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LE SERIN JACOBITE

it en 1713, sous le règne de la reine inné, après la signature de

la paix dTJtrecht, lorsque la ville de Londres, encore émue de l'agitation

des derniers événemens politiques, voyait de temps en temps les orateurs

foule exprimer tout haut leurs opinions, parodiant en plein air nu

les tavernes les disputes du parlement

Au tournant d'une me iiu \\ est-End, poursuivi par les hourras de la

populace, un gentilhon s'arrêta devant un hôtel aristocratique, et in

retentir la porte de ces coups de marie, m précipités qui annoncent le

visiteur du beau n le La porte s'ouvrit, el le gentilhomme entra, non

sans avoir remercié par un salut a la fois digne et familier son tumultueux cortège, qui lui répondit par une acclamation mu l'on distinguait ces mots : \ lias le due de Marlborough! Vive Charles Mordaunt, comte de Peterborough!

La demeure ou tut introduit le comte de Petet borough, car c'était lui, semblait être une de celles devant lesquelles le tumulte passe d'ordi-

naire rapidement, et ou rien n'invite la populace ameutée a casser les vitres. <>n\ respirait des l'entrée cet air particulier de calme el «le repos

qui circule in. n seulement dans les couvens, mais encore clic/, la plupart

des vieilles tilles. Le portier était un vieillard en cheveux blancs, el c'était

leseul d estique de son sexe .pu vécût sous ce pacifique toit. Ce tut uni'

femme de chambre qui lii passer le comtedans l'appartemenl de la respectable ladj Judith Carey, propriétaire de l'hôtel, et tante maternelle

île Charles Mordaunt. comte de Peterborough.

i n attendant sa vénérée parente, qu'on était aile avertir de son arrive.', le comte reconnut au premier coupd'ceil que lesopj us de la vieille

miss étaient toujours les mêmes : un seul tableau décorait le salo t

c'étail le poitrail de Jacques II, le souverain détrôné. Ladj Judith, Ddèle jacobite, avait renoncé au ide,et vivait loin de la cour depuis la révolution de 1688. Il .'si vrai que les mauvais plaisans faisaient remarquer qUe l'époque de cette retraite coïncidai! avec celle de la découverte de quelques cheveux blancs sur sa tête blonde, comme si une jolie ladj mbarrassée de dissimuler ce premier signe du départ de la jeunesse, dans un siècle ou les lenuues et les h nés portaient perruipie

La v.iiie était que la.lv Judith avait encore plus d'un adorateur déclaré .le ses charmes el de sa vertu le jour où elle renonça toul à coup à les faire admirer plus long-temps au palais de Saint- hunes Uec le lapsdes années, le iacobitisme de ladj Judith était devenu une vraie passion platonique elleadorail les Stuarts dans le passe, le présent el l'avenir Ses regrets lui peignaient en hem toul ce qui avait précède iG8»; se rances lui faisaient entrevoir dans le retour de l'auguste famille exilée un nouvel âge d'or pour r Angleterre espérances el regrets suffisaient p0ur |a . ternellemi ni du présent Son neveu et son héritier, le e ! .!■' Peterborough, cet aim il

L'iieur. ce chevalier original, qu'on a min lé le dm, Quicl I de

l'histoire, o'avaii pas toujours ci.- précisément dans les l ne

mte si fidèle à ses principes Lecomteavail servi le roi Guillaume, et il servait encore la reine Anne; mais, en bonne p.. renie, après lui

avoir . jbir ses es I -lies contre l'usurpation el le

, „|y judith iil en souvenir de sa mère, l'amnistiait

d'avance au nom de Jacques III, et lui promettait même la confirmation de tous ses privilèges, titres, grades et emplois, sous la prochaine restauration. Bref, lady Judith aimait beaucoup son neveu, et en apprenant sa visite , elle fût accourue avec plus d'empressement , si elle n'eût été occupée à écouter le seul rival qu'il eût dans ses affections.

Ce rival du noble comte, du vainqueur de la Catalogne , du général, de l'amiral, du diplomate, de l'orateur, du galant courtisait, ô vanité des gloires humaines!... c'était... un S6riu!

11 est vrai que Fifi, aux yeux de lady Judith, était une créature de Dieu bien plus extraordinaire que tous les généraux, amiraux, diplomates, orateurs et courtisans de la nouvelle cour de Saint- James; Fifi était un oiseau miraculeux : il chantait, sans serinette, un air tout entier, un air jacobite, et prononçait très distinctement ces mots sacramentels : Vive le roi Jacques! Fifi était donc mieux qu'un serin, c'était presque un personnage politique.

Aussi on devine que Fifi, quand il n'était pas sur le doigt de sa maîtresse, chantait son refrain royaliste dans une cage dorée. C'était lady Judith qui renouvelait dé ses mains l'eau et le millet de sa riche prison ; c'était elle qui lui donnait chaque jour un biscuit sucré. On n'était pas admis facilement à l'honneur de voir et d'entendre Fifi ; il fallait pour cela avoir des opinions bien connues, et ce mystérieux culte rendu à Fifi n'avait pas peu contribué à donner à l'oiseau ime réputation sans pareille dans un certain monde. On lui attribuait encore plus de dons que le ciel ne lui en avait départi, et, selon quelques dames bien informées, ce n'était pas seulement un air que chantait l'oiseau, il en chantait dix; ce n'était pas seulement vive le roi Jacques! qu'il prononçait, mais tout un discours sur les droits légitimes des Stuarts, tout un discours plus éloquent que ceux de lord Bolingbroke.

Tel qu'il était réellement, Fifi faisait le bonheur de lady Judith ; elle passait sa vie à écouter ou à caresser le charmant oiseau ; elle l'aimait presque autant que le roi Jacques lui-même, et si elle avait pu tester en faveur d'un serin, certes, lord Peterborough aurait eu tort de trop compter sur l'héritage de sa respectable tante ; mais, protégé par les lois anglaises sur les testamens, le comte riait, à part lui, de la faveur de son rival, et se permettait même de contrarier quelquefois sa ta nte en criti quant le miraculeux oiseau. C'était, il est vrai, en rusé diplomate qu'il attaquait les qualités rares de Fifi ; il avait persuadé à sa tante qu'il en était jaloux, et lady Judith lui pardonnait une jalousie qui lui prouvait qu'elle était aimée de son neveu.

— Comme vous voilà fait, Charles! dit-elle au comte en l'apercevant; quel a été votTe dernier valet de chambre, ou de quel pays sortez- vous ? Car, comme le prétend le poète Swift, vous êtes à Vienne lorsqu'on vous croit à Madrid.

— Chère tante, répondit le comte, je viens tout simplement d'Italie, où j'ai passé, il est vrai, un mois en prison ; mais le désordre de ma toilette date de mon arrivée à Londres, et mon dernier valet de chambre a été la populace, qui m'a escorté jusqu'à votre porte pour me demander excuse de m'avoir pris pour un grand homme et de m'avoir voulu jeter dans la Tamise, en raison de cette méprise.

— Que voulez-vous dire, cher neveu?

— Je veux dire, chère tante, que je traversais modestement à pied Grosvenor-Square, en me rendant chez vous, lorsqu'un mauvais drôle a crié que j'étais le duc de Marlborough. Soudain, une vingtaine d'autres drôles, plus mauvais encore, m'ont assailli aux cris de à bas Marlborough! à bas l'avare! à bas le traître! etc.; ils commençaient même à porter la main sur moi, lorsque je me suis avisé de leur dire : « Vous •vous trompez, Messieurs, je ne suis pas le duc de Marlborough, et je vais vous eu domier deux preuves : premièrement, je n'ai que cinq guinées dans la poche; deuxièmement, je vous en fais cadeau. » Et je les ai jetées à cette canaille qui les a ramassées ; puis, sur l'indication d'un ancien laquais survenu en ce moment, j'ai été salué de mon vrai nom ; je croig qu'on m'aurait porté en triomphe .pour mes cinq guinées, si je

ne m'étais esquivé, aussi peu jaloux d'être caressé que d'être rudoyé par ces grossières mains.

— Mon cher Charles, dit lady Judith en riant, je vous reconnais bien, moi, à votre malicieuse saillie et à votre générosité. Voyons, combien va me coûter maintenant cette épigramme contre lord Marlborough : revenez-vous bien endetté de ce nouveau voyage ? Mais, d'abord, l'histoire de votre prison.

— Je reviens avec tous les droits possibles à la pitié d'une vraie jacobite, chère tante, vu que le mois de prison que j'ai fait dans la forteresse d'Urbin, m'a été imposé pour notre roi légitime.

— Pour Jacques III, Charles! Seriez-vous converti à la bonne cause? Vous entendrai-je enfin crier vive le roi Jacques III! comme un C.dèle sujet ?

— Comme Fifi, vous voulez dire? s'écria le comte en interrompant sa tante au milieu de sa phrase.

— Eh bien! oui, comme Fifi, incorrigible moqueur.

— Chère tante, plaisanterie à part, je reviens, je vous jure, l'ami reconnaissant de votre heureux oiseau ; et d'abord, pouvais-je ne pas penser à sa fidélité politique, à sa bienheureuse cage et à sa bonne geôlière, lorsque je me suis vu sous les verroux d'une prison italienne ? Mais, bien mieux, je n'ai pu réellement briser mes fers qu'en invoquant ma parenté avec vous et vos opinions à défaut des miennes.

— Je cherche encore à vous comprendre, Charles.

— En deux mots, au moment où j'entrais à Urbino, ne songeant qu'à ma santé un peu altérée, et nullement à la politique, je me vis arrêté par les ordres du pape, avec tous les Anglais qui étaient alors dans les états pontificaux, comme suspect d'un projet d'enlèvement contre la personne du chevalier de Saint-Georges... pardon, chère tante, de Jacques III, voulais-je dire. Or toutes mes réclamations et toutes celles de notre diplomatie n'avaient encore pu obtenir ma liberté, lorsque je reçus une lettre de vous dans laquelle vous me donniez de vos nouvelles et de celles de votre cher oiseau, sans oublier de me dire, selon votre coutume, que l'adorable créature ne cessait de chanter son refrain loyal et de répéter chaque jour son hommage de fidélité. Eh bien, cette lettre, que je fis passer au légat de Bologne, a eu plus de crédit que toutes les pièces diplomatiques, et l'on a délivré en moi, non le général ou l'amiral anglais, mais le neveu de la plus royaliste des tantes.

— Ah! Charles, vous revenez bien flatteur de votre voyage; mais je suis trop heureuse de vous croire, que vous soyez sincère ou non dans votre reconnaissance. Allons, venez premièrement saluer votre libérateur dans sa cage, et puis nous réglerons le petit compte qui, pour la première fois de votre vie peut-être, vous force de rendre justice à mon favori.

De toutes les manières , le comte de Peterborough savait bien qu'il n'aurait pas échappé au plaisir problématique d'entendre le précieux oiseau : il suivit donc sa tante avec la satisfaction de l'avoir mise de bonne humeur, et bien persuadé qu'elle remplacerait par une bourse bien garnie les cinq guinées jetées tout à l'heure à la populace de Londres. Le comte avait souvent besoin de rendre lady Judith indulgente pour ses folles dépenses, et il n'était pas embarrassé pour intéresser sa générosité par quelque bonne histoire; mais cette fois il sortait réellement du château d'Urbin, où il avait été enfermé par suite d'une dénonciation faite à la police romaine. Lady Judith dédommagea donc, sans trop compter, ce martyr de la sécurité du prétendant.

Quelque affection qu'eût lord Peterborougli pour lady Judith Carey, la bonne douairière n'eût peut-être pas reçu sa première visite, sans la pénurie de ses finances, qui lui défendait de se présenter partout ailleurs honorablement. Il avait au cœur un sentiment plus tendre, plus exclusif, plus tyrannique que celui qu'on éprouve pour la meilleure des tantes; il y avait pour lui , à Londres, ime voix plus ravissante que celle du merveilleux serin. Lord Peterborough était amoureux de la célèbre chanteuse Anastasie Robiuson. Il s'en croyait aimé ; il l'était même réellement, «i

son orgueil seul résistait encore nu désir de lui donner son nom jmr un mariage public. Quand revenail quelquefois, entre elle et lui, cette question sérieuse du lieu légitime . il se' rejetait sur les préjugés de sa taule. qui, selon le comte, déshériterai! un neveu' assez pi o jaloux de son rang pour le faire partager a une femme de théâtre. En dédommagement dece refus continuel de légitimer leur liaison intime, lofd Peterborough accablait sa maîtresse de préseris ; il ne savait résister a aucun de ses caprices, et. bien plus, il se plaisait aies faire naître uniquement pour prouver qu'il les avait souvent prévenus, \n istasie devinait bien le motif de tant de complaisances, et si elle feignait quelquefois d'être un peu difficile à contenter, c'était uniquement pour fatiguer la libéralité valante du comte. et l'amener à convenir qu'il lui en muterait cent fuis moins de t'àVoir pour femme légitime toute sa vie qu'une seule aimée pour maîtresse L'héritage de la tante risquait dune d'être dévoré par anticipation ; mais rien n'était trop magnifique et trop cher ans yeux <Ui Comte pour \nastasie; aucune de ses fantaisies ne lui semblait extravagante, tant qu'elle n'était pas impossible a satisfaire

l n jour milord Peterbbroogh trouva \nastasie rêveuse, et, a sa petite moue, à son demi-sourire, il comprit qu'elle avait une rèq*uêteli lui adresser. La duchesse de tforthumbèrland s'était montrée la veille 3 Byde- Park dans le plus délicieux équipage attelé ,le deux chàrmans poneys. Anastasie. qui l'avait long-temps suivie des yeux', S'était récriée sur la forme disgracieuse île sa propre voiture et sur le trot lourd de SCS deux

ls chevaux allemands. — Elle ne sait pas, se disait à part lui le comte, que le carrossier et le maquignon de la duchesse n'attendent plus que nies derniers ordres, et qu'en un quart-d'heure nous pomous aller à notre tour a Hvde-I'ark, exciter l'envie de toutes les ladvs a la mode. Bêlas! le pauvre comte était bien loin de deviner le désir qu'exprimaient la rêverie d'Anastasie, sa petite moue et son dethi-s'ourire Lrjrèsbien des circonlocutions et des détours oratoires, elle lui déclara qu'elle serait la plus malheureuse îles femmes, qu'elle oe chanterai! plus une note

au théâtre ni chez elle, qu'elle languirait, qu'elle t lierait malade, qu'elle

lisserait mourir, si elle n'obtenait pas la possession du serin de lady Judith Carey.

Le serin de lady Judith! Le comte Peterborough eût autant aime qu'Anastasie lui demandât le Phénix àe la mythologie grecque, le roc des Mille et une Suit*. ï oiseau bleu des contes de fées, la simôrgue et tout autre oiseau de la création îles pintes ou du monde antédiluvien Le Betîn de Ufdy Judith ! Mais comment l'obtenir de sa tante ? Impossible! lamais princesse du temps îles romans de chevalerie n'avait mis a pareille épreuve sou aventureux chevalier. Évidemment Lriastasîe voulait lui l'air.- perdre la raison, ou peut-être plaisantait-elle? Mais non : la demande était serii use, Vnastasîé le lui de ira. et plutôt que de renoncer à sa maîtresse , milord Peterborough lui promit qu'elle aurai! le serin. Par quels moyens? il ae le savait pas encore lui-même, el il le promit ■ c farrière-pensee du désespoir. — si je ne puis tenir ma promi

il, eh bien! je aie nierai, ou plutôt j'irai n er! — Car

milord, tout excentrique qu il était . à la fois marin el soldat, n'avait pas i du suicide pour abri ins compter que, voyageur in-

trépide, connaissant, comme Swift le lui rappelait dans uneépftre, tous les postillons et tous les rois de l'Europe, il pouvait .dans un dernier >i r sur quelque cime des Unes ou dés Pyréni es niant il avait promis le serin, el il finit par préférer le d< s probable de sa tante au sien, c'est-à-dire à celui il' Uiastasie; car l'obtenir de bonni il par trop difficile; et il se décida a le dérober. i ommenl s'y prit-Il? comment trompa-t-H la vigi . .,• de lady Judiib ? on l'ignore. Sans doute que, île même qu'en Catalogne, pour

uparer de la forteresse ae Dénia, il s'était ménagé des intelligi dans l,i place. N'importe enfin, le comte de Peterborough apporta ,

lebre serin a \naslasie. i n lui recommandant île le cacher a tous |,

de ne le garder que pour elle seule : ce que la capricieuse cantatrice promit, touchée de la nouvelle preuve d'amour que bu donnait un si grand capitaine. Or, il faut savoir que, sans espoir de tromper la Loune daim

mais uniquement pour faciliter l'enlèvement de Fili. on avait substitué au

i un autre canari de la même taille, de la m de, la même couleur, aussi bien appn. I en un

mot.... excepté qu'on eût vainement attendu de lui et l mots si bien prononces, ce fléfl p'o! p&r un pauvre oiseau à tous

les wbi'js et a tous les rëbellesjd' Angleterre I

Lé cb'htte de Peterborough, effrayé dé sou audace et de soi n'osait plus se présenter devant sa tante -, il s'éloigna même pendant quelque temps pour éviter toute explication. Lorsqu'il reparu! chez elle, un .rave incident avait eu lieu dans la politique d'action, et la vieil!, lady .hulitli ne pouvait v être restée iris Poussé par de mauvais côft-

seillers, le elievalier île Saint-! i cordes avait débarque et I 1 mais la

fortune avait trahi son eoui'a'.e. et il s'était rembarque vaincu, sa tête

prix, presque aussi malheureux à Sheriff ur quélé fui vin

après son Bis Charles-Edouard à Cullodèn

le comte ,le l'cierb, irOUgb n'eut donc pas besoin de paraître ,l ié

en trouvant sa tante si triste. Allant au devant de toutes Ses coud,,: elle l'entretint tout d'aboril elle-même de la catastrophe dont elle sait en Qdèle Jacobite; puis, par une transition naturelle, passant au .serin favori: \b ' mon cher Charles, ajouta-t-élle, non sans faire pâlir et frissonner le comte, vous qui quelquefois ne vouliez pas croire a la sensibilité de l'ili. apprenez que II Séa'tt, depuis que noire prince légitime

a étéisi fatalement trahi, refuse île faire entendre une seule note : jugez si ce témoignage dfe deuil ne m'attache pas encore davantage a mon idole.

, | Ce à sa bonne étoile et à la prévention de la noble dame. Il de Peterborough était sauve, il ri'èuk garde de démentir cette explication du silence svmpathique de I oiseau royaliste, et après avoir p]

ni mutisme a côté du ilevoiieiiient filial qui rendit jadis la parole au fils muet de Crésus, il alla recommander à sa chèn Lnasi ii ,le -aider plus scrupuleusement que jamais le secret de son heureux larcin.

11 est oe ces esprits chagrins et misanthropes qui, habiles à dëcouvrii une tache au soleil et une mauvaise pensée dans un cœur de femme, soupçonnent peut être Uiastasîe Robinson d'avoir bien moins possess du fameux serin, que le désespoir, et, p r suite, la mort de

eette excellente tante, qu'on lui opposait connue le

mariage avec le comte de Peterborough. v lit l'ait ce calcul,

fui bien trompée sans doute. Toutefois, le serin substitué mourut desa

mort naturelle; il niouriii. et, pour comble de douleur, la noble lad) .lu- .' trouvait alors sans consolateur, son neveu chéri était en voyage. Dieu sait combien de larmes coulèrent sur l'oiseau défunt !

La source de ces laine s û neure tarie, lorsqu'on iule

auprès de lady Judith une jeune el belle étrangère qui lui avait , tien mystérieux Lad) Judith, qui n'allait plucour, ni dans le momie, ni au théâtre, n'avait jamais entendu ni vu la célèbre Vnastasie, el c'était elle. En vraie sirène, elle captiva facilem

,1e la vieille dam oient le lit' .suppose de l'entretien sollicité par elle, el plus adroitement encore se trouva comme , leinenl amenée h chanter.. Quel air choisi! lnasi l'air si bien chante par le merveilleux serin, l'air jacobite ; car lady Judith, émerveillée el pleuranl d'e lion, se vit réduiti i r dans

son cœur que si Fifi vivait encore, il sérail surpassé pa

v,,i\. , invertir au roi légitime tous ses rebelles sujets des

\h ! quelle consolation, quel bonheur si un

chant pouvail de temps en temps venir charmer sa solitude ! Elle exprima quelque chose de cette idée à la belle chanteuse, qui s'v attendait,

mais qui modestement lui répohdil que son neveu, son neveu chi il un secret... qu'elle confiai! toul basa lady Judith.., son

.,.. ru-dé] i ops l'amour d'une fen hantait

pour i toujours i rel . lady Ju-

dith apprit que son neveu avait jure d'épOUSer la bel:, ie, mais

qu'il hésitait à conclure cet hymen, par crainte du ressentiment de sa

tante. Lady Judith était sous le charme; et, soupçonnant un peu la vérité, il lui échappa de dire : « Ah ! madame, pour peu que cette femme vous ressemblât, croyez que mon neveu ne serait pas grondé de l'avoir adorée et épousée sans ma permission.»

Nous n'aimons guère les longues histoires ; et comme le lecteur doit avoir deviné le dénouement de celle-ci, il est juste de l'abréger. A son retour de voyage, milord Peterborough, à sa grande surprise, retrouva sa tante, non seulement consolée de la mort de Fin, mais encore si bien disposée sur l'article de son mariage, qu'elle l'invita elle-même à lui donner une nièce qui pourrait lui chanter des airs jacobites pendant ses fréquentes abseuces. Sans excuse désormais, il se décida à épouser Anastasie Robinson. Celle-ci, sans craindre une dangereuse rivalité dans les affections de sanoble tante, voulut, le jour de ses noces, réinstaller Fili, le serin légitime, dans sa cage dorée. Cette restauration acheva d'enthousiasmer lady Judith pour sa charmante nièce, et lui fit prendre en pa" tience les règnes des deux Georges, qui succédèrent à la reine Anne, au détriment du roi légitime.

{Revue Britannique.)

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