PRÉCAUTIONS D'UN MÉDECIN PENDANT IA PESTE DE NIMÈGUE
On trouve dans le ÏVatïé de la peste que Jean Manget, médecin genevois, publia en i:i>l, un an après la peste de Marseille, el qui esl devenu fort rare, une description de l'étrange costume dont s'affublaient les personnes chargées de soigner les pestiférés.
• Habit des médecins et autres personnages gui visitent les malades de la pale. — Cet habit n'est pas une chose de nouvelle invention el dout on ait commencé L'usage dans la dernière peste de Marseille; il est de plus vieille date, et MM. les Italiens se sont servi d'un costume à peu pies semblable depuis longues années. La robe est tout en maroquin du Levant, lequel est l'étoffe qui, a cause de son odeur et de sou poil, est la plus capable de résister au venin pestilentiel. Le nez, en forme de bec, rempli de parfums et oint intérieurement de matières balsamiques, n'est percé que de deux trous, un de chaque côté; mais cela peut suffire pour la respiration, et l'air que l'on respire ainsi n'arrive a l'odorat qu'imprégné du parfum des drogues renfermées dans le bec, Les ouvertures nécessaires pour la vue sont pratiquées sans danger au moyen de petites fenêtres fermées par du cristal. Sous la robe, on porte ordinairement des bottines à peu près à la polonaise, faites de même en maroquin du Levant, des culottes de peau unie qui s'attachent auxdites bottines, et une chemisette aussi de peau unie; enfin, le chapeau et les gants sont également en maroquin. »
Le célèbre professeur de médecine Isbrand de Diemerbroock nous a laissé un tableau effrayant des dangers auxquels sa profession l'exposait pendant les deux années 1636 et 1G37, où la peste exerça d'affreux ravages dans la ville de Kimègue.
« De la même manière, dit-il, que tout le peuple se règle sur l'exemple du roi, de même, en temps de peste, chacun a les yeux sur les médecins pour se conformera leur manière de vivre, afin que. prenant les mêmes précautions, on se puisse mettre à couvert des traits effroyables de cet horrible mal. Plusieurs personnes etoient surprises comment je me pouvois garantir, moi qui entrais indifféremment dans toutes sortes de maisons infectées, et qui visitois tous les malades; cela les rendait attentives a ma conduite, dont je vais donner ici un détail, afin qu'elle soit connue et qu'elle profite à tout le monde.
i dsois tous mes efforts pour me mettre au dessus des passions et pour me rendre intrépide: je ne craignois ni le péril, ni la mort, ni quoi que ce fût; je regardoiS d'un œil indiffèrent les maisons infectées et «elles qui ne l'etoicnt pas. l'en usois de même à l'égard des malades; je visitois avec autant de plaisir on pauvre par charité, qu'un riche qui payoit mes visites : mon esprit u'étoit susceptible ni de la terreur, ni de la c ni du chagrin. Si quelquefois je m'apêroevois que la tristesse commençait a s'emparer de mon àme ce qui ne pouvoit iruères être autrement dans une ville comme Kimègue, ou aucune maison u'étoit exemple de mal,, alors je me redonnois du courage et je chassois bientôt la mélancolie avec trois ou quatre verres de vin. Quoique ji aux autres de dormir le jour, cependant, comme j'étois accablé quantité des malades qui ne me donnoient aucun repus et qui ni permettoient pas même de dormir toute la nuit, je ne pouvois pas m pêcher de reposer une heure après dîner, qui étoil le temps que i' inoins a faire.
« Pour ma nourriture, j'usois de viandes qui fussenl de bon sue et de facile digestion , évitant avec Très grand soin celles qui m'avoient paru contraires chez les autres, comme le pourceau . les harengs, etc. Je buvois de la bière ordinaire deNimègue ou du vin blanc léger, do ptenois jusqu'à m'égayer, sans que ma tète en fût jamais troublée. Ji tenois l'estomac libre et l'économie des organes digestifs réglée avec autant d'attention et de soin qu'il étoit en mon pouvoir.
Lue fois ou deux la semaine, eu me mettant au Jit- j'avalois nue ou
deux de mes pilules contre la peste. Je sorlois le matin vers les quatre ou cinq heures pour voir nies malades. Mais ce qui me faisoit le plus de peine et que je hlamois le plus chez moi. c'étoit la répugnance insurmontable cpie j'avois à prendre île la nourriture lorsque j'avois l'ait nies visites: tout aliment me faisoit alors mal au cœur. Aussi, pour mon déjeuner, je f.usois la prière cl me rceuiiunandois au Seigneur : je mûchois
seulement quelques grains de petit cardomome, el vers les six heures, je prenois ou un peu de theriaque, OU un peu de diascordiuui, OU de l'écorce d'orange confite, mais le plus souvent trois ou quatre petits morceaux de racine d'eaune confite.
Entre sept el huit heures du matin, je déjeûnois avec du pain, du beurre OU du fromage verd, buvanl un verre de bien' par-. I. -mis: pisque tous les jours je prenois un verre de vin d'absinthe vers l
heures: a dix, si j'avois le temps, je fumdis une pipe de tabac; a,
ner, j'en fumois d< ux ou trois, autant après sou| er, et fort souvent dans la journée, si l'occasion s'en présentoit, j'en finnois encore autai I 'orsque je me sentois le moins du inonde incommodé de la puanteur «h s malades ou des maisons infectées, je quittois toutes mes affaires, importantes qu'elles lussent, et a quelque heure du jour que ce il- tirer la l'uni, e de deux ou trois pipes de tabac: car. a dire vrai, j'ai toujours regardé cetti comme le meilleur préservatif contri
la peste. Ce n'est pas tant le raisonnement que ma | périence
qui m'en a convaincu, et je ne pense pas qu'on en ait trouve' un plus sur jusqu'à présent, pourvu que ce soit de bon tabac en corde bien mùr. C'est pourquoi, me tenant à cet antidote, je ne me servois d'aucun autre parfum, ni de tout ce qu'on se met dans la bouche en ces eas.-la; aussi. tant que la peste dura, je consumai une bonne quantité de cette excellente herbe, dont j'ai pourtant ensuite quitte l'usage de peur de m'y accoutumer et d'en abuser comme bien des gens le font aujourd'hui. Un jour. - visiter un notaire nommé Straeten. attaque de la
peste, je ne fus pas plus têt entré dans sa chambre que l'affreuse odeur qui s'exhaloit me suffoqua; je me sentis de suite atteint de la contagion. Je lis ma visite très courte et sortis de ce lieu avec des vertiges, des nausées et une anxiété, un serrement de eu ur qui ne me permettoient pa douter que je ne fusse attaqué du venin pestilentiel. \>ant quitte toute autre affaire il étail alors dix heures du matin , je me retirai chez moi, où je fumai six ou sept pipes d'excellent tal
■■ Bientôt tous les symptômes donl j'étais travaillé disparurent, s que je ne sentis plus absolument aucun mal el que je fus en état de continuer la visite de mes malades, après avoir tir de ma maison, un drachme de bonne theriaque. Les mêmes accid m'ont attaqué trois ou quatre fois pendant tout le temps que j'ai vu les malades de peste à Nimègue, el j toujours tiré d'affaire par le
même remède, el cela promptement, sauf une seule fois qu'étant allé sur les neuf heures du matin urj r et sa femme, attaqués
- deux d'une diarrhée ml tard.' ;
mrir à mon remède ordinaire, je faillis Être en grand ■' dan! je fumai quelques pi | -. après quoi je tombai dans un si assoupissement, avec une telle angoisse de cœur que je I
i moi, de ni ttri au lit. Apn
vali i [ui m avi rtil qui j'étois attend
impatience par une multitude de malades : mais je me trouvai bois d i -
tat de me soutenir. Je me levai pourtant, et m'étanl approché du feu en
ml sur l'épaule de mon \ ' ns a mon ti b io el dès
ux ou trois pipi '' (li^sl"
qu'il me resta' autre, chi inxiété de cour.
Alors reprenant cour; ' de moi toute crainte, j'ai
i un drachme el demi de 11 i i pue, binant | un bon
trait de vin chaud, dans lequel je mêlai un peu de el '■ >»*
je m'échau reliant,
li continua jusqu'à .1 du i »ir re revins alorS chez moi en
-antéet le cœur tout-à-fail ri labli. li d'appé-
tit et Unis mon repas par quelques nouvelles pipes de tabac dont l'usage,
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