LOUISE
Vvez-vous connu Louis.', du 5e huss
erions désoles si quelqu'un ne répondait pas affirmativement a i. Quand on parle d'un persoi la chronique, sinon de l'histoire, on esl bien dération disent qu'ils l'ont vu.
que Louis. un fantastique , et eni lins une
cantinière comme on en voit tous les jours! Soussn
us humains, et combien il est diflicil i bleuir la
revision ■ nous savons aussi toute l'influence qu'exi n. ut le titre d'un livre la qualité d'une personne, et nous ne nous dii mul que le
ant a la mémoire certains typi laisser l'imagination errante se créer soit uni i aux lourdes allures, capable de poi ter la cuit le ton-
nelet, Bradamante de force à lutter contre un San nette méridionale au teint bistre, a l'œil noir et hardi, aux formes trai la démarche sautillante.
manquerions au plus saci i au danger de tomber dans une grave, nous diro ns une
coupable i rreur : nous lui devons le i ;
Elle .le comme Fanny El cheveux élaicnl blonds
comme ceux d u
ic et uni, un peu i i de l'extrémité inti i i sourcillairc ; ses
yeux . ta • ni bleu font ■ I intelligenci nalii
lin. ci même un peu pointu, nous
étaient un pi Nous sa\ i a qu'il y a des gens pli
préventions contre les uc<s pointus el les lèvres minces; nous
même qu'un président au parlement de Paris a tenu un propos fort peu parlementaire à ce sujet (1). Mais prévention n*est pas raison, et d'ailleurs, esclave de la vérité , c'est un portrait que nous vous montrons.
Tous ces traits que nous venons de décrire étaient renfermés dans un ovale un peu allongé peut-être ; mais comme cette petite tète se balançait gracieusement sur un cou de cygne! comme cette taille un peu frêle était élégante ! comme ces petits pieds et ces mains mignonnes étaient remplis de distinction! Quant à nous, dans notre for intérieur, nous sommes persuadés que Louise était une tille de la haute aristocratie, changée en nourrice au temps de la terreur; mais nous n'avons aucune preuve à apporter à l'appui de notre conviction.
Eh bien! eu avez-vous vu souvent des cantinières comme celle-là? Réellement, elle était adorable avec son petit dolman bleu céleste, d'une coupe semi-turque, semi-hongroise, avec son pantalon à la cosaque, son képy sur l'oreille droite et son petit sabre au côté. Et soyez bien persuadés qu'il faut que cela soit pour que nous le disions, nous qui avons une sainte horreur des femmes habillées en homme... Mais la guerre a d'inexorables nécessités. Allez donc, je vous prie , faire une campagne de Russie en robe de mousseline, ou en douillette de gros de Naples, avec des bottines de drap de soie ; et, d'honneur, en habits de femme, Louise n'aurait pu porter autre chose.
Il était impossible de voir cette enchanteresse sans se prendre d'affection pour elle; aussi notre général en chef lui témoignait-il une bienveilance toute particulière.
C'était elle qui, tous les matins, lui portait le biscuit et le verre de niaère aux avant-postes, au milieu des balles, car elle était brave comme un petit César. Vous comprenez bien, par exemple, que vous ou moi, elle nous eût envoyés boire à la cantine, à moins que notre soif ne provînt d'un coup de sabre ou de lance. Il la grondait souvent, le général, à cause de son imprudence, et il lui défendait de revenir; mais elle n'en tenait compte, et le moyen de se fâcher, quand elle répondait, de sa voix argentine: •• Il n'y a pas de balles qui tiennent, mon général, il faut bien que vous déjeuniez. » Or, vous comprenez que, si le commandant en chef de trois belles divisions de cavalerie, et devant qui le plus superbe des épiciers en gros aurait presque mis chapeau bas, traitait Louise avec ww affectueuse considération, nous savions bien aussi lui rendre justice, nous autre sous-lieutenans.
Nous vous avons déjà fait sentir l'inconvénient des jugemens hasardés; pourquoi donc, lecteur, ne réprimez-vous pas le sourire équivoque que l'ait errer sur vos lèvres l'admiration de toute la hiérarchie militaire pour une femme de mérite? Pourquoi avez-vous l'air de chercher dans votre sagesse, si c'était le général en chef ou les sous-lieutenans que Mllc Louise écoutait le plus volontiers? Cela n'est pas bien. Sachez d'abord que c'est madame Louise qu'il faut dire, car elle était mariée, bien et légitimement mariée, devant Dieu et devant les hommes, par M. le curé d'un village <!' Ulemagne, et par M. le sous-inspecteur aux revues, faisaut fonctions d'< ffî -ut île l'état civil, et qui mariait aussi bien qu'aucun adjoint de maire, entendez-vous?
Au surplus, la légitimité, et surtout l'indissolubilité du nœud conju- ■ .!. n'était pas ce qui charmait le plus la pauvre Louise. Quand une jeune lille a lieu de se repentir d'avoir donné son cœur trop vite, il y a du remède: elle peut le reprendre; mais quand, outre son cœur, elle a encore donne sa main, surtout par-devant M. le curé et M. le sous-inspecteur, c'est bien triste ! Dieu nous garde à jamais d'attaquer la réputation d'un brave militaire, sous prétexte que sa femme vaut mille fois mieux que lui! Nous sommes gens d'équité et d'indulgence; nous savons bien qu'il y a des défauts d'état, comme il a des grâces d'état, et qu'on y retombe sans cesse, quoi qu'on fasse. Un adjudant a beau se
(1) Ce président, supplié par une condamnée d'appuyer son recours en grâce, jeta sur elle un rapide regard et s'écria : « Le nez pointu ! les lèvres minces! Tendez, pendez, bourreau! »
raisonner, il est toujours quelque peu brusque et hautain; le maréchaldes-logis-ehef prend malgré lui des airs d'importance; le fourrier est cancanier, et le brigadier tatillon... Mais le trompette! Sa position sociale est délicate certainement ; aussi le troupier, toujours équitable, lui a-t-il concédé libéralement le droit d'insolence indispensable pour résister à la croisade de quolibets dont il est journellement assailli. D'un autre côté, la sonnerie dessèche le gosier, et quand, pour l'humecter, on n'a, suivant le proverbe, qu'à se baisser pour en prendre, le pas est glissant. Or, le mari de Louise était trompette, un beau trompette, leste et bien établi, méprisant à l'égal d'une bouteille vide ces têtes de linotte qu'un verre de n'importe quoi suffit à troubler ; mais bien que son estomac robuste fut aussi aviné que la meilleure peau de bouc qui ait jamais ligure sur le bât d'un mulet de la Manche, il y mettait tant de choses que... sa pauvre femme était souvent bien malheureuse.
C'est fort mal que de se griser, même quand on a le vin gai ou tendre; mais quand on a le vin abrupte, c'est inexcusable. Aussi, quoique Louise fût raisonnable ; quoiqu'elle admit qu'en certains cas un homme n'est responsable de ses paroles et de ses gestes que jusqu'à certain point; quoiqu'enfin sa longanimité allât jusqu'à savoir pardonner, tant bien que mal, un injuste sévice (pourvu qu'il ne laissât pas démarque visible) tant est-il qu'elle pensa plus d'une fois à une séparation à l'amiable.
Son mari s'y serait prêté; quand il n'était pas ivre il reconnaissait ses torts; mais il fallait poser les bases de cette séparation, et c'était là la pierre d'achoppement. Mariés depuis quatre ans, ils avaient un enfant de deux ans, un ange, un amour d'enfant, que nous n'avons jamais vu parce qu'il était en nourrice, et ils avaient en outre cent cinquante ou deux cents napoléons d'or, que Louise avait prudemment fait déposer chez le trésorier du régiment.
— Écoute, disait-elle à son mari, si nous avions une fille, ce serait mon devoir de lui expliquer les vertus modestes de mon sexe ; mais c'est à toi d'élever ton garçon pour le service de l'Empereur: Une pauvre femme a besoin de posséder quelque chose pour ne pas dépendre de ces monstres d'hommes qui sont si exigeans , surtout quand on n'est plus sous la protection d'un mari. Ainsi, à moi le magot à toi le marmot, qui est plus à toi qu'à moi, puisqu'il porte ton nom : ça te va-t-il !
Le trompette secouait la tê e : ça ne lui allait pas. Il prétendait d'abord que les enfans, garçons comme filles, étaient toujours au moins aulant ii leur mère qu'à leur père. >on qu'il osât élever le plus léger doute sur la vertu de Louise, car il savait bien qu'il aurait fallu soutenir immédiatement un tel blasphème le sabre au poing; mais il avait entendu le chirurgien-major affirmer la chose; il savait même que le coq civique, en cas de séparation, laissait à la mère la garde des enfans mâles jusqu'à sept ans , et il n'était pas homme à manquer aux lois de son pays. Il objectait enfin que, perdant sa compagne chérie, il ne pourrait plus tenir sa cantine, et que, pour boire ailleurs, il lui faudrait de l'argent. Rétorquant donc la proposition de Louise, il offrait, au contraire, de laisser le marmot, se réservant le magot comme seul moyen de pouvoir s'étourdir sur une perte dont rien ne pourrait le consoler. Louise, à son tour, secouait la tête, et alors le trompette attendri demandait timidement pourquoi, aussi, elle voulait se séparer. Une Parisienne de nos jours répondrait en cas pareil qu'une femme méconnue ne peut vivre avec l'homme qui n'a pas su la comprendre ; Louise répondait tout uniment : •< Tu es un gueux! faut que ça (iuisse. »
Et cela ne finissait pas. Le trompette promettait de s'amender, mais ne s'amendait pas; il entreprit même de forcer sa femme à l'indulgence en la rendant complice de son péché mignon. C'était un projet détestable, une inspiration de l'enfer, que de vouloir ainsi dépraver la vertu; mais Louise était trop pure pour succomber. Si jamais sa main Manchette avait décoiffé une bouteille de rhum pour son usage personnel, c'était seulement pour en jeter une simple goutte dans un verre d'eau sucrée, en guise de (leur d'orange, quand le flacon du distillateur de Crasse ne se trouvait pas assegjjte. Personne ne peut se vanter d'avoir
vu gaucbii un seul instant la tempérance de celte femme charmante, qui | s'arrêtait toujours à temps, même devant le plus pétillant Champagne rosé, le grand luxe, la tentation par excellence de l'époque, et qu'on payait vraiment jusqu'à trois écus de Prusse la bouteille
I n moment, à Moscou, après uncrazzia heureuse qu'il avait faitedans le; e;wes du palais Repnin, où il disputa avecsuccès à l'incendie quelques paniers de viDS choisis, le trompette espéra en venir à ses lins, arrivant au bivouac sur un drowjski, comme un triomphateur romain sur son char, et faisant porter devant lui, par quelques serfs scovites, les dépouilles opimes qu'il venait de conquérir, il obtint de sa femme un regard plus bienveillant rpie de coutume. 1. nuise lut avec complaisance des cliquettes saisissantes, telles que Chambertiu, Romance, Xérès, Tokay, Lacrima-Cbristi, Shiros, Constance, Madère, Johannisberg; et il fut décidé qu'avant de livrer ces liquides trésors à la consommation vénale, on ferait un choix éclairé d'une quarantaine de bouteilles destinées à ttre vidées en famille dans un repas prié, par les pratiques d'élite de l'avant-garde , par ceux que Louise honorait de son amitié désiLtéressée.
C'étaient de joyeux convives, et capables d'apprécier le mérite d'un dint r OÙ figuraient, avec les riches- produits des Chcvds de la ville s; inte, 1rs ananas desserres impériales, mais qui estimaient plus haut encore la préférence eaviée par tant d'autres, d'être admis au petit couvert de noire héroïne.
Le mari de Louis?, qui faisait les honneurs du festin sans se mettre a table, puisqu'il n'v avait là ipie des officiers, poussait les voisins de sa femme à lui faire boire de tous les vins, et enfin, au dessert, il lui envoya un verre de Madère (huis lequel il eut la précaution hypocrite de verser un tiers d'eau, de peur, disait-il, qu'il ne lui portât à la tête. Le perfide! c'était du marasquin qu'il avait mis dans une carafe. En l'eflleurant de ses lèvres. Louise reconnut la supercherie, et un éclair d'iudignation brilla dans ses veux ; mais elle était vindicative, et comme il n'v a pas de vengeance possible sans dissimulation, elledissimula comme Un traitre de mélodrame. Feignant de goûter encore avec sensualité au breuvage trompeur, elle dit au trompette de sa \nix la plus douée: " Cher petit mari, ce vin que tu m'as donné est délicieux : viens, que je t'en remercie. » Mais ces paroles flûtées étaient connue des larmes de crocodile, car aussitôt que l'époux coupable fui à belle portée, l'épouse indignée lui lança au visage la coupe et le poison, en lui disant d'un accent saccade par la colère:
• \ ilain soiffard ! tu as voulu me faire di scendre à ta hauteur ; mais
bénis le ciel d'avoir manque Ion coup, car si j'avais bronché ce soir, je l'aurais sabre demain matin.
Messieurs de l'Académie trouveront peut-être à redire dans l'allocution de Louise: liens son effet fut frappant. Le mari se sauva tout honteux, poursuivi par une lune générale.
Depuis lors, le ménage alla de eût fini sans le combat du 18 octobre, au vil desCinq-t rs, après
lequel le nom du trompette, vainement prononcé plusieurs fois a l'appel, resta toujours sans réponse. Un mauvais plaisan Louise de la faire parvenir ;mx avant-postes russes avec un parlementaire, poui
demander a suivre s poux eu captivité, s'il avait survécu. Elle le n -
i ut fort mal, et, n'ad ttant pas que le lroni| ette se fût !
vivant, elle lui improvisa une oraison funèbre, que nous pourrions rapporter ici, vu son laconisme, mais que nous supprimons parce que la colère l'avait dictée, et parce que, dept L i dit à nous-méme
qu'elle désirait de tout s mir que son mari se lut sauve.. |
qu'il ne re\ inl pas.
Cela vous semble delà dunle. lecteur, et VOUS êtes tOUl prêt à I
notre can tin ière Mais rappelez-yous doue qu'elle avi
grondée, 1 rree. battue ■. et ce coupable tripotage de \ in i
pour griser une honnête femme à la (.!'■>■ d'Israël ' Est-i q
donneriez cela, VOUS s' son mari en eût éti d gi i 1. -r- ['eût adoré
et s- fût sacrifice pour lui. Vous n'en douterez pas quand vous saurez ce qu'elle a fait pour un autre, qui n'était pour elle qu'un ami.
Dans la retraite, au moment le plus critique, elle s'en allait le long de la route, réfléchissant tristement sur la question de savoir si le deuil d'une veuve se comptait du jour du décès du défunt, ou seulement du jour ou la couturière apportait la robe de laine noire, quand tout à cot'p elle s'entendit appeler. Elle courut vers un pauvre diable qui dut se nommer pour se faire reconnaître c'était Edouard de I .un des convives du fameux dîner, et qui était mourant. ■ liens, lui dit-il, prends cette bourse, cette montre et ce portrait : garde la bourse et envoie le reste à ma mère. Si je n'étais que blesse, je m'en tirerais; mais la lieue m'accable, et je ne puis me soutenir, \dieu.
— Du tout... du tout, mon lieutenant ' s' écria Louise, vous ne pouvez pas rester ici ; je ne peux pas vous laisser prendre par ces gueux de C.Osaques... ils vous tueraient, comme mon pauvre mari. \c bougez pasde i,i, je reviens dans un i demi-heure, et je vous emmène. »
En effet . partie au grand galop en retournant sur ses pas, elle revint avec un kibik qu'on avait abandonne parce que le cheval qui le traînait était mort. Elle j attela le sien avec ses sangles et ses étrivières; elle chargea dessus le jeune officier, pansa sa blessure, guérit sa lièvre, trouva moyen de le aourrir, et le ramena sain et sauf, si bien que deux
ans après, il commandait dans l'Inde un corps de ( ipavi s
Depuis celle é| oque, nous n'avons revu Louise qu'une fois, en compagnie de sou aune la baronne de "• , qui, elle aussi, avait été cautiuière, et se trouvait veuve d'un chef de bataillon de Croates. Nous allez peutêtre demander l'histoire de la baronne, après celle de Ionise, mais UOUS ne pouvons vous la promettre. Nous sommes sûrs que si ce feuilleton tombe sous les veux de Louise, elle sera charmée de voir qu'on ne l'a pas oubliée. Nous ne serions pas aussi certains de l'assentiment de son amie.
MoniU ur de /' trmée