‹ Le cabinet de lectureChapitre 43 sur 249 · I.;i continu,- «l'Alger · texte numérisé non relu

I.;i continu,- «l'Alger

I . prévenu est porteur d'une de ces physionomies bnilées du soleil et fortement caractérisées qui se rencontrent rarement dans les latitudes

septentrionales D'ailleurs, s iccenl témoigne assez de son origine \

la bonie de nos ménages parisiens, le déhï dont il s'est rendu coupable ii i rien de bien excentrique, mais il ne se présente que trop souvent sur les bancs de nos tribunaux L'excuse que lui donne Elzéar- David Gabizon est assez neuve pour être consignée dans les fastes correctionnels des infortunes conjugales.

M le Président. — Gabizon, vous êtes prévenu d'avoir porté des coups

a votre femme, et même de lui avoir lait de graves blessures.

— Pour les petits coups, e vero, messie, t vero; j'ai battu, ma pas blesse.

t — Vous avez battu votre femme avec une canne?

— Ma non, ma non. avec un bâton.

— Votre conduite est inexcusable, et nous ne comprenons pas la distinction que vous voulez établir.

— Excousez! ton, la permission del tribounal, c'est lé coutume de •noun pays.

— De quel pays êtes-vous?

— Zé souis d'Alger; per Dto! On bat sa femme dans les états barba-

resques; ça se passe en meuaze, sans brouit; c'est lé COUtume. Hilarité.,

— Encore une fois, votre conduite est inexcusable; nous n'avons que faire des mœurs de votre pays, vous êtes en France, et vous devez vous conformer a la loi française.

— Ma, quand zé vous dis qu'elle est pas blessée , capisce; zé vas vous dire la cosse, ero /.e rencontre ma femme alla stracla San-Lazare; zé souis sépare d'elle, et ze voulais faire la pace; ze loui dis : Mi Conota? Aile nie repond ; liirbante, tascinte mi ' Ce qui volt dire, mes&ié I 19 te promener, carogne! dans le langaze de mon pays. Alors le langue m'a fa souhenirde la coutume, et /.'ai baltou la mia moglieavec le bâton, ma poco, poco, pochùsimo! Ouna petite courection pour m'avoir dit /</;•hante: c'est clair, capisce!

11 résulte de la déposition des témoins que Gabizon, natif des étals barliarestpies, s'est marie, il y a près de quatorze ans, à la demoiselle Louise F..., professeur de langue française. Mais bientôt Gabizon, toujours en mettant en pratique la coutume d'Alger, causa de telles scènes dans sou ménage, que Louise F... perdit toutes ses élèves. Depuis deux ou trois ans, Gabizon s'était décide a quitter la France ; mais, se rappelant un jour toutes les douceurs de la vie conjugale, il a de nouveau abandonné l'Afrique et est retourne a Paris, ou Louise F... vivait tranquillement du produit de quelques leçons particulières. C'est alors qu'ayant rencontre sa femme rue l.aint-La/.are , avec deux jeunes Biles qui lui étaient conliees. il s'est précipite sur elle et lui a prouve d'une manière

un peu trop énergique qu'il avait fait de nouveaux progrès dans la connaissance des coutumes barbarcsqiies.

Le tribunal, sur les conclusions sévères de M. l'avocat du roi, qui a fait ressortir l'odieuse conduite de Gabizon et l'a présente comme un

homme très vindicatif et 1res dangereux, l'a c lanme à un an d'einpri-

sonnenieai, cinq ans de surveillance el aux dépens.

(Droit.)

JUSTICE DE PAIX.— 3" abbondissbmbnt.

(Présidence de M. Lnuvet.) Ole m'oubliez pan.

Oli! que de souvenirs ce titre reveille ! quel passé poétique et gracieUX se retrace a la pensée: .Vc m'oubliez pas ! c'est le mot qu'ont prononce nos lèvres en serrant pour la dernière fois la main d'un ami que les flots du monde ont emporte. .Vc m'oubliez pas! c'est la phrase qu'ont exprimé nos yeux en baisant telle petite main gantée que nous avions secrètement placée sur noire cour. Oh ! paroles sacramentelles de la

rie de jeune homme! oh ! naïve el tendre pétition des aines ingé s...

V m'oubliez pas!., que de souvenirs vous faites surgir à l'esprit!

Hélas! malgré cette prière de la jeunesse, prière si pleine de passion,

d'abandon el de foi, il est bien rare qu'on ne soit pas oublie Votre ami a bien voulu garder votre image présente à sa mémoire, nuis il va

être épOUX, père de famille, députe et ministre... La femme que vous aune/, vous a bien jure d'être lidcle, mais le jour de votre départ il

est venu quelqu'un qui l'a trouvée charmante, qui le lui a dit le lendemain Le moyen d'empêcher te présent d'envahir le passe mort pour toujours, et L'avenir qui m- viendra peut-être jamais!

Pourtant Régine, la gentille Régine, cette enfant pâle et tremblante qui s'avance vers le jupe, Régine a gardé sa promesse. Pour elle, ne m'oubliez pat est on serment sacre; quiconque y est parjure s'expose aux punitions de la Providence... C'est pour y rester lidcle qu'elle assigne devant la justice \i Regnard, bouquiniste: c'est tout un symbole

qu'elle réclame a cet industriel

Le jUge, \i Regnard, on vous réclame un livre de paie intitulé: Ht ■urrs pieuses des Dama chrétiennes?

Regnard — Om, monsieur, j'ai acheté ça en bloc avec une pacotille de

livres; niais ça ne se vend pas... j'aime mieux la Petite Cuisinière bourgeoise ou les OEuvres de Piron, voilà ce qui plaît au siècle actuel (Rires.) 11 est extrêmement sur sa bouche, le siècle actuel.

Régine. — Jetais apprentie chez madame Duval, une couturière qui habitait la rue Quincamppix. . . je savais déjà piquer les corsages et faire les volans à franges, quand elle mourut. C'était une brave et digne daine... qui m'aimait, moi, pauvre orpheline, comme sa fille. Quand elle a été mise dans la terre, j'ai tant pleuré que je suis tombée malade. Ce n'est que six semaines après que j'ai pu sortir pour réclamer les petits effets que j'avais chez elle... alors on m'a dit que tout avait été vendu par les héritiers.

Regnard, attendri. — : C'est touchant comme tout, cette anecdote; dans le genre de Paul et Virginie, une brochure qui s'est bien vendu dans les temps.

Le juge. — Vous avez formé, à cette époque, une demande en revendication?

Régine. — Oui, Monsieur, mais seulement pour mon livre d'heures; c'étail un souvenir, j'ai voulu l'avoir.

Regnard. — Mon juge, j'apporte le volume susdit : les Heures pieuses des danies, édition de is->2, reliées en maroquin rouge... le voilà... Du moment OÙ mademoiselle dit qu'elle consent à me rendre les 3 francs qu'il m'a coûté.

Régine. — Sans doute, je paierai les frais de votre adjudication... mais je veux mes Heures. ..et celles-là ne sout pas mes Heures... C'est pour avoir les miennes que je vous ai assigné...

Regnard. — Mais comment savez -vous que ce volume n'est pas le vôtre; c'est la même reliure, l'édition est pareille, les gravures sont semblables.

Régine, tristement. — Oh! je connais bien mon pauvre livre... Il s'ouvre toujours tout seul à la même place (Vif mouvement de curiosité . D'aillleurs, il est plus usé que celui-ci!..

Le juge. — On vient de déposer au greffe, monsieur Regnard, un livre pareil à celui-là et que votre femme vieut de retrouver dans votre boutique... (Le juge prenant le volume des mains de l'huissier.) Voyez, Mademoiselle, c'est peut-être celui-là?

Régine , tremblante de joie. —Oh! mon Dieu!... c'est lui... il est à moi ! . . .

Le juge. — C'est fort bien. Mais qu'est-ce qui nous le prouve? Comment justifiez- vous qu'il soit plutôt à vous que l'autre?

Régine. — Il s'ouvre tout seul à la même place... à l'ouverture de la messe... tenez, voyez.

Ici Régine pose le livre d'Heures, qui, en effet , s'ouvre au milieu, laisse voir l'endroit ci-dessus indiqué, qui est marque par une petite fieur sèche appelée myosotis ou?ie m' oubliez pas. Le juge. — C'est vous qui avez marqué cet endroit ? Régine. — Si c'était moi,tiendrais-je tant à ce volume? C'est ma mère qui v plaça elle-même cette fieur du souvenir quinze jours avant de descendre dans la tombe. (Vive émotion.)

Regnard, naïvement. — Et comment se fait-il que le li\re bâille toujours à cet endroit ?

Régine. — Parce qu'à force de pleurer sur cette page, d'embrasser cette Heur chérie et de prier pour l'âme de celle qui l'y plaça, la reliure a pris ce pli définitif... qu'elle ne perdra jamais (Attendrissement général.)

Regnard ému , en remettant le livre d'Heures. — Tenez, Mademoiselle, je n'ai rien à dire!... Je vous prie seulement de garder vos 3 fr., et le livre neuf par-dessus le marché. Quand vous serez mariée, vous le donnerez à vos enfans, et pour leur mettre sans cesse sous les yeux un exemple de vertu et de bonté, vous n'aurez qu'à fane comme votre mère, qu'à y mettre cette fleur qui veut dire : ne m'oublie: pas'....

{L'Audience).

GARDE NATIONALE DE PARIS

CONSEIL DE DISCIPLINE DE LA 11e LÉGION.

Une citation pour «les citations.

Le président. — Vous êtes prévenu d'avoir mis le désordre au poste, M. Forest?

Forest. — Souvent un beau désordre est un effet de l'art; c'est du Boileau.

Le président. — L'art n'est pas en question ici; vous avez une fâcheuse manie, celle de déclamer au milieu du poste; vous faites des citations à propos de tout. Quand on vous a commande de faction, au lieu d'obéir de suite, vous vous êtes mis à faire une tirade sur l'honneur.

Forest. — L'honneur est comme une île escarpée et sans bords. On n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.

Le président. — Le premier honneur consiste à faire son service.

Forest : — C'est vrai, Yoisenon l'a dit dans sa Coquette fixée : Du service qu'on rend on jouit le premier.

Le président. — Vous apportez dans vos devoirs de garde national une négligence inouïe... pourquoi ne répondez-vous pas ?

Parce que, comme dit Sémiramis dans Voltaire :

Tout coupable est timide.

Néanmoins je vous dirai aussi avec La Chaussée:

Pour paraître coupable on ne l'est pas toujours, Il se peut que je sois blanc comme neige, sans que vous \oiis en doutiez.

Le président. — Justifiez-vous.

Forest. — Il n'est pas étonnant que j'aie sans cesse les auteurs entre les dents : je suis professeur de déclamation :

J'ai fait des comédiens et n'ai pas voulu l'être.

ou plutôt je ne l'ai pas pu, ayant les jambes torses et peu de TOix... Or, comme en province on exige qu'un tragédien sache chanter le vaudev ille, ca ne pouvait pas m'aller. Je me suis«fait maître d'éloquence pour ne pas mourir de faim, car

Aller en l'autre monde est très grande sottise, Tant que dans celui-ci l'on peut être de mise. Le président. — Vous pourriez bien, étant en faction, perdre cette habitude de déclamer. Pendant que vous avez été à la porte des Tuileries, on vous a entendu reciter, l'arme au bras, toute Vlphigênie en Aulide.

Forest. — C'est mon caporal qui dit ca... un vieux malpropre, qui a toujours son sabre entre les jambes; vous devriez bien lui dire les vers du Misanthrope :

On doit se regarder soi-même fort long-temps, Avant que de songer ;ï condamner les gens!... Le président. — Voyons, Monsieur, c'est votre langue qui tous est nuisible, vous en conviendrez; et, pour citer comme vous, je dirai avec Boissy :

Le trop parler, Monsieur, nous est souvent contraire. Promettez-vous de ne plus déclamer eu faction ?... vous' ne dites rien? (M. Forest n'ouvre pas la bouche ,

En cette occasion.

Le silence devienJE une approbation. Rire général.) M. Forest. — Je promets de m'observer, quand je serai au poste. je chercherai à vaincre mon penchant, et j'y réussirai, si, comme dit Rotrou :

Qui veut vaincre est déjà bien près de la victoire. ,

Lecitateur est acquitté.

(Audience).

THEATRES

r.i \ ussancb.— Le théâtre de la Renaissance a fait mardi son ouverture par le Proscrit et deux comédies qui ont permis au public d'apprécier les artistes de la nouvelle troupe, et de renouveler agréablement connaissance avec les acteurs de la première I n succès vraiment inou1 a accueilli cette ouverture, que va soutenir immédiatement une série brillante de pièces nouvelles. On annonce pour samedi la première représentation de la Fée aux Perles, pièce en deux actes avec airs nouveaux

\ m'.ietes. — Le Pèn Marcel, comédie-vaudeville en deux actes, par madame Ancelot. — La Descente de la Courtille, vaudeville-balletpantomime, «le MM. DuMBBSAN et l>i ri i XY. — Pour se consoler de la défaite de son mari à l'Académie française, madame Ancelot fait des vaudevilles aux Variétés. Malheureusement, et malgré tout le talent dramatique de l'auteur de Marie, ce n'est peut-être pas une bien brillante compensation.

/. Pire Marcel est le frère jumeau de Mat/tin* l'Invalide. — Marcel, comme tous les vieux troupiers de vaudeville, a moissonné beaucoup de lauriers et sauve la vie à son -encrai sur Le Champ de bataille. Pour prix de ce beau dévouement, le général a donne à Marcel un portefeuille de cent mille francs Ne sachant que faire «le cette somme, notre vieux soldat la plaça chez un M. de Gabrienne, banquier, qui se chargea de l'en débarrasser complètement en faisant faillite. M. de Gabrienne avait un Dis, qui, malgré la faillite de monsieur son père, devient un jour procureur du roi. et Mut épouser la ti lit- du général bienfaiteur de Marcel, jeune et charmante héritière qui se nomme \nna Malheureusement, Marcel aussi a un lils qui est amoureux en secret de mademoiselle \nua. l.e mariage avec M. de Gabrienne, le lils de ï honnête banqueroutier, ne

se fera donc pas: le père -Marcel se charge de l'empêcher, et, pour cela, le vieux troupier, calme et intrépide comme un jour de bataille, va droit .1 M. de Gabrienne, et lui réclame les cent mille lianes autrefois voles

pi iv I e procureur «In roi est accable sons ce foudroyant réquisitoire, et, pour laver la mémoire «le son père, il renonce a la inam il' \nna, rembourse les cent mille lianes, et. dans lin e\ees de générosité, sert de témoin a Marcelin, qui épouse vnna : union toucbantetlu fils du vieux soldat et de la fille du gém i

comédie, don! la lin ne répond point au commencement, n'a pas

obtenu un trop brillant sucées, malgré le naturel «lu dialogue et l'esprit

des détails, malgré le jeu si habile el si profond de \ émet, le vieux trou-

tacelot ne s'esl pas bien vengée aux Variétés de l'échec

de son mari a I" \cadi mie française.

\pres l'œuvre dramatique, voici la charge populaire, le dernier soupir

dn carnaval expirant au milieu de ses toiles joies et au bruit des grelots

enroue'-, la DescenU de la Courtille, ce fameux rendez-vous de tous les

pierrots, (le Ions les dominos, de tous les débardeurs qui viennent enterrer pompeusement Mardi-Gras à l'aube dn funèbre mercredi des < endres. l ne telle pièce ne s'analyse point : ce sont des charges, des quolibets, des laZZiS qui partent el se croisent comme des l'usées, ce sonl des

avalanches de pierrots et de pierreries, des trombes de débardeurs et de

postillons; ce sont des danses de sauvais avec aecoinpa^nenient de trompes fantastiques ; et puis, des couples perdus qui se retrouvent et des

couples unis qui se perdent ; enfin, c'est le |)l le-méle, la joie eelievelee.

le délire, la dernière heure du carnaval La pièce de mm Dumersan et Hnpeuiv est pleine d'entraînement et degaîté; et si vous vous respectez assez pour n'aller pas chercher la descente de la Courtille à la bannie.

vi.iis pouvez vous dédoi ager en allant aux \ ariét< s c'esl ins loin et

c'est bien plus amusant.

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