POLICE MUNICIPALE
Scance du G mai.
(Iliaque maison est ornée d'un individu mâle ou femelle habitant le rez-de-chaussée et qui, sous la dénomination de portier ou de concierge, se l'ait loger et chauffer, se l'ait payer, se l'ail donner des étrennes, le tOUl S'His prétexte d'être a votre service, tandis qu'au contraire vous avez en lui un tyran, et le plus dangereux, le plus puissant de tous. Les tyrans ont pu forcer bien des honnêtes gens à coucher en prison, les portiers au contraire vous font coucher en plein air : je soutiens que la prison est préférable.
Mais les locataires, comme les peuples sont sujets a la révolte, et c'est ce qui l'ait que M""' veuve G rogne t se trouve devant le tribunal de simple police.
Klle a pour diadème an énorme bonnet qui triple le volume de sa tête et sous les barbes duquel s'allongent les papillotes d'un tour monstrueux. Klle a de cinquante à quatre-vingts ans. l'Ile tient a la main une cuillère de boisjoute neuve, que probablement elle vient d'acheter et qu'elle agite majesteusement. Quant à ses vêtemens, qui paraissent être d'un àL'e respectable, ils sont tous confondus dans une couleur commune qui tire sur le brun, une couleur de fumée.
Le président, à la prévenue. — En votre qualité de concierge, vous devez savoir mieux que personne qu'il est défendu de jeter quelque chose par les fenêtres.
I.a veuve Groguet, exaspérée. — Allez, allez, continuez... vociférez eontre moi... tuez-moi... traînez-moi dans la boue : ça m'est bien égal, et je ne dis qu'une chose, c'est que bonne renommée vaut mieux que cinq Turcs dures. Rire général
Le président. — Soyez plus honnête, et répondez catégoriquement. Vous êtes ici par le fait d'une plainte portée par un locataire de votre maison.
La prévenue. — Tiens! est-ce que c'est ma faute, moi, si ma crêpe a été tacher le sien, de cr(pe')
Le président. — Expliquez-nous cela et soyez brève
La prévenue. — Certainement que je l'expliquerai, et je vais vous dire tout comme ça c'est passé... D'abord je prends du commencement; vous savez, comme dit le proverbe : Comme on fait son lit. on se mouche... »
Le président. — Si vous continuez ainsi, je vais vous prier de vous taire.
La prévenue. — \u fait, v'ià ce que c'est : si bien que c'était Mi-Ca- Carême; j'avais du monde, et nous faisions des crêpes dans ma loge, qui est, sauf votre respect, placée a renteur-sol... si bien que v'Ia le p'tit Mcdee, le neveu de la bouchère, qui m'dit : Maine Grognet, sans vous commander, j'peux-t-y-t'en faire eune ?... \ 'là qu'il prend la poêle, v'Ia qu'il prend la pâte, v'Ià qu'il veut faire sauter sa crêpe comme qui dirait en l'air, histoire de la retourner : brrrrrr ' v'Ià-t-J pas la gueuse de crêpe qui saute par la fenêtre dans la rue. el qui va retrouver l'autre crêpe que M. Kalgis avait à son chapeau... si bien que je lui dis : Ah ! monsieur Nalgis, vous avez trop de crêpes comme ça?... H a fait semblant de rire, le sournois; et puis v'15-t-il pas qu'il vient me traduire dans les tribunaux et me faire avoir des mots aveclacAoM nucipale... On a bien raison de dire : Il n'v a pierrot que beau qui doit...
Nalgis. — Mère Grognet, il y avait une heure que je frappais... ça vous fera veiller davantage a votre porte!
Le tribunal condamne la prévenue a si\ francs d'amende.
La mère Grognet, se reiirant. — C'est égal, on ue m'y repincera pas ;
Chaque échaudé craint l'eau froide C'est bon. c'est bon. monsieur IN'algiS, vous me le paierez! laissons faire le temps: Le temps. comme on dit. le temps est un grand maigre!..
L'Audience.)
JUSTICE DE PAIX
'.' vhhon inssi:vii:\ r.
[Présidence de M, Selmot.]
Louise est une candide enfant qui croyait ne jamais connaître le malheur, ei que le malheur a frappée traîtreusement au moment ou elle s'j attendait le moins. Louise est bonne d'enfant chez le marquis de! imar; (■Ile a contrevenu aux réglemens de cette maison aristocratique ; elle a manque ii une condition qui fait presque toujours partie des conventions cuire maître et domestiques. Elle est assignée par M. Valmore, l'intendant du marquis, qui, en l'absence de son maître, veut congédier la gentille Louise.
L'intendant. — Je veux, monsieur le juge de paix, que celte jeune Bile s'en aille.
Louise. — Pourquoi? Ne suis-je pas fidèle, honnête, bonne avec les petits enfans de .M. le marquis?
L'intendant. — C'est M'ai: aussi n'est-ce pas cela qu'on vous reproche.
Le juge. — Que lui reprochez-vous doue. Monsieur?
L'intendant. — De s'être habillée en noir.
Louise, pleurant. — Tiens, j'ai perdu ma pauvre mère, moi...
L'intendant. — Je déplore ce malheur, et je sympathise bien volontiers avec vous, car je sais toute l'étendue de votre perte, mais je ne suis qu'un intendant, et il faut que je me conforme a l'usage établi dans le grand monde.
Le juge. — Quel est cet usage '
L'intendant. — Vous devez le connaître. Tout domestique employé dans une famille de distinction doit porter le deuil de sa maîtresse, de son maître, des membres de cette famille qui meurent, mais il ne doivent [las porter le deuil de leur propre famille.
Le juge. — En effet, c'est une coutume reçue.
L'intendant. — Eh bien ! Louise s'est entêtée a porter le deuil de sa mère, en l'absence de mon maître, actuellement en Italie Je demande qu'elle quitte la maison.
Louise. — Monsieur le juge, je me plais à croire a voire bonté... je n'ai [dus ni père m mère, ne me renvoyez pas de ma place.
Le juge. — Consentez-vous a quitter vol re deuil.
Louise, vivement, — Non, j'aimerais mieux mourir de faim! Vive sensation
Lejuge. — Monsieur l'intendant, je comprends le motif qui vous fait agir, mais tuut en l'approuvant, la justice doit sou appui ;i la vertu, à
la pieté filiale. Je prends aele de m. Ire demande, cela suffira pour vous
décharger de toute responsabilité. Mais comme j'applaudis au pieux scrupule de i.i défenderesse, je l'autorise a rester dans la maison que vous administrez, jusqu'au retour de \l. le marquis.
L'intendant salue en si^ne d'assentiment.
Louise. — Et je pourrai garder mon deuil ' M. le marquis ne médira rien.
I e juge. — Oui, mon enfant, je connais votre maître : \ sou retour c'est moi qu'il grondera. Vive approbation dans l'auditoire
L'Audience. i