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F. AV

Théatbe-Français. — Le Conseiller Rapporteur, comédie en trois actes, par un auteur inconnu, avec un prologue en vers de M. Casimir Delavig:ne. — Nous n'avons qu'un mot à dire sur la représentation à bénéfice de Ml!" .Mars, donnée le lô avril. Jamais actrice n'obtint d'ovation plus éclatante, et sa dernière soirée a été son plus beau triomphe. Le chiffre de la recette a dépassé vingt-trois mille francs.

Le Conseiller Rapporteur a été joué pour la première fois le lendemain même de la retraite de cette incomparable actrice. Dans un prologue étincelant d'esprit et merveilleusement versifié, M. Casimir Delavigne a bien voulu prévenir le public que l'auteur de la pièce nouvelle était inconnu et que la date de cette comédie, vieillerie poudreuse retrouvée par hasard, remontait pour le moins à cent cinquante ans. Les spectateurs les plus crédules ont bien voulu croire à la réalité de cette assertion, tandis que d'autres, moins faciles à convaincre, affirmaient que l'auteur de Bon Juan d'Autriche pourrait bien, quelque jour, s'attribuer la paternité du nouvel ouvrage, en le plaçant toutefois a une respectueuse distance des Comédiens et surtout de X École des Vieillards.

Quoi qu'il en soit, voici l'analyse succincte de cette pièce.

Un jeune médecin de Paris a séduit la femme de M. Corniquet, marchand de draps, qui a porté plainte en adultère. L'affaire s'instruit à \ ire par les soins du conseiller rapporteur Lapomoneraie, dont la sévérité pour cette sorte de délit est devenue proverbiale; mais tandis que l'instruction se poursuit, une dame mystérieuse descend à l'hôtel du Grand- Cerf. Il serait tout-à-fait superflu de dire ici comment cette dame, qui n'est autre que Mme Corniquet elle-même , est devenue depuis quelque temps l'objet des pensées du conseiller rapporteur, et comment Dorante, l'avocat du médecin Valère, songe à tirer parti de cette circonstance dans l'intérêt de son client. Non moins versé en matière de galanterie qu'en matière de droit, le jeune stagiaire persuade à Mme Corniquet de se montrer favorable à l'amour du magistrat et de le recevoir chez elle. Le conseiller rapporteur tombe aveuglément dans le piège. Il se laisse surprendre en délit d'adultère, avec complication apparente de duel et d'homicide. Le moyen, après cela, de tonner du haut d'un tribunal contre la femme coupable , sans s'exposer à s'entendre appliquer cette parole divine : •> Que celui de vous qui est sans péché lui jette la pierre! » Aussi le magistrat renonee-t-il à ce rôle dangereux, et son rapport, si terrible dans ses premières conclusions, s'amende jusqu'à réclamer l'acquittement du prévenu, avec dommages et intérêts en sa faveur.

Cette pièce un peu longue, un peu fardée, plutôt bouffonne que coini-

que, et moins ingénieuse que spirituelle, mais semée d'heureux

pos rt de mordantes épigrammes, est un essai de réaction vers l'ancienne

comédie et les traditions littéraires du g A siècle. S

un instant reste douteux. Il est vrai que Samson, Firmin et M

lui prêtaient l'apj de leur verve et de I

lent

BÉNÉDICT Gai.let.

Théâtre m Gymnase-Dbaîiatiqi'E. — Tiridate, comédie en un uplets, par M. Fournier. — Cette ; core uni - anecdotes dramatiques si commîmes au tl

nom de quelque personnage célèbre leur sert presque toujours il port. Cette fois il s'agit de Mu« Dumesnil. fameuse actrice de la Comédie-Française, dont on a dit

nuand Dumesnil vient sur la -

AU gré. des connaisseurs parfaits,

On croit entendre Melpomcne

Réciter les vers qu'elle a fai

Dumesnil donc est sur le point de créer un rôle nouveau dans la tragédie de Tiridate, lorsqu'elle reçoit la visite d'un buissier de province qui vient la supplier de lui rendre son fils, séduit et ensorcelé par

- . ices et sa répution dramatique. L'actrice, émue d'une telle démarche, promet au père Dubuisson de guérir son Gis, el pour cela, il lui suffit de se montrer à lui sous le feux jour de mille défauts qu'elle n'a pas ai ant le désappointement du pauvre amoureux, et en ap-

prenant qu'il est l'auteur de la tragédie de Tiridate. qu'elle étudie en ce moment, la force lui manque: la vanité, peut-être aussi l'amour reprennent le dessus; elle se sert de cette même tragédie de Tiridate qui lui offre des situations analogues, pour attendrir li tisson, pour

éloigner une rivale et pour achever de séduire uteur qui ne

demande pas mieux que de se laisser faire.

Telle est en peu de mots la donnée du vaudeville de M. Fournier, qui n obtenu un plein sueees. grâce au jeu de M \ olnys, chargée du rôle de la Dumesnil. Les vers qu'elle récite si bien au,dénoument, sont-ils de la façon de M. Fournier, ou sont-ils extraits de quelque l'époque? Voilà ee qu'il serait difficile de résoudre. Ii existe bien dans L'histoire du tbéàtre deux tragédies du nom de Tiridate, l'une de l'abhé Boyer, contemporain de Racine, et l'autre de Campistron , que nous avions d'abord soupçonné d'avoir quelque rapport avec !•■ ûls de l'huissier Dubuisson. Mais le nom de MUe Dumesnil est \enu renverser tous nos calculs; car on sait que cette actrice ne fit sa première apparition sur la scène tragique qu'en it:;;. après la mort de Campistron. Il n'était déjà plus question du Tiridate de cet auteur, lorsque M Dumesnil arriva au degré de réputation ou nous la représenti . illede

M. Fournier, réputation d'ailleurs fort méritée, a en juger par l'anecdote suivante, qui a été consignée dans les journaux du temps, et que l'on ne sera peut-être pas fâché de retrouver ici :

t'n jour AI Dumesnil achevait le rôle de Cléopâtre, fort remarquable, et prête a expirer, elle finissait une tirade d'imprécation par ce vei

le maudirais les dieux s'il- me rendaient le jour.

lorsqu'elle se sentit frappée d'un grand coup de poing dans le dos par un vieux militaire qui était, selon l'u el qui

avait été si vivement ému par le jeu de M Dumesnil, qu'il s'écria avec fureur : » Va, chienne, a tous les diables ! Quel acteur vraiment digne de ce nom ne se montrerait jaloux d'i

i laques soldées de nos entrepreneurs de

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