LES VACANCES DU POETE VANIERE
Le poète Vanièrc occupait déjà un rang distingué parmi les poètes lalins, lorsque les jésuites le nommèrent principal de leur collège de Toulouse. Ces nouvelles fonctions n'étaient guère en harmonie avec ses goûts poétiques ; mais, habitué à une obéissance passive, il accepta la mission que lui confiaient ses supérieurs. Quelques jours après son installation, il reçut des lettres de M, de Basvillc, intendant de la province de Languedoc, et de Fléchier, évêque de Nîmes, qu'il avait connus pendant son séjour à Montpellier: il les lisait attentivement et se promenait seul dans une des vastes cours de l'ancien hôtel de Bcrnuis (i), lorsqu'il entendit et reconnut la voiv de M. de Rességuier, savant gentilhomme qui s'était lié d'une étroite amitié avec le jeune poète.
—Bonjour à l'enfant chéri des Muses latines, s'écria M. de Rességuier, dès qu'il aperçut Vanière.
—Vous êtes le bien-venu, répondit le jésuite.
— Je vous annonce une heureuse nouvelle.
— Heureuse ! pour qui ?
— Pour moi, mon père.
— Dieu soit béni !
(I) Aujourd'hui le Collège royal.
— Et Apollon glorifié, répliqua M. de Rességuier, qui entraînait la poète vers le cloître.
— Parlez-moi donc de cette heureuse nouvelle, je suis impaiirnt.
— J'ai obtenu le prix de l'églantine à l'Académie des Jeux-Floraux ; désormais, mon père, nous serons frères en poésie ; la muse latine et la muse française vivront, je pense, en bon accoid.
— Recevez, monsieur de Rességuier, mes sincères félicitations.
— Oui, mon père, mais à condition ; vous me promettez de venir passer les vacances dans ma terre de Secourrieu (2) ; le site est des plus pittoresques, et je suis sûr que les riantes collines qui s'élèvent sur les rives de l'Ariége, exciteront votre enthousiasme poétique.
— Je viendrai, monsieur de Rességuier; mai» tous oubliez qu'un père jésuite D'est pas un joyeux compagnon.
— Les fleurs se pressent d'éclore sous les pas des Muses, répondit M. de Rességuier. J'aperçois le père provincial, je vous quitte ; dans huit jours nous partirons pour la campagne.
— Pourvu que mes supérieurs ne s'y opposent pas.
— Je me charge d'aplanir tous les obstacles.
En effet, le neuvième jour après ce colloque, M. de Rességuier et le poète étaient installés dans le manoir de Secourrieu.
— Que la nature est belle I s'écriait le poète, dont l'enthousiasme s'enflammait à la vue de chaque site qui frappait ses regards.
— Mon père, répondit M. de Rességuier, si vous vous trouvez bien ici, nous n'aurons pas besoin d'y élever de tente ni pour vous, ni pour votre mule, ni pour moi ; mon manoir est assez spacieux pour deux célibataires, et la cave assez bien garnie pour deux hommes qui s'occupent de poésie.
(2) Vaniire composa une grande partie de son Prmdium ruslicum, dans la lerre de Secourrieu : la famille de Resaégniei l'y accueillit avec les égards qui lui étaient dus. La tradition nous apprend qu'il allait toureut s'asseoir au sommet d'une colline, à l'ombre d'un arbre qu'il avait piaulé; là, daos une paix profonde, il chantait les charmes de la vie agricole, el les travaux champêtres. Noiiante-douzc ans apres la mort de Vaincre, le l bateau de Secourrieu est devenu la propriété du maréchal Clauzel, qui a éluvé un monument au poule, sou» l'arbre planté par lui-mCme, a l'endroit uu il aimait j médiler.
M. de Rességuier ne négligea rien de ce qui pouvait rendre la vie de la campagne agréable au père Vanière. L'auteur des deux jolis poèmes sur les Etangs et sur les Colombes (1), l'heureux imitateur de Virgile ne fut pas long-temps à s'habituer aux paisibles délices qu'il trouvait dans la généreuse et franche hospitalité de M. de Rességuier. Depuis un mois, il vivait parfaitement heureux dans le château de son Mécène, passant les journées à réciter son bréviaire, à enseigner le catéchisme aux enfans du village, et à la composition de son Prœdium rusticum. Chaque soir, il lisait à son ami quelque nouvelle page de son poème, et rien ne venait troubler la quiétude de ce charmant asile. Cependant M. de Rességuier apprit que plusieurs jeunes gens des premières familles de Toulouse se proposaient de venir le voir dans son château : le père Vanière fut vivement contrarié de cette nouvelle ; mais son hôte le rassura en lui promettant qu'il serait libre de se soustraire à l'étiquette du beau monde.
— On ne trouvera pas mauvais que je me tienne éloigné de vos réunions, de vos festins ? dit le poète.
— Non, mon père; d'ailleurs, j'aurai soin de dire à mes importuns visiteurs que les Muses sont naturellement sauvages.
— Le poète ne donna aucune attention aux préparatifs qu'on faisait dans le château ; fidèle à ses douces habitudes, il continua d'aller matin et soir de colline en colline, de hameau en hameau, cherchant le silence des bois, écoutant les chansons rustiques des pâtres du vallon. 11 se reposait de préférence sur le sommet d'un petit coteau qui dominait le manoir de Secourrieu ; il y avait planté un arbre qui, arrosé par le poète, se couvrait de feuilles et promettait l'épais ombrage de nombreux rameaux. Les visiteurs envahirent le château presque à son insu ; il était déjà nuit : tout le monde avait dîné ; personne ne songeait au jésuite, excepté M. de Rességuier, qui envoya deux de ses domestiques avec ordre de ne revenir qu'avec le père Vanière.
— Arrivez donc, mon père, s'écria-t-il aussitôt qu'il aperçut le poète : je désespérais de vous revoir avant demain... Dites-moi, favori des neuf sœurs, pourquoi vous vous êtes tant attardé ce soir ?
— J'écoutais les chansons de nos villageois, répondit Vanière.
— Vous paraissez très ému...
— J'ai rencontré près du hameau voisin, une folle dont les discours étranges ont vivement piqué ma curiosité.
— Vous a-t-elle dit son nom ?
— Oui ; je l'ai écrit pour ne pas l'oublier ; j'ai l'intention de composer une élégie sur le malheur de cette jeune fille, dont le costume , quoique en désordre, annonce une personne de bonne famille. Voici son nom, Monsieur de Rességuier.
— Qui d'entre vous connait M"' Clarisse de Larue :' dit le propriétaire du château de Secourrieu à ses nombreux visiteurs.
— Clarisse de Larue ! s'écria un jeune lieutenant au régiment de Languedoc-dragons ? Je la connais ; je^suis venu ici pour échapper à la vengeance, aux persécutions de sa famille, en attendant que mon régiment parte pour Montpellier... Clarisse est bien malheureuse ! la douleur l'aura rendue folle... Dites-moi, mon père, où avez-vous rencontré M"' de Larue?
— A une demi-lieue d'ici.
— Savez-vous où elle doit passer la nuit ?
— Je l'ignore, monsieur le lieutenant.
— Quelle étrange aventure ! se disaient les convives de M. de Rességuier, pendant que le lieutenant cherchait son sabre et se disposait à sortir.
— Monsieur de Rességuier, dit l'officier, je cours à la recherche de Clarisse de Larue ; dans une demi-heure je reviendrai pour vous prier de lui donner l'hospitalité.
— Les portes du château resteront ouvertes jusqu'à votre retour.
On attendit vainement pendant plusieurs heures, et comme la nuit était déjà avancée, chacun se coucha, persuadé que, ïe lendemain de grand
(1) Voir les œuvres complètes du père Vanière.
matin, le lieutenant leur donnerait de ses nouvelles. Aussi M. de Rességuier fut-il assez vivement contrarié lorsque deux paysans lui apprirent que l'officier était chez un paysan du village voisin, dévoré par une fièvre violenté qui l'avait saisi subitement. On donna des ordres pour le transporter au château, ce qui fut exécuté à l'insu de Clarisse qui était allée chercher des Heurs dans la vallée pour en faire un bouquet qu'elle destinait à son cher lieutenant. Quand elle revint, elle poussa de hauts cris, demandant où était l'officier, tantôt se prosternant aux pieds des villageois, tantôt les menaçant de sa colère s'ils persistaient à lui cacher l'endroit où ils avaient transporté M. de Gallois.
— Mademoiselle la folle, lui répondit une jeune paysanne, le lieutenant est mort, on l'enterrera aujourd'hui.
Clarisse fut attelée de ces paroles comme d'un coup de foudre , elle resta plusieurs heures sans mouvement et presque sans vie. Quand elle recouvra l'usage de ses sens , la cloche du village sonnait le glas des morls.
Par hasard, on ensevelissait ce jour-là dans le cimetière du village le fils d'un des fermiers de Secourrieu. M. de Rességuier avait voulu faire les frais des funérailles. Clarisse ne douta plus de la sincérité de la paysanne qui lui avait annoncé la mort de M. de Gallois ; elle se précipita au milieu des villageois qui se pressaient autour de la tombe que les fossoyeurs comblaient de terre.
— Arrêtez, s'écria-t-elle, M. de Gallois n'est pas mort; vous l'avez enseveli vivant. Mon père et ma mère, pour le punir de m'avoir aimée, ont suborné les médecins.
On eut beaucoup de peine à entraîner la pauvre folle qui se débattit contre les paysans ; on la conduisit au château , on l'enferma dans une chambre haute dont on ferma la porte avec les plus grandes précautions, et Clarisse y fut laissée seule avec une vieille femme préposée à sa garde. On ne s'occupa plus d'elle dans le château ; la fièvre de M. de Gallois avait pris un degré d'intensité très dangereuse, et M. de Rességuier eut recours aux plus célèbres médecins de Toulouse; le troisième jour ils déclarèrent que la maladie du lieutenant n'oflrait plus aucun cas de gravité. En effet, le délire de M. de Gallois avait cessé, et les premières paroles qu'il prononça furent pour Clarisse. M. de Rességuier envoya alors quelqu'un à la tour pour avoir des nouvelles de la folle ; mais, ô surprise ! on ne trouva dans la chambre que la vieille femme liée et garottée. Elle raconta que, le matin, la folle était parvenue à ouvrir une des fenêtres , qu'elle avait fait une sorte de corde avec ses draps de lit.
— Mes efforts pour la retenir ont été inutiles, ajouta la vieille; elle est descendue, je ne sais comment, après m'avoir liée et garrotée.
On se garda bien de dire la vérité au lieutenant qui avait encore besoin de grands ménagemens. On lui fit espérer qu'il reverrait Clarisse aussitôt qu'il serait en état de supporter cette entrevue. Tout allait au mieux ; le stratagème avait réussi, lorsque le père Vanière faillit tout perdre par une indiscrétion involontaire, et dont il ne pouvait prévoir les suites. Le soir, en revenant de sa promenade habituelle, il entra dans la chambre de M. de Gallois, pour s'informer de l'état de sa convalescence. Le lieutenant se trouvait déjà très soulagé ; il aimait à causer avec le poète, et, de propos en propos, le père Vanière en vint à raconter les moindres incidens de sa promenade.
— J'ai trouvé , disait-il à l'officier, deux mauvais garnemens du village, qui avaient pris des pigeons sauvages au filet ; j'ai acheté les pigeons , et jugez de leur joie quand je les ai rendus aux immenses plaines de l'air, à la liberté! Ils se sont envolés à tire d'aile, en poussant de petits cris pour me témoigner leur reconnaissance.
— Mon père, je les aurais gardés pour les manger rôtis, rôpon lit l'of. ficier ; mais j'oubliais que vous avez chanté les Colombes ; elles vous ont inspiré un de vos plus jolis poèmes : vous leur devez quelque affection. Est-ce là, mon père, le plus intéressant de votre promenade ?
— Eh ! mon Dieu ! mon cher lieutenant, j'ai vu quelqu'un qui vous aime beaucoup, qui prononce à chaque instant votre nom.
— Clarisse de Larue ! s'écria l'officier eu se levant par ub mouvement presque convulsif.
— La pauvre folle qui s*est échappée de la prison, et qui passe ses jours et ses nuits à prier sur une tombe où elle croit qu'on vous a enseveli.
— On lui a donc dit que j'étais mort ?
— Non, mon cher lieutenant ; mais tous mes efforts, tous mes subterfuges n'ont pu réussir à lui persuader le contraire.
M. de Gallois ne put tenir contre l'émotion qui s'était emparée de tous ses sens pendant qu'il écoutait le récit du père Vanière : il s'évanouit, et le jésuite, effrayé, cria au secours ! Le médecin Barutel, ([ni avait reçu de M. de Rességuicr l'ordre de ne pas quitter le malade un seul instant, arriva le premier, et s'informa des circonstances qui avaient précédé et causé l'évanouissement.
— Qu'ave/.-vous fait, mon père ? dit-il au jésuite; j'avais tant recommandé de ne pas parler de la folle auprès du lit du malade.
— Vous croyez donc que l'évanouissement aura des suites fâcheuses ? répondit le père Vanière d'une voix tremblante...
— Je l'ignore ; pourtant j'espère que des remèdes administrés dans le plus bref délai...
— Eh bien ! M. Barutel, s'écria le jésuite, chargez-vous du malade, je guérirai la folle.
Dans le cimetière du village s'élevait un ormeau séculaire, dont les branches noueuses, éraillées comme les mains d'un vieillard, couvraient d'un côté une partie de la place du marché, et, de l'autre, les tombes disséminées dans le champ des morts ; à la jonction des branches et du tronc, on plaçait chaque année, le jour de la fête patronale, quelques planches sur lesquelles le curé se plaçait comme dans une chaire, et expliquait aux bons villageois les préceptes renfermés dans l'Evangile du jour. Cet ormeau était en grande vénération dans le village; il fallait n'avoir jamais manqué à ses devoirs de religion pour obtenir l'insigne faveur d'être enseveli près de son tronc; le Gis du fermier de M. de Ucsséguier était le seul à qui on eût fait cette faveur depuis plusieurs années.
lue croiv de bois noir parsemée de larmes blanches, du gazon et des fleurs indiquaient aux jeunes gens du hameau la dernière demeure de leur ami d'enfance; le soir, quand ils revenaient du travail, ils s'arrêtaient pour réciter leur chapelet ou les prières pour les morts; ils y trouvaient tou jours la demoiselle folle qui leur avait d'abord inspiré quelque frayeur . mais ils la virent pleurer et prier, et dès ce jour, ils ne craignirent pas de s'entretenir amicalement avec Clarisse. La pauvre folle priait toujours à haute voix au milieu des garçons et des jeunes filles, lorsque le père Vanière entra dans le cimetière ; les villageois se signèrent dévotement et re. cemmencèrent leurs prières, aussitôt qu'ils aperçurent l'homme de Dieu. La folle ne le vit pas, tant clic était absorbée dans sa méditation ; elle salua ses bons amis les villageois, et se dirigea en courant vers la chaumière d'un paysan qui lui donnait l'hospitalité !
— Mes bons amis, dit le père Vanière aux villageois, lorsque Clarisse fut sortie du cimetière, la folle vient-elle souvent ici?
— Dix fois par jour, père, répondirent les jeunes paysans.
— Que vous dit-elle lorsqu'elle s'entretient avec vous'.'
— Elle prétend qu'on a enseveli le lieutenant avant qu'il eût expiré; elle veut aller se plaindre à nos seigneurs du parlement de Toulouse; nous avons beau lui dire que dans cette tombe repose Antoine, le Gis du fermier de Sccourrieu, elle nous répond en ricanant que le diable nous force à mentir, et qu'elle tonnait trop bien la vérité.
— C'est bien ! mes enfans , répondit Vanière ; il est tard , rentrez au village.
Le jésuite pensa long-temps aux moyens de rendre la raison à la pauvre folle. 11 savait qu'elle devait revenir à minuit; il résolut de l'attendre , et s'assit au pied de l'ormeau. L'horloge du village avait à peine frappé douze fois, lorsque Clarisse entra dans le cimetière. Elle était vêtue d'une robe blanche , ses cheveux flottaient en désordre sur ses épaules, et une guirlande formée de pâles fleurs d'automne couronnait sa tête; elle tra-
versa le champ des morts, rapide et légère comme une ombre ; on eût dit une aine quittant le terrestre séjour pour monter au ciel sur les ailes de deux anges. Elle s'arrêta près de la tombe du jeune paysan, porta ses regards de tous côtés pour s'assurer qu'elle était seule, puis elle s'agenouilla.
— Mon Dieu, s'écria-t-elle, prends pitié d'une pauvre fille qui te conjure de lui envoyer la mort. Depuis que les méchans lui ont enlevé celui qu'elle aimait, la vie lui est insupportable. Et toi, Edgard, toi qui me ché rissais, pardonne-moi d'avoir douté un instant de la sincérité de ton amour. Bientôt je te reverrai dans le ciel, puisqu'il ne m'est pas permis de l'aimer sur la terre.
— La puissance de Dieu est si grande, ma fille ! dit le père Vanière qui se tenait caché derrière le tronc de l'ormeau.
— Est-ce ta voix que j'entends , ô mon Edgard , s'écria la folle qui se sentit saisie de terreur...
— Edgard est dans la tombe, répondit le père Vanière, mais il est en mou pouvoir de le rappeler à la vie.
— Qu'es-tu donc?
— Tu ne dois pas chercher à me connaître ; je te promets que tu revoiras ton Edgard lorsque tu ne seras plus folle. Demain, laisse près de la croix des quatre chemins une lettre que je remettrai à Edgard, et reviens à minuit ; si je suis content de toi, jeune fille, je le rendrai ton fiancé. Maintenant fuis de ces lieux, je te l'ordonne, et de ton obéissance dépend ton bonheur.
Cet eflayant colloque avait produit une violente émotion sur la pauvre folle, qui se prit à pleurer dans le chemin, tourmentée, agitée comme une personne qui soutire sous le poids d'un rêve pénible. Elle fut fidèle à remplir les promesses faites à l'être invisible ; elle déposa au pied de la croix des quatre chemins une lettre que le père Vanière se garda bien de montrer an lieutenant ; trois jours s'écoulèrent, et chaque soir le jésuite, couvert d'un linceul, caché derrière l'ormeau, avait de nouveaux entretiens avec Clarisse ; enfin, persuadé qu'elle avait presque recouvré la raison, il résolut d'employer le dernier moyen; il avertit M. de Gallois du râle qu'il avait à jouer, et se rendit avec lui au cimetière. Clarisse, toujours fidèle à ce nocturne rendez-vous, arriva quelques inslans après eux. Elle commença par prier, puis s'adressantjau père Vanière :
— Etre invisible , lui dit-elle, bon ou mauvais génie , tu m'a promis de me rendre mon Edgard; je viens te sommer de tenir ton serment. Es-tu content de moi?
— Oui, répondit le jésuite d'une voix presque menaçante; mais si je te rends ton fiancé, seras-tu digne de son amour'.' ne rctomberas-lu pas dans tes accès de foli ■
— L'espérance, le bonheur, l'incertitude m'ont rendu la raison.
— Eh bien ! sois sans frayeur; arme-toi de toute la force de ton ame; tu vas revoir Edgard. Eloigne-toi, il faut que je l'appelle par trois luis.
A la troisième sommation , Edgard, qui ne pouvait plus maîtriser son impatience, s'élança vers Clarisse et la serrra à plusieurs reprises cuntre son sein.
— N'aie pas peur, ma douce amie, lui dit-il ; je n'étais pas mort ; ceci n'était qu'une ruse pour dissiper ta folie.
dgard, je ne serai plus folle, s'écria Clarisse ; j'aurai toute ma raison pour comprendre mon bonheur et pour t'aimer.
Pendant le trajet du cimetière au château de Sccourrieu, le père Vanière raconta aux deux fiancés les moindres circonstances qui avaient amené cette étrange guérisou. Le lendemain, les convives de M. de Re$séguier félicitèrent avec l'empressement d'une joie bien sincère et Clai is>e et M. de Gallois. Le lieutenant partit pour Toulouse avec sa fiancée, qu'il épousa dans l'église de Saint-Scrain, et, quelques jours après, il se rendit rlle à Montpellier où son régiment tenait garnison. Pendant plusieurs années, le père Vanière passa ses vacances au château de Sccourrieu ; il prenait plaisir à raconter l'histoire de Clarisse aux nom' surs de M. de Rességuicr; il s'y rencontrait souvent avec
in Barutel qui , par esprit de contrariété , tournait en dérision le me du pète Vanière. J, M, CAïLA, [Constitutionnel.)