‹ Le cabinet de lectureChapitre 186 sur 249 · POESIE · texte numérisé non relu

POESIE

TABLES E0ES PAR M. VIENNET v LA SÉANCE PUBLIQUE DES CINQ ACADÉMIES, LE 3 MAI 1841,

'xous avons publie dans noire demi 1 numéro deux 'es cinq fables que M. Viennet a lues avec tant de succès a l'Académie. Les trois autres ne nous paraissent pas moins digues d'être mises sous les yeux de nos lecteurs.

).v lAUPE El LE l'LEUltlsi .

t ne taupe aux ongles d'airain S'était dans un parterre avec la nuit glis- . IH sou- Il terre crevassée,

En sillon tortueux y marquait son chemin.

Quel réveil poui le niailrc! et quels cris de détresse

A ce ratai aspect - échappent de son coeur !

Heurs faisaient tout son bonheur.

Il saisil en pestant la bêche vengeresse;

El pour punir l'animal destructeur, Le & rps penche, l'œil live et l'oreille leiioue. Immobile, d attend ipie la leire remue El dénonce >a bétc a sa josie fureur.

Ln taupe, qui d alunit, par ses cris arrêtée, Avait interrompu suii travail souterrain,

Le fait long-temps attendre; mais enlin Mon gueilcur patient v..u 1,1 lerre agitée . El la hé. lu- a -..u loiir s'agite Uaiis sa main. O revers! pour frapper cette Mie odieuse, Il faut anéantir une Deur pr. rieuse, Luc tulipe achetée a grands frais;

Et mon lleiiriste est Hollandais:

Attendons, se dil-il, mais la taupe maligne Replonge, et de sa route, en habile mineur,

>e donnant plus le moindre

l'our désoler noire amateur, Va, sous une 'ulipe et plus rare et plus chère. Soulever tout à coup une aulre laupinii rc

Nouveau retard et nouvelle douleur.

Bref, trois fois cl vingt l'ois ce jcu-la recommence; Ll quand noire Ueurisle a perdu patience.

Quand, n'examinant plus quelle fleur il détruit,

lie la biHe maudite il a lire vengeance,

Il ne peut réparer le mal qu'elle a produit.

Il raffermi! en vain ses fleurs déracinées.

Tout se flétrit, tout meurt sur ses planches fanées ;

Pc ses ménagemens il déplore le fruit.

Ainsi, dans un état, une armée, un collège, Se glissent les erreurs, les vices, les abus.

Quelque intérêt qui les protège, Sachez les réprimer dès qu'ils sont reconnus. Rois, peuples, arrêtez le mal dans son principe.

N'imitez pas mon lleurisle éploré.

S'il eût sacrifié sa première tulipe.

Il eût sauvé tout son carré.

LES DEl X CHIENS.

Deux jeunes chiens, nés au même village, L'un chez un forgeron, l'autre chez le fermier

D'un châtelain du haut parage, Quoique divers de poil, de race et de métier,

S'aimaient comme on aime au jeune âge : Dès que l'aurore paraissait, Médor, le garde-ferme, et griffon de naissance, Du fond de son élable en jappant s'élançait. Il courait a la forge; et son ami Basset Monlrait à le revoir la même impatience. Alors, tant que du jour reluisait le flambeau,

Reprenant les jeux de la veille, Nos deux chiens, s'agaçant des patles, du museau,

Sur le fumier dans le ruisseau, Se roulaient, se crottaient de l'une à l'autre oreille. Quant au repas, tout leur élait commun: Tables, rogatons, écuelles, Jamais un os entre eux n'cxcilail de querelles. Les deux logis n'en faisaient qu'un.

Pendant leur joyeuse partie, La dame du château vint un jour à passer.

Médorlui plait par sa folie; El le fermier, instruit de celle fantaisie, Est en si bon logis heureux de le placer. Un laquais à l'instant s'en empare et le traine Vers la cour du manoir, où mon griffon crotté, Est, sous le jet d'une fontaine.

Bien savonné, bien peigné, bien frotté : Et sur le poil luisant de sa robe d'ébène, Un flacon de senteur par madame esl jelé.

Le voilà donc par un caprice, Passé d'un toit de chaume en de riches lambris, De son lit de fumier sur de moelleux tapis, Et gorgé de débris d'oflice Au lieu de croûtons de pain bis.

Quelquefois cependant de son ami d'enfance La glapissante voix retentit a son cœur. Il vole a la fenêtre : et jappant de bonheur. Donne à son cher Basset signe de souvenance. Mais la maîtresse alors, d'un ton sec et grondeur,

Le rappelle à son importance.

« I'i ! lui dit-elle, fil laissez ce polisson. « Est-il fait pour hanler un chien de voire espèce? • Et d'un biscuit, d'une caresse.

Elle accompagne sa leçon; Et Médor, oubliant un chien de forgeron, Vient jouet avec sa utailresse.

Six mois d'hiver et de Paris De ces leçons d'orgueil achevèrent l'ouvrage. Seul, le pauvre Basset, resté dans son taudis, N'oublia point l'ami de son jeune âge ; Et, quand l'été revint, quand un brillant landau

Ramena Médor au château.

Basset, dressant l'oreille au bruit de l'équipage, Pour revoir son ami, pour fêter son retour, Se glissant à travers les trains et l'attelage. Joyeux et glapissant, accourut dans la cour. Quel triste accueil l'attendait pour salaire ! Médor, en grommelant, recule à son aspect; Et le poil hérissé d'orgueil et de colère,

Montre les dents au pauvre hère

Qui vient lui manquer de respect.

De cet affront Basset soupire,

Baisse la têle, se relire, Va cacher dans sa forge un font humide ; Et pour l'exemple, hélas ! je voudrais bien vous dire Qu'un revers de fortune a vengé l'amitié. Mais nia fable en ce monde aurait peu de créance.

Les Médors parvenus vivent dans l'abondance ; Les Bassets oubliés meurent à l'hôpital.

Un dénoùment moins immoral

Manquerait à la vraisemblance.

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