XA JEUNESSE DE SCARRON
Deux hommes jeunes et bien faits, l'un grand, vêtu de noir, mais élégamment ajusté, l'autre petit, el portant un collel d'abbé, se ren tri -
rent vers deux heures et demie au haut rie la rue Mauconseil, sur le seuil de l'hôtel de Bourgogne On reconnaissait, à l'expression de leurs traits, des gens d'esprit Tous deux avaient un sourire moqueur sur les '■ seulement, le premier trahissait dans teinte sa personne je ne sais quel goût cynique, tandis que le second ne semblait animé que d'une verve joyeuse et comique. C'étaient Tallemant des Réaux . l'auteur des mémoires , qui a oublié, dans ses historiettes, celle que noua allons raconter, et le jeune Scarron , qui, depuis... mais abus mi De se doutait guère qu'il pût devenir un célèbre cul-de-jatle, Il était très joli garoou.
— Ah ! vous voilà, monsieur Scarron, dit Tallemant; nous allonsdonc voir les comédiennes aujourd'hui?
— Et les comédiens, reprit Scarron : ces drôles m'amusent, parbleu, autant que leurs moitiés.
— Anus êtes un vert galant , monsieur Scarron ; on sait de vos nouvelles...
— On sait aussi des vôtres, monsieur Tallemant , et il y a dans le monde une certaine veuve...
— C'est une vieille histoire, monsieur Scarron. d'ailleurs je me range, j'épouse ma cousine, la petite Rambouillet.
— Les Rambouillet n'ont jamais eu de bonheur, repartit Scarron.
— A uns êtes plaisant , vous êtes véritablement plaisant, répondit Tallemant des Réaux , toutes les familles ne sont pas aussi unies que la vôtre. Êtes-vous toujours brouillé avec M. votre père?
La répartie lii sourire Scarron.
— Mon père est le meilleur des hommes, mais n'est pas le meilleur des pères, ajouta-t-il selon son habitude.
Ils entrèrent el se dirigèrent mes le foyer des acteurs, dans lequel ils avaient, l'un et l'autre, leurs libres entrées; chemin faisant à travers les corridors, ils continuèrent leur entretien.
— on dit que Baron est jaloux de Floridor, reprit Tallemant; le croyez-vous ?
— Je le crois; la Baronne est belle, cl Floridor est connaisseur.
— Et la Beaupré, n'est-elli pas en querelle avec M des i rlis?
— La Beaupré est vaillante comme Jeanne d'Arc dont elle prétend avoir tous les mérites, prétention qui paraît exorbitante à M"0 dos l rlis.
— Que pensez-vous de la sagesse de ces (lunes, monsieur Scarron?
— Mais je pense qu'elles ont, comme toutes les comédiennes, plus de fard que de vertu.
— \ uns éles pour l,i des t IrliS '
— Et vous pour la Beau|
i i deux compagnons arrivèrent au foyer; ils furent reçus comme ils l'étaient tou empressement par les acteurs, et surtout par les
actrices que leur conversation, semée des anecdotes les plus piquantes de la ville et de la cour, égayait beaucoup. On allait jouer le Cid; on n'attendait plus que Floridor, chargé de représenter Rodrigue; il n'était pas encore descendu de sa loge. Michel Baron, en don Diègue, la Baron, en Chimèue, se trouvaient placés (c'était en hiver) aux deux coins d'une vaste cheminée, comme des gens parfaitement indifférens; cependant Baron jetait de temps à autre sur la Chimène des regards soupçonneux ; uue toilette coquette rehaussait encore la beauté de sa femme, beauté si remarquable que, selon les chroniqueurs, Anne d'Autriche faisait fuir les daines de -sa cour en s'écriant : Mesdames , voici la Jlaron.
— Vous êtes bien parée, ce soir, dit enfin le comédien ; vous écrasez l'infante ; cela est étrange, cela est même inconvenant.
— C'est la faute de l'infante, reprit la Baron, en regardant la Beauchâteau. Ma chère, pourquoi ne soignez-vous pas davantage votre toilette? Vous me faites gronder par mon mari.
— Monsieur Baron, dit ïallemant (qui aimait assez à tourmenter les "eus, à les faire causer de ce dont ils avaient le moins envie de parler, et sur lequel Scarron a peut-être modelé le personnage contrariant de la Rancune dans le Roman comique), monsieur Baron, faites-moi donc le plaisir de me raconter, comme vous me l'avez promis, votre apprentissage dans le bel art de la comédie....
— Mais, Monsieur, répondit Baron, ce n'est guère le moment.
Kous avons tout le loisir de vous entendre, reprit Tallemant ; Floridor, depuis quelque temps, est très long à s'habiller. On dirait qu'il veut faire quelque conquête importante.
Voici quels furent mes commencemens dramatiques, s'empressa
de dire Baron : écoutez-moi, monsieur ïallemant. Je suis fils d'un marchand mercier dïssoudun , en Béni. Mou père ne m'avait point destiné à la profession de comédien : j'allai à la foire de Bourges pour vendre quelques marchandises de mon père; j'y vis une troupe de comédiens, je ne pensai plus qu'à jouer la comédie. J'offris mes services au directeur de la troupe ambulante, je fus accepté, je parcourus la province avec mes nouveaux camarades, dans une charrette traînée par des bœufs, qui transportait la compagnie nomade ; que vous dirai-je ? c'était presque le chariot de Thespis. Ce fut une curieuse époque de ma vie. ÎSous jouions dans les granges, où souvent les spectateurs se culbutaient à coups de poing pour prendre leur place, renversaient les chandelles, et nous plongeaient dans la plus profonde obscurité. Nous étions très souvent obligés d'emprunter les habits des autorités du lieu, pour représenter les grands personnages de nos tragédies : chose parfois fort bizarre ; il y a tout un roman là dedans.
— C'est vrai , dit Scarron , qui prétait avidement les oreilles à ce réeit.
— Et même on joue quelquefois d'assez bonnes choses dans ces granges, dit Tallemant ; il est question depuis quelque temps d'un certain Molière qui court les provinces. C'est un garçon qui ne manque pas d'esprit, à ce qu'il paraît.
— J'en ai ouï parler, ajouta Scarron ; ce garçon ira loin dans la farce.
— Enfin, reprit le comédien, après des succès dont il ne m'est pas permis de parler, je fus admis à l'hôtel de Bourgogne...
En cet instant Floridor entra, et sa présence suspendit la parole aux lèvres de Baron, qui resta la bouche ouverte et les yeux fixes. Le costume espagnol de Floridor était d' uue rare élégance; on n'avait jamais vu de Cid si galant. Floridor, noble de sa personne, déployait sous ce vêtement une grâce inimaginable qui lui valut les eoniplimens de tous les assistans, à l'exception de Michel Baron et de sa femme; mais la Baron et Floridor échangèrent un coup d'œil reconnaissant. Leurs cœurs s'étaient compris ; l'amour, ce grand maître, leur avait inspiré le même désir de se plaire. Il y a quelquefois toute une vie d'amour dans une simple fleur, dans un nœud de rubau.
— Demeurons sur le théâtre, dit Tallemant à Scarron, eu lui faisant !
remarquer la coïncidence des toilettes ; il se passera quelque chose de nouveau, voyez la figure de Baron.
Les deux personnages, qui avaient la malice des singes, n'allèrent pas s'asseoir sur les banquettes de chaque côté de la scène, au milieu des jeunes seigneurs dont la bruyante foule s'y faisait remarquer; ils se tinrent dans les coulisses, afin de mieux observer les acteurs du petit drame qu'ils soupçonnaient devoir se jouer pendant la représentation de la tragédie du Cid.
Le parterre commençait à s'impatienter ; on leva le rideau, et la pièce s'engagea. La Baron et Floridor produisirent tour à tour un grand effet; on leur prodigua les applaudissemens. Ils n'avaient jamais eu si bon air; le public crut que tant de soins élégans avaient été pris pour lui* Ils étaient animés en même temps d'une verve singulière ; le Cid était plus amoureux, Chimène plus tendre ; ils jouaient à ravir; la pièce allait aux nues, en dépit de quelques académiciens, milice commandée par Bois-Robert, laquelle faisait une sourde opposition afin de gagner les bonnes grâces du cardinal de Richelieu, jaloux d'une gloire qu'il pressentait plus durable que la sienue. Le cinquième acte de la tragédie venait de commencer et le public s'extasiait toujours, tandis que Michel Baron enrageait dans la coulisse, où Tallemant des Réaux et le jeune Scarron le félicitaient, avec une méchanceté inouïe, sur le jeu passionné de sa femme,
— Comme elle a bien dit au troisième acte : Va, je ne le hais point...
s'écriait Tallemant.
— Et puis, ajouta bientôt Scarron, quelle expression elle a su donner à ces vers, échauffés déjà par eux-mêmes d'une si belle ardeur :
Si jamais je t'aimai, cher Rodrigue, en revanche
Défends-moi maintenant pour m'oterà don Sanche;
Combats pour m'affranehir d'une condition
Qui me donne à l'objet de mon aversion.
Te dirai-je encor plus? va, songe à ta défense
Pour forcer mon devoir, pour m'imposer silence ;
lit si tu sens pour moi ton cœur encore épris.
Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix.
Scarron, en répétant ces vers imitait les inflexions de voix de la Baronne : <» Comme ces accens sont vrais, s'écriait-il, comme ils partent du cœur ! Vous ne paraissez pas sentir cela comme nous, Michel Baron; que vous êtes froid !... »
Baron, plus bouillant qu'eux, donnait à tous les diables leurs commentaires. Il faisait à Scarron une grimace épouvantable en s'abandonnant avec rage à une non moins fâcheuse interprétation ; il reparut sur la scène, au cinquième acte, en continuant de se dire à lui-même :
— La perfide, comme elle m'insulte et me fait insulter ! ce sot de public s'imagine que c'est la Chimène qui s'adresse au Cid : c'est la Baron qui engage un comédien insolent à braver les ordres d'un mari ; oui, elle l'invite à se présenter chez moi, après que j'ai fermé à cet homme la porte de ma maison. L'objet de son aversion..., elle m'a regardé en prononçant ce détestable vers..; Ainsi donc, elle m'a en horreur. Eh bien, la lutte est engagée... Non, mons Floridor, non, vous ne sortirez pas vainqueur du combat ; vous n'aurez pas le prix qu'on vous promet ; vous ne verrez plus votre beauté que sur la scène. C'est déjà trop, puisque vous trouvez moyen de m'y offenser; mais du moins la présence du public me rassurera sur vos emtrevues, dont je serai moi-même témoin.
Floridor semblait répondre à cet endroit au monologue intérieur de Baron ; il s'écriait en s'inclinant devant Beauchàteau qui remplissait le personnage du roi :
Pour posséder Chimène, st pour votre service, Que peut-on m'ordonner que mon bra.s n'accomplisse? Quoi que, absent de ses yeux, il me faille endurer, Sire, ce m'est trop d'heur de pouTûir espérer,
Baron regarda la Chimène qui lui parut approuver avec trop peu de
réserve- l'espérance de ■Rodrigue; mais, ce qui l'outra ce fui le sourire goguenard qu'il cru! remarquer sur les lèvres de Beauchâteau, lorsque celui-ci prononça les quatre vers qui terminent la pièce du Cid:
Espère en ton courage, espère en sa promesse;
El, possédant déjà le cœur de la maîtresse,
Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi,
Laisse faire le temps, la vaillance et ton roi,
— Je suis joué, pensa Baron, c'est une mystification ; et ce misérable Beauchâteau qui s'en mêle! quel honteux métier! il souhaiterait de tue voir comblé des mêmes disgrâces que lui. Voila bien les maris de son espèce! ils ressemblent aux damnés: ils veulent perdre les autres pour avoir des pareils.
Lorsque les acteurs furent rentres dans leur foyer, Corneille s'y présenta pour les complimenter, et ce fut lui qui se vit accueilli parles plus magnifiques éloges; chacun chantait ses louanges; Michel liaron seul se taisait. Corneille à la lin s'approcha du don Diègue taciturne, qui refusa ses renierciemens en s'ecriani avec colère :
— 'fout le monde est insensé ici; votre pièce est exécrable, monsieur Corneille, et l'Académie a eu raison de là condamner.
Corneille resta confondu.
— Malpeste! dit Scarron à Tallemant, la jalousie ne marchande pas les L'ens.
Les personnages du Cid se séparèrent pour se débarrasser de leurs costumes: Beauchâteau riait aux éclats de la boutade de Baron, mais Floridor suivit d'un œil inquiet laChimène, qui remontait dans sa lotie, accompagnée de son mari. Quelques minutes après, on entendit un cri de femme qui partit de la loge de Baron.
— Qu'y a-t-il? demanda Floridor à Beauchâteau, dont la loge était voisine de celle de Baron ; Beauchâteau et Floridor avaient été attirés sur le seuil de leurs loges par ce cri.
— Ce n'est rien, répondit celui-ci; c'est Baron qui a souffleté sa femme parce qu'elle a trop bien joué avec vous.
Floridor, tout ému, s'élança en deux bonds jusqu'à la porte de la lo"e de Baron.
— Qu'allez-vous faire? lui dit Beauchâteau en l'arrêtant; voulez-vous qu'elle reçoive un second soufflet ?
Ce mot arrêta Floridor; il s'abstint d'entrer
Corneille u'étail pas encore revenu de l'impertinence de Michel Baron. Tallemant et Scarron lui expliquèrent l'aventure, et lui Grenl remarquer Floridor, qui remettait au petit Baron, enfanl de six ans, un billet qu'il n'avait pas trouve occasion de glisser dans la main de la Chiiiiene; il paraissait engager l'enfant à ne donner ce billet qu'à sa mère seule. L'enfant, extrêmement intelligent, ci ami de Floridor. faisait voir par ses signes qu'il comprenait toute l'importance de la commission.
— Voilà un enfant qui promet, dit Scarron en riant,
— Oui, il sera I lien.ajouta Tallemant.
Les deux compagnons aussi médisans l'un que l'autre, restèrent pour la petite pièce: ils pressentaient, par je ne sais quel instinct de scandale, que la soirée ne se terminerait pas sans quelque autre aventure. M ,! Beaupré el M des Urlis ne tardèrent pas a paraître, ci l'animosité que ces dames avaient l'une contre l'autre se manifesta dans leurs regards
La faveur du public avait faii I. ur rivalité : il faut avoir vécu dois les
coulisses d'un théâtre pour comprendre Fin i s que font
naître les prédilections de ce sultan capricieux qu'on appelle le public
Jamais amant n'a eu l'honneur d'exciter si vive jalousie. Chacune
de ces dames avail ses partisans, qui envenimaient encore la querelle de touie l'obséquiosits de leurs id m Marquis el chevaliers étaienl divisés en deux camps. Lorsqu'on cri ail bravo sur une des banquet!
servées aux jeunes gentilhommes, on gard ùt mu .,1,., t,.m.
ble; au parterre la même lutte existait, lies hommes apostés par chaque actrice ou par de riches protecteurs , applaudissaient tour à tout
frénésie la personne indiquée a leurs ovations , faisaient pleuvoir bouquets et couronnes, alors comme aujourd'hui, et il s'ensuhait quelquefois des mêlées ou la garde se trouvait forcée d'intervenir.
\i de Beaupré, dont le caractère était d'une hardiesse extrême, résolut d'en finir ce soir-là par une action d'éclat. i.près quelques mots assez, vifs, elle propos i a sa rivale de terminer l'épée a la main leur différend; celle-ci ace spl i le combat, Il fut convenu que. le spectacle fini, chacune
emprunterait . c îe en jouant , une épée a un gentilhomme de ses
amis, el qu'un duel aurait heu sur le théâtre. Scarron el Tallemant des l'.eaux. confidens habituels de ces dames, acceptèrent volontiers les relies île témoins. I]> se réjouirent fort de celte bizarre idée, persuadés
qu'ils arrêteraient l'affaire avant toute effusion de saiiL\ ni. us i pus
avant qu'elle eût fait assez de bruit pour leur fournir un récit agréable; l'un et l'autre liaient friands de ces sortes d'aventures, qu'ils colportaient de ruelle en ruelle. Ils attendirentimpatieinment la fin de la petite pièce, dont le cours fut troublé comme d'ordinaire par les hommages intempestifs des deux partis.
M" de Beaupré, furieuse d'un dernier hommage adresse a M"« des Urlis au moment où la toile baissa, enleva l'épée d'un jeune marquis qui se trouvait près d'elle, el M"' des Urlis en lil autant de celle (l'un chevalier de son bord. Les deux rivales se mirent aussitôt en garde, et toute la compagnie, croyant que c'était un jeu. lii cercle autour des deux amazones comme s'il se lui agi d'un assaut d'armes, Scarron et Tallemant s'avancèrent alors, et le premier dit avec solennité:
Messieurs, ceci est plus grave que vous ne pensez; M11" de Beaupré ci des l rlis veulent vider ensemble, sous vos yeux, une affaire d'honneur. »
Le mot d'affaire d'honneur excita le rire de la brillante assemblée.
«Où diable l'honneur va-t-il se nicher? dit un jeune vicomte, en regardant la des Urlis.
— Passe encore pour la Beaupré, ajouta un autre; ou prétend...
— Qw tu es digne de lire le poème de Chapelain, répartit un troisième. Allons, Mesdames' une. deux! »
la Beaupré et la des Urlis n'avaient pas besoin de celle invitation. Elles s'étaient déjà porté deux ou (rois hottes, panes avec celte vivacité que donne l'instinct de la conservation, et toute la galerie battait des mains d'admiration; un continuait à prendre celte passe d'armes pour une plaisanterie. Tallemant et Scarron étaienl seuls inquiets; ils se tenaienl tri s près des combattantes avec deux petits bâtons à la main pour empêcher les coups d'être portés a fond; mais leur intervention ne put empêcher Catherine des i rlis d'être blessée a l'épaule,
Lorsqu'elle sentil l'acier pénétrer dans la chair, lorsqu'elle vit rouler son sang, elle jeta un cri et tomba dans les bras de Scarron, qui s'empressa de la secourir. Fa blessure n'était que très légère, mais elle effraya tous les spectateurs On s'aperçul alors de toute la réalité du duel, M11" Beaupré, dont la colère s'était apaisée ,i la vue du sang de sa rivale, demeurait ois-i pâle qu'elle. On profita de cette émotion pour opérer un raccommodement cuire elles, et quand M11, des Frlis rouvrit les veux et reprit l'usage de ses sens, elle se trouva dans les bras de la Beaupré. Après un premier mouvement de surprise. .Ile ne se refusa pas .à un embrassemenl de sa rival.: imites deux fondirent en larmes. Clorinde el Marphise furent des innées, et cette scène attendrit Jusqu'à I alternant des Réaux. Seat ron seul y vit matière a bouffonnerie.
Qui i lite entre vous, mesdames les chevalières! s'écria
l'abbé manque; el il étendit les mains sur leurs tètes, en prenant le ton
d'un prédicateur, auquel son colh t ecclésiastique prêtait un air d'autorité
religieuse Ne soyez plus envieuses el jalouses; vivez en bonne intelli-
je vous dmme ma bénédiction.
— Et toi, que I pesti t'étouffe! i 'mura une voix près de son
que la goutte, la sciatique, le rhumatisme el des maladies plus
cruelles el plus honteuse- tombent sur toi I I te dévorent jusque dans la moelle i iennes enfin un raccourci de la nùsére hu-
maine ! je te donne ma malédiction. »
iOJ
iichel Baron qui parlait ainsi.
earron frissonna de la tète aux pieds en entendant ce funeste oracle,
• réalisa que trop, arron, vous payâtes un fâcheux tribut, en effet, au démon jaloux des in humaines ! Il y avait dans le paradis terrestre une fleur toute mouie, tout odorante et pure: c'était la fleur du plaisir. Adam .1 Eve la voulurent, avec raison, transplanter sur la terre après leur faute; mais l'infernal serpent s'y était déjà blotti. Adam et Eve emportèrent avec la Heur l'ennemi du genre humain. Oui, ce cruel serpent que Michel-Anne a placé dans son Jugement dernier, vous mordit, ni plus ni inoins qu'un cardinal, vous, Scarron, qui n'étiez qu'un simple abbé.
Hii'polvte Lucas.
(L'Artiste.)