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LA NOBLESSE DE CORSE ET LA MAISON KL'ONAPAIITE

Un petit pays comme la Corse, étranger par sa position géographique aux évéuemeus qui se passent sur le continent, semblerait devoir offrir le plus haut degré de certitude et d'unité dans l'histoire de sa noblesse. En effet, la classe des gentilshommes, contrainte d'y resserrer le cercle de ses relations et de ses alliances, est naturellement ramenée sans cesse à ne former qu'une seule famille, dont les diverses branches ont un égal intérêt a conserver leur filiation. Nulle confusion de rangs, nulle usurpation de titres n'est possible; l'origine, les droits à la prééminence de chaque maison noble sont trop distinctement connus pour que toute prétention mal fondée ne soit pas à l'instant frappée de ridicule. En l'absence même de titres authentiques et de documens écrits, les traditions orales suffisent pour sauver de l'oubli les annales glorieuses des grandes familles, et pour assurer à chacune sa véritable place dans la hiérarchie sociale. La conviction publique est le livre d'or qui s'ouvre le moins à l'intrigue et a la vénalité.

Cependant, les révolutions intérieures et les invasions étrangères dont la Corse n'a cesse d'être le théâtre durant dix siècles, ont jeté uue telle confusion sur son histoire, au moyen âge, qu'il est difficile de ne point s'égarer au milieu des récits mensongers et contradictoires des écrivains. D'épaisses ténèbres enveloppent surtout fréquemment ce qui concerne la noblesse, parce que la république de Gènes, dans la longue lutte qu'elle soutint pour asservir cette île, s'attacha spécialement a la ruine des seigneurs, dont elle redoutait le pouvoir et l'esprit d'indépendance. Elle s'efforça, par le ravage et l'incendie, d'anéantir jusqu'aux \estiges de l'ancienne aristocratie, et déclara aux châteaux , aux monumens et aux titres domestiques, une guerre, aussi active qu'aux rejetons eux-mêmes des grandes familles. La plupart des gentilshommes qui ont échappe a

la proscription générale , regrettent aujourd'hui de ne pouvoir appuyer l'ancienneté de leur extraction que par des traditions, par des preuves orales, et par la persuasion unanime de leurs concitoyens.

La noblesse corse était autrefois nombreuse et brillante. Giovanni délia G rossa et Eilippini, historiens nationaux, mentionnent dans leurs écrits plus desoixante familles de hauts barons. Telleétait l'estime dont elles jouissaient eu France, qu'elles voyaient nos plus grandes maisons rechercher l'honneur de leur appartenir par les liens du sang. Nos rois leur destinaient les mêmes places et les mêmes avantages qu'à la noblesse française, et leur accordaient des préférences et des distinctions flatteuses. Si la république de Gènes excluait les gentilshommes corses des premières charges de L'État, c'est qu'elle croyait cette mesure nécessaire à sa propre sûreté. Décimer cette noblesse fière et redoutable, la dépouiller de ses richessess , et confondre ses rangs en favorisant les usurpations, tel fut le système constant du gouvernement génois. Aussi, en parcourant les ouvrages des historiens, on voit que de ces races autiques, il existait à peine la moitié au quinzième siècle, et le quart deux cents ans après; mais dans l'intervalle, l'ordre nobiliaire se recruta de plébéiens et d'étrangers, et conserva ainsi , comme corps, son existence politique.

Les maisons d'ancienne chevalerie de la Corse font remonter, pour la plupart, leur origine au temps de Charlemagne. A cette époque, les empereurs d'Orient, occupés de disputes religieuses et vivement pressés en Asie-Mineure par les Mahométans, n'étaient plus en état de défendre, leurs possessions d'Italie. Les Sarrasins qui infestaient le littoral de la Méditerranée n'épargnèrent pas la Corse , et y formèrent même plusieurs établissemens. Pour repousser leurs invasions , les insulaires implorèrent le secours du roi de France et du souverain pontife. Charlemàgné, saisissant l'occasion d'étendre son empire, envoya plusieurs fois des forces considérables contre les Maures, et chargea, eu 807, son connétable Burckard de les expulser de l'île. Alors on vit apparaître en Corse Hugues Colonna, ce héros dont la tradition a célébré les hauts faits, mais en les défigurant par des récits romanesques. Issu d'une des plus grandes maisons des États-Romains, ce guerrier partit, dit-on, à la tête d'un millier d'hommes, délivra la Corse de ses oppresseurs, et obtint la souveraineté de l'île, dont Charlemagne, suivant Alcuin, lui conféra l'investiture. Il démembra ensuite sa conquête pour créer des fiefs en faveur des principaux seigneurs qui l'avaient accompagné, et ces barons devinrent les auteurs des grandes familles du pays. Bianco et Cinarca , fils de Hugues Colonna , formèrent eux-mêmes les deux branches des Biancolacci et des Ciuarcheses , dont descendent les divers rameaux des Colonna, qui subsistent sous les noms d'istria, de Bozi, de Rocca et d'Ornano. Telles sont les traditions populaires adoptées par plusieurs historiens de la Corse.

Malgré le témoignage d'Alcuin, il est à présumer que Colonna obtint pour lui et ses descendons, non pas la souveraineté de l'île entière, mais la possession d'un grand fief ou d'un comté; car la Corse, quelques années plus tard , se trouvait sous la domination des marquis de Toscane. A cette époque, le système féodal, qui commençait à couvrir de son vaste réseau tous les peuples de l'Occident enveloppait l'Italie, en proie à l'anarchie la plus profonde. La Corse éprouva les mêmes destinées. Les barons, encouragés parla confusion qui régnait dans l'île, transformèrent leurs châteaux en places d'armes, et devinrent autant de petits souverains. Ils relevaient, eu apparence, du marquis de Toscane, qui déléguait un comte pour gouverner la Corse, quand les affaires de la Péninsule Italienne ne lui permettaient pas d'exercer directement son autorité. Mais cette subordination était illusoire, et les gentilshommes de l'île vivaient en réalité dans la plus complète indépendance.

Les Colonna, pendant ces révolutions, continuaient d'asseoir leur puissance. Bianco, fils de Hugues, eût pour successeurs quatre de ses descendais en ligne directe. Le dernier, Henri , surnommé il licl Mestere, le Beau Monsieur, à cause de son aimable ligure, était adoré de ses vassaux et estimé de ses ennemis. La Corse jouissait d'une profonde

paix. Mais le comte Forte de Cinarca, descendant du lils puîné de Hugues, ayant élevé des prétentions sur les châteaux 'le Travaleto el de Cauro, possédés p;ir des barons voisins, Henri embrassa la cause de son parent. Les TraValétins, irrités, lui tendirent des^embûches, et le firent assassiner avec ses sept enfuis. Cette mort plongea la Corse dans le deuil, et l'on n'entendit plus dans toutes les bouches que ces tristes paroles: Il est donc mort, le comté-Henri Bel Messere! Malheur à lai M il coule Arrigo Bel Messere! Guai a noi!

Le comte de Cinarca et la veuve de Henri rassemblèrent leurs vassaux et leurs amis peur punir les coupables < >n mit le siège devant le château de Travaleto. qui fut pris, et dont les habitans périrent dans les flammes. Ces représailles amenèrent une guerre civile générale, et, sur ces entrefaites, la mort du marquis de Toscane et celle de l'empereur Othon III achevèrent de fomenter le désordre et la perturbation. \u milieu de circonstances si désastreuses, le peuple, depuis long-temps réduit à un pénible esclâvage,se souleva en masse et poussa des cris de liberté et d'affranchissement En 1007, une diète nationale, convoquée vallée de Morosaglia, investit d'une espèce de dictature Sambucuccio, seigneur <1' Uando, homme de génie, ami de son pays et cher à incitoyens \ la tête de forces imposantes, Sambucuccio marcha contre Cinarca, le battit, et força tous les seigneurs cismontains, excepté ceux du cap (orse. ,i reconnaître l'indépendance du peuple. Cesrvenemens anéantirent d'un seul coup la féodalité dans celle partie de l'île, qui s'appela des lors terre de commune, et où s'organisa un gouvernement municipal

Chaque commune ou paroisse nommait un certain nombre de cona il lers appelés pires de commune, et chargés de l'administration de la jusus la direction d'un podestat qui remplissait les fonctions de président. In conseil suprême de douze membres élus par les podestats était investi du pouvoir de faire les lois el les réglemens qui régissaient le pays affranchi; enfin, dans chaque pitve OU district, les pères •!< commune élisaient un magistrat, qui sous le nom de caporale, avail mission de défendre les intérêts des pauvres et des faibles, de leur faire rendre justice, et d'empêcher qu'ils ne fussent victimes des riches el des puissans.

Telle fut l'organisation communale dont Sambucuccio jeta les fondemens dans la partie cismontaine i de la Corse. Le pays ultramontain -•us l'autorité des comtes de Cinarca el de ses barons; le cap ment ses - particuliers, parmi I

on remarquait les V.vogari, originaires de Cènes, qui, plus tard, quittè- ■ urnom pour prendre celui des Gentili, dont ils étaient allies-, et 1rs Mari, qui possédaient dans leurs états le uieriim et mixlum imjierium, -dire la juridiction territoriale sans appel, et qui s'arrogeaient même le droit de faire des nobles. Filippini parle d'un Orso S Cipriani, du village d'Ortinola, dont la famille avait été anoblie, au quinzième siècle, par Simon iin Marc.

Vprès la mort de Sambucucci i, les peuples cismontains, pour éviter de retomber dans l'anarchie, se mirent sous le patronage de la république de Pise, qui respecta les institutions de la terre de connu mu- La ouit alors pendant un siècle des bienfaits d'une paix profonde, et les barons eu\-n omirent à l'autorité dont ils sentaient la sa-

lutaire influence. La rivalité des républiques de Pis< el de Gênes, et la uelfes et dt-s Gibelins, replongèrent l'île dans les horreurs de rre civile et de l'invasion étrangère. Des armateurs de Bonifacio • exerce, dit-on, quelques pirateries contre des marchands génois; la République Ligurienne envoyèrent une am .. Pise pour exiger une r. paration : mais Bonifacio était gouverné par un

nr ultramonlain qui refusa de faire droit a ces plaintes | nois convoitaient depuis longtemps la Corse ; smis prétexte de

On appelle ainsi la portion septentrionale de l'Ile, parce qu'elle est située

i île- monts par rapport ;i n.islia, l'ancienne capitale 'le toute li i Àjaccio, chef-lieu actuel, se trouve dans la partie ullraniontainc.

leurs propres injures, ils saisirent l'occasion de s'immiscer aux affaires

de l'île. Une Hotte sortie de leurs ports parut dans les mers de I! fat io .

el s'empara de cette ville par un hardi coup de main, en 1 195.

Maîtres de ce poste important, les Génois, pour s'attacher le peuple, lui accordèrent des privilèges, el masquant leur ambition des dehors de la justice, ils parurent compatira ses souffrances. Ces coi mes acceptèrent, pour la plupart, l'appui de leurs nouveaux protecteurs, et une -uerre sanglante s'engagea sur tous les points de l'île i ,es discordes qui déchiraient l'Italie donnèrent a cette lutte un nouveau degré de violence. I es i,. !,t Guelfes; les Pîsans, Gibelins; eu Corse, leurs partisans el leurs alliés épousèrent la querelle, v la moindre occasion, les insulaires se groupaient autour de leurs bannières respectives et se livraient des combats acharnés; les plus simples démêlés entre particuliers se transformaient en engagemens sérieux.

Cependant, soutenue par les barons ultranionlains, la république de l'ise possédait encore un reste de SOUVI I lineté dans File; mais chaque

voyait s'élever quelque nouvelle commune et décroître la puissance des anciens seigneurs. Giudice, comte de Cinarca, se montra, pendant quarante ans de lutte, le plus redoutable adversaire des Génois, qui, désespérant d'en triompher malgré son grand âge ci ses nombreuses infireurent recours a la plus odieuse trahison. I.e comte, avant perdu l,i vue. n'agissait que par ses lieutenans; un d'eux nomme Salnèse, oubliant les bienfaits dont l'avait comble son chef, le vendit a ses ennemis ; l'infortuné vieillard, chargé de chaînes, fut conduit comme un criminel dans la capitale de la Ligurie; la, jeté dans un cachot, il expira sous le fer des assassins

i elle mort porta le dernier coup a la puissance des l'isatis dans l'île de Corse. Ces seigneurs, quelques années après, reconnurent l'autorité de la République Ligurienne, qui régnait déjà sur tout le pays des communes, et, pour prix de leur soumission, ils obtinrent la conservation de leurs privilèges. L'île continua donc a être régie par deux législations différentes: l'une, sous le nom de statuts de Corse, resl i en vigueur pays affranchi; l'autre appelée loi féodale, fui maintenue dans les baronnies.

Sons la domination génoise, la Corse eut encore moins de repos el de bonheur que sous celle des Pisans. Les seigneurs ultra montains, du sang des Cinarchèses, étaient trop turbulens el trop ambitieux pour rester long-temps dans l'inaction ; on vit tour à tour les de Rocca, les d'Istria, les d'Ornano, aspirer à la souveraineté de l'île, ci soutenir avec su< guerre contre la république. D'un autre côté, sur les ruines de l'ancienne se de la terre de commune s'élevait une nouvelle aristocratie qui

nt à se rendre indépendante. Dans l'origine, les caporaux étaient

des magistrats choisis parmi le peuple pour veiller aux intérêts communs; leurs fonctions n'étaienl pas héréditaires, ci n'entraînaient que des <listin.-ti.iis personnelles ; mais au quinzième siècle, la république de t les comtes ultramoniains. pour acheter ou reconnaître le zèle et la fidélité de quelques familles plébéiennes en possession constante du caporalat, leur accordèrent rhs pensions et des honneurs transmissibles

Il se forma, des ce m mt, une classe intermédiaire entre l'ordre de la

noblesse ci celui du tiers-étal : et telle fui bientôt l'influence ci la considération des familles des caporali, qu'on mi le gouvernement génois et les rois <le France se ménager avec soin leur appui, et que les pins hauts barons de l'île recherchèrent fréquemment leur alliance Paganuccio da Matra, caporale, i lait beau-frère de < larlo délia Rocca, du sang de- 1 li- . Guiglielmo da Matra avail pour frère utérin Giovan Paolo délia Rocca; les l enl pareillement allies .me les Gentili, sei-

gneurs du cap Corse. Les plus anciennes familles des caporali étaient celles de :

Campocasso. Matra. Piobetta

Cas Campana.

Ortale. Chiatra.

Corl '

- ia. Peti

l'ruuo Lugo

(llmo

( llio -

cchia.

Vrenoso

Lorsque, en 1450, Alphonse, roi d'Arragon, appelé par Antoine délia Rocca et par une partie des barons, résolut de tenter la conquête de la Corse, il anoblit presque toutes ces familles de caporali, dans l'espérance de se les attacher et de préparer ainsi la soumission de la terre de comm une. On conserve encore dans les archives de Barcelone les diplômes déli- \ rés en cette occasion. Mais les chefs insulaires cherchaient alors les distinctions dans le pouvoir et l'indépendance, et le roi d'Arragon n'avait que île vains titres à leur offrir ; ils se préparèrent donc à la lutte. Dans une diète ou consulte générale tenue à Morosaglia, le peuple de la terre de commune conféra la souveraineté de la Corse à la compagnie de Saint-Georges. Cette société puissante, formée des plus riches citoyens génois, pusse. lait des Hottes, faisait des conquêtes, signait des traités, et formait un véritable état politique au sein de la République Ligurienne. Gènes, que fatiguait la guerre aussi longue qu'infructueuse contre les barons ultramontains, s'empressa de céder a la compagnie ses droits et ses prétentions sur la seigneurie de l'île; mais les administrateurs de Saint-Georges trouvèrent des adversaires redoutables dans les seigneurs Giovan Paolo da Lecca et Rinuccio délia Rocca. La mort de ce dernier, pu 1511, entraîna la chute de la puissance des barons, qui, décimés et appauvris, perdirent alors toute leur influence politique. Leurs rangs se c infondirent avec ceux des caporali, et l'on vit même quelques gentilshommes tels que les Cristinacce et les Pozzo di Rorgo, accepter la dignité du caporalat dans la partie ultramontaine de l'île.

La lutte semblait terminée, mais elle n'était que suspendue. Les Corses gémissaient sous le gouvernement arbitraire et tyrannique de la compagnie de Saint-Georges, et ils n'attendaient, pour secouer le joug, qu'un chef capable de les soutenir. Sampiero de Bastelica, colonel des Corses au service de François 1er, s'y était signale par plusieurs actions d'éclat. Au siège de Perpignan, il avait reçu du dauphin, depuis Henri II, la chaîne d'or ou collier des Ordres que ce prince portait à son cou. Comblé de gloire et d'honneurs, Sampiero retourna dans sa patrie, où il devait conclure son mariage projeté avec Vannina d'Ornano ; niais les directeurs de Saint-Georges, craignant que ce voyage n'eût pour objet de préparer quelque insurrection, firent arrêter Sampiero et le retinrent captif dans la forteresse de Bastia; d fallut l'intervention de Henri II pour briser ses fers.

Sampiero, plein de ressentiment, revint à la cour de ce prince, et la guerre avant éclaté entre Gènes et la France, il se lit donner un commandement dans l'expédition dirigée contre l'île de Corse. A la voix de leur compatriote, les insulaires accoururent se ranger sous ses étendards. En peu de temps il ne resta plus au pouvoir des Génois que Bastia, Calvi et une partie du cap Corse; mais Sampiero, en récompense de ces éminens services, fut tellement accablé de dégoûts et d'injustices par le gouverneur français Orsini, qu'il se retira sur le continent. Apres deux ans de possession, par le traité de Cateau-Cambrésis, en 1559, Henri II abandonna sa nouvelle conquête, et la Corse retomba sous le joug des Génois irrités. Tel fut le triste résultat de cette guerre, dans laquelle figurèrent avec honneur les noms des Gentili, des Mari, des Casablanca. Cependant Sampiero travaillait sans relâche h susciter de nouveaux ennemis aux oppresseurs de sa patrie. Henri II venait de mourir; le héros corse se rendit à la cour de Catherine de Médicis et à celle du roi de Navarre , mais sans pouvoir obtenir d'assistance. Rébuté par les princes chrétiens, Sampiero eut recours aux infidèles, et s'embarqua pour Alger et Constantinople. Pendant qu'il négociait, la république de Gènes ourdissait contre lui des intrigues au sein même de sa famille. Vannina d'Ornano, sa femme, habitait Marseille avec ses deux enfans; des émissaires génois se rendirent auprès d'elle, et lui firent, au nom du sénat, les plus magnifiques promesses pour l'engager à venir fixer son séjour dans la capitale de la Ligurie. On lui remontra combien il sérail glorieux pour elle de rétablir sa famille dans son ancienne splendeur, de ménager la réconciliation de son mari avec Gènes, el de rentrer dans la possession de tous les biens qui lui avaient clé confisqués. La vaniteuse épouse tic Sampiero cède à ces offres éblouissantes ; elle charge un vais-

seau de ses plus précieux effets, et part elle-même sur mie petite barque avec son fils cadet ; Alphonse d'Ornano, l'aîné, se trouvait alors à la cour de France. Uu ami fidèle de Sampiero, Antoine de Saint-Florent, apprend dans le port de Marseille le départ de Vannina ; il poursuit la fugitive, l'atteint eu face d'Antibes, et la ramène à Aix, siège du Parlement de Provence.

Sur ces entrefaites, Sampiero, de retour de sa mission, débarque à Marseille, où il ne retrouve ni son épouse ni son fils. 11 vole a leur nouvelle résidence, arrive au milieu de la nuit , et se fait introduire auprès de Vannina, qui reçoit l'ordre de le suivre. Pas une parole de reproche n'a été proférée ; mais la sombre tristesse de Sampiero laisse lire dans ses yeux les projets les plus sinistres. Le Parlement s'émeut et s'oppose au départ de Vannina; cette femme, aussi courageuse qu'infortunée, déclare qu'elle est résolue à obéir aux ordres de son mari. Ils arrivent à Marseille ; le voyage a été silencieux; à la vue de sa maison vide et déserte, Sampiero laisse éclater sa fureur. Juge inexorable, il interroge l'accusée, la force d'avouer son crime, et lui déclare que, coupable d'avoir voulu trahir sa patrie et livrer son fils, elle mérite la mort ; il ne lui laise d'autre grâce que le choix du supplice, et la fait étrangler par des esclaves noirs.

Sampiero, le cœur plus ulcéré que jamais, médite contre les Génois des projets de vengeance ; il s'embarque avec une cinquantaine d'hommes, fait une descente sur les côtes de Corse, et l'île entière se soulève. Après trois ans de lutte infructueuse, Gènes, n'espérant plus triompher de son redoutable adversaire, eut recours à la séduction, et Sampiero expira par la main d'un traître.

Un autre épisode sanglaut signala encore cette guerre. Léonard de Casanova, un des principaux capitaines de l'armée corse, avait été fait prisonnier et jeté dans les cachots de Bastia, pour y attendre l'heure de son supplice. Un de ses fils, le jeune Antonpadouan, parvient, sous îles vêtemens de femme, à se glisser dans la prison, et veut prendre sa place. Léonard hésite avant de se résoudre à un stratagème qui sera peut-être infructueux pour lui-même et fatal à son fils; il cède enfin aux instauces d'Antonpadouan, change de vêtemens avec lui, et s'évade sans éveiller le moindre soupçon de ses gardes; mais, le lendemain, tout se découvre ; le barbare gouverneur Vivaldi est furieux d'avoir perdu sa proie ; il lui faut une victime. Antonpadouan, coupable d'avoir sauvé son père, est pendu aux fenêtres du palais de Venaco, où il avait reçu le jour.

Cependant Alphonse d'Ornano continuait la lutte pour venger la mort de Sampiero, son père. La Corse était en proie aux maux les plus affreux d'une guerre d'extermination. Enfin, sacrifiant au repos de la patrie son ressentiment personnel, le fils de Vannina arracha au sénat de Gènes une amnistie générale en faveur de ses concitoyens, et il passa sur le continent avec trois cents de ses compagnons. Colonel général des Corses en France, U s'y couvrit de gloire, et reçut des mains de Henri IV le bâton de maréchal, après la prise de Lyon en 1594. Alphonse eut quatre fils, qui moururent sans descendance mâle ; avec eux s'éteignit la race de Sampiero.

ANDRÉ BOKEL d'HaUTERIVE.

(Revue historique de la Noblesse. — La suite incessamment.)

1XS CAISJIS.

BATELIERS DE COÏNSTANTINOPLE.

Située sur la Propondide, à la naissance du bosphore de Thxace et tout près du Pont-Euxin, entourée par les Ilots dans la plus grande étendue de son circuit, séparée de ses principaux faubourgs par l'élément liquide, Constantinople est une ville toute neptunienne, où l'on rencontre à chaque pas la mer devant soi. Sa plus grande rue, c'est son port, encaissé entre un double chapelet de collines couvertes de maisons, aussi central et presque aussi long que notre boulevart, plus large et non moins animé, niais d'une vie toute différente, puisque le sol y est mouyanl Ç|

que les navires y remplacent nos voitures. Sa plus grande place publique, son Carrousel et son Cbamp-de-Mars réunis, c'est l'admirableplaine d'azur qui déroule ses Ilots aux pieds de Stamboul et de Scutari, entre les <leu\ rives de l'Europe et de l'Asie, et qui prête tant de grandeur à l'extrémité occidentale du bosphore ses Cbamps-Elysées, e'est le bosphore lui-même aux rivages enchanteurs, et avec un couronnement de montagnes pour arc de triomphe.

Dans une pareille ville, dont les habitans, soit pour leurs affaires, soit en partie de plaisir, sont presque toujours sur l'eau, l'art «le la petite navigation devait prendre beaucoup de développement et de perfection. Lussi i ii o de gracieux et de rapide comme ces petits bateau » élancés que Ton appelle des caïqws, et qui sillonnent en tous sens et à toute heure du jour les places maritimes de < onstantinople; rien de robuste el d'élégant comme les caùfjis qui. les font t'nir sous l'impulsion de la rame. Toute proportion gardée, Constantinople compte presque autant de bateaux que Paris de voitures elles a pour cabriolets de places sescaïques a une pain' île rames, t i pour liaeres ses calques à deux paires de rames, nous allions presque due .-es caïques a deux chevaux; elle a ses caïquesomnibus où l'on s'entasse par centaines, les hommes d'un cote, les femmes de l'autre: enfin, depuis les caïques à quatre paires de rames, qui représentent nos demi-fortunes, jusqu'aux calques a vingt-quatre paires de rames du grand-seigneur, qui sont [çnecplus ultra, comme nos carrosses à huit chevaux, elle à des caïques de luxe de tontes les formes et de toutes les grandeurs. Il faut des bras pour remuer toutes ces rames, il eu faut d'autant plus que, dans les caïques de luxe el dans les calques-omnibus, ce n'est pas trop de deux hommes pour chaque paires de rames ; dans les petits caïques seulement un homme suffit pour deux rames En portant à vingt mille le nombre des bateliers de Constantinople et des faubourgs , nous croyons rester au dessous du chiffre réel.

Autant les arabas, voitures nationales des Turcs, non suspendues ct tramées par des bœufs, sont inférieurs à nos équipages, autant nos bateaux plats sont arriérés auprès des caïques de Constantinople. Pour franchir l'espace qui sépare Stamboul de Scutari, espace d'une demi-lieue peut-être, ceux-ci ne mettent pas plus de temps que les nôtres pour traverser péniblement la Seine Ivec une forme allongée comme celle des

(ilus beaux poissons, avec un plus i oins grand nombre de paires de

rames pour.nageoires, ils glissent en effleurant à peine la surface de l'eau. Lorsque le courant et le vent les favorisent, et qu'ils ont déployé leur petite voile taillée en croissant, alors ils courent avec une célérité extraordinaire; vous unis sentez emporté, et il vous semble que le rivage, s'affranchissant des lois de la pesanteur qui le retiennent immobile, s i si détaché tout à coup et fuit en tournant. C'est la même surprise, le même étourdissement que sur une frégate, avec cette différence qu'au lieu d'être a vingl pieds au dessus de la ligne de flottaison, vous vous trouvez étendu au dessous du niveau de la mer, et qu'à la place d'une large muraille i il n'y a entre nous et l'abîme qu'une faible coquille de quelques \ les d'épaisseur. Et cependant, avec ces légers

esquifs, on gagne souvent le large, et on s'aventure en pleine mer sur la Propontide

Deux à quatre pieds de large sur dix a vingt pieds de long; des bancs seulement pour les rameurs; des tapis, des coussins sur le plancher même ou sur une estrade plus fisse, pour les passagers; pas de pont, quelquefois un petit mât mobile ct une voile en forme de croissant; une quille bien découpée, une poupe et une proue qui se terminent en

pointe, pour mieux fendre les vagues; de longues raines, larges et plates

à l'extrémité inférieure, avec un gros bourrelet de bois i) l'extrémité supérieure, pour faire contrepoids el donner plus de force aux bras qui les remuent : voila les cnques de Constantinople, liait y est admirablem, m calculé pour la vitesse; à cette exigence toul a été sacrifié, jusqu'aux C, jusqu'à la prudence même; car la moindre rafale re- Wrne ces frêles embarcations comme des coques de noix, et par le plus

beau calme vous devez y rester immobile, sous peine d'entraver leur marche ou de chavirer en dérangeant l'équilibre.

La mer offrait aux Turcs de Constantinople une voie de communication toute faite, et qui ne demande aucun entretien; aux yeux d'un peuple paresseux, c'est une de ces bonnes fortunes qui n'échappent pas. Pour en profiter, ils négligèrent les mes de leur ville, et, sans grave inconvénient, les laissèrent tomber dans l'état de délabrement où elles étaient au commencement du règne du sultan Mahmoud. De cette manière, il est vrai, ils se sont exposés aux dangers que rend inévitables le

besoin de s'embarquer vingt fois par jour, el d'aller vite sur une r

capricieuse où régnent des courans opposes; mais quel plaisir aussi d'avancer rapidement, mollement couche sur des SOphas, berce le plus souvent, absorbe dans la rêverie OU la contemplation en fumant la pipe

ou le oarguilé. El [nus, ces hommes sont ainsi faits que. le choix étant donne, ils préfèrent le danger qui admet le repos à la fatigue qui procure le salut.

Cependant, comme ici-bas rien ne peut se faire qu'à l'aide du travail, c'est sur les bateliers qu'est naturellement retombe tout le poids de la besogne; ils s'en tirent avec un courage el un talent qui leur font le plus grand honneur. De l'aveu de tous les voyageurs, les caïdjis de Constantinople sont les premiers rameurs du monde. (In les voit ramer pendant quatre heures de suite, tout ruisselans de sueur, sans se reposer, sans se plaindre, sans proférer une seule parole, l.c pied appuyé contre une barre de bois, ils tirent, ils poussent avec les bras, ils poussent avec les jambes, avec tous les muscles du corps; ils semblent ne faire qu UD av, e

a rame. En eux revivent les rameurs de l'antiquité, dont les traditions conservées par les Crées n'ont jamais dû tomber en oubli à Constantinople. lu signal donné par le chef, toutes les rames, avant de fouetter la mer en cadence, s'alignent des deux côtés de la barque avec la même régularité que les fusils d'un régiment qui croise la baïonnette. \u second temps, elles s'abaissent, entament adroitement la nier par un de leurs coins, y pénètrent profondément, plient sous l'effort du bras qui Us agite, el sortent toutes à la fois de l'eau qui fuit, pour retomlx r encore avec la même précision el reparaître toujours alignées, toujours intelligentes, toujours infatigables. Les caïdjis du grand-seigneur surtout, qui se recrutent dans l'élite de l'armée des bateliers, el qui ont une haute

paie comme la vieille garde, sont admirables a voir; un bataillon fraie ais ne fait pas l'exercice des armes avec plus d'ensemble.

1 ne fois arrivés, ils changent de vétemens, ct, plus heureux que les rameurs des trirèmes romaines, se mettent a fumer et a boire du café jusqu'à l'heure du retour. I.e changement de costume n'est pas long,

car ils sont habilles aussi légèrement que possible pour la manœuvre.

Leçon, les bras, nue partie du dos et de la poitrine, sonl nus ou ;i peu

près: ils le seraient entièrement sans u ilégante cheini.se .le soie, ou

plutôt de crêpe de Chine, un peu transparente, ouverte sur l'estomac, et a larges manches flottantes I u ample pantalon a plis, (le toile blanche dans l'été, de drap bleu dans l'hiver, prend de la ceinture aux genoux. I ne petite culotte rouge, encore moins grande que celle des enfuis de Chœur de nos enlises, mais SUrn tée d'un Mot de soie bleue, convie le

sommet de la tête, qui esl rasée; enfin, des babouches rouges, avec ou

sans bas siuv.inl la saison, forment la chaussure l .elle chemise de S ,

qui tranche sur une ceinture de cachemire, cl qui Contraste avec la petite calotte rouge, est d'un Ires bel effet; elle s'enfle ct frémil au vent avec grâce, se détache ener-iqtienienl sur le fond brun de ces peaux brûlées par le soleil, et tait ressortir encore plus h pâleur de tous ces beiiuv

s L'ensemble du costume a quelq liose de gracieux, é.

mais surtout d'asiatique et d'oriental qui sii 'l i merveille; on se persuade aisément .pie c'est un souvenir de la Chine, lorsqu'on songe aux régions

(l'on sont venus les lurcs.

Vu repos, le- caïdjis portent le grand bonne! rouge connu sous le u

.h fessi, et une petite veste de dit bleu ornée de broderies d'or 1 1 d ai

gent. il ne s'agit ici que des bateliers de grandes isons; les autres n'ont

point de livrée, et se coiffent presque toujours avec le turban. Mats, uue

fois en mer, tous, se déshabillant avec des précautions infinies, par pauses successives, à mesure qu'ils commencent à s'échauffer, ne gardent que le large pantalon, la chemise flottante et la petite calotte rouge, insignes distinctifs du corps des caïdjis.

{Magasin Pittoresque.)

SCIENCES

Repboduction mécanique de la sculpture. — Construire un instrument qui , sans le secours de l'artiste ou de l'ouvrier, pût reproduire avec l'exactitude la plus rigoureuse, une sculpture quelconque, médaille, bas-relief, statue, en réduire ou en augmenter les proportions sans en altérer l'harmonie, la copier sur le bois, la pierre, l'ivoire, le marbre, avec une vérité si grande qu'on ne pût distinguer l'original de la copie, tel est le problême qu'a résolu M. Collas. Au point de vue de la science, la machine inventée par M. Collas pour la reproduction des monumëns plastiques, est une des plus belles conceptions que l'on connaisse, et place son auteur au premier rang parmi les mécaniciens célèbres; au point de vue des beaux-arts, elle esta la sculpture ce que l'imprimerie est à la pensée écrite. Désormais, comme un bon hvre, une belle statue pourra, sans courir les chances de s'altérer ou de se perdre, porter le nom de sou auteur aux générations futures. Il n'y aura plus ni original ni copie : tous les exemplaires seront le modèle lui-même , portant la pensée unique et complète de l'artiste , et tout cela par une simple machine! Un enfant tourne une roue, un style vient délicatement palper le modèle dans ses détails les plus intimes sans y laisser la plus légère trace; le style commande au ciseau, celui-ci creuse le marbre et la mise au point s'opère. Par un nouveau travail les formes de la copie se révèlent, s'arrêtent, s'épurent; puis, enfin, quand le ciseau est venu encore passer une fois sur ces formes, l'original ne se distingue plus de la copie.

La machine de M. Collas peut réduire avec une précision rigoureusement mathématique, et cela pour ainsi dire jusqu'à l'infini, les sculptures qui, par leur grandeur, ne sauraient être admises dans l'atelier de l'artiste ou dans la collection de l'amateur. Nous avons admiré déjà les basreliefs du Parthénon , dont les originaux sont à Londres ; là Vénus de Milo, si admirablement belle encore, malgré ses nombreuses mutilations; le Torse de l'Illissus, l'Enfant à l'Oie, le Tireur d'épines, et plusieurs av. très précieux modèles, réduits aux proportions de deux cinquièmes et de moitié avec une vérité qui se conçoit à peine. Les métopes du Parthénon, ces vénérables monumëns de l'art à son origine, sont moulés en plâtre avec leurs parties frustes, leurs saillies mutilées. Copier les œuvres remarquables dispersées en Italie, en Allemagne, en Angleterre, les réduire à des proportions uniformes afin de les rassembler en de vastes musées pour ainsi dire universels, donnera l'élève le moyen d'étudier chez lui, sans perte de temps, des copies identiques aux originaux, telles sont les espérances que M. Collas, avec l'appui des hommes éclairés, pourra toutes réaliser.

Reproduction mécanique de ia peinture. — A l'instrument ingénieux imaginé par M. Collas pour copier avec l'exactitude la plus rigoureuse les statues et les sculptures, on doit ajouter maintenant l'invention perfectionnée de Leipmann, cet artiste de Berlin qui reproduit si fidèlement tout tableau à l'huile, ancien ou moderne. La machine qu'il emploie est fort simple, et la manière de s'en servir si facile, que même les personnes entièrement étrangères aux arts du dessin et aux travaux manuels, peuvent tirer des copies comme avec une presse d'imprimerie. La ressemblance ne laisse rien à désirer: c'est le fac simile le plus complet qu'il soit possible d'obtenir; c'est aussi \efac simile le plus prompt, car une personne seule peut, en six heures, produire 50 copies d'un tableau de dimensions ordinaires. Dans leur état actuel, les presses donnentseu-

lement des copies sur toile; cependant l'inventeur assure qu'en y apportant une légère modification, elles en donneront aussi sur du carton, et même sur du papier. On dit que le gouvernement prussien est dans l'intention d'acheter le secret de Leipmann, et de le publier.

TRIBUNAUX

POLICE MUNICIPALE DE PARIS

séance du 28 janvier 1841.

Honneur, mille fois honneur à celui qui imagina le premier de placer des carreaux de verre aux fenêtres. Vous ne pouvez pas savoir combien les vitres procurent de plaisirà une foule de sens. Vous qui avez passé votre enfance dans des appartenons bien chauds, et abrités derrière ces carreaux protecteurs, vous ne connaissez que la moitié du bonheur qu'ils donnent; mais allez interroger la race écolière et vagabonde de Paris, et vous apprendrez qu'après la jouissance d'avoir des carreaux à soi, vient immédiatement celle de casser ceux des autres. Il y a même des enthousiastes qui donneraient la préséance à celle que je ne place qu'en seconde ligne. De ce nombre à coup sûr est André, ce petit bonhomme à la mine éveillée, qui s'appuie sur la barre du Tribunal de simple police avec le laisser-aller d'un dandy des troisièmes galeries de la Gaîté. A côté de lui est M. Thomassot, grand vieillard d'une soixantaine d'années: cet homme respectable cumule les deux professions, du reste inséparables, de concierge et de cordonnier en vieux.

Il tourne vers le président un regard timide, qu'il reporte aussitôt sur l'insouciant André. On voit qu'il souffre beaucoup intérieurement.

Le président. — M. André, qu'avez vous à dire? Des agens de police vous ont surpris cassant des carreaux.

André. — Je ne l'ai pas fait expies.

Le président. — Ne dites pas cela. On vous a vu lancer des pierres pour atteindre les fenêtres du quatrième étage.

André. — Eh bien ! En voilà une farce ! Pourquoi donc que je me serais démanché le bras, j'aurais plutôt démonté ceux du premier et du second.

Thomassot. — Excusez, M. le président... Il ne connaît pas la conséquence de la chose...

Le président. — Vous êtes son père?

Thomassot. — Oui. M. le président.

Le président. — Alors, vous devriez mieux veiller sur votre enfant.

Thomassot: — Je les prends toujours par la douceur. Mon premier, par exemple, c'était le plus grand vaurien !... Eh bien ! aujourd'hui, ça gagne ses cent sous par jour, et ça m'envoie de l'argent tous les mois.

Le président. — Je ne vous dis pas de le battre certainement, mais parlez-lui, faites-lui des remontrances.

Thomassot. — Ah! pour ça je n'y manque jamais. Tenez, par exemple, mon quatrième, il est couvreur celui-là... Eh bien! il entendait parfaitement les remontrances.

Le président. — Vous comprenez bien qu'on ne peut pas laisser impuni un enfant qui détruit tous les carreaux de votre quartier.

Thomassot. — Les carreaux sont payés, M. le président. Oh! j'ai toujours payé le dégât... C'est comme pour mon neuvième... En voilà un pour quij'en ai pavé... Unbon garçon tout de même... C'est-à-dire, je me trompe, je crois que c'est mou onzième. . . Est-ce pas André, Jacquesétait le numéro onze ?

André. — Numéro douze, papa ! (Hilarité.)

Le président. — Puisque vous avez eu beaucoup d'enfans, vous devez savoir mieux que personne combien ces habitudes de vagabondage sont pernicieuses.

Thomassot. — Je le crois bien. Hier encore, je citais tomme exemple

.1 Vndré, son frère Reniy, qui a été obligé de se faire soldat c'étail le ûuméro quatorze, celui-là. (Hilarité.)

Le président, souriant. — Il paraît que tous avez beaucoup d'enfans?

Thomassot. — Moi, M le président, j'ai jamais pu en avoir : c'est ce qui me tend le cœur! Hilarité prolongée

T.e président. — Comment, que dites-vous?

Thomassot. — Ah! j'y suis... Vous avez confondu, parce que je vous parlais de mes seize premiers, avec \ndrc ça fail dix-sept... c'est bien comme si c'étaient nies enfans, niais ils ne SOnl pas tOUt-à-fail a moi. Voyez-vous, comme ça me désespérait de n'avoir pas de moutard, toutes les fois que je vovais un petit abandonné qu'on portait a l'hospice, je me disais Mon Hien ! ea ferait si bien mon affaire s'il elait a moi!... » et puis je Unissais par le prendre. . . l'en ai pris dix-sept connue ça, monsieur ; dam! je les ai élevés peu a peu , et puis en apprentissage, et puis ouvriers; alors ils m'envoyaient de leur paie pour les nouveaux que j'avais trouvés.. Maintenant ils gagnent tous leur \ ie. et ils me t'ont une petite rente; il n'y a plus qu' \ndre, celui-là qui ne l'ait rien... il veut que je l'abandonne... eh bien ! moi je ne veux pas, je le nourris avec l'argent de ses frères; ea le vexe... eh bien! tant pis pour lui!... pourquoi qu'il casse des carreaux!...

Le président, avec émotion. — Tenez, M. Thomassot, votre fils pleure, je suis sûr que ce que vous venez de dire fera plus d'effel qu'uue punition.

\drc — Oui... oui... je...

André, malgré tous ses efforts, ne peut donner passage qu'à des sanglots et ii des larmes, qu'il essuie avec sa calotte grecque.

Pendant ce temps, le tribunal prononce contre lui une amende de

o fr. seule ni

Thomassot. — Merci bien! M. le président. Puis se tournant vers tndré, il lui dit en tâchant de prendre uni' grosse voix: Allons! il est une heure , viens manger la soupe ' \ ive émotion dans l'auditoire.)

Il STICE DE I' WV — 5e AnBONDISSKMEKT.

Présidence de M Loris.) Le* tre*»>e« Mondent de III" Anna i Jiillon.

\ nus la connaissez tons, cette gracieuse figure comme les rêva w alter- Scott, comme les dessina Ton] Johannol Vous l'avez entendue, cette charmante cantatrice, qui él< et is - pendant un an I' Auvergne, peu musicale pourtant, je vous l'assure; qui faillit pendant son engagement à .Nantes souveler la \ endée aux doux sons de sa \oi\ de syrène, et qui enfin, a l'heure qu'il est, au milieu des questions de rivalité entre la France et l' Uigleterre, est pai venue a se faire applaudir a outrance, elle fauvette britannique, par un parterre français. En vérité, je vous le dis, M" Vnna llullon a fait plus pour l'alliance anglaise que tous les mémorandum du monde entier.

Pourtant, ne nous hâtons pas trop . \ Oiçi la guerre qui vient d'éclater

entre les deux oal s, et cela a l'occasion de la cantatrice. Le champ de

bataille est le prétoire de la justice L'Angleterre est représentée par .M Primrose, voyageur en tabatières d i cosse ; la l rance figure dans la personne de Jacquart, garçon perruquier, fort expert si l'on en croit la

chronique.

—Expliquez- vous, | rq réclamez-vous 26 fr.

t. Inglais. — Je demande lé guinét h cette petite fabricant de barbes, que il me fail les queues Je souffrir pas qu'on ferait les queues a moi...

Jacquard. — Cet insulaire me navre le coeur... Il me parall atl I

le comble de l'innocence humaine.

I. anglais. — Vamm you mysl* r, je souffrir pas que vous appelez mqi l'innocent. Je demanderai tut de suite au magistrale la permission de boxer vous. (Riie général.)

Le juge. — c'est inutile... Expliquez les faits dpntvousvous plaignez.

1.' anglais. — Cerlniiily. L'autre soir, je .nais et. ■ dans le Opera-Comique pour deux francs et dix sous; je avais pas trouvé ça cher ; seulement le \,issal qui ouvre les portes m'a fait paver ileov petits bancs pour mettre les jambes... On a représente oune comédie on il tombait beaucoup de papier blanc sur le spectacle...

Jacquard. — La neige.

L'Anglais. — Precisely... Eh bien! gentlemen, dans cette petite neige jl v a un femme beaute/al... upon m y soûl... oh ! un beau créature... Je disais toujours tout bas dans le parterre: Quels beaux cheveux :... Oh! les jolis cheveux!... Il jetais dans les grandes ventes. .. Ce petit femme il avait oune superbe crinière... Voilà que je avais ce monsieur Jacquard a côté de moi... Je lui dis : Goddem ! voisin, je donnerais bien une guinée

par chaque cheveu de cette rossignol !... Le vassal il me rq d : Je suis

le garçon de barbe du iin/rilrcssrr... du coiffeur de la comédie, je vous vendrai les petites cheveux... a une guinée chacun... Mon ami, dis-je à cet homme, je demeure hôtel Bristol, vous pouvez les apporter.

Jacquard. — El) bien! oscrc/-vi>us nier que je lésai apportes.'... J'ai été. chargé' de préparer la coiffure de M"" Thillou. .. .levons ai porte les cheveux qui tombaient en la peignant

L'Anglais. — Goddem!... je voulai pas oun cheveu dans le soin mie . je voulais pas paver une guinée pour une unique cheveu!... Moi vouloir beaucoup !.. pour garder comme Ucepsake...

Jacquard. — liens, ne va-t-il pas vouloir tout à l'heure que je lui donne une chevelure toute entière, cet insulaire.

L'Anglais. — Insulaire!... Je comprends pas W expression... Mais, c'est égal, je donnerai des coups de poing a vous, si voulez >ous. tout de même.

Le juge. — M. Primrose, en promettant dans un moment de galanterie, 25 francs par cheveu de la cantatrice, sa compatriote, n'a pas dû faire un marche sérieux ; en tout cas, ce n'est pas un cheveu isole qu'il aurait pu vouloir, mais une mèche assez, épaisse pour pouvoir se Conserver 'N'est-ce pas, M. Primrose.

L'Anglais tranquillement. — Ma magistrale, je comprends pas du tut... du tut... (Rire général.

Lejuge. — Par conséquent, je condamne le garçon perruquier lie quai d a vendre les 26 francs qu'il a reçus d'avance comme a-coinple sur le marche, et je l'engage a l'avenir a ne plus spéculer sur les cheveux qui tombent de la tête de ses jolies pratiques. Vous avez gagné votre procès, M Primrose?

L'Anglais. — Positivehj.. Je mus dans lé plus entière ig *ance de

votre parlement; c'est égal... si ce faquin voulait, je donnerai a lin des coups de poing tout de même. Hilarité prolongée

(Audience).

Salle saint-hokobé. — Bals du jeudi, il n'est bruit maintenant

nue des jolis bals du jeudi de la salle Saint Honore, si vaste cl m commode pour les dispositions des quadrilles et les développeuieus 'b ^ galops la bonne société a adopte ce jour-là, laissant a la foule commune de danseurs les samedis et dimanches. L'orchestre \ alentino, du M ,l ['olbecque, et un des meilleurs que l'on connaisse,] exécute un choix délicieux de quadrilles. Ujssi les bah de la salle Saint- Honoré 5onl ils l objel d un.' grande faveur.

lilliLKH;il\I>IIIE.

i;im; ni L'OnNE —Partout on se ntrefatigui «le La politique

qui, très profitable a quelques individus, ne produit rien de i | oui la

Ititude. Partout les esprits cherchent dans les lettres le.rejios. et, l'union dont nos longues dissensions endes nous font vivement sentir Je

besoin. Cette tendance est heureuse, car les lettres, qui ont si puissamment concouru au développement de la civilisation européenne, ont sans doute encore une mission à remplir, celle de contribuer à la conservation d'une œuvre si péniblement accomplie. Aussi est-ce avec plaisir que nous voyons surgir dans nos départemens de nouveaux journaux exclusivement consacres à la littérature. La Rente de POrneformée par la réunion de deux journaux d'Alençon sous la direction de M: le comte Curial, vient de débuter d'une manière brillante dans cette noble carrière.

La sagesse du plan sur lequel elle a été coin .e, le talent de ses rédacteurs, dont le nombre s'est accru de plusieurs écrivains éminens de la presse parisienne, le bon ton qui se remarque dans tous les articles qu'elle publie, l'intérêt artistique qui s'attache à son album consacré à la reproduction des vues pittoresques de la Normandie, tout lui présage un heureux succès. Nous ne doutons pas qu'elle ne se maintienne au rang où elle s'est placée tout d'abord.

TABLETTES DES CINQ JOURS

Faits divers.

5 février. — Hier, à minuit, le thermomètre centigrade de l'ingénieur Chevallier marquait 8° 1 au dessous de 0; à quatre heures du matin, 10°; à sept heures, 7° 5; à neuf heures, 5° 8; à midi, 3° 2, et montait encore.

— Les nouvelles de nos départemens du Nord et de la Belgique signalent l'apparition nouvelle dé grandes bandes de canards sauvages et d'autres oiseaux venant des contrées septentrionales, ce qui aunonce une recrudescence de froid dans ces contrées.

— On lit dans un journal anglais :

« Le Lord-Byron, bâtiment marchand américain venant de la Nouvelle-Orléans et chargé de coton, est arrivé à Londres après une traversée de cinquante-quatre jours. 11 a subi un retard dont voici les causes : Le Lord-Byron avait quitté Orléans avec un bon vent et était en mer depuis deux jours, lorsqu'on découvrit que le nnmitionnaire avait cache dans la partie basse du navire, où le coton était déposé, une mulâtresse d'une beauté ravissante et âgée de 18 ans environ. Son intention était de l'épouser quand elle aurait atteint la terre et la liberté. Le capitaine, connaissant les lois pénales sur l'enlèvement des esclaves, s'est vu dans une position délicate; il n'avait pas d'autre parti à prendre que d'expulser la jeune tille de son bâtiment. 11 la renvoya à Sambo sur un brick, en payant deux souverains pour le transport. La malheureuse pleurait à chaudes larmes eu voyant s'éloigner le navire. Le bâtiment continua son voyage. Nous ignorons le châtiment qui pourra être infligé à la malheureuse à son retour à Sambo. »

— Le commerce de Chalon-sur-Saône est vivement préoccupé par les suspensions de paiemeus et les faillites de plusieurs maisons de second et de troisième ordre, qui se sont déclarées ces jours derniers dans notre viUe.

— On écrit de Toulon, le 31 janvier.

« Le vaisseau le Souverain avait mis sous voiles hier, mais il s'est échoué à l'ouest de la passe. Ce matin il a été remis à flot.

« On embarque toujours des pièces de canon pour armer les côtes de l'Algérie.

« On ne sait rien encore de la division de l'amiral Hugon.

« La division de M. le contre-amiral Casy est toujours sur notre rade. »

6. — Les assassinats sur la voie publique se multiplient dans Paris d'une manière effrayante :

L'avant dernière nuit, vers minuit et demi, le sieur André, ouvrier chez M. Odiot, joaillier, rue Lévêque, 1, rentrait chez lui lorsqu'il fut attaqué par trois brigands, rue des frondeurs, à dix pas de sa demeure.

Les voleurs s'emparèrent de sa montre en or, de l'argent qu'il portait sur lui, et, après l'avoir frappé violemment et mis ses vêtemeus en lambeaux, ils l'abandonnèrent baignant dans son sang. Ce ne fut que quelque temps après, lorsqu'il eut recouvré quelque force, et aidé par deux passans, qu'il put rentrer chez lui; le matin, un médecin a été appelé pour panser ses blessures. L'autorité est à la recherche des auteurs de cette attaque nocturne.

— Aujourd'hui, à midi, a eu lieu la translation du cercueil de Napoléon, du chœur de l'église des Invalides, où il était demeuré depuis la cérémonie funèbre du 15 décembre, dans la chapelle Saint-Jérôme, disposée à cet effet.

— On écrit de Lyon, le 2 février.

« Ou vient de commencer les travaux d'un nouveau fort qui sera placé à l'extrémité nord de l'émineuce à laquelle est adossé le château de la Duchère. Ce fort commandera la route de Limonest, la vallée de la Saône et les abords de Lyon de ce côté. »

— On écrit de Saint-Pétersbourg que le 20 janvier le thermomètre marquait 20 degrés. Des factionnaires ont été trouvés gelés dans leurs guérites, ce qui a fait donner J'ordre de les relever de dix en dix minutes.

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