‹ Le cabinet de lectureChapitre 29 sur 249 · EXTRAITS D'OUVRAGES INÉDITS ET NOUYEACV · texte numérisé non relu

EXTRAITS D'OUVRAGES INÉDITS ET NOUYEACV

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ET LE CERCLE RÉUNIS

GAZETTE DES FAMILLES

Le Cabinet ilr Lecture est imprime en caractères oeufs

SOMMAIRE

lurnii et F.iiint.i. par M. Bbrsqict ("ivi.i i r. — I.e Sermon de ili\ minutes suite et lin , par M. If Behthoi d. —Souvenirs du Voyage a Sainte-Hélène, par M. l'abbé F. Coquebeau. La Belle-Poule, par M \ristide (il ilbert. — Les Emigrés et les Ki îpublicains, par M. le Comte de Pbymajgbe. — Tribunaux : Chancellerie royale de Grenade; l'nliee municipale; Justice de paix; Garde nationale. — Théâtres: leodémie rovale de Musique, Représention nu bénéfice de Mario: MademouelU HennefeUar; Opéra-Comique, // Huiltarcro. — Bals. — Tablettes des cinq jours; Faits divers.

BYRON ET FATITOA.

\ quelque distanre du village 4'Ovéido, situe, selon l'opinion de plusieurs géographes, sur l'emplacement qu'occupait jadis la Mlle d' ibydos, où les poètes ont placé l'histoire de Léandre, mais d'où le fanal d'Héro u'eelairait plus lTlellespont . s'élevail , eu 1810, une cabane de pécheur, au |iied de laquelle la mer venait expirer, lies ruines éparses. des fondemens a demi ensevelis sous la clématite et le lierre, quelques 'fûts de colonnes qui servaient aux paysans turcs de piiux pour dresser leurs tentes, étaient tout ee qui restait alors de cette poétique cité, chantée 'vide.

C'était dans les premiers jours du mois de mai. Courbé sur la grève, un jeune homme recueillait dans des seaux de fer les produits d'une pèche abondante, tonnant la tête de temps i autre pour échanger un regard avec *a femme <pii brodait une reste de laine rouge sur le seuil de la petite iiiaisiiii

a Mur leur Bgure sereine, étincelante de jeunessi et d'espérance, on devinait que «es pauvres «eusse contentaient de l'humble destinée (pie Dieu leur avait faite, et que l'amour, en leur donnant la résignation, avait attaché des charmes i leur pain reté

Tout ii cou)) la mer, sortant de son immobilité, amena sur la pla<*i un jeune homme à demi-nu et dont les forces semblaient épuisées. Il si dressa sur ses pieds avec de pénibles efforts, et, secouant sa longue chc.1 velure noire toute blanchie d'écume, il essaya de faire quelques pas; mais son visage pâlit et il tomba à terre prive de connaissance

l.e pécheur, qui l'avait aperçu, s'avança précipitamment vers lui: souleva sa tête, posa la main sur son cœur pour s'assurer s'il existait encore, et le chargeant sur ses épaules, il le transporta jusipi'.i la CI I.a, les deux époux retendirent sur une natte et employèrent tous les moyens que leur suggéra, leur humanité pour lui rendre le sentiment qu'il avait perdu.

C'était un homme d'une trentaine d'années, dont les formes eussent clé parfaites sans la disproportion presque imperceptible qu'un examen attentif faisait découvrir dans la longueur d.' ses jambes ci dans la i mation de ses pieds. 1 ne énergie ardente et une liiimeur hautaine se trahissaient dans la coupe hardie de ses yeux et dans les lignes déda gueuses de ses lèvres On retrouvait dans sa bouche el dois s. m menton quelques uns des contours qui caractérisent la beauté grecque; il avail le front élevé, les tempes larges, ei l'ensemble de ses traits semblait dégagé, si l'on peut parler ainsi.de l'empreinte dégénérée qu'j Lussent les inquiétudes et les soucis vulgaires de la vie

Grâce aux soins qu'on lui prodigua, l'étranger ne tarda point à rouvrii les veux, il considéra avec eto ■ineni le pécheur qui se tenait debout

devant lui, entourant de son liras le cou de sa jeune épouse: puis il

étreignit son front comme | r v faire revivre des pensées effacées, e

murmura avec un léger accent anglais, en contemplant nu médaillon

suspendu .i sa poitrine :

— Ada ehère et malheureuse enfant ' et n'avoir d'elle qu'une boucla de cheveux, .. souvenir envoyé par une main inconnue à un voyageur sans famille et sans patriel

^près avoir prononcé ces mots, l'étranger tomba dans une méditation profonde

— Race incorrigible et éterni Ile ! s¥cria-l il avec mu sourire d'orgueil savans s'upidi s gui niez li s poétiques amours d'Héro $ûe direz-roui p»

apprenant qu'un poète a traverse l'IIellespont à la nage, pour vous convaincre d'ignorance et rétablir une vérité contestée ? Puis s'adressant au pêcheur :

— Quelle est ta nation? lui demanda-t-il.

— Je suis ne à Ovéido.

— Tu es Turc, murmura l'étranger en fronçant le sourcil , triste pays OÙ l'on rencontre la servitude dans ce qu'elle a de plus ignoble, et le despotisme dans ce qu'il a de plus affreux !

Le pêcheur regarda attentivement son interlocuteur, comme s'il n'eût pas bien saisi le sens de cette exclamation :

— Le tigre, répondit-il après un instant de réflexion , est le tyran et l'effroi des forêts; mais le passereau végète et meurt inconnu. Isole sur ces rives, je ne connais ni la puissance, ni le remords. Le monde pour moi commence à cette mer et finit à ces ruines. Étranger, voici toutes mes richesses.

Et il montrait du doigt sa charmante compagne , dont le front rayonnait de candeur et de pureté.

Les dernières paroles du pécheur firent faire à l'inconnu un douloureux retour sur ses malheurs personnels; son visage prit un caractère solennel de tristesse et de découragement.

— Oh! dit-il, si les soucis n'habitent jamais "parmi vous, fermez-moi lé seuil de cette cabane ; rejetez-moi au sein de ces Ilots moins ineonstans que ma fortune et moins agités que ma destinée; car partout où je viens m'asseoir la douleur entre avec moi.

Les deux époux le regardèrent avec une vive expression de sensibilité, et le pêcheur repondit ■

— Le Coran a dit : « Ne cherche point à pénétrer ce que tu ne dois pas savoir. Accueille le pauvre et le voyageur. Dieu aime la bienfaisance. »

Mais il s'aperçut, en parlant ainsi, que l'inconnu, vaincu parla fatigue et la lièvre, avait laissé retomber sa tète sur la natte, et qu'il venait de s'endormir.

— Cet homme est donc bien malheureux , murmura la jeune femme d'une voix pensive:

— Oh ! oui, répliqua le pêcheur, en posant un long baiser sur le front de sa compagne, il n'a pas sans doute une Fatima !

Une semaine se passa sans que l'étranger, remis entièrement de ses fatigues, parlât de quitter la cabane. Sa vie errante, ses chagrins, la publicité que l'Angleterre avait attachée à ses fautes et à ses malheurs, semblaient s'être effacés de ses souvenirs.

Toujours esclave de ses caprices, il oubliait plus que la frégate Ihe Salsele l'attendait à l'ancre dans le détroit des Dardanelles; et son génie mélancolique ne pouvait s'arracher à cette nature grandiose, ou le bruit des vents et des flots est éternel. Peut-être aussi la beauté et les grâces naïves de Fatima avaient-elles pris sur son coeur plus d'ascendant qu'il ne l'avait cru d'abord et qu'il ne l'aurait désiré.

Un matin cependant , l'étranger vint trouver le pêcheur sur la grève : son visage était soucieux, et sa voix avait perdu cette suavité qui lui donnait un charme irrésistible.

— Déroule ta voile, Marcos, je vais partir.

En prononçant ces mots, il jeta un coup d'oeil furtif sur Fatima, pour chercher sur ses traits l'expression d'une souffrance ou d'un regret ; mais la jeune femme ne se troubla point; ses joues conservèrent les couleurs brillantes qui les animaient.

— Eh quoi ! vous nous quittez déjà? dit-elle.

Le voyageur qui n'attendait qu'un signe de sympathie pour ajourner soû départ, et pour ajouter une nouvelle victoire aux douloureux trophées qu'avait déjà conquis son orgueil, eut peine à cacher le dépit que lui causait l'indifférence de Fatima. Pendant toute la traversée , il demeura silencieux, les yeux fixés sur les lieux d'où il s'éloignait, et où il avait

ressenti un sentiment qu'il ne se croyait plus susceptible d'éprouver Cependant la sérénité majestueuse de l'Hellespont, la vue éloignée des Dardanelles, ces clefs de Constantinople que les Turcs appellent poétiquement lioijhasac hsari , et dont les tours étaient battues par les vagues; tous ces grands aspects de la nature qui parlent si puissamment aux imaginations ardentes, chassèrent peu à peu la mélancolie à laquelle il était en proie, et quand le bateau du pêcheur atteignit les flancs de la frégate, nulle sombre pensée n'attristait plus le front du poète.

La joie fut grande à bord du llie Salsele, au retour du célèbre passager, dans lequel nos lecteurs ont facilement reconnu Byron. Le lieutenant de marine Ekenhead , qui avait partagé les périls de son aventureuse expédition , et le capitaine Batburst l'accueillirent avec les plus vrvVs démonstrations d'amitié; mais le poète se contenta de leur serrer la main, et , faisant ouvrir une de ses malles , il en retira des étoffes magnifiques et des joyaux d'une grande valeur qu'il offrit à Marcos.

— Fatima n'a pas besoin de cela pour être belle ; mais, lui dit-il, ces dons serviront à vous rappeler le voyageur inconnu; pour moi, je n'oublierai pas les pêcheurs d'Oveido.

La mer était calme, le ciel clair et transparent, et tout eût présagé au petit esquif une heureuse navigation , si un nu âge , apparaissant comme un point dans l'espace, ne fut venu exciter l'inquiétude des matelots de la frégate.

Byron partagea vraisemblablement ces craintes, car on le vit s'établir sur le pont, une lorgnette à la main. En effet , le image s'accrut avec une effrayante rapidité; bientôt des traînées ardentes sillonnèrent le ciel , le vent mugit avec violence, les vagues enflèrent, et leurs flancs bleuâtres formèrent de mouvantes montagnes sur lesquelles la frêle chaloupe semblait suspendue. Indifférent au danger qui menaçait le vaisseau, le poète, qui savait seul qu'un autre drame se jouait sur la grève, suivait avec anxiété les efforts désespérés du pêcheur. Ce fut une lutte admirable et terrible; mais elle ne dura qu'un instant. Une rafale fit pirouetter la barque, qui tourna plusieurs fois sur elle-même , et finit par ^s'ensevelir dans les Ilots. Au moment où elle disparut, Byron, trompé sans doute par son imagination, crut entendre, à travers la tempête qu'il domina, un cri si déchirant , qu'il lui sembla échappé des lèvres de Fatima.

— Toujours la douleur! toujours la mort! s'écria-t-il.

Au bout de quelques minutes, la tempête s'étant apaisée , le capitaine fit mettre une balancelle à la mer, pour rechercher le corps du pécheur. De son côté, Byron ne se sentant pas la force de contempler le désespoir de Fatima, appela son valet de chambre, le même qui, remarquant un des bas-reliefs du Parthenou, s'écriait quelques mois plus tard : « Quel beau dessus de cheminée cela ferait, milord! » 11 lui remit une bourse de 200 piastres, en lui enjoignant de la déposer entre les mains de la pauvre veuve.

Trois heures après, la balancelle revint vers le vaisseau. Fletcber rapportait a son maître la bourse qu'on n'avait pas ouverte , avec ces mystérieuses paroles de Fatima : >■ Qu'ai-je besoin d'or? quand le cœur cesse de battre, la vie s'éteint. »

Deux jours s'étaient écoulés depuis le naufrage du pêcheur. Fatima était assise sur le seuil de la cabane. Un de ses bras reposait sur ses genoux et soutenait sa tête, tandis que l'autre main agitait machinalement les grains de son comboloïo (rosaire). Sa ligure, légèrement pâle, aurait paru aussi sereine qu'au temps de son bonheur, si quelque chose de fiévreux n'eût fait rayonner ses yeux d'une façon étrange, et si le large cercle bleuâtre , trace autour de ses paupières , n'eût révélé une longue insomnie.

Pendant qu'elle était ainsi pensive et silencieuse, une chaloupe s'approcha du rivage. Le bruit cadencé que produisit la nacelle, en rasant la surface des Ilots, parvint aux oreilles de Fatima. Elle leva la tête, et un

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éclair d'indéfinissable satisfaction illumina son regard en reconnaissant

le poète.

— Soyez le bienvenu, dit-elle en lui tendant la main.

Byron la considéra avec une profonde surprise; son Iront se couvrit d'un nuaiie, et il murmura presque involontairemenl :

— Toutes les femmes se ressemblent-elles?... quoi pas un remvt, pas une larme...

Kutima l'avait écoute avec une attention ironique.

— Des pleurs, des regrets .. interrompit-elle en agitant dédaigneusement la tète, oh! non, milord !.. .le désirais VOUS revoir une dernière l'ois pour vous souhaiter le bonheur que vous méritez et que vous paraissez ne pas avoir obtenu... Et maintenant adieu !

— Où comptez-vous donc aller, Fatima?

— Ici, là, n'importe... partout ou je ne trouverai plus de souvenirs déchirans; L'image des joies évanouies.

— Et vous quittez sans regret cette cabane ?

— Sans regret.

— Pour long-temps?

— Pour toujours.

En parlant ai'.isi, Katinia bondit gracieusement sur les rochers, cl elle se perdit un instant dans leurs anfractuosilcs et parmi les ruines qui bordent les rives de Sestos. Byron, surpris d'abord de cette tuile imprévue, s'élança sur ses traces, et ne tarda pas à l'apercevoir à genoux sur les bords d'un précipice,

La triste solitude de ce lieu sauvage, qui contraste si étrangement avec la nature riante et féconde qui l'environne; l'attitude romanesque de Fatima, enveloppée de sa longue chevelure gonflée par le vent; les râlemens lointains de la mer; toutes sortes de circonstances extérieures se réunissaient pour offrir a l'œil et a la pensée un de ces tableaux qui ne peuvent être rendus par un peintre, ai décrits par un poète. Le jeune \nglais fut frappe de cette scène qui lui rappelait les sombres siles de Morven et de Lôch-na-garr; puis, s'agenouillant auprès de la femme du pécheur:

— Pardonne-moi, lui dit-il, si j'insulte à tes larmes; mais qui pourrait ne pas t'adorer, en te voyant ainsi1 Les femmes sont si belles quand elles prient !

Katinia ne jwrut ni surprise ni blessée de ces paroles; seulement, par un mouvement machinal, et qu'un eût pu croire involontaire, elle se rapprocha de l'ouverture du précipice, et un sourire douloureux effleura ses le\ res :

— J'étais orgueilleuse de mes charmes, parce qu'ils faisaient la gloire de Marcos. mais aujourd'hui...

— L'avenir est a Dieu, interrompit le poète : ton cœur peut revivre dans un nouvel amour; le bonheur n'est pas mort pour toi..

Fatima secoua la tête, et se relevant avec dignité .

— Mon bonheur .s'est englouti lu, dit-elle en désignant la mer. Pois montrant le ciel.

— Je le retrouverai la-haut !

\ ces mots, elle se pencha sur l'anime, prononça une dernière parole qu'on n'entendit pas, et disparut

Lord Byron gagna le soir même the Saltete, qui devait le conduire à c.onstantinople. Les passagers de la frégate purent remarquer quelle sinistre influence le drame dont il avait été acteur el témoin, avait exercée sur l'esprit de cet homme, qui méprisai) assezle monde au duquel il avait vécu, pour écrire sur la tombe d'un chien de Terre compagnon de ses voyages el de ses dangers

t Ce monument recouvre un ami ; je n'en eus qu'un seul, . elc'csl ici ([D'il repose. •

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(Echo de la Pre

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