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DICKSON O'PADDY

CHIHUBGIEN, COMPATRIOTE DU GBAND-AGITATEt'R,

donnera demain, jeudi, une grande, représentation des ENFANS INSENSIBLES.

Première partie. — Le jeune Tom, âgé de seize ans, se laissera enfoncer un canif dans la chair sans donner aucun signe de douleur.

Deuxième partie. — Le jeune Charles Keppinen se donnera luimême quatre coups de couteau dans le bras sans manifester de douleur.

Troisième partie. — La petite Julia, enfant de cinq ans, placera sa main sur un brasier ardent et la laissera brûler pendant une minute et demie, sans pousser un seul cri.

(Les places coûtent une livre sterling. Les dames ne seront admises qu'en chapeaux à rubans (dressed bonnets).

Après la lecture d'une semblable affiche, on peut juger de la foule qui se porta chez Dickson O'Paddy. La représentation eut lieu ; et, chose incroyable !... il tint les promesses du programme. Les enfans s'avancèrenl vers l'amphithéâtre et se Qrenl plonger dans les chairs des couteaux

- ■ es... le sang sortait !.. et pourtant ils continuèrent à sourire avec la gi ice d'une danseuse exécutant un pas de caractère.

On comprend qu'un semblable spectacle, qui laissait bien loin derrière lui les combats de coqs el les luttes des boxeuis, dut faire pleuvoir les guinées dans la caisse de Dickson O'Paddy; mais toute fortune est inconstante: mistriss Gingerbred, bonne femme de la ville deWakefeld, a fait arrêter le saltimbanque el l'accuse d'avoir assassiné son enfant.

Le corps du petit garçon de mistriss Ging( rbred i si di posé devant le jury : l'enfanl parait avoir été âgé de sepl ans; ses cheveux blondsencadrent cette tête où règne la pâleur de la mort . au bras de l'enfant, on distigue deux blessures béantes... ce sont ces blessures qui ont amené la mort.

L'accusé Dickson O'Paddy est intem \

Mistriss Gingerbred, dit-il, m'a loue son Dis, comme cela m'arrive toutes les fois que je travaille dans une ville; je loue ûr^ enfans. Elle m'a présenté le petit w illiam : je lui ai dit Madame, les blessures qui

aux enfans qui travaillent avec moi, ne sont nullement dangereuses, si les

enfans sont sains; on a grand soin de ne jamais frapper a l'endroit des nerfs et des muscles ; mais si les enfans ont quelque vice dans le sang, la blessure peut les tuer Réfléchissez ; je vous donne 50 guinées i ,250 fr.] pour le petit William mais avant , je vous avertis... réfléchissez bien; s'il a quelque maladie, je n'en réponds point.

Le chef du jury. — L'enfant avait-il nu vice1

i tickson. — Il était scrofuleux, cela est reconnu par les médecins.

Le chef du jury. — Comment se fait-il que les enfans qui figurent dans votre affreux spectacle (dreadfut si nery), et qui reçoivent ou se donnent des coups de couteaux ne souffrent pas et ne crient pas.

Dickson. — Cela vient d'un procède dont je ne suis pas l'inventeur, Ce procède consiste .1 fane manger du savon aux patiens; il suffit pour stupéfier les nerfs et empêcher toute douleur. Cela est si vrai que la plupart de mes enfans s'endorment pendant qu'on U'ur fait subir les expériences.

Ici Dickson cite Danhouderius qui parle de ce procédé dans le chapitre 38 de sa Pratique criminelle.

La femme Gingerbred a\ que son lils était atteint de scrofule,

qu'elle ne l'a confié au saltimbanque que parce qu'elle était dans la dernière misère, el elle réclame 300 livres sterling de dommages-intérêt pour sa mort.

Ces témoins viennent déposer que le petit a, en effet, reçu en souriant deux coupures dans le bras droit ; qu'il n'a proféré aucune plainte, que seulement il a eu peur de \oir son sang couler et qu'on l'a apaisé avec du pain d'épice.

Le jury est entre dans la salle de délibération el en sort de suite, rapporte un jugement par lequel Dickson est convaincu d'avoir attenté à la santé des citoyens et d'avoir commis un homicide par imprudence, il a été condamné à dix années de déportation, et à 500 livres sterling envers l'état.

Mistriss Gingerbred. — Et moi, la mère de la victime, je n'ai rien ?

Le président. — Vous, madame, vous ne mente/, que le mépris public ; vous êtes cause de la mort de votre lils.

(L'AudienCi ,)

POLICE CORRECTIONNELLE

Ah! qu'il est effaré, trouble, exaspère, ce pauvre petit M. Doguel que l'huissier fait avancer ,i l,i barre des témoins! Il ne s. ni que l'aire de son chapeau, de sa canne, de ses gants, de son assignation, de ses yeux, ni de ses jambes. Jamais homme ne lut plus malheureux d'être obligé de se produire devant un tribunal, d'élever la voix en public, d'être le point de mire de tous li s regai l - d'un auditoire, il est déjà fort petit, el cherche .i se faire plus petit encore. Pour que ce pauvre M. Doguel ait pu se décider à l'aire un procèsà M Lamelin, ce gros homme rougeel goguenard qui se dresse comme un colosse au bane des prévenus, il faut que Lamelin ail eu de grands torts envers M Doguet, el c'est déjà un argumenl puisi laveur de ce petil homme que sa présence au pied de la justice Ecoutons un peu ce qu'il va nous apprendre de sa pi tite voix émue

M.leprésident, suivanl l'usage, lui demande soi n Dans son trouble,

M. Doguet i -: loii embarrassé pour répondre à cette question ; il ne se souvient pas davantage de son âge, de sa pi ni du lieu de son

domicile.

m ir pré ident. — Ne vous nommez-vous pas Paul < i lestin Do

\b ' oui, monsieur, oui, oui.

— Yei é de q nte-deux ans ?

— C'esl ça... c'esi bien ça.., oui, oui.

— Yétes-voiis pas rentier?

— C'est-à-dire, oui... je le suis... je suis n

— Vous demeurez nie Saint-Jacques '

— Ah ! mais oui, très bien... à merveille.

— De quoi vous plaignez-vous? Faites-nous connaître les laits que vous reprochez à Lamelin.

— \h ! ali !... bien, bien... Lamelin... Lamelin, le voilà... il es) là... C'est bien lui... je le reconnais... je ne l'ai vu qu'une fois... niais sa figure m'a frappé.... C'est- à -il ire, non... non... c'est sa main qui m'a frappé. .Hilarité. M. Doguet ne sait plus quelle contenance prendre.)

— Pourquoi vous a-t-il frappe.'

— \h ! ah!... bien... pourquoi? C'est parée que... Eh! eh!... je ne m'en souviens plus... mais il doit le savoir, lui... RI. Lamelin, aidezmoi un peu... Dites pourquoi vous m'avez frappé.

Lamelin. — Je ne vous ai pas touché; vous radotez, mon bonhomme.

RI. Doguet. — Oh ! oh ! 11 dit que je radote; ce n'est pas vrai; j'ai

eu des eompresses à l'épaule et au front, et au et à et à l'endroit

où j'ai reçu un coup de pied, \insi, je ne radote pas.

Lamelin. — En voilà de ûères preuves ! Pour lors, quand j'en voudrais à quelqu'un, je n'aurais qu'à me mettre des eompresses sur tout le corps, et ça suffira pour faire condamner mon ennemi ! Mon crime c'est donc que vous vous êtes fait poser des compresses !

RI. Doguet. — Ah! mais... c'est-à-dire... comment ça?.. Parlez-lui donc, M. le juge; faites-lui un peu comprendre...

RI. le président. — Commencez par nous faire connaître le sujet de votre plainte.

M. Doguet, — Je suis rentier ; il a une épouse, je suis célibataire. 11 parait qu'il avait liattu son épouse ; moi, je suis garçon et je suis rentier... alors son épouse l'a quitté, ou bien il l'a mise à la porte ; alors je ne savais pas si elle avait un mari; alors, moi qui suis célibataire, je la croyais veuve et je croyais pouvoir aller causer d'affaires avec elle. N'est-ce pas, messieurs, qinnd un mari n'habite pas avec sa femme, ou ne sait pas... et voilà... on ne peut pas savoir.

Lamelin. — On prend des informations avant de faire le séducteur.

RI. Doguet, — Le séducteur, moi ! ci mon Dieu ! je n'y allais pas pour ça... Si vous voyiez son épouse, elle est laide !... ah ! mais laide!... et puis il lui manque trois dents sur le devant, deux en haut et une en bas... et puis elle a le nez de travers...

Lamelin. — Dites donc un peu, quand aurez- vous fini?

M. Doguet. — Il est de travers, ne me démentez pas... d'ailleurs, on peut l'aller chercher, si ou en doute... Non, c'est que c'est essentiel... quand on verra qu'elle a le nez de travers, on croira que je n'allais pas la voir en séducteui .

Lamelin. — Et pourquoi y alliez-vous donc?

RI. Doguet, — Pour m'associer avec, pour faire le commerce des cartonnages, des petites boites pour le jour de l'an... J'ai toujours eu du goût pour les petites boites en carton , et comme c'était aussi l'état de votre épouse, j'aurais mis des fonds dans son commerce... Mais, messieurs, un jour il est survenu comme un loup cervier, pendant- que nous réglions les bases de notre association, et il m'a abîmé de coups : voilà le procès.

RI. Doguet se hâte de regagner le fond de la salle et de se dérober aux regards de la foule.

Quelques témoins confirment la déposition du plaignant.

Lamelin est condamné en 2ô fr. d'amende et 25 fr. de dommages-intérêts.

(Droit).

Théâtre du Palais-Royal. — Les Economies de Cabochard, vaudeville en un acte, par RDI. Dumanôik et. SibÂudin. — Cabochard est un étudiant en droit qui, las de la vie dissipée qu'il mène et effrayé du chiffre de ses dettes , prend l'héroïque résolution de se renfermer chez lui pour faire des économies. Riais voyez la fatalité! L'infortuné converti dépense en une heure somme considérable : en prêtant à un de ses amis quinze francs qu'il fait passera travers une fente du parquet; en brisant ses meubles pour faire cuire son déjeuner; en laissant tomber de sa fenêtre un pot de fleurs, qui fait un dégât évalué à soixante-quinze francs; enfin eu lançant, pour s'amuser, une pierre qui va casser une glace de cent écus à l'étalage d'un miroitier.

Acbard joue seul dans cette pièce; car on saurait compter au nombre des personnages un des amis de Cabochard, dont on ne voit que le bras; un portier, une gfisette et un marchand de chansons, dont on entend seulement la voix.

Cette amusante Muette , dont Achard tire un excellent parti, restera long-temps sur l'affiche.

MODES

ÎHOBE3 3>E3 DAMES.

4.MAZONES. — Il s'est opéré, cette année, une révolution dans la toilette de cheval des dames; mais il s'en faut de beaucoup que cette révolution ait été universelle, et c'est à bon droit que l'amazone conserve de nombreux partisans. Les vestes chevalières du dix-septième siècle, par lesquelles on cherche à la remplacer, n'ont guères d'autre mérite que le prestige des souvenirs. Leurs longues basques tombant sur les hanches ont un aspect lourd qui déplaît.

Quelquefois le devant de ces vestes se boutonne jusqu'en haut, et elles se terminent par un petit col renversé et arrondi. D'autres fois elles ont des revers semblables à ceux des habits d'hommes, et alors la poitrine se trouve tellement dégagée que l'on est obligé de suppléer à l'insuffisance de la chemisette par un petit gilet de piqué blanc à boutons d'or.

Les manches des vestes sont plates, aussi bien que celles des amazones.

Le chapeau à large bord, de création nouvelle, mérite une menliou honorable. Il sied parfaitement aux dames, surtout lorsqu'il est orné d'une longue plume, et il est bien préférable au chapeau d'homme, qu'elles s'étaient approprié.

Pendant les grandes chaleurs, quelques dames remplacent la cravate par un ruban de velours attaché avec une boucle d'or.

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