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ANCIENS ET MODE

1 lion nouvr!

toute l'Europe la connaiss ince I , ■

• ■, l'élu le d 1 En vente, chez Charles Gosselio Mil ur, 9, rue Saint-Germaio-des-Frés

gucs étrangères a été considéré jusqu'à ces derniers temps comme purement surérogaloire. C'est pourquoi sans doute les aulres nations connaissent la nôtre beaucoup mieux que nous ne les connaissons elles-mêmes. Et il faut avouer que plusieurs d'entre elles ont su admirablement profiter de cet avantage.

On a dit : Le style, c'est tout l'homme ; et Cette parole a acquis l'autorité d'un axiome ; nous la croyons juste, sans pourtant lui attribuer une aussi grande extension qu'on le Tait généralement. Mais il nous semble qu'on pourrait dire avec beaucoup plus île raison encore et presque sans aucune restriction : La littérature d'un peuple, c'est tout le peuple ; car il n'est pas impossible à un individu de se contrefaire, tandis qu'il n'est pas possible à une nation d'altérer son caractère, son type moral ou intellectuel.

L'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui fournirait un puissant appui à cette opinion dont nous ne pousserons pas plus loin le développement. On y retrouve la sombre et presque sauvage expression du caractère germanique , et l'on se croit transporté au-delà du Rhin.

Deux choses recommandent particulièrement ces compositions à l'attention du lecteur : la première, c'est qu'elles sont dues en grande partie à la plume d'hommes qui se sont placés au premier rang des écrivains de l'Aicmagne ; la seconde, c'est qu'elles sont populaires ; or, le peuple ne chante que ce qui est conforme à ses goûts et à son caractère.

Les extraits qu'on va lire sont pris presque au hazard dans le livre de M. Albiu.

î^a eSfflESjae «Eps Ivïwris.

A minuit , du haut de sa tour , le gardien regarde le champ des tombeaux. La lune éclaire le cimetière. Soudain, une tombe s'ouvre , puis une autre ; des hommes et des femmes en sortent vêtus de chemises bottantes.

Ils s'allongent , se délirent et foi ment une ronde. Leurs os remuent, et pauvres et jeunes, riches et vieux , se réjouissent à la danse. Mais les vêtemens trop longs embarrassent leurs pas : comme en ce lieu la pudeur n'a plus d'empire, ils les rejettent au loin ; les chemises gisent dispersées sur les tombes.

La cuisse se lève , la jambe branle , les gestes sont diaboliques. Tou claque et crie comme si on battait la mer avec des morceaux de bois. Le gardien rit; mais le tentateur sournois lui bourdonne à l'oreille ! « Vas voler une chemise. »

Pensé et fait. 11 se sauve bien vite derrière les saintes portes. La lune éclaire toujours la danse effroyable; mais peu à peu celui-ci, celui-là s'habille, glisse et crie ; il est sous le gazon.

Un seul piétine et trébuche encore; il tâtonne sur les tombeaux ; personne ne l'a pounant blessé ; d'une voix de tonnerre, il crie : « Ma chemise, ma chemise! • Il secoue la porte de la tour, elle le repousse, ornée et bénie pour le sa'ut de son gardien ; des croix de mêlai brillent dessus

Pourtant il veut sa chemise ; il n'a pas de repos ; il a bientôt réfléchi. I) saisit les ornemens gothiques cl grimpe de pignon en pignon. C'en est fait du gardien; araignée à longues jambes, il avance de volute en volute.

Le gardien pâlit et tremble. Qu'il voudrait lui jeler la chemise! mais un crochet de fer la retient. C'en est fait ; la lune s'éteint , son éclat s'ef. face, la cloche sonne avec fracas une heure; le squelette tombe et se brise en éclats. wolgaxg Goethe.

Tiens, mon fils, prends ma lance: elle est trop pesante pour mon bras affaibli. Prends ce bouclier et cette arme, et conduis désormais mon coursier.

Vois cette tète, maintenant blanchie, le casque la défend depuis quarante ans. Chaque année une bataille émoussa mon épée et ma bonne hache d'armes !

Le duc Rodolphe me donna ces annci ; je lui restai fidèle et méprisai la solde d'Henri,

Prends cette armure et revêts-la; Conrad l'empereur s'apprête à la guerre, suis-le; remplis pour moi ce devoir, trop pénible pour ma vieillesse.

Ne brandis jamais inutilement le fer pour la défense de ta patiie. Sois prudent au guet; sois un tonnerre dans la bataille!

Sois toujours prêt au combat; choisis la mêlée la plus chaude. Epargne celui qui , désarmé, t'implore ; frappe celai qui te résiste.

Si ta troupe est ébranlée, si en vain ton penuon s'agite, toi, comme une tour solide , brave l'assaut des ennemis.

L'épée dévora tes sept frères ; tous étaient dignes de l'Allemagne. Ta mère, muette et glacée par la douleur, mourut après eux!

Maintenant je suis solitaire et faible; mais, enfant, la honte serait pour moi pins amère que la mort de tes frères.

Ne crains pas la mort , espère en Dieu. Bats-toi en brave chevalier; ton vieux père s'en réjouira.

FRÉOÉtUC LÉOPOLD DE STOLBERG.

D'apris un chant du Xlll siècle.

« Chevalier, mon cœur vous promet une amitié de sœur; n'exigez pas » d'autre tendresse, elle ferait mon tourment. Tranquille je viens vers » vous; tranquille je vous quille ; je ne comprends pas les pleurs de vos » yeux. »

11 entend ces paroles; saisi d'une douleur muette, il s'arrache d'auprès d'elle, le cœur déchiré ; il la serre dans ses bras, s'élance sur son coursier, et rassemble sis vassaux dans le pays de Suisse. La croix sur la poitrine, il s'en va en terre sainte.

De hauts faits oui signalé son courage. Le cimier de son casque brille fièrement dans les rangs des ennemis, le nom de Foggenbourg est l'effroi du Musulman. Mais rien ne peut guérir le chagrin de son cœur.

Il l'a supporté un an. Son courage est épuisé ; plus de repos! Il quitte ses guerriers, va chercher un vaisseau aux rives de Joppé; la voile s'enfle, il vogue vers le pays où elle respire.

Le pèlerin frappe à la porte de son château. Hélas! ces paroles terribles viennent à sa rencontre : • Celle que vous cherchez porte le voile, «elle est la fiancée <iu ciel. Hier fut célébrée la fête qui la donna à Dieu.»

Le chevalier abandonne à jamais la demeure de ses pères ; il ne revoit ni ses armes, ni son coursier fidèle. Il descend inconnu de son castel; son corps est couvert d'un vêtement de crin.

Il bâtit une cabane près du monastère qu'entourent de verts tilleul!». Depuis le point du jour jusqu'aux dernières lueurs du soir, il est assis soliiaire; l'espérance anime ses traits.

Et toujours il regarde le monastère, et toujours il regarde une fenêtre, il attend qu'elle s'ouvre, que son amie s'y montre, que celte forme adorée descende, semblable à un ange, dans la vallée paisible.

Alors il se couche joyeux ; il s'endort consolé, et pense aux joies du lendemain. 11 passe ainsi des jours et des ans. 11 attend en silence que la fenêtre s'ouvre, il attend que son amie s'y montre, que celte forme adorée descende, semblable à un ange, dans la vallée.

Un jour, il reste assis, la mort l'a frappé... son visage pâle et silencieux est tourné vns la fenêtre. Frédéric ssmller.

La ISeîne «Ses EBÎei».

Sous la lime qui est égal à nous, elfes agiles et légers? Nous nous mirons dans la rosée de la prairie éclairée par les étoiles. Nous dansons sur la mousse des ruisseaux, nous nous berçons sur les germes naisjans, et nous dormons dans le calice des Heurs.

Elfes des montagnes , elfes des forêts, suivez votre reine sur le gazon perlé par la rosée ! Portés sur les toiles d'araignées, entourés de l'éclat du ver luisant, venez, accourez à la danse, à la lumière de la lune !

Que, léger comme l'air, un voile pur et blanchi sur des tombes glacées

dienne de ce jeune homme, rapprochée de l'incroyable irrévérence (l'Amaranihe, épouvanta le marchand Mosquito , qui résolut de prendre un fallût, s.i cape, une épée, et d'aller bien vite à la recherche de son enfant, de ectie malheureuse imprudente qui s'attardait, au milieu de la nuit, dans les ti imbres solitudes de la cathédrale....

Au même instant, l'on frappa violemment à la porte extérieure de la ;on ; la compagnie tout entière s'émut à ce bruit qui était une espérance, et Mosquilc se hâta de descendre lui-même pour reconnaître le visi:eur et pour ouvrir.

— Qui vient là'.' demanda l'honnête I

— C'est moi , mon père ! répondit une voix bien douce et qui avait l'air de sourire.

— Bonté ilu cici ! s'éci ia le vieillard , après avoir ouvert la porte , en tremblant de joie et de colère , avez-v. ius donc perdu la tête ? Il est minuit depuis une heure , ma lille ! d'où venez-vous ain=i , avec Mina , et qu'avez-vous fait l'une et l'autre, je vous le demande?

— Hélas! mon père, répliqua la jeune femme, en minaudant, nous venons de l'église... Oui, de l'église ! Agenouillées auv pieds de la vierge e Cordoue, nous avons prié long-temps! Les hymnes et les cantiques ont res.-é ; les dernières noies de l'orgue ont expiré d'écho en écho, pour aller se perdre, sans doute, dans le ciel ; on a éteint les ton lies , les bou-

; les cierges parfumés ,- les Gdèlcsont tous quitté les nefs et les chas assombries de la cathédrale : nous seules, nous avons e:i :orc prié , pour vous, mon père..., pour vous.

— C'est bien! c'est très bien !.. murmura Mosquito qui commençait à s'attendrir aux doucereuses paroles de sa lille; mais, j'y songe... pourquoi donc avoir frappé à celte porte dont vous avez pris les deux clés hier au soir, ce me semble?..

— Ma foi ! mon père, j'ai perdu la mienne, en courant dans la rue, afin de vous revoir plus vite...

Ma roi!... monsieur, balbutia la servante Mina, j'ai perdu la mienne aussi!... ou plutôt, on me l'aura volée, j'en suis sûre, devant l'autel de la Sainte- Vierge ; en vérité, les filous ne respectent rien!... Monsieur, on devrait bien chasser, encore une fois, les marchands, c'est-à-dire les voleurs (lu te;,

— A Ions ! nous aurons demain une nouvelle serrure; suivez moi, petites folles; vous trouverez là li tut de joyeux convives, un bon feu et un bon souper.

laissons-les uionicr, je vous prie ; laissons-les se chauffer à la flamme pétillante d'une belle biUiic de Noël et se mettre à table avec des païens, avec des voisin-, avec des amis. Malgré le froid qui se fait sentir cette nuit etqui n'est puim ordinaire dans les hivers de Cordoue, promenonsnous ensemble un instant sur la 'place publique, les yeux fixés sur celte porte, qui est elle delà mii«i du négociant Mosquito.

A deux heures du matin, un peu plus tôt, un peu plus tard, deux hommes, deux passans, se glissèrent dans l'ombre jusque sous les feni d'Aroarantbc : l'un, jeune, lie , \ lu à la mode française et à

demi caché dans les draperies d'une cape . se nommait J

irde ; il voyageait en Espagne pour le compte d'un industriel parisien, et je vous supplie de penser qu'au moment dont je parle Julien ne songeait guère aux intérêts de son patron, de la France et de l'industrie. — I. lire rôdeur, assez jeun/, assez lu ri, mais d'une mini! et d'une apparence communes , portai; un habillement lout-à-fait indigène : chapeau rond , large et plat; veste andaiouse en vc oui - de coton , avec de : i 9,d 9 cl i ganses ; culotte de laine, avec un double rai

boutons d'argent puillocbés ; des guêtres en cuir , une ceinture de soie rouge et un manteau couleur de muraille. —Ce superbe Andalou était, je crois, le fils aîné d'un pauvre bonnetier ; il s.' no Irille, ctje

ne sais pas trop ce qu'il venait cher* her ù une le heure, sur la place

publique , à trois pas de Julien Lagardc et s<-us les fenêtres de la belle Amaranthe.

A un signal donné par Julien, des chanteurs ambulans, des musicien nomades, des guitaristes aux gages s'approchèrent de la maison du vénérable Mosquito, pour se livrer à tous les exercices, à toutes les fantaisies d'une sérénade improvisée; — moyennant quelques piéceltesnon rognées . ils prirent la peine de chanter, au son de la mandoline , les romances les plus amoureuses de leur répertoire, dans l'intérêt d'un Almaviva de Paris.— De son côté, Pédrille profita d'un petit silence que daignait faire la voix infatigable des chanteurs et des instrumens : il se mit donc à ia besogne pour se plaindre en cadence, pour soupirer dans une gamine chromatique, pour raconter aussi son cruel martyre, avec une méchante cavatine empruntée à quelque méchant opéra; enfin, à l'issue de ce concert en plein vent, et après avoir renvoyé les musiciens de la sérénade , Julien prit une petite clé dans la poche de son habit; il la fit jouer tout doucement dans une serrure, et, s ins prendre garde à l'attention indiscrète de l'Espagnol, il entra dans la maison de Mosquito.

— Et d'un !... s'écria Pédrille ; j'aurai mon tour !

A ces mots, le second amoureux, — c'était encore un amoureux, suis doute,— prit une petit" dé, dans la poche de sa veste : il la fit jouer tout doucement, dans une serrure, et ma foi ! il se glissa dans la maison de Mosquito, en murmurant :

— Et de deux !

Permettez-moi de m'interrompre moi-même, s'il vous plaît, et de bien me souvenir, à votre intention.

Guidé par quelque serviteur, par un affulé charitable, Julien Lagarde fut introduit le plus secrètement du inonde dans une chambre très riche. très élégante, très somptueuse; la personne qui le conduisait ainsi le pria d'attendre, et il attendit sans se plaindre.— A vrai dire, l'attente en pareil ras n'était guère difficile, et l'aspect de cette cachette mystérieuse n'avait rien de fort effrayant pour nu jeune homme : partout du Une, de l'éclat, de la richesse, de l'opulence; des meubles exquis, des tentures veloutées, des bijoux précieux , des fantaisies incomparables ; çà et la des bonnets, des chiffons, des dentelles, des riens charmans qui révi l'esprit, le cœur, l'imagination, la coquetterie, la grâce et la beauté d'une jolie femme. — Voyez un peu : on avait eu le soin adorable de placer, au milieu de la chambre, un guéridon couvert d'une nappe éblouissante, façonnée avec la plus belle guipure de Castille, et que la main prodigue de l'artiste avait parsemée de ligures, de dessins bizarres, de Heurs, de fruits, de gerbes, de papillons et d'oiseaux ; la table était servie avec une délicali ;e vraiment amoureuse, et selon tontes les règles de la gastronomie

sentimentale : des vins de liqueurs et des flacons d'hydromel; les is les

I lus variés, les plus capricieux, les plus galans, les plus femiiiins.de douces s inventées par la pâtisserie espagnole et des chel

vrcs de confiserie imaginés par la spirituelle gourmandise des moines. Sans doute il y avait là, j'en suis sûr, du nectar et de l'ambroisie, pour ajouter aux rares trésors étalés sur cette divine table, pour faire o délicieux pi t;t su:,, . . de • lus des

des archa

m,* ébloui pa is apparences et de ces magnifiques

. commença .'me plu femmes >•: de Die i; en

fortune chez une conque i il dut, tout naturellement, bâtir des

milliers de châteaux en Espagne : il lui sembla d'abord que cctl lurc galante allait avoir pour son avenir des résultats splendidcs. Dans I s nouvelles illusions de sa vanité tout . il • prit àdésireret

ii voir, dans la belle Amaranthe, non plus une jeune veuve, légère, aimable et frivole, la fille d'un simple marchand de Cordoue, mais une noble dame, amoureuse à la prcmii . i cour de .

qui a\ ait la boni t de se caclu ne maison iiour-

. afin d') 1 1 qu'elle ...

haquejour à la promenade,. un voyageu un pauvre diable qui avait nom Jul I le, etdonl ait faire,

a coup sûr, ua grand d'Espagne de premièi - a se,

NEICA BT DE LECTURW

Julien en était là de ses sottes et ambitieuses pensées, tout entier à des rêves de bonheur, de fortune et de noblesse, lorsque, soudain , il crut entendre, dans une pièce voisine, un bruit léger, mystérieux, le bruit que fait un homme quand il marche, tout doucement, sur la pointe des pieds... — Julien s'approcha, avec une certaine inquiétude, d'une petite parle mitoyenne, presque masquée par lesdraperies delà tenture, il écouta de son mieux , et il entendit encore ce bruit équivoque, ce frôlement singulier, cette espèce d« murmure dont il s'effrayait, en dépit de son véritable courage ; il osa regarder par le trou de la serrure, et il aperçut, de l'autre côté de la porte, dans une pièce faiblement éclairée, un jeune homme qui attendait aussi, peut-être, qui semblait écouter attentivement, les yeux iixés sur la cloison, et qui s'effrayait, à son tour, des pas, des gestes, des soupirs, des mouvemens de son invisible voisin : ce jeune homme, c'était Pédrille, celui-là même qui s'était glissé clans le logis de Mosquito, sur les traces de Julien Làgarde.

Bon gré, malgré, je me décide à vousle dire : qui le croirait ? Julien eut une peur affreuse. Seul, dans la maison d'un bourgeois de la ville, dans la chambre même d'une jolie femme, l'amoureux en bonne fortune s'imagina qu'un rival espagnol en voulait à sa vie, et qu'il s'agissait d'un piège horrible, d'un guet-apens abominable. 11 résolut alors de prendre toute sa hardiesse, tout son courage à deux mains, il arma bien vite deux pistolets de poche qu'il plaça sur la table, en guise de friandises, parmi les bagatelles succulentes du menu, au milieu des apprêts charmans du festin.

Tout beau ! tout beau ! monsieur le coureur d'aventures ! Vous aurez plus de peur que de mal. Déjà les convives du senor Mosquito se retirent en chantant, en chancelant, comme il sied à des hôtes joyeux qui ont fait honneur aux meilleurs vins de la cave hospitalière. Entendez-vous la voix de la petite servante Mina qui salue, en criant, les amis de son maître ? Entendez-vous l'amphitrion de la nuit qui fredonne encore le refrain d'une chanson bachique ? Entendez-vous, enfin, tout près, tout près de vous, le frôlement d'une robe? Tenez, voici que l'on ouvre la porte de la chambre ; la plus jolie femme de Cordoue s'avance en souriant; elle vous tend la main ; elle vous parle, elle vous questionne... Allons! répondez vite, monsieur l'amoureux, et agenouillez-vous aux pieds d'Amaranthe.

— Julien, murmura la belle dame, pardonnez-moi deux longues heures de retard ; que voulez vous! en Espagne, la nochè buèna d'une fille bien née ne commence qu'après la noché buèna de son père !.... à notre tour, maintenant !

—Mieux vaut tard que jamais ! répondit Julien Lagarde ; — et il se mit bravement à table, en lète-à-lète avec une maîtresse adorée, un peu confus, un peu honteux de ses soupçons, de son inquiétude et de sa vilaine frayeur.

—Bonté du ciel ! que veut dire celle mauvaise plaisanterie, reprit Amarantlie, à la vue des pistolets que Julien venait de poser sur la nappe, que prétendez-vous faire de ces armes ?

—Amie, répliqua le jeune homme, en balbutiant, je veux m'en servir au besoin, pour vous défendre : n'ètes-vous pas mon trésor, mon bonheur et ma vie !...

— Me défendre! et contre qui, mon Dieu ?

— Contre mes rivaux malheureux, contre les galans empressés, contre les beaux Céladons de la ville...

— Hélas I mon pauvre jaloux, il vous plaît donc de tirer voire poudre aux moineaux ?... N'en parlons plus, monsieur, cl tâchez de faire bonnecr à cette collation que j'ai préparée moi-même....

Le repas fut fort honnête ; Ilien De manquait au festin ; Mais quelqu'un troubla la foie, Pendant qu'ils étaient eu traiu.

A la porte de la salle, Ils entendirent du bruit...

Au lieu de détaler, à la manière du rat de ville, Amarantlie s'écria tout-à-coup, en allant frapper sur une cloison qui séparait sa chambre de celle de sa camériste :

— Mina, est-ce vous qui parlez, qui riez ainsi ? êtes-vous seule? — Oui, madame.

— Eh bien ! pourquoi ne pas dormir à une pareille heure?

— Je dois sortir de grand matin, madame, et d'ici là je souffle le feu !

— A merveille! pensa julien, au souvenir de ce jeune homme qu'il avait aperçu, à travers le trou de la serrure ; en Espagne comme en France, tels maîtres, tels valets : il faut que tout le monde vive!...

Le petit souper continua de plus belle, et nul bruit importun, nullevoix fâcheuse, nul murmure indiscret n'osa de nouveau ni le gâter, ni l'interrompre.

Que vous dirai-je encore de ce double réveillon, célébré à la fois par la servante cl par la maîtresse en l'honneur de Pédrille et de Julien Lagarde ? Il avait commencé bien tard, et il dura toute la nuit ; par malheur, la nuit fut courte, et ce jour-là le soleil se leva trop vite pour éclairer les pompes et les solennelles magnificences de la fête de Noël.

Kassurez vous sur les suites morales de cette petite aventure qui se rattache exactement aux traditions cl aux coutumes espagnoles : les amoureux dont je parle prirent à cœur de réparer les imprudences de leurbelle nuit religieuse, et les deux mariages de rigueur eurent lieu quelques mois plus tard, à Pâques, ce me semble... ou à la Trinité ! — En Espagne, la médisance appelle ces sortes d'unions : les mariages de la nocué buèna.

A Cordoue, un beau soir que nous étions à bnirc, Mon oncle, un capucin, me conta cette histoire ; Il la tenait, je crois, d'un jeune bachelier Qui l'avait entendu dire par son barbier.

LOUIS LURINE.

(Courrier Français.)

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