‹ Le cabinet de lectureChapitre 33 sur 249 · FRANCIS · texte numérisé non relu

FRANCIS

Opéba-Comiqi e. — // Guillarero , opéra-comique en trois actes,

paroles de M, Scribe, inusiquede M. lialevv — N'en déplaise a M Scribe,

Il Guillarero n'est autre chose (pie le drame de Ruy-Blas, arrangé et découpe pour opera-comique. Seulement, au heu de se passer en Espagne, la scène se passe en Portugal! Ne vous gênez pas pour si peu, M. Scribe !

i u pauvre orphelin, entant perdu de l'harmonie, un jeune guillarero ou chanteur des rues, troubadour affame qui porte de ville en ville sa misère et ses chansons, a rencontre par hasard, dans ses courses errantes, une beauté merveilleuse, inconnue, et le pauvre diable en est devenu amoureux, mais amoureux ton ' I cite beauté est une des plus riches et des plus lieres héritières de Portugal. Notre infortune guillarero va donc mourir de désespoir et d'amour, quand un grand seigneur lui frappe sur l'épaule et lui dit : Veux-tu la fortune, les honneurs, un sort brillant, des habits brodes, et, de plus, veux-tu le eu ur, veux-tu la main de la belle et riche Portugaise ? Le pauvre guillarero, tout étourdi de bonheur, croit rêver, mais accepte toujours , quitte a voir s'envoler en fumée son beau rêve! Ce seigneur si généreux et si complaisant, le don Salluste de la pièce, est Alvar, le noble \lvar, qui a rem un outrage de /.arah, w\ Soufflet de sa blanche main et de son gant parfume, cruel affront pour une joue castillane' \ussi, don \lvar a-l-il jure, par l'épée du Cid, de se venger! C'est notre artiste en plein vent qui va servir à sa vengeance Zarah, la noble et dédaigneuse /.arah, épousera un chanteur des rues!

Notre pauvre diable de troubadour errant est donc reçu, accueilli, fête à la Villa-Ileale, sous le nom brillant, de don Juan de Cuv niarcus, jeune seigneur millionnaire récemment arrive du Mexique /arah le voit . l'entend , reconnaît la voix qui, mystérieuse et passionnée, lui chantait, la nuit, au clair des étoiles, de si douces romances, des i •antilencs si t;raeieuses.; elle aime, elle aune enfin, la belle indifférente ! et bientôt elle épouse le guillarero sous le faux nom et les faux habits de don Juan !

Le mariage est célèbre -, tout est mû, quand Alvar, dévoilant sa ruse infernale, jette la honte et le desespoir au cicur de /.arah, et renvoie le malheureux chanteur a sa guitare et à ses haillons ! Le rêve s'est évanoui; tout est perdu pour notre infortune guillarero; non seulement /.arah l'abandonne, mais elle va le mépriser, quand le généreux artiste se A voue, à la mort, en se faisant passer pour le duc de liraiiancc, prétendant qui lin à t par mouler sur le trône, comme tous les pretendans d'opéra

comique. Enréc pense de son noble dévouement, le guillarero es\ fait

comte, millionnaire, et la belle, /.arah lui rend sa main, son estime 61

son cœur !

Tel est le poème de M Scribe, coupe, taillé en plein drap dans /(</;,- Mas, comme vous voyez M llalew , L'auteur de l'Éclair, a écril sur ce ILbretto une musique gracieuse el savante à la fois. L'ouverture el le pn niier acte soui peut-être un peu faibles, mais le second et le troisième

actes de cette nouvelle partition renferment des be.iules remarquables,

des duos dramatiques pleins d'ame et de verve, el des morceaux d'ensemble entrain, uis. Nous devons surtout signaler, au premier acte, la charmante romance d'entrée de madame (apdeville, et, au troisième, une autre délicieuse r .ince Portez, motuieur, partez I C'est une

mélodie déchirante parfaitement rendue par la nouvelle cantatrice, lui somme, // Gititlarrro est un brillant succès pour I Opera-Coimquc Madame Capdcvilh-, jeune et belle débutante, a chante son | rôle avec beaucoup de sentiment el de goût; c'est une cantatrice heureusement

.su

«louée, qui a une fort belle voix de contr'alto, et qui chante avec une méthode parfaite. Ou nous nous trompons fort, ou madame Capdeville est destiuée à de brillans triomplies sur la scène lyrique. C'est une précieuse acquisition pour l'Opéra-Comique : jeune, belle et excellente cantatrice,elle réunittroisgrandesquatitéspourime prima donna! Roger, dans le rôle du guiltarero, a aussi déployé beaucoup de talent, c'est une justice que nous devons lui rendre. Le poète, le compositeur, la débutante et le ténor, tous ont été couverts d'applaudissemens. Cette brillante soirée promet beaucoup au caissier de l'Opéra-Comique. A. D.

BALS

Samedi dernier, il y avait cinq mille personnes à l'Opéra. Malgré vingt entreprises rivales, ses bals se sont assuré la vogue. C'est tout simple : le public ne se laisse pas prendre par des paroles ; il veut des faits. Il sait qu'il n'v a pas une salle en France oii l'on puisse trouver autant de grandeur et de magnificence; que le foyer de l'Opéra est le rendez-vous journalier d'une société choisie ; qu'aucun orchestre n'est comparable à celui de Musard. La foule vient donc aux hais de l'Opéra, parce qu'ils doivent être, et qu'ils sont en effet, les plus beaux de Paris. Si jamais elle s'en éloignait, c'est qu'on cesserait de songer à ses plaisirs ; tout prouve au contraire qu'on s'en occupe constamment. Que l'administration persévère et le passé lui présage un succès certain.

TABLETTES DES CINQ JOURS

Faits divers.

20 Janvier. La Seine a diminué pendant cette nuit de 20 centimètres. Déjà les ports de déchargement commencent à se découvrir; mois il faut encore au moins une nouvelle baisse de deux mètres pour que la navigation, depuis si long-temps interrompue et attendue avec tant d'anxiété, reprenne son cours ordinaire.

— On fait la remarque suivante au sujet des graves inondations produites en ce moment par de très petites rivières.

« Toutes les fois qu'à la suite d'une gelée qui a pénétré assez avant <laus le sol, la neige tombe et s'accumule en grande quantité ; au moment du dégel, l'eau provenant de la fonte des neiges ne pouvant être absorbée, doit occasionner une crue considérable dans les rivières. En 1820, de semblables sinistres avaient eu lieu : les circonstances étaient les mêmes. »

21. — On va lancer prochainement à Lorient une frégate de f>0 canons, ta Sémillanie.

— On nous écrit à la hâte de Chalon-sur-Saône, le 17 janvier :

« Un affreux événement vient d'arriver près d'ici, entre quatre et cinq heures du soir. Le bateau à vapeur la Citis était venu à Chalon-sur-Saône, avee ses chaudières et bouilleurs , construits dans les usines de Pont (Haute-Saône), ainsi qu'une partie de la machine, pour en recevoir le complément fait au Creusot.

<> L'un des chefs de cet établissement, M. E. Schneider, M. Bourdon, ingénieur, M. Pognon, maire du Creusot, M. Bresson, capitaine d'un autre bateau à vapeur, et plusieurs mécaniciens et ouvriers étaient à bord pour assister aux essais ; toutes les précautions d'usages avaient été. prises, le niveau d'eau des chaudières venait à l'instant même d'être vérifié, lorsqu'un bouilleur ayant crevé, une explosion terrible a eu lieu ; l'arrière du bateau a été emporté.

« Sept ou huit personnes, parmi lesquelles on nous signale MM. Pognon et Bresson, ont été tuées, noyées ou brûlées; les autres ont échappé comme par miracle. M. Eugène Schneider n'a point eu de, mal, et M. Bourdon n'a qu'une légère contusion à la tête.

22. — A Snint-Omer, l'inondation a interrompu les communications

avec le camp, et il a fallu y envoyer des vivres d'Aire, sous l'escorte d'un escadron de cuirassiers.

Les ducs d'Orléans et d'Aumale , arrivés le 15 au soir à Saint- Omer, avaient été retenus quelques temps, au dessus d'Arqués, par l'inondation. Plusieurs ponts ont été entraînés par la violence des eaux.

— Sur toute la ligne de l'Escaut, les inondations s'étendent sur des portions énormes de terrain. A la jonction de l'Escaut et de la Sensée, à la jonction de l'Escaut et de la Scarpe, les campagnes intermédiaires sont couvertes par les eaux, et de Saint-Amand jusqu'en Belgique, la vue s'étend sur un lac immense. En général, le dommage se borne à des pertes matérielles ; mais pourtant on a eu à regretter la mort de quelques personnes. Un plus grand nombre aurait péri sans le dévoûment des bateliers. Près de Cambrai, six personnes entourées de toutes parts allaient disparaître, lorsque des bateliers se jetèrent à la nage pour atteindre une barque au moyen de laquelle ils purent recueillir ces malheureux , qui , avant de rejoindre la terre ferme, virent s'écrouler la maison qu'ils venaient de quitter. Ils ont tout perdu, ils n'avaient pas même eu le temps de se vêtir.

Heureusement, d'après les dernières nouvelles, les eaux commençaient à baisser. Il y avait plus de trente ans qu'on n'avait vu pareil désastre dans ces contrées.

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