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ET LE CERCLE RÉUNIS
GAZETTE DES FAMILLES
SOMMAIRE
Les deux Impératrices. — Le régiment Royal-Bonbon, par M. Mahcoi,w. — La Croix d'Honneur, par M. Gustave IIéqi et, — émancipation de la femme, par M lu Laboi lave. — Les prisons d'état sous le Directoire, la Consulat et l'Empire suite . par M. 1!. M. — Nouvelles à la main. -- Poésit : Promenade maritime, par M. C. Genoi \. — Tribunaux : Police municipale; Garde nationale. — Théâtres : académie Royale de musique, Le comte de Carmagnola, par MM Scbibe el VMBnoiSE 'l'uuM is; Théâtre Français, le Conseiller Rapporteur, par un auteur inconnu, arec un prologue, par M C, l)ilavigne; Gymnase-Dramatique, Tiridale, par M. Foi UNinit; Cirque-Olympique, Anila la Vohimienne, par MM. F. Laloi i el Carmoiciik. — Concerts, — Tablettes des cinq jours; Faits divers,
Z.ES CEUX IMPERATRICES.
Par un beau dimanche du mois de juin 1812, Redouté, le célèbre peintre de roses, sorti! de chez lui pour se rendre .i la Malmaison, près dr l'Impératrice Joséphine, qui l'avail nomme son peintre de fleurs, cl j laquelle il devait présenter ce jour-là même sa première livraison des liliacéi a
Le temps était superbe, le soleil montai! radieux .i l'horizon, pas un nuage ne tachait la voûte azurée des cieux Onze heures tonnaient au moment où Redouté traversai! le jardin < l< ^ l'uileries; il se dirigeait vers la place de la Concorde où il devait pn voiture, l
vit tout à coup la foule de» promeneurs l'élancer veri la terrasse du
bord de l'eau. Curieux et flâneur comme tous les artistes, le peintre s'avance aussi de ce côté, - C'est le roi de Home, c'est l'Impératrice, - disait-on autour de lui. Celait en effet le lils de l'Empereur, alors quinze à seize mois, qui se promenait, ou plutôt que l'on promenait sur la terrasse, dans une charmante calèche que traînaient quatre moutons admirablement dressés; derrière ce frêle el gracieux équipage marchait l'Impératrice .Marie-!. nuise, enveloppée dans un immense châle bleu d'une nuance particulière qu'elle préferait à tout autre, et qui a gardé son nom. Arrivé à la grille [de la terrasse, Redouté s'arrêta; Use trouvait alors pies d'une jeune femme don! les traits amaigris, le regard éteint , h s mi aimoi dent la souffi - c et le dénuement.
Cetttjfen i il d ms i bras un jeune enl ni
— Pauvre ami ! disait-elle 5 demi voix en caressant cet enfant, tu n'auras ni voiture, ni jouets, toi! ... \ lui l'abondance, tous les plaisirs,
ies de l'i ni ince i toi li privations, la tristesse, et bientôt les chagrins ., Qu'a-t-il donc fait de plus que toi . ce lils de roi ' \ mis êtes
i . d ux le même joui", à la même lieure . le suis jeune c i e
s,- ire; je t'aime comme elle l'aime... Mais tu n'as plus de père, cl
, forces diminuent tous les jours
II, louté qui, dès les premiers mots, avait prêté l'oreille, entendit tout ce monologue, puis il vit la jeune mer,' essuyer furtivement une larme. \ ivemenl ému, il se pencha vers cette femme et lui dit:
— Je suis persuadé, Mad; , que si Marie-Louise connaissait votre
situation, tous i bien vite de souffrir.
— Ah! Monsieur, vous êtes dans l'erreur... Les grands sout sa trahies: depi suis veuve, j'ai adressé à l'Impératrice plusieurs il, mandi s, et toutes sonl di metin i - an ■ réponse.
— C'est que prohablcmenl ces demandes ne sonl pas arrivées jusqu'à elle. Donnez-moi votre adn verrez que je vous ferai ■
une réponse favorable
Il tira son crayon, écrivit l'adresse de la jeune fe i, lui la dans
la main loul l'argent qu'il trouva dan- sa poche, el il s'éloigna rapide- . place de la Concorde, il cherche du regard une voiture, puis tout à coup, il pense nifil n'a plus de quoi la payer. Que
faire? Retourner chez lui eût demandé beaucoup de temps; il prit dune le parti de l'aire route il pied, et il commença à doubler le pas.
Cependant Joséphine avait été fort surprise de ne pas trouver Redouté sur son passage à sa sortie de la messe; elle en avait même dit quelque chose, et un peu plus tard, elle s'informait s'il n'était pas arme quelque accident à son peintre de Heurs, lorqu'on vint lui annoncer arrivée de ce dernier qui fut introduit sur-le-champ.
— Je devrais vous gronder, dit-elle en souriant et recevant gracieusement la livraison que lui offrit Redouté, car vous avez retardé le plaisir iue devait me causer cet admirable dessin.
— Madame . répondit inconsidérément Redouté . je supplie Votre Majesté de me pardonner : je n'avais pu, jusqu'à présent, être assez heureux pour voir le roi de Rome, et...
A peine ces dernières paroles furent-elles prononcées que Joséphine tressaillit. Redouté s'apercevant aussitôt de son étourderie, se troubla, balbutia, et finit par ne plus savoir ce qu'il disait.
— Remettez-vous, mon cher peintre, dit Joséphine, je suis bien aise que vous ayez vu le fils de l'Empereur. Dites-moi donc cela tout au long.
Enhardi par le ton tout bienveillant de l'Impératrice, Redouté reprit quelque assurance, et il raconta, sans rien omettre, comment Use trouvait qu'il eût été obligé de venir à pied.
— Et vous avez donné tout votre argent h cette pauvre femme ? dit Joséphine dont le charmant visage un peu triste tout à l'heure, s'épanouit tout à coup.
Puis avant que Redouté eût pu répondre, elle reprit :
— Mais vraiment je m'étonne de cela, comme s'il était extraordinaire qu'un grand artiste eût un noble cœur!...
— Je puis certifier à Votre Majesté que tout ie monde en eût fait autant que moi ; cette pauvre mère avait l'air de tant souffrir !...
— Oh ! si Napoléon le savait !... Mais non, il ne faut pas qu'il le sache. Ecoutez : je veux que vos protégés soient aussi les miens... J'irai demain les voir dans le plus grand incognito, et comme il est juste que vous sovez de moitié dens cette affaire, vous seul m'accompagnerez. Je compte donc sur vous, demain à neuf heures.
Cette fois Redouté fut exact. A neuf heures précises, Joséphine sortit de ses appartenons, et tous deux montèrent dans une voiture très simple qui arriva bientôt à Paris, et vint s'arrêter au milieu de la rue du Four- Saint-Honoré.
— Est-ce ici que demeure Mme Rlauger ? demanda Redouté à la portière d'une maison d'assez misérable apparence.
— Quand vous serez à la dernière marche de l'escalier, la porte de sa chambre vous fera face, répondit la vieille sans lever les yeux de dessus le tricot auquel elle travaillait.
Guidée par son peintre, l'Impératrice s'aventura, non sans^quelque terreur dans une étroite et sombre allée au bout de laquelle ils trouvèrent l'escalier. Après avoir monté cinq étages, ils frappèrent à la porte qu'on leur avait indiquée, et que la jeune veuve vint leur ouvrir.
— Madame, lui dit Redouté, je suis toujours persuadé|que l'Empereur viendrait à votre secours, s'il savait dans quelle mauvaise position vous vous trouvez : mais il est maintenant inutile de la lui faire connaître • Madame que j'ai l'honneur d'accompagner, veut bien être votre protectrice, et cette protection peut vous dispenser de toute autre.
Pendant qu'il parlait, Joséphine s'approcha de l'enfant, assis dans son berceau, et qui souriait en lui tendant les bras.
— Oh! le bel enfant! dit-elle en l'embrassant. Ne m'avez-vous pas dit, Redouté, qu'il est né le même jour que le roi de Rome ?
— Le même jour et à la même heure, Madame, répondit la jeune mère. Cette circonstance eût pu, dans le temps, nous faire obtenir des secours; mais alors nous n'en avions pas besoin. Et puis, mon pauvre Charles avait le cœur trop haut placé pour demander quelque chose; il travaillait de toutes ses forces, et rien ne manquait ici... Mais il y a déjà huit mois que j'ai eu le malheur de le perdre; depuis ce temps, ma santé
léti moins bonne de jour en jour... Et l'on peut voir, ajouta-t-elle en
jetant un regard humide et plein d'une amère tristesse sur les misérables meubles qui garnissaient la chambre, on peut voir que lontes mes ressources sont épuisées.
— Nous allons tâcher, ma chère dame, dit l'Impératrice, de vous faire oublier tout cela. D'abord il faut quitter ce logement qui est triste et malsain; puis je vous enverrai mon médecin, et la tranquillité de l'ame et le bien-être physique aidant, tout lejnal sera bientôt réparé. Je compte sur vous, mou cher peintre, dit-elle à Redouté, pour une foule de petits détails, et d'ailleurs vous savez que nous sommes de compte à demi.
Redouté répondit qu'il ferait tous ses efforts pour seconder son illustre associée dont la jeune mère baisait les mains en pleurant de joie.
Tout le monde, en France, avait vu avec peine Féloignement de Joséphine. Marie-Louise était jalouse de cette popularité qui lui manquait, et elle ne négligeait rien pour la conquérir. Chaque fois qu'elle paraissait en public, un certain nombre d'individus se répandaient dans la foule avec la mission de recueillir ce qu'on y disait de la nouvelle Impératrice. Le jour même où Redouté avait donné son argent à la pauvre veuve, un de ces observateurs qui se trouvait près de lui, avait vu et entendu ce qui s'était fait et dit entre le peintre et la jeune mère, et le tout avait été rapporté à Marie-Louise qui, bien qu'ayant peu de goût pour ces sortes d'aventures . avait pris, elle aussi, la résolution de faire une usité a la veuve.
Déjà Joséphine se levait pour sortir, après avoir mis dans les mains de l'enfant une fort jolie bourse avec laquelle il se jouait, lorsque la porte de la chambre s'ouvrit, et une jeune femme parut. Redouté, qui était debout demeura immobile et comme pétrifié; il venait de reconnaître Marie-Louise accompagnée d'un chambellan de nouvelle création. Joséphine, piquée que la nouvelle venue ne lui eût pas rendu son salut, reprit son siège et fit signe à Redouté d'attendre. La pauvre veuve s'étant en même temps empressée d'offrir une chaise à Marie-Louise, les deux Impératrices qui ne se connaissaient pas se trouvèrent en présence.
Il est des défauts qui sont inhérens à la nature de la femme et que les plus heureuses qualités ne peuvent faire disparaître: Joséphine, si lionne et si douce tout k l'heure, devint subitement altière et impérieuse, et dit. lorsque Marie-Louise eut annoncé l'objet de sa visite.
— Cela est très louable, Madame, mais la démarche est un peu tardive : j'ai pris la jeune mère et son enfant sous ma protection, et cette protection leur suffira.
— J'ai des raisons pour croire. Madame, que la mienne serait plus efficace.
— La protection de Madame, dit le chambellan en parlant de sa souveraine, pourrait faire parvenir cet enfant à la plus haute position.
— Qui vous a dit, Monsieur, répartit vivement Joséphine, que je ne le ferais pas arriver plus haut encore ?
— Madame en ferait peut-être un roi , dit Marie-Louise avec malice.
— Pourquoi non, madame? Il pourrait se faire qu'il y eût dans le monde des rois de ma façon.
Pendant ce colloque, Redouté était au supplice; lui seul de toutes les personnes présentes connaissait les deux Impératrices, et il craignait un éclat qui aurait pu avoir les suites les plus fâcheuses.
— Madame, dit-il bien bas à Joséphine, si cela dure encore un instant. Votre Majesté va infailliblement se découvrir, et cela , j'en suis convaincu, amènerait une scène fort désagréable.
Joséphine se tut, et Redouté, interprétant favorablement ce silence, prit la parole.
— Mesdames , dit-il , il est si doux pour de belles âmes de faire le bien, que ce débat n'a rien qui puisse étonner : mais pourquoi l'une de vous céderait-elle à l'autre sa part de bonheur ? Pour moi j'accepte tout le bien que l'on voudra faire à mes chers protégés.
Les deux rivales s'inclinèrent en signe d'assentiment, puis elles se
levèrent et sortirent. Le chambellan s'étanl approché de Redouté, lui dit:
— Monsieur, la dame que j'ai l'honneur d'accompagner, triée Marie-T.ouise.
— Parbleu! Monsieur, je lésais aussi bien que vous: mais i vous ignorez, vous, c'est qu l'Impératrice Joséphine.
— Voilà un marmot qui esl né coiffé! <lii le chambellan; quelle carrièreil fera! Le protégé de deux Impératrices! H
fortin iguliersreti
Moins de deux années après la rencontre îles Impératrices chez la veuve Blanger, Joséphine mouraii d chagrin à la Malmaison, tandis que M rie-Louise quittait ce, peut-être même avec
née qu'elle n'aimait | elle n'était pas aimée.
— Ne pleure pas, maman. i mère le petit Charles Blanger, qu'il ne nous reste pas mon bon ami Redouté?
En effet de toutes les bai is qui avaient promis un si
brillant avenir au pauvre enfant, il ne lui restait rien, si non l'an d'un grand artiste qui n'avait pour fortune que son trient. Toul pauvre qu'il était pourtant. Redouté ne répudia pas l'héritage à lui tacitement lépar la bonne Joséphine que la douleur avait luee: il faisait de fréquentes visites a la veuve Blanger, et il s'arrangeait de manière à écarter la misère de la demeure de cette infortunée dont la s iti ivail pu se rétablir, et dont la tin devait être pro
I n jour, après une absence de deux moi ée par un voyage qu'il avait été obligé de faire, le grand artiste accourt chez ses
I rotégés. Il entre, son cœur se serre: un bruit de marteau se fait entendre... C'était la bière de la veuve que l'on clouait... Dans un le petit Charles fondait en larmes, tandis que des parens éloignés de la défunte délibéraient tout haut sur ce qu'il conviendrait de faire d.
int. Vu bout d'un instant, il fut par eux décidé, à l'unanimité, qu'il serait conduit à l'hospice des Orpheli
— Oh ! non, non '. s'écria tout a coup l'enfant en venant se jeter dans les bras de Redouté ; mon bon ami ne » lui!... N'es
mon bon ami, que tu ne veux pas qu'on me met i • l'hosp
Et lui aussi il pleurait, le grand artiste. Il prit l'enfant qui donnait tous les signes de la frayeur et du désespoir; et s'approchant d( qui venaient de délib tria :
— 11 n'y a donc pas de cœurs dans vos poitrines? Puis s'adressant à l'enfant :
— Rassure-toi, mon petit Charles, tu ne me quitteras pas fe
ton père.
— Oh! oui, oui:... Et tu m'apprendras à devenir un grand peintre comme toi... Et quand je serai grand, j'empêcherai aussi qu'on i l'hospice les pauvres enfans qui n'auront : re...
Redoute a tenu parole, et
II v a six mois, un corbillard se dirk cimetière de l'Est; une foule d'artistes, de gens di sasti ils, le suivaient avec recueillement : pan, narquait un homme d'en'
trente ans dont le visage in i i de la plus
profonde douleur.
onduisait i> L'homme qui le pleurait, c'était le lils adoptif el le meilli ce peintre célèbre : la protection de deux it failli le 1
ser aller a l'hôpital : la protection d u tu premier
de nos peintres de Lenre.