LE REGIMENT KOYA1-BONBON
ireth ou nui: | |t| s ann^es
les impérieui vous entendu fairepar un respec-
pelé d' Vfrique en i rance pour y être à la retraite, un récit qi er de reproduire.
eurs, nous dit-il, peuvent avoir VM |„ joli n le a ; il-b peine si vous avez pu en enten-
dre parler. - de croire .pic c'est à moi que
vous devrez la révélation de Pour avoir «oûté le
plaisir de le voir défiler, il fi 'ompter au moins cinquante pnniemps.ee
que l'on avoue pas volontiers. Par le temps de progrès qui court, on cm a quinze ans un il . ■ un lustre de plus sur la tête, et l'on
peut se donner pour un oracle... \ la vérité, comme loin se compense, a vingt-Cinq ans on i unence a déchoir quelque peu : vienne la trentaine, on passe di dis ganaches, et a trente-cinq ans on est classe naturellement parmi les fos antédiluviens, le mastodonte analysé el rendu, pour ainsi dire, à la vie par Cuvier
Moi, messieurs, j'ai cinquante-cinq ans; c'esl infdme, \e le sais; pis que cela, c'est ridicule car l'un passe actuellement avant l'autre qu'j faire? qu'y fain que la fontaine de Jouvence esl suppri-
mée, avec la mythologie et le sens commun qui avaient fait leur temps.' iiime un sot. laisse ,U> jours s des jours, sans penser
une pauvre petite fois au suicide: je n'ai su, quand je ni' comptais que vingl muées, me cramponner au présent, et je l'ai laissé se changer en passé Je viens au fait.
yal-Bonbon, messieurs, florissait de [790 à 1791, el comme il
est douteux ■ de ce corps existent iu Dépôl de la ;
il faudra vous contenter de ce que je pourrai recueillir dans mes souve' nirs.
Sur la tei du bord de l'eau, dans le magnifique jardin des
Tuileries, terrasse où les courtisans de l'Empire tirent depuis P Rome, que la Restauration remplaça ensuite par te
Uro, d'autres i ourtisans avaient édifié plus anciennement un modeste bâtiment d'habitation, qui - it d'un seul rez-de-clt
itouraienl rmés par un fragile ti
inl en vert. Dans ce simple réduit, qu'une foule d'arbustes soiment entretenus dérobai. ait entièrement aux regards de la tnde. demeurai! alors un dauphin de France, un enfant infortunéqui devait s'asseoir sur le trône el ceindre une couronne, et qui. après avoir u père, s,-, mère el ses innés descendre les degr< - des cachots de la tour du Temple pour monter plus tard à l'échafaud, jours. Dieu sail
Ce tifs de ' os rois pouvait avoir six ans a l'époque ou je vous reporte, et. comme diverl ou peut-être ..lin de l'empêcher d'apercevoir la bouche immense de l'ogre révolutionnaire qui devait le dé-
imaginé de lui former garde, qui se reci
parmi les enfans des officiers de la garde nationale C'esl précisent corps d ■ d'élite, qui ne se composa jamais, je crois, a
l'autre de i temporains I Rox u -!:.>m:<i\
ois \\ Il • mel. .l'ai eu l'honneur, moi qui
parle,' de porter les galons de caporal dan n illustre
ci peut-être ai-je en to,i. dans l'intérêt de mon avancement, d. . I i et 1815 Notre m. . celui de i
o i bleu, d'un sabn 1 1 d'un
fusil pour de bon . On m ur di irde du
Dauphit nent auprès de lui, tant que
le soleil et les beaux jours le pcruiel ta icnt ; car on pcn.se bien qui
de la terrasse u.- pouvait être qu'une bal. nation d'été. Nous
-n .m ■■ du feu. Quand d v
pères, d v avait revu uerriersde l jours de solennité,
Ic Dauphin, pour se mettre à notre tète et commander, montait un tout petit cheval blanc, qu'avait dressé je ne sais quel écuyer habile, et se trouvait ainsi parodier innocemment le gênerai Lafayette. De toutes les folies de ers temps malheureux, je ne vois guère que celle de H . al Bonbon qui n'ait pas été prise nu sérieux, par la nation, et c'est fâcheux ; celle-là du moins n'était pas dangereuse, et n'a pas l'ait couler
le sang.
« La cour se donnait assez souvent le plaisir de nous voir sous les armes : dans ce cas-là, nous savions conserver un sérieux qui ne le cédait en rien à celui de la garde citoyenne, composée de nos grands parent. A une revue de notre royal colonel, un haut personnage de sa suite, qui jouissait sans doute de privilèges considérables, eut la bouffonne et °é.néreuse idée de taire répandre dans nos rangs, par des laquais adroitement dissimulés, une grêle de dragées, de pralines et de diablotins, et cela notez-le bien, au moment même où nous devions garder la plus stricte et la plus complète immobilité ! Vous voyez d'ici le tableau, messieurs: en un instant, faisant voir qu'il était digne de porter le nom qu'on lui avait donné, tout le régiment, officiers compris , tomba à plat ventre sur le gazon ; et sans le moindre respect pour la discipline et la hiérarchie, on ne peut plus fortement compromises, nous nous poussâmes, nous nous bousculâmes, délaissant le fusil pour une praline a la rose, une papillote ou un fruit confit.
« Vu jour, qui vivra dans ma mémoire autant que je vivrai moimême, on nous avertit que la reine Marie-Antoinette viendrait, à l'issue de la messe, en compagnie des dames de sacour, pour nous passer en revue. On conçoit notre satisfaction. C'était un dimanche, il m'en souvient; on nous inspecta préalablement dans le plus grand détail, afin de s'assurer qu'il ne manquait rien à notre tenue et surtout au fourniment, partie intéressante et qu'on négligeait quelque peu, dès cette époque, ailleurs que dans Royal-Bonbon. En dépit de la prudence toute maternelle de nos chefs , prudence à laquelle rous devions la honte de n'avoir jamais qu'une simple pierre de bois à notre fusil, on nous mit ce jour-là une pierre à feu, faveur insigne, dangereuse, et qui fut universellement blâmée par nos bonnes.
« La revue eut heu comme elle avait été annoncée. En tète du cortège, état-major eu jupes, marchait la reine, précédée de son fils, à pied, l'épée à la main, et suivie de la princesse Marie-Thérèse, depuis la duchesse d'Augoulème. Elle passa dans tous les rangs, qu'on avait fait ouvrir, pinçant par-ci, par-là quelque joue rubiconde et veloutée de grenadier à peine sorti des mains de sa nourrice, prenant le menton de quelque timide chasseur qui rougissait à son approche, et souriant à tous, comme sourit une bonne mère.
« Maintenant, messieurs, passez-moi un petit mouvement d'orgueil bien naturel en pareil cas: je me trouvais placé, moi, caporal indigne, à la droite de la compagnie de chasseurs. Une tradition de famille (et vous savez que la tradition ne ment jamais) porte que j'arais bien la plus jolie petite mine qu'il tut possible de rencontrer dans Paris et la banlieue; il m'en coûte de le dire, mais la vérité avant tout. Figurczrous, messieurs, que cette petite mine était plus piquante encore sous un bonnet a poil qui en cachait la partie supérieure. Or, soit effet du hasard, soit que, comme l'a toujours pensé ma lionne maman (qui ne me gâtait pas, je vous prie de le croire), je lusse en effet un charmant petit chasseur, un amour en culottes et en guêtres longues, la reine, Sa Majesté la reine de France et de Navarre, s'arrêta tout court devant moi, me regarda, me sourit délicieusement, et me demanda mon nom, du ton de la plus grande bonté. J'étais loin, comme on le pense bien, d'avoir cet aplomb que possédèrent depuis les grognards en présence de leur Empereur. Aussi, au lieu de répondre, deux ruisseaux de larmes vinrent-ils, au même instant, en passant par mes joues et mon menton, humecter le fourniment qui se croisait sur ma poitrine de guerrier en herbe...
» — Pauvre petit!... s'écria nia royale admiratrice; est-ce que je lui fais peur?
« Et mon attitude et mes regards lui démontraient assez qu'elle disait vrai...
« — Il faut pourtant que je l'embrasse, reprit-elle. » Oh ! alors mon fusil, mon innocent fusil s'échappa de mes mains affaiblies et vint rouler aux pieds de la reine, qui prit la peine de le ramasser de ses belles mains, et voulut bien ensuite essayer de me remettre au port d'arme...
« Vous dire, messieurs, ce qui se passa en moi; vous affirmer que je ressentis une crainte extrême ou une joie infinie, il me faut v renoncer. Tout ce que je puis dire aujourd'hui, c'est que je tremblais, et que mes yeux, indépendamment des larmes irui s'en échappaient, étaient comme couverts d'un voile...
« — Allons, remettez-vous, mon petit ami, dit une voix d'une extrême douceur : on ne veut pas vous faire de mal. » Et sur un signe que la reine lit. a un seigneur de sa suite, il me prit dans ses bras avec armes et bagages, m'éleva à la hauteur du visage de l'aimable princesse, et mit ma petite figure, encore inondée de pleurs, en rapport avec la joue de mon auguste souveraine. Alors cette belle et malheureuse femme colla ses lèvres sur l'une de mes grosses joues, et fit résonner un bon gros baiser de mère, qui retentit, j'en suis sûr, dans le cœur des assistans. Cela fait, le seigneur qui, pour un moment, m'avait élevé si haut, moi timide enfant du peuple, me remit à mon rang, et la reine s'éloigna, non sans m'adresscr un dernier regard d'adieu.
« Et depuis ce jour-là, messieurs, on passe à côté de moi, l'on me heurte, on me coudoie ; et cela sans que rien avertisse ceux qui m'entoure, que j'ai reçu, eu 1791, un baiser de la reine de France!... un baiser !
« Après la revue, au moment de rompre les rangs, nous reçûmes l'ordre d'ouvrir nos gibernes, qui nous avaient été retirées le matin, un peu avant la prise d'armes : ô surprise!.., il se trouva dans chacune, au lieu de cartouches, un assortiment de bâtons de sucre de pomme auquel nous finies un merveilleux accueil, avant même que l'on eût ordonné de rompre les rangs. »