‹ Le cabinet de lectureChapitre 20 sur 249 · On lit dans le Standard · texte numérisé non relu

On lit dans le Standard

« Quelques personnes ont été admises hier à voir le fromage royal avant son exposition publique. C'est une masse de forme octogone, composée avec la crème du lait de 750 vaches et qui a exigé le travail de 100 laitières pour être porté au dernier degré de consistance. 11 a 3 pieds et un pouce de diamètre ; sa hauteur est en proportion ; il est orné des armes royales, entouré d'une guirlande de laurier et de chêne, et l'en voit figurer dans un écusson la rose, le trèfle et le chardon.

Ce fromage doit être offert à la reine. 11 est maintenant exposé à la curiosité publique, ainsi que la presse et le vase qui ont servi à le confectionner. »

Voici d'aulrcs détails sur cet intéressant comestible :

« Ce fromage, pesant environ mille livres, déjà arrivé à Londres, et qui

aurait dû figurer à la table de la reine le jour du baptême de la jeune princesse, a été amené par une circonstance malheureuse à la chancellerie. Un différend s'est élevé entre les propriétaires du fromage ; plusieurs d'entre eux, qui en possédaient un modèle, l'ont envoyé à Londres pour en faire une exposition. Les autres propriétaires, ayant appris ce qui se passait, ont envoyé sur-le champ l'original même. Le modèle a été de vive force expulsé de l'Egyptian-Hill, Piccadilly, et l'original mis à sa place. Une demande a été adressée à la chancellerie pour empêcher l'exhibition de l'original. La cour a fait droit à la requête. En conséquence, de tout ce démêlé, il résultera que la cérémonie du baptême se fera probablement sans fromage. »

M . — Le cerceuil dans lequel était inhumé l'empereur Napoléon a été partagé par fragmens, et ceux-ci ont été distribués par le prince de Joinville aux équipages des navires de l'expédition. Notre concitoyen, dit le Journal de Dunkerque, M. le capitaine Ant. Bommelaer, qui faisait partie de l'équipage de la Belle-Poule a envoyée au Musée de notre ville le fragment qu'il a reçu ; cette heureuse idée, car dans les âges futurs il se pourrait que l'on vit en cela une relique précieuse.

— A peine âgé de vingt ans, Léon est un charmant cavalier, capable de tenir parfaitement sa place au café de Paris ou au foyer de l'Opéra auprès de nos plus fashionables lions. Son langage est élégant, facile, spirituel même ; ses manières sont celles du plus beau monde ; ,son ton est parfait etsa toilette semble toujours d'un excellent goût. Nul ne manie avec plus de grâce le lorgnon, la cravache et la canne à pomme d'or, et ne saurait faire à son égal ressortir l'éclat de quelques diamans qu'il porte sans affectation et qui paraissent irréprochables.

Avant-hier, vers quatre heures du soir, un élégant cabriolet s'arrêta à

la porte de Mme D bijoutière, rue du Faubourg-Saint-Martin ; Léon

en descendit légèrement, entra dans le magasin et demanda à voir quelques riches bijoux parmi lesquels il desirait faire un choix. La marchande s'empressa d'étaler devant l'élégant acheteur tout ce qui se trouvait de plus nouveau et de plus distingué dans ses montres. Léon examina, fit ses observations et essaya quelques bagues afin d'en juger l'effet. Peu à peu, entre l'acheteur et la gracieuse bijoutière, la conversation s'était animée, Mme D... admirait la gaité de bjnne compagnie du jeune dandy, lorsque survint un nouveau personnage qui demanda à voir une chaîne de cou suspendue à l'étalage. La marchande s'empressa de monter sur une chaise pour décrocher le bijou qu'on indiquait.

Mais au même moment Léon, qui depuis l'arrivée du nouveau venu jouait négligemment avec sa canne, renversa par accident la bougie placée sur le comptoir pour l'éclairer en attendant que le gaz fut allumé. En ce moment, et sans être vu ni entendu de la dame D..., un troisième individu, pour l'introduction duquel le second arrivé avait laissé la porte entre ouverte, pénétra dans la boutique en se traînant sur les genoux. En un tour de main et à l'aide de l'obscurité, bagues, montres, chaînes , serrecous, broches, etc., passèrent du comptoir où ils étaient étalés dans les poches du survenant, tandis que Léon continuait à détourner par sa conversation l'attention de la bijoutière.

Jusque-là, le plan habilement combiné par Léon Morin et ses deux compères, avait réussi à souhait ; mais voilà que tout à coup un petit chien grillon qu'il n'avait pas aperçu, et qui sans doute n'élait pas habitué à voir les acheteurs se présenter dans une position aussi humble, se prit à grogner d'abord, puis aboya, et enfin sauta au visage du jeune homme qui se tenait accroupi sur les mains et les genoux. « Fox ! Fox ! voulezvous vous taire ! » criait Mme D... Fox se tut en effet, par la raison bien simple qu'on ne peut pas en même temps mordre et aboyer, et qu'il venait de saisir à belles dents le nez de l'infortuné voleur.

» Chien de chien ! » s'écria celui-ci en se redressant et en se préciptant dans la rue. « Sauve qui peut ! » répondit celui qui l'avait précédé dans le m igasin, en suivant la roule, et Léon Morin s'apprêtait à suivre ce prudent exemple, lorsque la marchande qui commençait à se reconnaître el à se remettre de sa première frayeur, lui barra le passage «appela du secours.

Léon fut arrêté, mais ses deux complices avaient disparu, et avec eux montres, diamans, bijoux, etc. Melgré ses dénégations et la grande colère qu'il affeciait. Léon, qui a déjà eu plus d'un démêlé avec la justice, a été conduit à la Préfecture et mis à la disposition de M. le procureur du roi.

[Gazette des tribunaux.)

— Le dernuy numéro paru de la France littéraire complète le 3° volume de cetie revue, qui s'est soutenue depuis neuf mois à la même hauteur, et qui mérite d'obtenir une faveur de plus en plus grande. Elle est 'a seule revue qui réunit le dessin à la littérature. Les meilleurs écrivains et les plus habiles artistes y travaillent. Nous croyons à ses succès. — Bureaux, 4, rue de l'Abbaye. —Prix : 12 fr. le volume.

Le Gérant, taqiard.

Paris, —BOULÉ et C ', imprimeurs des corps militaires, delà sendarmerie deparlcmlale, du cadastre et des contributions directes, rue Co<]-Heron, 3.

lî' Année, »« ï.

Messivdâ £» Jaii\l«>E' 1*41,

fittc'raturr.

CIEHTCES, BEAUX-AKTSICCEtE.9.

MEMOIRES ET VOUGES

HISTOIRES ET M>1 VEL1.ES

EiTnAlTSD'OUVRAGESI.NÉDI rS ET KOI VEAUX

On s'abonne 1 Paris, rue du lias nl-Ricliclieu ,

• n. Qai irs des

Osl -S . les El - IUX I ■-.:,,-

es I lUltte et Oail! ;

des '■) "

On ne rcçoii c|ue les lettres affranchies.

rit-nue ï>fs nroius.

IOUKSAHX , 1IVRE3, TBÎAÏBIS

MODES ET MFL11<GES

BSQ1 l«IS m s HUM \ M X .

GRAVURES DE MODES ET AUTRES

I,ïC vr: i m i i i 1 i , - 1 r.n i II leuslcsi inn jnur

i ■ pii

lies pour trois l \ ,„

cl :;'. i e. — Tour I • 6 1

eu ««s |i: r -m.

Annonces &ur l colonnes: la ligne, "5 centime*

S7T1 I7T-. rrri .T-^

ET LE CERCLE REIMS

GAZETTE DES FAMILLES

Au présent numéro esi jointe une lithographie.

SGrfï?,ïAÎRE.

Le Sermon de dix minutes, par M. II. BertiiouD. — I.a Nocbé Buèna, par M. L. Lurine. — Bossuet et M;!c !)■ . Eugèsi

j.iif.r.i ri F.n. — Bnlladrs rt Chants nia le, traduc-

tion par il. Séb. Ainiv. — Les i ics v ri . — i ne Partie d'Échecs. — S ien : Sciences historiques ; le véritable Symbole de la nation Gauloise: Pierres sacrées chez les Celtes >t les Orientaux. . . ipbie : Voyage aux ruines de Palrayrc. i estique:

i . -. ge. — Tril ui aux: Justice de Paix; Garde na'.ionalc. — Bals et Concerts. — Table [jours: faits d

LE SCKMOX DE MX MINUTES l •

A l'extrémité de la rue Saint-André-des-Arts, s'élevait, en 1" maison à quatre étages, et d'apparence fort modeste. La bouli pie d'une fruitière occupait le rez-de-chaussée, et ses paniers, cliar unes,

■ ncombraient la porte, de man i i ser peu d aux autres

locataires, ei à Fermer presque entièrement un corridor étroit, seule is- Bue pir laquelle on pût pénétrer i rieur.

L'inconvénient, dn reste, n'était pas bien grave, car la plupart des bahitans de cette maison en 'sortaient le matin pour n'y rentrer que le soir. Celaient d'abord des étudians qui allaient suivre les cours de médecine ci de droit, ou bien s'asseï ir |Ue café, pourdi leurs camarades et régenter le royauti

deux ou trois journaux qui se publiai <our-

lil un rang fort di lingui . I a commis libraire, un au ministère des finances et un pi taienl la po

lion de ce logis. Aussi, la plupart d< - nt sur la i

raient-elles presque toujours closes, à l'cxcep ule, au qua-

trième éta ;c, el qui ' ii( partie de l'apparlen eni du peintre. Or, chaque

(i) Elirait de la Revutdc /'a-iis.

malin, dès huitièmes, sitôt après le départ de l'artiste, on voyait s'ou vrir cette fenêtre, où se montrait à diverses reprises une jeune femme, en corset, les liras nus : clic remplissait divers soins de ménage, secouait les tapis de pied, et arrosait trois ou quatre rosiers qui formaient, sur le i de verdure et de Heurs. Puis la fenêtre se fermait, pour se rouvrir .une demi-heure 'après, cl laisser voir de nouveau la jeune femme, i lais cette fois as i e, i ùffée ; vec une élégante simplicité, et vêtue d'une petite robe qui faisait valoir les formes gracieuses de sa poil demi-nue, suivant la mode de celte époque.

Jusqu'à cinq hcurcs.la jeune femme travaillait assidûment à quelque

0UVIi cric, sans songer à regarder les nombreux passans qui se

lient dans la rue ; parfois feulement, i Ile levait la tôle pour respi-

n ' l ' paiïum , ise; parfois aussi elle oubliait de tirer sou aiguille,

préoccupée sans doute do quelque] lou :c et bonne, car une ém i-

tion joyeuse épam : ail ses yeux de larmes.

ne fois cinq heures sonnées à la pendule d albâtre qui dressait ses

quatre colonnctles sur lâcher la petite chambre, la jeune femme

jetait là son ouvrage, était de la fenêtre deux ou trois pois de (leurs, afin

roirs'appuyer plus à l'aise: accoudée sur la barre deboig iransver-

itlail à regarder dan, la rue. cherchant à distinguer au

loin, parmi les passans, celui qu'elle atl laii avec tant d'impatience.

Tout à coup elle agitait gaiement son mouchoir pour faire des signaux auxquels répondait auss.'tûl un jeune homme d'une rare beauté, el qui s'apas. Quelque i rès, ce jeune hom ne escaladait

les match i arrivait au bout ûe, qua ■

où l'attendait la jolie petite femme, qui l'embrassail avei i Dusion irait a cinq ou us deux rentraient

dans l'appartement, cl it devant un mou ei disposé sur

s la fa ni apaisée, l'amour reprenait ses a van ' , eti lillc pi . - ' ' ■ ix, mille pai tel uent el se sue-

nt, faisant passer tour à tour ces deux hcui créatures de Pat-

mcnl un baiser. Si le i!> nps 1 t. il

semble et allaient se promener deux ou leufes au Lùxcmh uvait-jl ; une. lecture ù haute voix, qu?

faisait le jeune homme, tandis que la femme travaillait à quelque broderie, abrégeait le temps jusqu'à neuf heures ; car tous les soirs, à neuf heures, les fenêtres de la petite chambre se fermaient hermétiquement, et l'on n'apercevait plus aucune lumière à travers les fentes de la jalousie.

Et depuis deux, années ils menaient cette vie de travail, d'amour et de bonheur achetée par bien des agitations et par bien des angoisses ; car le père de François Boucher ne voulait pas consentir au mariage de son fils avec «ne pauvre fille sans fortune, et il avait fallu bien de la persévérance, bien des supplications, bien des larmes pour obtenir de lui un consentement duquel dépendait leur sort... Enfin, il a cédé, et depuis lors tout leur a prospéré ; aujourd'hui il semble que la fortune veuille les récompenser de toutes les épreuves auxquelles elle les, a soumis. Chaque jour amène plus de travaux à François, qui commence à jouir d'une certaine célébrité. Le roi Louis XV lui a même fait acheter un tableau, el le jour où cette heureuse nouvelle leur est parvenue a été signalé par un bonheur bien plus grand encore : Louise est devenue mère ; elle a entendu le premier cri d'un enfant; elle a tenu dans ses bras cette chère petite créature qui compte maintenant treize mois, que la nourrice doit lui ramener, demain, et qui ne la quittera plus désormais ; oh ! non ! Et maintenant quel bonheur lui manquera, entre son fils et son mari? Quel désir lui i este-t-il à former, quand la voilà la plus heureuse des femmes et des

mères':'...

La petite pendule, qui sonnait cinq heures, la fit se lever promptement, sans interrompre toutefois les heureuses pensées qui caressaient sonimagination et ne la quittaient point, tandis qu'elle épiait à la fenêtre le retour de son mari. Enfin, après quelques minutes d'attente, elle l'aperçut au loin, et, dès qu'elle put distinguer sa démarche, je ne sais quel douloureux pressentiment fit évanouir la joie de son cœur. Eu effet, Boucher ne s'avançait pas avec la joyeuse rapidité qui le ramenait d'ordinaire près -, de sa femme ; il marchait avec lenteur, et il avait dû recourir à l'aide d'une j canne. Enfin, lorsqu'il arriva sur le pallier, il serait tombé, si Louise ne lavait soutenu, et elle frissonna de tous ses membres à l'aspect de la pâleur qui couvrait le visage décomposé de celui qu'elle aimait tant.

—Qu'as-tu donc, François?

— Je ne sais, Louise : un frisson glacé parcourt tous mes membres et serre ma poitrine. Je ne puis respirer. Ouvre cette fenêtre, que j'aie de l'air! Ma tête brûle... J'ai voulu travailler, le pinceau me tombait des mains. Je ne pouvais soulever ma palette : puis un nuage couvrait mes

et mes genoux se dérobaient sous moi... Où vas-tu?

je vais chei cher un médecin, mon ami. Tu sais que le nôtre demeure à quelques pas ; je reviendrai bientôt. — Et elle descendait déjà qua'.re à quatre les marches de l'escalier. Quand elle revint, suivie du docteur, François gisait sans connaissance au milieu de l'appartement: le médecin dut aider la jeune femme, qui fondait en larmes, à porter le malade sur son lit.

Quand, après bien du temps et des soins, François Boucher eut repris connaissance, le médecin interrogea les symptômes de la maladie, et ne put s'empêcher de frémir de leur gravité.

Cela sera-t-il dangereux ? demanda Louise éperdue, et qui ne lisait

que trop sur le visage du médecin la funeste impression qu'y produisait l'état de son mari.

— Dangereux, non, je l'espère du moins; il faut préparer votre courage et votre persévérance, madame. Adieu, je reviendrai demain de bonne heure ; en attendant, voici les prescriptions que vous aurez à suivre.

Et Louise resta seule près de son mari, que la lièvre commençait à faire délirer. Certes, l'on souffre bien dans les agitations maladives du cauchemar et de la fièvre, lorsque mille visions torturent le corps et l'esprit ; mais il est cent fois plus affreux encore de passer toute une nuit à entendre, près d'un être chéri, les cris et les gémissemens que causent •cilles souffrances. C'est une chose funeste et pleine l'effroi que ibscurité muette qui nous entoure! Que ne donnerait-on pas pour entendre ui;c voix humaine, un bruit d'être animé ! Mais rien que le vent

qui mugit comme la plainte d'une âme en souffrance ; que les mots entrecoupés du malade qui regarde d'un œil fixe, sans reconnaître, et qui n'a d'autre réponse que des gémissemens sinistres aux questions qu'on lui adresse avec anxiété. C'eu une nuit terrible qu'une nuit qui se traîne avec une exécrable lenteur, une nuit qu'on voudrait abréger au prix de ses propres jours. Jugez donc de ce qu'éprouvait cette pauvre femme, seule, près de son mari, et se demandant si l'aube ne la verrait pas près d'un cadavre. Sait-elle si le souille haletant qui s'échappe de la poitrine de François n'est point le râle de l'agonie... de l'agonie ! mon Dieu ! de l'agonie ! Que deviendrait-elle si jamais un pareil coup la frappait? — François ! François ! écoute-moi! Ne me regarde pas ainsi, au nom du ciel ! Réponds-moi ! je suis Louise ! je suis la femme. François! 11 ne me reconnaît point. Mon Dieu ! faites, je vous en prie, qu'il me reconnaisse, car c'est horrible pour moi , pauvre femme , de voir là mon mari sans qu'il entende ma voix, sans qu'il réponde à mes paroles au moins par un serrement de main.

Enfin, les premiers rayons du malin pénétrèrent dans l'appartement à travers les fentes de la jalousie : au silence de mort de la nuit succédèrent les bruits et le mouvement du jour. Le médecin, fidèle à sa promesse, arriva, dès six heures, chez le malade : quelque habitué qu'il fût à regarder insoucieusement la souffrance, il s'émut de la pâleur de Louise, et de la fatale impression qu'avait faite surcllecctle nuit de veille et d'angoisse.

— Madame, dit-il après avoir examiné le malade, rassurez-vous : celte nuit a été terrible, je le sais; mais vous n'aurez plus, je l'espère, à en craindre de semblables; votre mari se trouve mieux, et quelques précautions sauront empêcher le retour du délire. Du reste, ne vous fatiguez pas trop, et ne prodiguez pas inutilement vos forces dans les premiers temps. La maladie de votre mari menace d'être lougue. Ménagez-vous donc de manière à ne pas lui manquer avant la convalescence.

Disant cela, le vieillard prit la main de la jeune femme, la serra avec un mouvement d'intérêt, et la laissa seule de nouveau.

Le malade s'était assoupi el reposait en silence. A'ors, brisée par la fatigue etpar la douleur, Louise put enfin pleine;- ; l'abondance de ses larmes soulagea sa poitrine du poids qui l'oppressait ; peu à peu une douce pensée la réchauffa et lui sourit comme un rayon de soleil qui passe furtivem< ut à travers les noires nuées d'un orage : « le retour de sou fils. » En effet, c'est aujourd'hui qu'on le lui ramène de nourrice. Pauvre enfant, il fera son entrée dans la maison paternelle sous des auspices bien mélancoliques ; mais n'importe, puisqu'il sera près d'elle ; puisqu'elle pourra l'embrasser lorsqu'elle souffrira trop... Et puis, François lui-même en éprouvera du soulagement. Un père, quand bien même le délire l'agiterait, ne peut rester insensible à la voix de son fils. Oui, s'il retombait dans ce délire dont elle éprouvait tant de terreur, elle prendra leur petit Charles, elle le mettra dans les bras de son père, et le débre disparaîtra, elle en est sûre !

Telles furent ses pensées jusqu'au moment où, penchée à la fenêtre qu'elle quittait de minute en minute pour venir interroger le sommeil de son mari, elle vit arriver la nourrice, qui portait l'enfant dans ses bras. Alors elle oublia tout, souffrances et inquiétudes ; alors une joie que les mères seules peuvent comprendre inonda son âme. Puis, riant et pleurant, elle porta le petit Charles sur le lit de son père, qui s'éveilla plus calme, el tendit à sou fils une main languissante.

Louise tomba sur ses deux genoux en levant au ciel un regard de reconnaissance et d'ivresse maternelles.

Hélas ! cette nuit désastreuse n'était pourtant que la première des gouttes de plomb que les bourreaux russes, il y a deux cenls aus, laissaient tomber une à une sur le crâne des condamnés. La misère amenait chaque jour, à chaque instant, pour l'infortunée Louise, un nouveau besoin et une nouvelle douleur ; la misère, lèpre horrible que l'auteur de

cubait d'être pire que le vice : la misère, tjui produit une sorte de démence sous laquelle l'âme s'obscurcit et se voile.

Après trois semaines de la maladie de son mari , Louise, réfugiée dans une petite cuisine, s'efforçait en vain d'étouffer les cris de l'enfant, qui se débattait au milieu des lièvres de la dentition.

— Tais-toi, lui disait-elle, tes cris vont éveiller ton père, ton qu'une longue nuit sans sommeil a rendu si malade et si faible. Tais-loi, mon enfant.

Elle le berçait, elle le réchauffait de son haleine, elle le pressait contre sa poitrine, elle fermait sa bouche en la couvrant de baisers; m pauvre petite créature, déjà toute llétrie par la souffrance, se tordait dans les bras de sa mère en poussant des plaintes déchirantes que rien ne pouvait calmer; rien, pas même la nourriture que lui présentait Louise. Il en détournait la tête, il repoussait la cuiller de ses deux petites mains, et de grosses larmes coulaient avec abondance sur ses joues empourprées et brûlantes.

Louise, éperdue, désespérée, sentit un moment son courage l'abandonner, et se mit elle-même à pleurer avec amertume.

— Mon Di i-t-elle, mon Dieu! ne prendrez- vous pas pitié de moi? Que voulez-vous que je devienne sans votre aide?... Puis elle ajouta quelques inslans après cette prière : Merci, mon Dieu ! Vous avez écouté mapiièrc; car voici mon enfant qui s'endort.

En effet, le petit Charles avait lasse aller sa tète sur la poitrine de sa mère, et il y reposait du sommeil agité qui vient suspendre parfois les souDrances de ces frêles créatures au milieu des accès les plus violens. Louise n'osa plus dès lors faire le moindre mouvement. L'Ile retenait son haleine; elle aurait voulu comprimer jusqu'au mouvement qui soulevait son sein.

Mais le désespoir ne lâche pa- si vite ceux qu'il tient : si les cris de son fils et les plaintes de son mari ne déchiraient plus le cœur de Louise, le sentiment de son indigence vint suppl ■ s tortures et s'emparer de

son imagination : car il ne lui reste plus de ressources ! Pour achel médicamens au père et de la nourriture au fils, elle a vendu peu à peu tous les meubles, tout le linge qu'elle possédait... Hélas! trop heureux pour avoir de la prévoyait . ntvécujosqu -là comme les ; e us

du ciel, au jour le jour, et sans souci du lendemain. Combien elle a expié cette insouciance fatale! quand il lui a fallu se dépouiller ainsi de tout; quand i! lui a fallu vendre ses propi < - furtivement, et comme si

i-lle eût ru;, nuis une mauvaise action; quand il lui a fallu contracter des dettes. Car ell ■ i pour qu

m nlgré ses 1 e -.. : de lui fournir les médicamens nécessa

mari ; elle doit a sez pour que la fruitière ne veuille plus lui donner un peu de lait pour so raffrent tous les deux, et elle ne peut

les soulager faute d'un peu d'argent '. Quant à elle, voici deux jours q n'a mangé de pain, ; mus ! Avec la faim et l'épuisement, avec

les maux du cor;,- joints au . maux de |'3me, pas d'issue, pas d'e Aujourd'h - i hier, et demain à aujourd'hui. Son n:ari ne

pent guérir faute ours, son enfant dépérit tante de soins... Et il

faut qu'elle supporte seule tant d'an; lis voici la voix d

mari ; il s'éveille, il se plaint. Hélas! elle ne peut aller à son aide, elle ne peut se lever, car ce serait oter à son enfant le peu de repos qu'il ait liiis Lier.

Louise ! Louise ! viens nie donnera

Tout à l'heure, mon ami, tout à l'heure ! L'enfant dort sur mes genoux.

—Oh ! Louise, viens ; mes lèvres sont de ma poitrine brûle,

j'étouffe !

—Mon Dieu ' Dieu ! les cris de Cn h les \ t recommencer.

—Louise! ta : donc plus pour m'abandonner ainsi?

— Et mon enfant ! mon enfani ! mon Dieu !

— AfcS les forces m'afi faillir... Louise, Louise,

La voix, affaiblie par degrés, se lut, pour faire place à une sorle de

râle qui jeta Louise dans l'épouvante. Elle se leva doucement, avec précaution, pour emporter l'enfant pies du lit de son père; mais la p tiie créature sortit, au premier mouvement, de la somnolence dans I elle était plongée, et jeta des cris aigus en se débattant.

Le malade était évanoui : il fallut long-temps pour qu'il reprit connaissance, car Louise, ayant sur les bras son enfant qui se lord; milieu de convulsions violentes, ne pouvait que lui donner des secours incomplets. A la fin, pourtant, ses paupières s'entrouvrirent, et n soule\a quelque peu la tète. Après avoir promené quelques instaus des regards hébétés autour de lui, il lit signe de la main pour qu'on emportât l'eni'ant.

— Ses cris brisent ma tête, si faible et si douloureuse, dil-il en portant la main à son Iront décharné.

Et puis il ajouta :

— .J'ai si

1! ne restait plus une goutte de tisane dans le pot de terre que Louise tenait convulsivement dans ses mains.

— J'ai soif, tv .éta-t-il, j'ai bien soif, Louise ! Et reniant criait et s'agitait toujours.

—J'ai soif, répéta-t-il avec emportement ; car la maladie donne de l'aigreur aux caractères les plus doux, de l'égoïsme aux cœurs les plus généreux.

—Il n'y a plus de boisson, répondit Louise, en s'elïorçani de calme, cris de son enfant.

— Voilà bien comme tues, Louise ! sans prévoyance pour moi, sans

soins! J'ai soif Eh bien ! tu ne t'occupes pas à me préparer à

boire

—Je vais le faire, mon ami, je vais le faire... Oh ! tais-toi, mo Charles, tais-toi, calme ces cris qui me déchirent ! Son enfant dans ses bras , e.ie descendit l'escalier machinale

. fruitière ne le lui avait que trop répété . la veille , il n'y avait plus de crédit à attendre d'elle. Aussi, Louise, arrivée dans la ri . se contenia-t-ell rder en pleurant la grosse femme, devenue l'ar-

bitre du misérable sort de loute une famille. 11 y avait tant de désespoir dans les traits de Mme Boucher, tant de souffranc sur le visa de son enfant, que la vieille bourrue se .sentit remuée de compa

tendit en grondant à Louise quelques herbages et un peu d - iait. Louise la remercia en pleurant et remonta auprès de son mari. Un vieux prêtre, qui passait précipitamment par là, et qu •

iulpice , resta ra la misère et de la douleur de <

jeune iemme , que ses haillons ne flétrissaient pas à tel point qu'on u connût pas en elle une personne bien née. 11 la laissa s'éloigner, et ai q testions à la fruilii re. Celle-ci ne se lit pas la ; tuta silencieusement ; puis après un instant de rélli monta l'escalier ei arriva devant la porte entr'ouverte de Louise. Apres avoir frappé doucement, il pénétra dans la chambre, près du lit du malade, sur lequel la vue d'un prêtre catholique produisit une impi lit lui annoncer une mort prochaine.

— tjuc me voulez-vous, monsieur? demauda-1-il d'un ion u que; je suis protestant.

—Vous ei • et mon frère, reprit le prêtre avec douceur. On

m'a dit en bas que i. . jours votre médecin

■ vous offre qu'ils viennent d'un catholique ou d'un i : qu'ils vous soulagi

lalade, honteux voli ■ < il u'offre • dit le vieil ard i inter-

: sur les symptômes qu'il éprouvait : il ne vousresl ,

qu'une grande fai tourrilure

iblc.

El il prescrivit et détailla longuement un régime coûteux, comme fût trouvé chez une personne riche, et non dans une chambre vid : et qui u'avuil gardé, pour tout meuble, que le grabat du malade.

<yz

— Maintenant il faut que vous me rendiez un service. Nous avons besoin d'un tableau pour notre couvent : s'il ne vous répugnai t pas trop de travailler pour une chapelle catholique, vous pourriez vous charger de ce travail ; il sera payé cinq cents écus. Voici deux cents livres en or, à compte sur ce prit : je vous apporterai demain le reste de la somme. Si vous avez besoin d'une femme intelligente pour vous aider chez vous et près de vos deux malades, madame, conlinua-t-il, je puis vous recommander une de mes protégées, fille intelligente et laborieuse, qui demeure à deux pas d'ici, et que je vais prévenir en me rendant à Saint-Sulpke. Adieu, je vous quitte, car l'heure où je dois prêcher doit être sonnée, et je crains de me trouver en retard.

Il disparut aussitôt, sans laisser aux deux épou.x le temps de lui témoigner leur reconnaissance.

Un quart d'heure après, la femme de ménage arriva, et se mit à l'œuvre avec tant d'intelligence, que le malade, couché dans des draps frais et blancs, s'endormit en paix, après a\oir fait un léger repas.

Le petit Charles lui-même se calma peu à pea, et s'assoupit sur les genoux de la nouvelle venue. Enfin, Louise, rendue à l'espérance, retrouva de la force et du courage. H. bertîioud.

(La fin au numéro prochain.)

LA

1XOCHE

BlïfilVA-

Ce que i'on a coutume d'appeler, en France, te réveillon s'appelle en Espagne la noche buèna, la nuit lionne ; et vraiment c'est là pour les Espagnols une nuit charmante, une nuit délicieuse !

En France, tout s'en va : les dieux, les rois, la famille, la galanterie, et surtout la nuit de Noël; quel malheur!— En Espagne, les rois commencent à s'en aller ; mais il y reste encore, Dieu merci, un doux reilet de la religion paternelle, des souvenirs que l'on respecte, des traditions que l'on observe, la sainteté du foyer domestique, les solennités chrétiennes rie l'amour et de l'église, les mystères un peu profanes de la messe de minuit et les veillées un peu équivoques de la nocliè buèna.

L'Espagne tout entière se préoccupe, bien à l'avance, et laflbllc de cette fête annuelle qui est presque toujours divertissante et magnifique ; la nativité surhumaine du Rédempteur donne naissance à des cérémonies , à des extravagances, à des intrigues qui intéressent ii la fois la religion et l'humanité, Dieu que l'on encense et l'homme qui s'amuse ; les jeunes gens et les jeunes filles adorent à l'cnvi, et à leur douce manière, la venue mystérieuse de l'enfant céleste ; les mages étalaient jadis aux pieds de Jésus de l'or, de l'argent, des parfums exquis, des pierres précieuses, toutes les richesses splendidcs de l'Orient : en Espagne, ce sont des Ilots de joie, de plaisir et d'amour qui tombent, en guise d'offrandes, autour de la crèche divine : l'adoration dc< mages est devenue l'adoration des amoureux !

« Cette fête chrétienne de Noël, a dit M. de Chateaubriand, a d'autant «plus de charme qu'elle a existé de toute anquité, et l'on trouve, en «remontant dans le passé, que nos aïeux se sont réjouis à la même épo- »que que nous; malgré les chagrins de la vie, la religion a trouvé le «moyen de donner, de race en race, à des millions d'infortunés quelques mnomens de bonheur !... •>

Parmi les grandes cités d'Espagne, les plus heureuses, les plus enchantées, les plus folles de ce bonheur traditionnel dont parle M. de Chateaubriand, il faut nommer, tout d'abord, la ville du Christ et de Mahomet, la ville du Koran et de l'Evangile, la ville d'Abdérame, la vieille et sévère Cordoue.— La cathédrale de Cordoue se prête merveilleusement aux frivolités mondaines et aux magnificences religieuses de la messe de Noël, de la messe de minuit : cet admirable édifice n'est-il pas en effet, tout à la fois, un jardin, un bosquet, un labyrinthe, un temple, un palais et une église ? L'intérieur incommensurable de ce monument fantastique res-

semble à une véritable promenade, coupée en long et en large par cinquante nefs qui relèvent du style mauresque ; couverte d'oraugirs, de grenadiers et de fleurs ; parsemée çà et là de baptistères, de reliques, d'autels, de tribunes, de colonnes et de chapelles; ornée des p'us beaux tableaux de Ziirbaran, de Velasquez et de Murillo ; et, pour tout dire enfin, abritée par un ciel en guipure de marbre, par un toit immense en jaspe et en or, qui sert de firmament étoile aux splendeurs éblouissantes du saint lieu.

Les voyageurs qui ont vanté le phn éloqucmment la cathédrale de Cordoue, ont toujours oublié de nous pai 1er d'une singulière mei veille qui mérite, ce me semble, quelques regards et quelques paroles d'admiration : près de toucher au seuil de celle sainte demeure, on s'arrête soudain pour contempler deux arbres gigantesques, deux arbres granitiques, plantés par la main d'un audacieux artiste, au milieu des ravissantes mosaïques du parvis, et dont les rameaux et le feuillage de pierre se mêlent, se marient , s'entrelacent à plaisir , au dessus des premières ogives du cloître ; ce n'est pas tort : la lige élancée de ces deux arbres est un véritable livre pittoresque, écrit à l'aide de la sculpture , et qui vous donne . dans une série d'images charmantes, l'histoire complète des apôtres, des catacombes et tics martyrs; et puis, chaque feuille , chaque fleur de toutes les phalanges supérieures renferme , comme dans un petit cadre , comme dans une espèce de médaillon ciselé, un portrait, une ligure qui se rattache aux souvenirs de la légende chrétienne !

Tous les ans, le 2/i décembre, entre onze heurts et minuit, la population de Cordoue se répand à grands Ilots dans toutes les allées de cette merveilleuse esplanade , où l'on se promène parmi douz3 cents colonnes de marbre , sur un sol qui est un admirable tapis de mosaïque , sous la voûte radieuse d'un plafond à jour qui est un chef d'œuvi cet quesoulient un double rang d'arcades mauresques ; ce soir-là, ou plutôt cette nuitlà, des milliers de bougies s'allument comme par enchantement dans toute l'enceinte de la cathédrale ; le maître autel s'illumine au rayonnement subit d'une ardente auréole ; l'archevêque officie lui-même ; des accens mélodieux se font entendre ; cl la voix de l'orgue éclate avec des soupirs , avec des élans, avec des sanglots qui ne signifient que de la joie et que de l'ivresse. — Les bergers inspirés ont dit aux rois : Le sauveur du monde vient de naître.

En ce moment solennel , les dévots de Cordoue comprennent à merveille qu'il s'agit de courir , de s'amuser, de s'ébattre et de se réjouir au nom du bon Dieu; chaque fidèle s'écrie, en souriant à la religion: Laiss> nous au plaisir; tu reviendras demain ! — En un clin d'oeil, la cathédrale est déserte, et la ville tout entière allume ses brandons; les lumières scintillent à travers la découpure des jalousies; on chante et l'on danse dans les rues, sur les places publiques, dans les maisons, partout; les sérénades commencent leur petit train mélodieux; les guitaristes soupirent sur la cinquième corde; on vide les buffets et on dresse des tables; les païens, les voisins, les amis se réunissent et s'embrassent; les petits enfans su i éveillent pour voilier avec tout le monde; et beaucoup de belles filles, beaucoup de jolies femmes, qui sont allées à la messe de minuit, se font al tendre, béas ! au réveillon de la famille.

11 en fut ainsi, il y a quelques années, d'une jeune et charmante veuve qui se nommait Amaranilie, et que l'ennui du veuvage avait ramenée sous le toit de la maison paternelle. Or, à une heure du matin, Amaranilie était encore à la messe, et la messe de minuit était dite depuis bien long-temps ; quoiqu'elle eût été confiée aux soins et à la garde immédiate d'une femme de chambre appelée Mina, le père Mosquito se sentait déjà très inquiet, très effrayé de l'absence équivoque de sa chère fille. Souvent, il avait vu rôder, autour du logis, je ne sais plus quel maudit Parisien qui pinçait de la guitare, à la manière andalouse, et qui avait, aux yeux des femmes de Cordoue, le précieux avantage de parler une langue étrangère et de baragouiner l'espagnol ; nul u'esl prophète en son pays, et les Français sont adorés en Espagne ! — L'apparition quoti-

« Plus on approche du but , mon ami, mieux on en » et , si l'on ne recule toujours devant lui, souvent on s. de

«l'oser franchir. Aujourd'hui donc, plus que jamais, j'ai r Qûchi à notre «mutuel engagement, et ses résultats possibles m'épouvanti - tout

«ce que je vous puis donner : une intelligence soumise, un honn des larmes dans vos afflictions, des sourires pour vos dél |uel-

» que beauté peut-être. Votre vie serait ma vie. Absente ou pr «serais toujours près de vous ; j'a x du

«jour, et, le soir venu , je me re votre repos. Doux rèvi long-

atem| et enfin accompli ! Sainte terre promise, qui a fui I

«temps devant nos pas, et à laqu nous touchons ! Félicité suprê-

«nie, apparue à la terre pour lui faire i re et aimer le ciel !.. »

M"= Des •' n'est point ai:,

que c l'éloignerai de moi: je suis égoïste et là puis elle pleura.

Une amie de la fa ail e, m e co âme elle et commi jeune femme qui • un joui-. M"' de S

ces latin s d'un amour q i.ie. Elle interroge

et ses \ives questions n'obtenant que des réponses entre elle comprit à rebours la situation. « Je vois, dit-elle, ce qui vous tourmente : un mari , un crime, un meurtre! Pauvn ,'a-telle ; ps d'attendre ? 01es~paren vieux voulait l'arrêter. Mais le moyen '■. devait écrire plus tard, avec la rapidité d'un torrent que ri allait, elle allait donc, lorsque la fiancée de Bossuet, dont le visage en pleurs était tourné vers une fenêtre entr'ouverte, s'en int: « C'est lui ! « M"' de S vigne venait de reconnaître le jeune prédicateur de l'hôtel Rambouillet, Ell< .1 d'aller au devant de lui, et lai offrit un siège. Comme Bossuel refusai) re place jusqu'à ce qu'elle se lût elle-même assise, elle lui dit :

-.:it un en\ n ateur la créature doit se tenir debout. A l'é-

clat que vi jeté d;;i)s le monde • que

vous liargé d'uni' mission provid - des-

.it parmi les hommes.

Ces oppositions, qui uc sont pas d'un goût irrépri comme on le sait, un des défauis du tenij é< happa

moins |

« Madame. 1 dites. J'aime

cl je Dieu, mais dans les limites de d né; j'ai de

ses, et, si je m en conso c, ■> n'offen-

■ souverain dm aines.

— Eh ! qui donc nous fera entendre la parc a doués

et les al à la lâche? qui nous enseignera nos devoirs

ignorés ou oui . fautes, di terminera nus

expiations, no a les peines et les récompenses de l'avenir, nous

fera souha r et mériter les , d'un autre

monde'.' qui é| insdans leui

leur rappelant dans leurs

chau ni leurs

du paradis'.1 où donc irons-nous, si vous nous abani . chaire rie

saint Jean ChrysostCme doit-eii . 1 n'y a-t-il plus rien à écrire

après saint Augustin ?

— Hais, madame, si , frères, d'aussi flatteurs discours effirou ;.eut-

ne verrait dans mon apostolat qu'un I la sa-

tisfaction du;; orgueil punissable.

— En quoi seriez-vous si c m; -mondaines? La ci d'un devoir rempli n'est elle pas un plaisir naturel, et se peut- il qui in dontnous

le principe en nos cœurs? Voyez aut >ur de de ce

grand siècle: I. ne sont-elles pa Croyez-vous que

le dernier jugement les condamne? Ne sera-ce rien, aux yeux du juge éternel, qued'avoir servi son pays en s'honoranl soi -même, d'avoir dirigé

I humanité au pi le sillon lumineux quel

le génie dans les vallées de la terre, n'esl-il pas un r

du Grmament pour éclairer les aines ei les emporter après ! l'heureux séjour des élus du - 1 si ces an 1

sauveur. 1 1 mirait-il 1 oire est une b< :

honnête chose, croyez- moi : et 1,; saurait manquer au rè

Louis XIV.

M"" . dont la \ ::rorP daDS

-m temps, qui les ai ri \ nés cl

apporté plus de naïveté qu'elle n'en avait retiré d'expérience

rs que par intervalles de ces lé • son caractère devait an jour se composer, M"* de venait de s'élever ,'. uni athousiasme lyrique et candi

quaient ses fraîcta >ns de jeune femme. Peut-être avait-i

i apostrophe, et Bossuet sans di u lui demander, lorsque M"c Desvieux reparut sur

Elle ne pleurait plus. Elle avait tout entendu, elle avait prié. Son lice était résolu : son ami épouserait l'église avec la gloire, e: elli draitsonjour pour en mourir. Son visage était d'une extrême 1 aie calme; et, si son sourire fut triste, il fut

Bossuet de 1 Ile renonçait à lui. Le ton gi

ition ne permettait pas de réponse, et nulle réponse ne . Le futur précepteur du Dauphin se retira, avec la pe toujours aimé, mais aussi avec la certitude que toute union impossible. De ce double sentiment contenu, et non pas éteint , de\ naître antes et fécondes inspirations dont la foule a \

cherché le secret.

renoncement vous est douloureux, dit M™ de Sévignéà .M"c Dosvieux ; je m'étais donc trompée?

— Oui, mon amie, et je vous remercie de votre erreur. La fore 1 tus me l'avez rendue. »

Plus tard, quand l'évcque de «eaux prêcha l'A vent et la reine-mère; quand d évoqua l'ombre à peine disparue du gra qu'il peignit à grands traits ses grandes batailles et le néa il mondaine; quand il Gt ri us la multitude la mort deHenrieti

gleterre.une 'exaltait et pleurait, l'admirait et

Quand, dans son dis, ours sur l'histoire universelle, il écrivit ! funèbre des pei es comme il avait improvisé parla pa

des princes de son temps, une femme, pins que d'autres, se 1

ces lectures , admirant toujours l'auteur et l'aimant. \ pensée, elle s'agenouillait au pied des autels du Suprême Consola la pensée encore, elle le suivait dans les majestueuses cérémoni glise et dans la profane habitation des grandsde lu terre, dans la des cloîtres et le; magnificences de Versailles. Ainsi qu'elle sel' 1 mis. elle exista de son e.vslence, et il ne le sut jamais.

Dans sa 76' année, Bossuel mourut. .: Desvieux, qui alors ment a. de le voir, récita prés de lui 1 ■

prières. Son âme ensuite s'échap i quelque

ment sembla encore : pjrant ,|„ ,|(,„x

d'amour qui l'avait ému si long-temps.

Page 1