 11, pris du Louvre-

12« Année. — N" 20.

Samedi 10 Avril 1841.

Siltcrature.

SCIENCES, BEAUX-ARTS, MOEURS

MEMOIRES ET VOYAGES

HISTOIRBS l/r NOUVELLES.

DEl'X CB.VTFRES Dr MODE IT Bï r>is<l\ ru: UOIS. \

Ox s'vr.oNsr. à Pois, nu' (lu Hasard-Richelieu, J ie» 9. Dans les dcparlcnicns, chez les Directeui ■- des Postes, les Libraires, ctaui bureaux des Uessage- '< ti.s royales, et <K-- Uessagcries LafDlte cl Caillaril,

Ou ue reçoit que les lettres tàlliaucliles.

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JOURNAUX, LIVRES, THÉÂTRES MODES II MÉl.ANCES.

CHRONIQUE DIS TRIBUNAUX

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