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HISTOIRE AMERICAINE

Faucon -Noir, dernier chef des s»i rs (i).

Depuis 1831, le nom de Black-Hawk [Ma-ka-tai-me-she-kie-kiali . ou Faucon- .Noir, a acquis dans les États-Unis un immense célébrité La terreur qu'il a répandue sur les frontières des et its d'Indiana, des Illiimis

i Les principaux ouvrages dan- lesquels nous avons puisé les élémens de cet article sont : les Voyages etrérils de MM Schoolerafl , Pike, Majoi i .•■ Flint; le Discourt on the turviving Indian race de M. 1 \ -.m de

Philadelphie; les travaux ;.'<:'o?raphi'|uci> de M, Tanner; TruH of indian cha-

et du Missouri a produit dans toutes les autres parties de la confédéra t nui une émotion vive el profonde, el l'intérêl qui s'attachait à su personne n'a l'ait que s'accroître encore lorsqu'il s'est enfin soumis el à traversé le territoire de l'Union comme prisonnier d'état. Son voyage fut une sorte de marche triomphale. 11 veut même fort peu de différence, dit un témoin occulaire, M. Drake, entre la sensation qu'excita le &

Cal t, sur son passage, et l'empressement avec lequel fut accueilli M. de

Lafayette qui était cependant L'hôte de la nation. Seulement à l'enthousiasme dont le Français fut l'objet; les citoyens de li aion mêlaient de l.i reconnaissance, tandis qu'il entrait plus de curiosité dans celui que le sauvage leur faisait éprouver.

Pour apprécier convenablement le rôle que cet Indien célèbre a joué pendant trente ans vis-à-vis de IT nion, il esi nécessaire de connaître en quels termes se trouvait la jeune république avec la vieille tribu des Sauks.

Le mot savkee ou o-sait-kee, qu'on écrit maintenant muk el h renient sa/;, vienl de l'idiome chippewaj nu algonquin el esl di rivé de l'expression composée a-saw we-kee qui signifie Jaune terr> Les Sauks i ont des traditions incontestables sur leur parente avec i, grande nation de l'Amérique du .Nord, le peuple chippeway; ils habitaient originairement les bords du Heine Saint-Laurent. S'étanl compro-

rwier, par G. Tiirner; The H'tnh ofthe Indiant of north america, pat s, muel Drake, <le Boston . la collei lion du Times, journal qui se publie à saint- Louis; le- tegends ofthe West; quelques numéros do North ami

. le- Mémoires sur la vie de Black-Hawk " Patterson par luimême; les Chroniques du docteur Galland ; les souvenirs inédits du major i. i'i Vie et let Iventures de Faucon Vbt'r, par M. Drake de Cincinnati; l'Histoire de Saint-Louis, de Wilson Primm (Hiii magazine . les

Rapports sui indiennes déposés aux bureau de la guerre à vv.,--

bingtoD . el enfin les matériaux qqe H. lames Hall rassemble pour ton Hittory ■ l V La I. canapés ou saliis de Balbi, la famille algompiino-mobcgane il '

mis dans une guerre contre les Iroquois ou les Six-Kaîions, ils émigrèrent à l'ouest et se fixèrent dans les parages de Green-Bay (lac Mi( sur la rivière du Renard, avec une tribu de ce nom, leur alliée. L' époque ion des lacs, n'est pas exactemement connue. La Hontan parle d'un village sauk.sur la rivière du Renard comme ayant probablement existe en 1G89; et le père Bennepin, en 1G80, mentionne les Or. ou Indiens Renards ;) comme occupant la baie des.

Puants, aujourd'hui Green-Bay ; mais ces données sont insuffisantes. Néanmoins, c'est à partir de leur établissement dans la région des lacs que les Sauks, fortifiés par l'adjonction de plusieurs autres peuplades isolées, passèrent sur la rive orientale du Mississipi et s'avancèrent au nord. La date de leur première invasion est encore fort incertai te; le major Thomas Forsyth, qui a résidé près de vingt ans parmi les Sauks, n'a pu que faiblement éclaircir ce problème historique :

- I! v a près d'un siècle, dit M. Forsyth dans son journal encore inédit, toute la contrée qui s'étend de la source du Mississipi et de la rivière des .Moines à l'embouchure de l'Ohio et aux frontières d'Iadiana, était occupée par un peuple considérable que ses voisins rivaux nommaient les hommes, Minneways. Cette nation d'ailleurs se subdivisait en plusieurs peuplades congénères : les Micbigamies, les Cohakias, les Kaskaskias, les Tamarois, les Piankeshaws, les Miamies, les Weas, les Peorias, et enfin les Mascoes ou Mascontins, appelés par les Français gens des Prairies. Toutes ces à I i ramifications de la souche

Minneway parlaient l'idiome actuel des Miamies, peuplade dont on retrouve maintenant des débris sur la rivière Saint-Joseph et à Chicago (Missouri;. Or les Minneways furent jadis attaqués dans leur domaine du Haut-Mississipi par une coalition formée des Sauks, des Renards, des Sioux, des Chippeways, des Ottoways, des Potawatimies, des Chérokees et des Choctavs, vulgairement Chactas. Ces peuplades décrivaient autour du pays des Minneways comme un demi-cercle qui commençait aux lacs pour ne se terminer que dans le Missouri, au su»! de la rivière des Moines. Après une guerre longue et acharnée, la nation des I ways fut entièrement détruite, à l'exception de quelques bandes errantes de Weas et de Miamies qui sont encore disséminées sur les bords du Wasbash, dans l'ïllinois. Cependant, en 1820, il existait près de Sainte- Geneviève (Ohio) une quarantaine de Kaskaskias et autant de Peorias er d;j Piankeshaws, infortunés que les liqueurs spiritueuses achevaient de détruire dans la paresse et le désespoir. Les bandes de Weas et de Miamies ne se montent guère à plus de cinq cents âmes.

« Ainsi s'effectua l'extermination du peuple minneway qui, étant cannibale, ne mérite nullement d'exciter la compassion. Les derniers massacres eurent lieu en 1800 et 1 SOI, époque où les Kikapoos , indiens du sud, et les Potawatimies Jongleurs firent un effroyable carnage des Kaskaskias et des Piankeshaws sur le Wasbash.

Les Sauks ont donc succédé aux Minneways. Une fois maîtres du territoire , ces sauvages du nord déclarèrent la guerre à la colonie espagnole du Fort-Saint -Louis ( Illinois). Ils prirent pour prétexte de leurs hostilités le droit que la nation minnewaye avait toujours prétendu sur la possession de ce district, et qu'ils considéraient comme leur étant acquis par leur victoire. Ceci se passait, en 1770; l'attaque de Saint-Louis fut très vive. M. W ilson L rhum , dans son histoire de cette colonie, et les papiers de famille du général W illiam Clark, communiqués à M. Drake, de Cincinnati, en rapportent soigneusement les détails. Il paraîtrait que la trahison de Silvio Francesco Cartabona, lieutenant-gouverneur du fort, en compromit un moment la défense. Cartabona devait livrer le district aux Anglais ; et, ce qui le prouve, c'est qu'il refusa les secours du colonel anglo-américain Georges Rogers Clark, qui se trouvait , durant l'attaque , sur un territoire limitrophe, celui de Kaskaskia. Rappelé à la Nouvelle-Orléans, par le gouverneur-général, Cartabona céda la place à M. Francesco Cruzat.

Cette première irruption des Sauks fut marquée par des cruautés atroces. On eût dit que la barbarie des Minneways était passée dans les mœurs de leurs vainqueurs. Des Européens transfuges combattaient avec les

Sauks. Quand la colonie enterra solennellement ses morts, on découvrit dans les retranchemens le cadavre d'un jeune Espagnol qui avait la tète fendue et qui s'appelait Calve : or ce nom se trouvait gravé sur le fer du tomahawk (casse-tête), qui était encore plongé dans sa cervelle. L'infortuné avait été frappé par son oncle qui, contraint à la retraite, n'eût pas le temps de lui arracher sa chevelure.

Cet épouvantable acharnement que les colons et les sauvages mettaient à s'entre-détruire ne devait profiter qu'aux anglo-américains, conquérons futurs du territoire disputé.

C'est au milieu de la perturbation causée dans les établissemens français , espagnols , auglais et américains par l'invasion des sauvages du nord, que Faucon-Noir, le plus terrible de ces Indiens (1), jusqu'alors es par l'imagination des Européens dans les profondeurs de la région des lacs, brilla subitement à l'ouest comme un météore.

Ce chef naquit dans un village sauk des bords de la Rivière du Rocher (Rock-River), en 1767. Comme les distinctions sociales existent aussi parmi les sauvages, nous dirons qu'il était d'une famille obscure, mais que sa valeur le fit, dès sa jeunesse, inscrire au nombre des braves. En ■ 1783, il tua un Osage (Indien du sud), découpa sa chevelure et obtint de figurer dans la danse du tomahawk {scalpe-dance>, Cet événement mérite une explication.

Les Osages étaient au premier rang de ces tribus du midi , telles que les Arkansaws , les Mississineways, les Weas , les Tewecktovies , les Wyandots , les Delawares , les Shawanies , les Kickapoos et les Renards, que la confédération du nord, ou les peuples chippeways, vint Lattre comme une muraille , après avoir passe sur le corps de la grande nation minnewaye ou de l'Illini. De ces tribus, les unes, comme les Kickapoos et les Renards, firent cause commune avec les vainqueurs; les autres, telles que les Osages, plus en contact avec les colons , voulurent se maintenir dans une indépendance absolue, et désnt du parti victorieux les hordes sensibles à leurs mœurs plus douces, les Chérockées, par exemple. Dès lors la confédération fut rompue, et les Sauks, qui en avaient été l'aine, en rattachant à leur drapeau quelques peuplades encore fidèles qui formaient l'arrière-garde de l'invasion, comme les Ozibeways , les Ménomiuies et les \\ innebagoes, les Sauks, disons-nous, tournèrent leur indomptable énergie contre les dissidens. Cette œuvre de vengeance a rempli la jeunesse de Faucon-Noir. Son début sur le théâtre du Nouveau-Monde fut un massacre continuel d'Osages et de Chérockées. Vers 1790, dans une bataille livrée sur les bords de la rivière Merrimak , le père de Faucon-Noir, Py-e-sa , étant mort glorieusement, le jeune Sauk eut l'adresse de s'emparer de la poche aux remèdes (medicine bag), insigne militaire que le vieux Py-e-sa avait toujours porté avec distinction. Personne, parmi les sauvages, n'osa disputer à Black-Hawk cette importante succession, qui accrut considérablement l'influence politique dont il jouissait déjà. Il avait à cette époque vingt-quatre ans. Depuis lors , sa carrière ne fut plus qu'une suite non interrompue d'exploits guerriers; sa puissance, qui grandissait a vue d'oeil comme une nuée d'orage, parut aux Anglo-Américains dangereuse et menaçante; et , eu 1802 , il jetait la terreur dans les camps immenses établis le long des rives du Wasbash, entre la bouche de l'Ohio et le lac Michigan.

Il est certain que Faucon-Noir ne se trouvait pas a l'attaque inattendue du Fort-Saint-Louis , en 1779, d'abord parce que cette attaque fut simplement le résultat d'un pacte particulier conclu entre les Sioux et les Canadiens; ensuite parce que le jeune Sauk, comme tous les chefs indiens qui entretenaient des relations pacifiques avec les districts coloniaux, s'était choisi, pour lui-même et pour sa tribu, un père iïadoplion parmi les Espagnols.

Le 9 janvier 1789, les États-Unis de l'Amérique du Nord, éblouis par la puissance de jour en jour plus redoutable de Faucon-Noir, avaient conclu avec les Sauks un traité d'alliance, au Fort Hamar, sur la rivière

(1) Expression impropre, mai; géographique

■ I ECTURE.

Muskinguin. Le représentant du Saint-Clair, gouverneur du territoire de et un certain non Sauks, • des W

iles d

blique et des s'accordaient avec les mail quatorze articles: on y lisait

pour qu'un s indiens, et

que les termes de cet acte solennel en; i;ssi bien que

les indivii!'

'l'nnt de courtoisie dans la diplomatie du congrès s'expliquait [>ar les souvenirs e chef illustre des sau

s mit la frontière. Ponthiak était chippeway de race et Sauk de nation. Les Minneways i

, et ce fut cet attentat qu i

wave sur !e peuple qui s'en rendit coupable, Or, on savait à que Faucon-Noir avait rêve la gloire de Ponthiak . et on le îdre.

Pans une lettre Sncinnati, le 22 mars 181 ! . et adre

du gouvernement américain pour le bureau de la

i-isson, qui i ps séjourné sur les ter-

larmi les Chippe1 pie, au

commencement d

s, sur toute la région qui s'étend au midi des lacs, l d poète et un naturaliste. M. James Hall, a tracé la description suivante ir p:itrie :

qui , au dessous de son embrai avec le

ri, est un '

■ haut pays, vers le conM

'ans les nui -dure :

une p! -, formée d'alluvions. s'y déroul

iiu fleuve et se : oisé. \u temps de mon -,

quelques buttes d

mais le villa al de la tribu i

du Mississipi. Au milii

sur un men; fort \n,

mille y parfum

OÙ peu

9, et lorsque le vis! rade une i

rons enfin observer, en pas-

M de Chateaubriand

l'Empire qui conteste ent à

-r>V'" l'exi • Quoique notre

pas franchi - . ;, , du terri-

étiques pour n'ê-

prunterà la fictii scriptions.

ssentiellement locales qui rehaussaienl aux yeux

prix de i. e dans l'Illinois, elles dérivaient de cet

. irrésistible, qui pi instamment les popula-

du nord dans les vallées el vers les climats méridionaux, aurait

rations des sam Amérique con les oscilla-

iropéenne. Le gibier était plus abondant sur es; le mais plus beau, le girauraon plus délicat, la pastèque plus savoureuse.

toc -Island, sur la rivière, à l'angle de son confluent

issipi que fut fixé, bien avant le passage de M. .lames Hall,

le principal siège de la tribu; et, lorsque le voyageur en retrouva les ca-

ucon-Noir avait déjà entraîné ses bandes guerrières i

némorable campagne qui eut lieu de 1829 à 1832 et que les Uiglo-

vinri'ieaius dut nommée Black-Hawk-War. L'origine de oesévénemens,

el le déno iment de ce drame terrible forment la partie la plus intéres-

de la \ie du chef indien.

- le printemps de 1803, quatorze ans après le traite du fort Baril de remporter une victoire sanglante sur les dissidens, les Raskasluas el les » >s iges, derniers coalisés du Sud; les Sauks étaient à l'apogée de leur puissance; il ne restait peiits un village des Minnevays de cette nation centrale de l'Illini qui i moment fait obstacle à leur conquête. Ce fui alors que, revenanl di ' issouri sur Rock-River, Faucon-Noirse présenta au Fort-Saint Louis pour y visiter son père adoptif et apprit la prochaine cession de

-i cains. < el homme des lacs

uaitson tomahawk allourdi par de hideu luilles el avait

entassi seul dans six combats, répandit des larmes

anmoins ; - ouré de ses brava, a la reddi-

ii de la place, se tint .- de son père tant que dura

moment OÙ les Américains entraient par une porte

■ les Espagnols par l'issue opposée, couvrant, à les iveauxen-

du territoire.

rondeur sauvage donna aux Américains la ucon-Noir el du mal qu'ils pouvaient en attendre lurent de le perdre ou tout au moins d'affaiblir

i tour la ruse et la force. Aussi, le 27

' - rai w iii.iin ii. ii.u-

i, pour qu'il obtint des Sauks, par un traité

' e traite, dont l'inlcr-

uen . contenait douze pa-

[ue i frontière déflni-

irtanl du Missouri, en

mt le Mississipi

rminanl pn ■ de Grei n Bay,

i es limites consti-

n de couvrir

i i mt a de

l [m. or if\i'un

le, au connu onsin el do Mis

i le plus agréable aux

oublié. Le préai-

troyail généreusement aux

i ois, mu. somme de

marchan-

'•' u'lr ijiie dollars, dont six cents pour les

LE CABrNET DE LECTURE.

Sauks proprement dits, et quatre cents pour les Renards. La rente était également payable en marchandises; mais les Indiens pouvaient à leur «ré exiger que ce paiement eût lieu en bestiaux de labour et «utils de culture. En foi de quoi avaient signé, pour les Américains, M. William H. Harrison, et, pour les Indiens, Laiyuva, l'asbepalio ou thc Stabber (le Poignardeur), Quashquame ou le Poisson-Sauteur, Outchequaha ou le Poisson-Soleil, Hashequarhiqua ou l'Ours. Étaient présens, William Prince, secrétaire du gouverneur commissaire ; John Griffin, juge d'Iudiana, J. Bruff, major d'artillerie; Amos Hoddard, capitaine au même corps ; Warrel, lieutenant, tous trois au service de l'Union ; P. Choteau, agent'de la Haute-Louisiane; Ch. Gratiot, Aug. Choteau, Vigo, planteurs; Y. Delaunay, négociant; Joseph Baron, Bolen, interprètes assermentés. Cet accord unique dans l'histoire se lit à Saint-Louis dans le district de la Louisiane, le 3 novembre 1804. Le 31 décembre suivant, il était ratifie par le président Jeffersou.

Ce qu'on doit particulièrement remarquer, c'est qu'un petit nombre d'individus seulement de la nation des Sauks, dont le territoire entier changeait de maîtres par l'effet de la convention, fut appelé à la débattre et à la conclure. Le gouvernement américain, dans cette circonstance, ne se piqua pas d'une excessive délicatesse. On n'avait pas prévenu le Faucon-Noir, premier des chefs guerriers de la tribu, sous prétexte qu'il n'était pas Sachem, ou chef en temps de paix, et que de semblables enaa°emens restaient en dehors de ses attributions. La colère que Black Bawk lit éclater en apprenant ce qui s'était l'ait pendant son absence prouva combien le gouverneur Harrisson avait eu raison de ne pas compter sur son assentiment. Voici la manière dont l'Indien raconte cette négociation dans le récit de sa vie qu'il dicta, eu 1833, à M, Patterson par l'intermédiaire de M. Antoine Leclair. son interprète.

... Quelques lunes après que le lieutenant américain Pike eut redescendu le Mississipi, un Sauk tua un blanc et fut renfermé dans la prison de Saint-Louis pour ce meurtre. Nous tînmes conseil dans notre village sur cet événement. Il fut résolu que Pashepaho, le Poisson Sauteur, le Poisson Soleil et l'Ours iraient trouver noire père à Saint-Lauis et offriraient le prix du sang verst!. Le chef américain demanda un peu du bord occidental du Mississipi et un peu de la rive de l'Illinois opposée au Fort Jeffreon, il ce que prétendirent les quatre sachems à leur retour, et lorsque ce prix fut consenti, au lieu de relâcher le meurtrier, on le tua. Nos envoyés ne purent en dire davantage sur le résultat de leur mission ; des couvertures neuves et des médailles brillantes couvraient leurs corps ; nous apprîmes plus tard qu'on les avait enivrés de wisky dès leur arrivée au Fort-Saint-Louis. Voilà tout ce que ma nation et moi nous avons su du traité de 1804... «

Cependant les Sauks ne réclamèrent pas ; ils acquiescèrent même implicitement à la vente de leur territoire, puisqu'ils acceptèrent la rente annuelle qui en était le prix. 11 y a une erreur dans le récit de Faucon- Noir. Le lieutenant Pike, qui plus tard devint général au service de l'Union, ne parut sur les bords de Rock-River qu'en ISOô, c'est-à-dire un an environ après la conclusion du traité. C'était la première fois que les troupes américaines se montraient dans le Haut-Mississipi. Black Hawk n'était pas d'humeur àleur faire une réception fort amicale et l'on se borna pour le moment à un échange de politesses diplomatiques. En présence des Sauks réunis, le lieutenant offrit au chef indien l'étendard américain deplové et lui demanda de fouler aux pieds le drapeau britannique, ce qui eut lieu. La construction des forts Madison et Edwards, entre Saint- Louis et Rock-Island, suivit de près le départ du lieutenant. Les Sauks ouvrirent les yeux, mais il n'était plus temps. L'inlluence anglaise se montra bientôt derrière leurs réclamations et leurs plaintes. Les correspondances du général Harrison (Yincennes, lô juillet 1810), du général Clarke (Saint-Louis, 20 juillet 1810) et de l'agent John Johnson (Fort-AVayne, 7 août 1810) avec le secrétaire du bureau de la guerre, établissent que les Sauks mécontens venaient en secret prendre à Saint- Joseph, sur le lac Huron, des carabines, de la poudre et des balles. Des «Beng britanniques parcouraient les villages indiens et poussaient les

tribus à prendre les armes. Ces menées, d'abord sourdes et timides, devinrent plus hardiec en 1811, aux approches de la guerre de l'Union avec la Grande-Bretagne. Faucon-Noir déclara au congrès qu'il resterait neutre, et le Président lui conseilla, dans l'intérêt de sa tribu, de passer en chasse le temps que les Anglais perdraient à se faire vaincre. Mais, après la campagne de 1812, dégoûtés de la paix, les Sauks revinrent sur leur détermination et se présentèrent au Fort-Saint-Louis pour obtenir de marcher contre les Anglais. Le gouvernement des Etats-Unis, blessé de leur hésitation première, fit répondre que le congrès n'avait pas besoin de leurs services. Cette hésitation de Faucon-Noir était l'œuvre occulte des partisans de la Grande-Bretagne, surtout du marchand Girsy et du général Dixon.

Quand les hostilités furent ouvertes, Girsy parut inopinément à Rock- Island avec deux petits bàtimens chargés de marchandises et portant pavillon anglais. Il apportait aux indigènes, de la part de Dixon, des présens magnifiques, un étendard de soie et un baril de rhum. Faucon- Noir apprit du négociant que Dixon était à la Baie-Verte (Green-buy). On l'invitait à se ranger sous le drapeau britannique. La vanité du pauvre sauvage fut séduite. Il partit de son village avec deux cents guerriers:

« ...M. Dixon, dit Faucon-Noir lui-même dans ses mémoires, me reçut à bras ouverls, me serra cordialement la main, et, quand nous fûmes assis, me parla en ces termes attendrissans :

— Général Black-Hawk, je suis venu vers vous parce que votre père de la Grande-Bretagne sait qu'on a dépouillé les Sauks de leur territoire. Nous vous rendrons votre pays, nous avons de la poudre et des balles, mais il faut que tous vos guerriers se joignent aux nôtres... »

Alors M. Dixon me passa autour du cou une chaine à laquelle était attachée une médaille ; il me donna aussi un papier que j'ai perdu, ainsi qu'un étendard de soie, et il ajouta d'une voix forte :

— Général Black-Hawk, je vous fais commandant de tous les braves que vous rassemblerez, et je vous attends à Détroit !

Plus tard, le gouverneur des Etats-Unis n'a fait que trop bien valoir contre le chef sauk cette entrevue. Elle eut lieu au- mois d'août 1812; le massacre des Américains, à Chicago , était donc alors une circonstance récente. A partir de cette fausse démarche, la vie de Faucon-Noir se perd jusqu'en 181 ô dans des ténèbres sanglantes. On sait néanmoins qu'en 1813 il se trouvait à l'attaque du fort Stéphenson, qui était défendu par le major Croghan. Ce fut même la résistance héroïque de cet officier qui prouva à Black-Hawk toute la duperie de son marché avec les Anglais, et le rebuta d'une guerre où le prix de la victoire , spoils of victory, lui échappait toujours. On conjecture avec raison qu'il serait alors rentré dans sa neutralité antérieure, sans un accident qui tenait à la nature de la lutte engagée, mais que Faucon-Noir ne pouvait juger de sang-froid. Tandis qu'il faisait la guerre sur les lacs avec le général Dixon, son frère de chasse, jeune homme de vingt ans, fort inoffensif, fut assassiné près de Salt-River par un parti américain. La tribu entière des Sauks se souleva à la nouvelle de ce meurtre; elle se précipita dans ses canots, s'abandonna au cours du Mississipi et vint brûler le fort Madison. La guerre s'était rallumée avec fureur depuis les lacs jusqu'au lleuve, quand le traité de 1815, entre les Etats-Unis et l'Angleterre, vint subitement l'éteindre.

Toutefois, Black-Hawk fut le dernier de sa tribu qui déposa le cassetête. La soumission momentanée commença par les Renards, qui signèrent, le 14 septembre 1815, au Portage des Sioux, avec MM. AV. Clark, Ninian Edwards et A. Choteau, une convention où, chose remarquable, ils validaient le contrat du 3 novembre 1804. Le 13 mai 1816, les Sauks proprement dits, cédèrent enfin à la ténacité du génie américain , et le traite de 1804 reçut également leur sanction. Huit ans après, le 4 août 1824, fut signé un nouveau traité où les Sauks, expulsés désormais des deux rives du Mississipi, jusqu'au confluent de ce fieine avec le Wisconsin, renoncèrent, pour dix mille dollars, payables en dix ans, à leurs droits sur le territoire de Missouri , et s'engagèrent à ne pas y construire une seule butte, à partir du 1" janvier 1826, sans une permission expresse

de l'agent général des affaires indiennes pour le gouvernement américain. Knlin, le lit août 1S2Ô, sous le prétexte assez, spécieux de pacifier les tribus, MM. V\ illiam Clark et Lewis Cass reunirent dans la Prairie du Chien, sur le territoire de Michigan , quelques bandes éparses de Sioux, de Winnebagoes, de Ménominies, de Cbippeways, d'Ottoways, de Pottawatamies, de Sauks et de Renards, ruines déplorables de cette confédération du Nord , qui, victorieuse d'abord du Minneway abâtardi, s'était elle-même comme fondue à l'ardeur de là cupidité de II Dion. Mais le véritable objet du congrès était d'arracher à ces malheureux des limites qui portassent définitivement la frontière des Ltals-l nis au delà des source; du MJSSissipi, vers le territoire des Iroquois.

Près de trois mille Indiens se rassemblèrent dans la prairie du ('.bien, qui forme une plaine délicieuse , située au bord du lleuve, au delà du w isconsin. On eût dit que les rangs, éclaircis de tant de peuplades belliqueuses, s'étaient serres, dans cette entrevue, pour donner un dernier et solennel adieu a ces belles rives du Mississipi, du Missouri et de 1*11linois, qui déjà ne leur appartenaient plus. Les Sauks et les Renards eurent la fierté de s'y faire attendre; ils débarquèrent de leurs canots ou débouchèrent des forêts qui s'étendent vers le haut pays, eu entonnant leurs chants de guerre plus mélancoliques, plus lugubres que jamais; ils frappèrent les veux des sauvages mêmes, par leur tenue imposante, la dimension extraordinaire de leurs arcs, la fougueuse ardeur de leurs chevaux et l'éclat homicide de leurs tomahawks. Ils se formèrent aussitôt en corps de bataille; puis ils s'avancèrent, l'arc tendu ou la massue levée et le casse-tête entre les dents , au milieu du silence universel et dans l'appréhension des sioux, leurs ennemis de race, qui, campes sur le bord de la prairie, leur lançaient des regards etincelans de haine. Les Américains qui ont assiste a ce spectacle en parlent enco:e avec une fraîcheur de souvenir et un sentiment de respect qui prouvent combien ils en furent émus.

On tint conseil durant plusieurs jours sous des cabanes de feuillage. Des heures de repos étaient consacrées a la danse des guerriers des diverses tribus, qui se défiaient même dans leurs jeux , connue les héros d'Homère, lu milieu de la prairie, devant l'aréopage (pie formaient les sachems de toutes les nations convoquées, on avait plante un mât, et un orchestre de chanteurs et de tambours préludait à l'ouverture des difintermèdes. MM. William Clark et Lewis Cass, qu'accompagnaient les a^'ens politiques constitues pour le territoire de l'ouest, assistaient à ces fêtes. Ce fut d'abord un Ottoway qui parut dans l'arène. 11 frappa énergiquement le mât avec son tomahawk; la musique aussitôt cessa. Le sauvage, dans une mimique étudiée OÙ les moindres muscles de son corps semblaient agites de passions terribles, peignit les combats qu'ils avait livres, l'angoisse des prisonniers qu'il avait faits, la dissection même des crânes dont il avait arrache la chevelure (lomahatoked). Il montrait des cicatrices, il brandissait ses trophées.

On ne trouva m raensongi ai exagération dans ses discours. Toute atteinte semblable portée a la vérité lui eût attire infailliblement une punition singulier! deniers présens se fût levé

crachant au visage, aurait dit :

— \ oici pour cacher .a honte; car la pn :; que tu verras l'en

neiui, lu auras ;

dant les ré la prairii .... I

on n'eut | rira ce c làtiment; l<

par des preuves inconl es d'intrépidité, et. ci

racontaient dans leur danse, les peuplades l'avaient déjà -rave dans leur mémoire L'Ottowaj eut le bon esprit de ne point d tribus

dont il avait décoiffé scalpi t termina sa voltige de

par les passes que l'auteur ignoré du poëme d'Untwa a si brillamment décrites. Puis il alla se ra , heins au bruit i

plaudisseim as

Les Sioux ne purent entendre les ai is triomphales i

fui l'objet, sans frémir dej . t que leurs

mis à M. William Clark de s'abstenir d I sauta

d'un bond jusqu'au pied du mât en poussant un cri de bataille effroyable et strident. Les tambours de l'orchestre, renforces d'un instrument qui consiste dans un bâton de bois très dur. taillé comme nue scie, et dans les dents duquel on frotte eu cadence un autre bâton, lui répondirent avec un roulement lugubre. Ce guerrier Sioux épouvanta même ses frères d'armes par les hideuses peintures dont il avait bannie son corps; il était couvert d'un enduit blanc, épais, mais creuse OU rave à différais endroits du tronc ou des membres; ces rayures, ces sillons, tracés avec l'ongle, et dans lesquels cl. lient répandus des enduits rouges, verts, jaunes, noirs, formaient des lignes parallèles, transversales, perpendiculaires, ondules, et tailladaient de la manière la [dus bizarre la figure, la poitrine, le ventre et le dos du sauvage. En outre son visage était noir d'un côté, et de l'autre b'anc et rouge; un vermillon d'un éclat plus vil teignait ses oreilles, ses paupières et ses lèvres; enfin, de ses noues eu houppe au sommet de sa tète, ruisselait un ocre fauve l (.'est dans cette infernale toilette qu'il accomplit la formalité de frapper le màt avec sa massue. Alors, poussant un nouveau cri, mais ani| le : prolongé, il en brisa l'émission en frappant sur sa bouche avec la main, rapidement et de manière à le couper en une suite précipitée dehurlemens semblables entre eux, quoique distincts, absolument comme un dogue qui aboie. Cette clameur de guerre, la plus affreuse de celles qui sont eu usage chez les confédérés du nord, jeta la terreur dans l'i blee entière; les chevaux hennirent, les Américains sentirent battrejleurs cours, les Sauks se regardèrent d'un air sombre. Mais le trouble, a peine répandu, se réprima : le Sioux parlait

Il raconta , de sa voix métallique, avec des intonations gutturales, comment il avait volé des chevaux huit ou dix fois aux \rkansaws; comment il avait déchire les corps de trois guerriers de cette nation, tue des l'aueas et des Oniaw hahs, et rapporté trente paires d oreilles d'une expédition contre les Chérokées; comment il possédait un nombre immense de chevelures toutes ravies a des Indiens rougi - Osages, aux loways, aux Pawnce-Loups, aux Renards, aux Sauks Mus a ces paroles imprudentes, un sacbeni se leva précipitamment, lui posa la main sur la bouche comme pour l'inviter a se taire, et lui ordonna poliment de se rasseoir. Cette intervention soudaine ne ressemblait a rien moins, dans les mœurs Cbippewayes, qu'àjunoutrage. Elle signifiait que l'assemblée connaissait trop bien les exploits du héros pour qu'un plus long récit fut nécessaire, lorsque d'autres chefs moins célèbres attendaient leur lourde danse, et quand d'ailleurs des raisons politiques commandaient la discrétion. Le Sioux, datte, se relira, et 1rs sachems déclarèrent que les jeux étaient finis.

Tant de précaution n'était rien moins que superflue: les vieil! nés se ravivaient de plus eu plus,el même les représentons américains comme les Indiens partisans de la paix, jugèrent, nm dispositions de chaque tribu, que, si Black-Hawk eût assisté à cette fête, il eûl i possible d'éviter une sanglante péripétie.

/ a fin au prochain num

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