‹ Le cabinet de lectureChapitre 58 sur 249 · JOURNAL SE LA TRAVERSÉE DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

JOURNAL SE LA TRAVERSÉE DE NAPOLÉON

m il; in s v L ILE 1) ELBE,

PAU I.F. CAPITAINE SIH THOMAS ISSlOl. ,

Contenant diverses anecdotes sur la personne de l'empereur, ses conversations pendant le voyage et après son arrivée dans l'Ile, en i

l.ii 1813, j'étais stationne, comme capitaine.de la frégate l'J . (l'Indompté) . dans le golfe de Lyon; le Redwing, capitaine sir John Sainclair, el VEspoir, capitaine Spencer, étaient sous mes ordres ce dernier, qui m'avait rejoinl depuis peu , m'avait apporté d'Angleterre

deslettres et des journaux contenant des détails sur les revers de l'armée française et la chute probable de Napoléon . av. c des Conjectures cl des

suppositions sans lin sur la possibilité d'une tentative de sa pari pour fuir en Amérique ; le Courrier allait même si loin, que, dans eette prévision, il donnait de la personne de l'empereur la description la plus minutieuse. Chose singulière , ayant découpe ce paragraphe , je le fixai

avec un pain a cacheter sur le casier de nia cabine, cl je dis en p]

tant aux autres capitaines, que j'avais a dîner ce jour-là, qu'ils auraient

dû prendre copie du signalement , attendu que l'empereur pourrait bien

passer de notre côté; mais j'imaginais peu vraiment que quelques mois plustard nous dussions le voir a la même table OÙ nous liions alors, l'eu après, h' Redwing el l'JSspoirretournèrent en \n i je res-

tai chargé lie la croisière sur les côtes de France pendant l'hiver.

I.e II avril ISI I. vers onze heures d\i soir, étant à eil)(| ou six UeueS

de Marseille, en compagnie de i'Euryale, capitaine Charles Napier, alors sous mes ordn s. mon attention fui attirée par une brillante réverbération qui semblait venir de la ville. Selon mes conjectures c'était une illumination , et , par conséquent , l'indice de quelque important événement : aussi c pençai-jeà croire que, après tout, le Courrier pourrait

bien se trouver hou prophète. \ l'instant jefis faire les préparatifs i bord

des deux navires nu mil loules les voiles dehors et nous entra s dans

la rade Nu point du jour nous ci mus près de terre ; tout était tranquille, en apparence du moins, dans les batteries; on n'v vovail pas un drapeau flotter; les télégraphes même étaient immobiles, bien qu'ils eus

seul COUtume de marcher constamment a noire approche; en un mol ,

tout indiquait qu'un grand changement avait eu heu. Nous avions une matinée magnifique, avec un ciel pur ci serein ci i lionne brise du

sud ; impatient de nouvelles et CUrieUX SUrtOUt de savoir si la paix était

enfiri rétablie, je m'avani ai jusqu'à l'île de Pomègue . qui protège fan crage de la rade de Marseille, avant soin, de peur de surprise, de me

tenir prêt pour le combat, ci de fuie signe a VEuryak de dm ht

de voiles, afin ipic nion anu le capil.une \apier, dont l'intelligence el le

courage m'avaient déjà été si profitables, pût me prêter secours si je

venais .i être désempare Nous déployâmes nos couleurs, je hissai le p i

villon d'armistice et lis mettre au grand mât les couleurs royales des Bourbons, que le tailleur du nav ire avait confectionnées pendant la nuit. Cet étendard n'avait point paru sur les côtes de l rance depuis mi quart de siècle ^insi pavoises, on nous laissa approchera une "portée de ca-

tlors nous remarquâmes des hommes qui se rend ni dans

la batterie, el presque aussitôt un boulet uni frapper noire avanl

Il était donc i \ nient qu'on ne se s :iail pas de notre approche ; je don

nai l'ordre de se tenir à distance el d'i mer le pavillon parlementaire

ainsi que le drapeau blanc, lorsqu'un boulet vint frapper l'arrière de la i. - nt un oubli gratuil el delà civilisation,

i Yole du Directeur. Celte curieuse relation, publiée par the I cmplil une lai une dans lest

auquel je n'aurais fait nulle attention, si je n'avais voulu prouver à nos assaillans, par ma riposte prompte et énergique, que, dans aucun ras, le pavillon britannique ne pouvait être impunément insulte; en conséquence, virant de nouveau et me plaçant à portée de canon, je lâchai toute ma bordée. En cinq minutes la batterie fut entièrement balayée, et 1rs canonnière avaient abandonné leurs pièces. Sans perdre de temps , je lis signe à VEuryale de se tenir à portée, et m'avançant vers la seconde batterie, j'allais jeter l'ancre en face de la ville, lorsque je vis sortir du port une embarcation portant pavillon parlementaire. .Te diminuai de \oile pour l'attendre; c'étaient le maire et les autorités municipales de Marseille qui venaient pour m'informer de l'abdication de Napoléon et d" là formation d'un gouvernement provisoire à Paris; ils se justifièrent en même temps de l'attaque intempestive et , m'assurèrenl-ils , non autorisée, des batteries. .Te les félicitai d'abord du grand et heureux changement qui venait d'avoir lieu; quant à l'agression dont j'avais été l'objet, je les assurai que je la pardonnais d'autant (dus volontiers que j'avais lieu moi-même de souhaiter qu'on me pardonnai aussi facilement la manière dont je l'avais reçue, et j'ajoutai que, pour leur prouver la confiance que j'avais en leur honneur et leur loyauté, j'allais jeter l'ancre en face de la ville.

Bien que ma proposition ne parût pas trop'leur convenir, nous allâmes mouiller à l'entrée de la rade. Je montai avec le capitaine Napier dans la chaloupe de VEtiryalr, et nous nous rendîmes à terre; une foule nombreuse qui nous attendait au débarcadère, voyabt que nous nous étions' arrêtés pour demander les officiers de la libre pratique , se précipita dans l'eau e( poussa notre chaloupe, à force de bras, jusqu'au riv ce. Jamais je n'avais été témoin d'une scène semblable. Jeunes et vieux nous étouffaient de leurs embrassemeus, et nous fûmes, à la lettre, enlevés cl portés sur les épaules a travers les rues de la ville. Certes notre position n'était pas des plus agréables, et celle de mon ami Napier surlout me paraissait peu digne d'envie, car je le voyais amoureusement embrasse par une vieille dame qui n'avait qu'un œil et dont il cherchait vaïhéinént'à se débarrasser, malgré les expressions énergiques à l'usage de nos marins , qui , on le sait , ne sont pas les plus aimables de notre langue.

Ce fut ainsi escortés et au cri de Vivent les Anglais!" que nous arrivâmes à l"hôtel-de-ville, où les mêmes personnages qui étaient venus Je matin en parlementaires nous reçurent. Evidemment ils étaient peu prépares ;i noire visite, et, il faut le dire, en toute autre circonstance nous n'eussions point été justifiables d'avoir ainsi passé par-dessus toute formalité.

Certain cependant que nous n'avions point de maladie contagieuse à bord, et n'ayant visité aucune des parties de la Méditerranée où règne ordinairement la peste, je cherchai à rassurer de mon mieux les magistrats de la ville. Mais malgré tout ce que je pus dire sur la santé de nos équipages, cette infraction aux réglemens sanitaires paraissait les avoir profondément affectes. Aussi leur lis-je remarquer qu'il n'y avait point eu intention préméditée de notre part, et que, dans cette circonstance bien imprévue, c'était le peuple lui-même qui avait tous les torts. Ils me di- : us qu'on n'avait jamais eu d'exemple que les lois de la quarantaine eussent été violées, si ce n'était par Napoléon lorsqu'il était revenu d'Egypte': i'près cet incident, ils nous invitèrent avec une politesse toute française à entrer à l'hôtel-de-ville , nous rappelant en même temps tout ce (jn'avait souffert leur ville sous le règne de Louis XV, par l'invasion (l'une peste affreuse dont un magnifique tableau de David a retracé les horreurs. On nous pria poliment de nous rendre près du général commandant la place, qui entendait la grand'messe dans la cathédrale. Son étonnemerit et sa curiosité, en voyant paraître au milieu de l'église deux officiers de la marine anglaise en uniforme, ne sauraient se décrire; toutefois il me reçut avec la plus franche cordialité, et, on peut le dire, avec non moins île tact 'car en ce moment j'étais le plus lion des deux); il nous invita a nous joindre a la procession (celle de la Vierge, je crois) qui allait sorlir. Les rues par lesquelles nous passions étaient tellement

obstruées par la foule, que la procession n'avançait qu'avec la plus grande difficulté. Le nombre plus considérable des vieillards et des enfans était trop remarquable pour que je pusse ni'empècher d'en faire l'observation a quelques officiers municipaux; on me dit que c'était la conscription qui avait enlevé, comme une autre peste, tous les jeunes gens capables de porter les armes. La paix était donc un bienfait pour cette population décimée : je compris alors les bruyantes acclamations dont nous étions l'objet. Les cris répétés de« Vivent les Anglais! » s'adressaient probablement à cette paix si désirée dont nous étions en quelque sorte les messagers et les garans.

En arrivant pies de le maison du général , on nous invita à prendre des rafraîclùssemens que nous acceptâmes. Mais la populace manifestait au dehors une telle impatience de nous voir, que nous dûmes pour l'apaiser reparaître au milieu d'elles.

Cependant je commençais à réfléchir à ma responsabilité; elle était mande, car j'étais positivement sans instructions, et ne sachant rien des évéuemens au delà de Marseille , je n'avais aucun indice sur lequel je pusse régler ma conduite. Heureusement je savais que nos navires étaient prêts à tout événement, et j'avais pleine confiance dans le zèle et la bravoure démon premier lieutenant Hastings, chargé du commandement en mon absence. Au milieu de l'enthousiasme général , un avis du commandant de la ville vint m'informer que son supérieur, le prince d'Essling, gouverneur de Toulon et commandant en chef la division, lui enjoignait de me notifier l'oidrede nous rendre à nos navires et de ne nous permettre de communications ultérieures qu'au moyen de parlementaires. Je répondis à ce mandat quelque peu insolent que, connaissant la force de mes bâtimens et l'avantage de leur position qui commandait la ville, je n'obéirais point à l'ordre du prince. Le prince menaça de marcher contre la \ille ii la tète de trois mille hommes; mais c'était a quoi j'étais également préparé.

Pendant cette aigre discusssion , le colonel Campbell, envoyé anglais, survint avec une nouvelle de la plus haute importance. A quatre postes de Marseille, il avait appris que j'étais en communication avec la ville; aussi avait-il accéléré son voyage, afin de me remettre copie des instructions de lord Castlereagn relatives à la mission dont il était, chargé. Il m'informa qu'il avait laissé l'empereur Napoléon sur la route de Saint- Tropez, où il avait été convenu qu'il s'embarquerait accompagné des énvovés des souverains alliés. Aussitôt je listons mes préparatifs pour quitter la rade de Marseille, et le matin du jour suivant (26 avril) je fis voile pour Saint-Tropez, laissant au capitaine Napier le commandement de la station.

Le 27, à mon arrivée devant Saint-Tropez, je lis hisser au grand mât un pavillon rouge, signal convenu avec le colonel Campbell à Marseille. En bateau sortit aussitôt du port avec un lieutenant de la frégate française la Dryade, commandée par le comte de Montcabrié, et qui était mouillée là avec la corvette la Victorieuse. Le comte m'envoya son lieutenant pour m'informer que l'empereur Napoléon avait abdiqué, et que la Dryade avait l'ordre de rester à Saint-Tropez avec la Victorieuse, dans le but de conduire Napoléon ii l'île d'Elbe, dont la souveraineté lui avait été garantie par les puissances alliées. En ce moment , une barque vint le long du bord , amenant un officier autrichien, le major Sinclair, que le colonel Campbell envoyait de Fréjus pour m'informer qu'à la demande expresse de l'empereur, les envoyés des souverains avaient jugé à propos de changer le lieu de l'embarquement, et qu'ils me requéraient de me rendre à la baie de Fréjus, à cinq ou six lieues de Saint-Tropez ; c'était là que ÎSapoléon avait débarqué à son retour d'Egypte. A mon arrivée, je trouvai des chevaux que le colonel Campbell m'avait envoyés, ainsi qu'un sergent d'ordonnance, qu'il mettait à ma disposition pour communiquer avec la ville , située sur une hauteur, à trois ou quatre milles de l'ancrage. Profitant de cet avantage , je me rendis immédiatement près du colonel Campbell, qui, quoiqu'il souffrit vhement de ses blessures, m'accompagna aussitôt au Chapeau Rouge, petit hôtel (le seul, je crois, de Fréjus) ou Napoléon était loge, et , je l'avoue, quelles que

lia

fussent mes dispositions antérieures pour ce! homme, le plus puissant et le plus constanl ennemi de mon pays, toul ressentiment, si toutefois i en avais eu contre sa personne, s'était évanoui, et je ne songeai en ee moment qu'à la grande et délicate mission qui m'était confiée

Son fidèle serviteur dans l'adversité, le comte Bertrand, était d< sei vice, il nous annonça, le colonel Campbell et moi ; l'empereur nous reçut àl'instant. Napol i portail son uniforme de la vieille garde et la

croix de la Légion-d'Honneur. Il s'avança à ma rencontre, tenant à la main un livre ouvert, auquel il avail recours de temps en temps, lorsqu'il me faisait des questions soit sur l'île d'Elbe, soit sur la traversée pour s'y rendre. Il nous reçut avec beaucoup d'aménité et de politesse; ses manières étaient dignes, mais il paraissait sentir sa chute, iprèsm'avoir fait diverses questions sur mon navire, il dous invita à dîner avec lui; sur quoi nous nous retirâmes. Bientôt après, le comte Bertrand vint me présenter l'inventaire des bagages, voitures, chevaux, etc., appartenant à l'Empereur. Je lis aussitôt faire des préparatifs pour les recevoir; puis je demandai une entrevue aux envoyés des souverains allies. Ils m'apprirent que leurs instructions étaient précises, et que Napoléon était reconnu Empereur et souverain de l'île d'Elbe. Je conservais encore (les doutes sur la question de savon- si je devais le recevoir avec le salut royal; mais le colonel Campbell les dissipa, en me montrant les instructions qu'il avait reçues de lord Castlcreadi a ce sujet .et qui étaient sans

réplique. Je donnai donc l'ordre d'embarquer les bagages et les chevaux de l'empereur. \u milieu de cette opération, la frégate française la Dryade et la corvette la Victorieuse vinrent jeter l'ancre dans le chenal. Le comte de VIontcabrié descendit a terre, et voyant les bagages dans les bateaux, il en exprima d'abord sa surprise, mais lorsqu'il eut été présente a l'empereur et qu'il eut appris son intention de s'embarquer à bord de VUndaunted, il sortit de la baie et lit voile en compagnie de la Victorieuse, qui se rendait a 111e d'Elbe, où elle devait resterai! service de l'Empereur.

\ dîner les convives furent le prince Schouwaloff, envoyé russe; le baron Koller, envoyé autrichien: le comte Truxor envoyé prussien ; notre envoyé, le colonel Campbell ; le comte clam, aide-de-camp du prince de Schwartzenberg, le comte Bertrand, le comte Drouet el moi-même. L'empereur ne parut nullement se tenir sur la réserve, mais, au contraire, il se mêlait franchement a la conversation et il s'y livra avec beaucoup de vivacité, il sembla montrer une attention particulière pour le baron Koller, qui était assis ' sa droite, el il lui parlait de son projet de construire une grande Moite. \ ee propos, citant la marine hollandaise, dont il s'était fait une très médiocre opinion, il dit qu'il avait augmenté et perfectionné cette marine, en envoyant dans la llollan'de d'habiles constructeurs et en j faisant construire plusieurs beaux navires. I. iusterHlz, dit-il. était un des plus beaux vaisseaux du monde; el en disant d i de s'adresser au prince Schouwaloff, qui parut peusatisfait de l'allusion. Il prétendit que le seul service qu'à avait pu tirer des vaisseaux de -lierre hollandais, celait de [es employer a transporter des chevaux en Irlande. Il parla de l'Elbe . et dit que l'importance de cette rireétail peu connue; que les plu- beaux bois de construction pouvaient v être apportés a peu de irais de la Pologne, etc

ù cette nuit-là a Fréjus, el je lus éveille a quatre heures du

manu p. H- deux <le~ principaux nabitans, 'i"i entrèrent dans ma chambre

pour me supplier de faire embarquer l'Empereur aussi promptemenl que

car ils avaient appris que l'armée d Italie, que commandait Eu-

B( niliariiais. s'étaient débandée, «pie les soldats rentraient en

Fi ron breuses et qu'ils étaient aussi dévoués que jamais

a leur chef, i.e^ messieurs paraissaient craindre que l'Empereur ne se mu de v, personne à leur 1. 1,-. Je répondis (pie n'ayant pas plus qu'euxmêmes missi le taire embarquer l'empereur, je les engageais a s'adresser aux envoyés des souverains allies, ci ,, leur connaître leurs

appréhensions. Ceu ;-ci, j'ose le dire, ne lurent guère plus satisfaits que moi ,i , tre réveillés à pareille heure-, toutefois, comme il était bien évident que l'Empereur ne se i ressait pas de quitter la France, qu'il parais-

sait au contraire avoir quelque motif Secret de retarder son départ, les envoyés s'en inquiétèrent, et ils me prièrent de l'engager a s'embarquer le jour même, .le me rendis a leur désir, et demandant une entrevue, je lis remarquer a l'Empereur l'incertitude du vent, appuyant sur les difficultés qu'il y aurait a atterrir avec les bateaux , dans le cas ou le vent. viendrait a tourner au sud et a souiller en rafales vers la grève . circonstance qui, d'après l'apparence du temps, devenait très probable; auquel cas. je me verrais obligé de mettre au plus toi a la mer; après quoi, prenant congé, je retournai a bord. A dix heures je reçus le billet suivant :

Mon cher Ussher, lï mpereur ne se sent pas très bien, il désire retarder son

barque ni if' quelques heures, si vous pensez toutefois que la chose soit

possible. Min que VOUS ne restiez point en suspens, il vous prie de laisse, ici nu de vus officiers pour transmettre le signal a votre navire quand il sera nécessaire d'appareiller, et il vous fera prévenir lui-même a l'avance. Je pense au

reste, que vous feriez bien île venir voiis-iné et de convenir d'un signal, tel,

par exemple, qu'un drap blanc à l'extrémité de la rue. Le porteur a l'ordre de mettre un hussard et un cheval a votre disposition. Quelle que sml votre décision, failes-la moi connaître par le porteur. Vous me trouverez chez le gi néral Koller.

Votre etc.

N. Cavpbcll.

Voyant ma détermination bien arrêtée de mettre à la voile. Napoléon comprit la nécessité de céder aux circonstances; le général Bertrand reçut l'ordre de préparer les voitures pour sept heures. I n quart d'heure avant le départ j'allai prévenir L'Empereur que mon canot l'attendait au rivage, et je restai seul avec lui dans sa chambre, a l'auberge, jusqu'à ce

qu'il montai en voilure Pendant ce temps il se promenait de hum en large, absorbe dans une profonde méditation. Tout à coup il se lit un grand bruit dans la rue; j'en pris occasion de remarquer, je ne sais trop pourquoi, que la » populace française était la pire <\u monde entier »

,< c'est vrai, répondit l'empereur; c'est un peuple inconstant, léger

comme une girouette. Lecomte Bertrand entra aussitôt; les voilures étaient à la porte, et Napoléon, prenant son épée sur une table, me (lit : > Allons. Capitaine. Je me détournai un instant pour m'assurer que la

lame de i I sabre étail libre dans le fourreau . supposant le cas où il

faudrait dégainer, et lorsque les portes furent ouvertes, je vis le vestibulequi précédait l'appartemenl rempli d'un grand nombre de personnes d'un aspect fort distingué. Les dames liaient en parure, et Imil le inonde s'inclina avec les marques du plus grand respect au milieu d'un silence solennel. L'Empereur, s'adressanl a une jeune et très jolie personne, lui demanda d'un Ion trèsgracieux si elle était mariée et combien elle avait d'enfans-, puis, après avoir a peine écoule la réponse, il salua chacune

des personnes qu'il renconlra en descendant l'escalier, cl il moula dans

un carrosse en nous invitant, le baron Koller, le comte Bertrand cl i

;i prendre place près de lui.

Quand nous arrivâmes au rivage il faisait une brise de nuit fort douce, et un brillant clair de lune nous laissait apercevoir les lignes d'un régiment de cavalerie rangé m bataille parmi les arbres qui bordaient la

mer. \ l'aspect de la voilure, h- son des trompettes, les hennissemens

des chevaux cl les bruits de la foule assemblée pour saluer une dei unie fois son empereur détrôné, animerenl celle scène intéressante.

L'EmpereurJdescendit de voiture, embrassa le prince Schouwaloff, qui, ainsi que le coinie Truvir, repartait | r Paris; puis il prit mon bras,

et nOUS mairie IS vers le canot, l'ar un singulier hasard, celui ,,,,, le

commandai! étail h- lieutenant Smith, neveu desirSydnej Smith, qui avail été quelque temps retenu p'riso r au ["emple avec le capitaine

Wright . cl ce lut bu qui aida l'empereur a cnlrer dans l'embarcation

L'Undaunted étail a peu de distance en pi sous ses violes de perro

quel, el di s que nous 'aeei isl.inies. je montai par le travers, alin de rece m, n SUr le -ail lard il, I I mpereur. qui, le ehape.iu a la mau

ions les officiers assemblés sur le pont, et se dirigea immédiatement vers

l'avant . ou je le trOUVai unie a la foule des m. Ilelols . el c.iusinl

ceux qui comprenaient un peu le français. Rien n'échappa à sou examen; aussi remarqua-t-il au premier abord la grande quantité de nos embarcations, qui étaient, je crois, au nombre de onze. Apres avoir fait déployer les voiles et tirer le salut royal, je le conduisis à ma cabine, où je lui montrai mon propre hamac que j'avais l'ait préparer pour sou usage; et, comme je m'excusais de n'avoir rien de mieux à lui offrir, il nie répondit en souriant que tout était fort bien et qu'il dormirait parfaitement. Nous sortîmes de la baie toutes voiles dehors, et nous prîmes la direction de l'île d'Eibe.

A quatre heures du matin, heure habituelle de son lever, l'empereur prit une grande tasse de café, et à sept heures il monta sur le pont, sans paraître aucunement ifene par le roulis du navire. En ce moment nous échangions des signaux avec le Ma /le, commandé par sir Benjamin Hallowell, faisant route pour Gènes, et auquel j'apprenais que j'avais l'empereur Napoléon a mon bord. Le vent tomba au sud-est, et je dus gouverner à bâbord sur l'île de Corse.

A dix heures on déjeuna; les convives étaient le comte Bertrand , le comte Drouet, le baron Koller, le colonel Campbell, le comte Clam et l'officier du quart. Napoléon, qui semblait en bonne disposition d'esprit, s'efforça de démontrer que s'il avait été ambitieux, l'Angleterre ne l'était pas moins. « En effet, dit-il, depuis le temps de Cromwell, vous autres Anglais vous avez toujours soutenu d'étranges prétentions, par exemple, celle de la souveraineté îles mers: A la paix d'Amiens, lord Sidmouth demanda le renouvellement du traité de commerce fait par M. de Verbennes, après la guerre d'Amérique. Comme moi-même je desirais beaucoup encourager l'industrie en Erance, je répondis que j'étais fort disposé à conclure un traité, non dans les termes de celui que le cabinet de Versailles avait signé, et qui était si visiblement funeste aux. intérêts français, mais sur les bases d'une entière réciprocité , c'est-à-dire l'Angleterre s'engageant à prendre à la France pour une valeur monétaire de ses produits égale il celle des produits qu'elle lui enverrait. — Mais cela est tout à fait nouveau, dit lord Sidmouth, et je ne puis traiter sur cette base. — Très bien; je ne puis vous forcer, ni vous non plus, et nous resterons comme nous sommes, sans relations commerciales. — Mais, repartit lord Sidmouth, nous aurons la guerre; car, a moins de rentrer en possession de ses avantages commerciaux , le peuple anglais m'obligera de déclarer la guerre. — Comme il vous plaira. Mon devoir à moi est de consulter les justes intérêts de la France , et je ne ferai aucun traite de commerce sur des principes autres que ceux que je viens d'établir. Ce fut alors que l'Angleterre prit Malte pour prétexte dune guerre dont tout le monde comprit la véritable cause. Quant à moi, je désirais sincèrement la paix : l'expédition que j'envoyai en ce temps a Saint- Domingue en est une preuve certaine. »

Le colonel Campbell remarquant alors que l'Angleterre devait douter de ses intentions pacifiques, puisque taudis qu'il refusait un traité de commerce il envoyait en Irlande des consuls accompagnés d'ingénieurs chargés d'étudier les points de débarquement, l'empereur lui répondit en riant que c'eût été une mesure fort inutile , puisqu'il avait une connaissance parfaite de tous les ports d'Angleterre et d'Irlande; sur quoi le comte Bertrand dit que tout ambassadeur et tout agent diplomatique étaient des espions officiels.

« Les Américains, continua Napoléon, reconnurent la raison de mes principes commerciaux. Autrefois ils importaient de France, en échange de leur coton et de leur tabac, une grande quantité d'espèces, avec lesquelles ils allaient aussitôt s'approvisionner des produits des manufactures anglaises. Moi, je défendis l'entrée de leurs cotons et de leur tabac, à moins qu'ils n'en fissent l'échange contre une égale valeur de produits français, et ils y consentirent. Mais, ajouta-t-il, l'Angleterre a maintenant ses coudées franches; il n'y a plus en Francede pouvoir capable de s'opposer à son système, et elle aura tel traité qu'il lui conviendra d'imposer. Les Bourbons sont de pauvres princes qui vont se trouver trop heureux de revenir faire, les grands seigneurs dans leurs terres el leurs châteaux ; mais s'ils froissent trop le peuple par leur orgueil de gentilhomme, et I

s'ils n'encouragenl pas suffisamment les manufactures de l'intérieur, ils

seront chassés dans six mois. . iarseille, Nantes, Bordeaux et les Mlles maritimes ont toujours un corni . i assuré'; pour l'intérieur c'est autre chose, et je sais comment l'opinion était pour moi a Tarare, a Lyon et dans les autres villes manufacturières que j'ai tant protégées. »

Il dit encore que l'Espagne était naturellement l'amie de la France et l'ennemie de l'Angleterre; que l'Espagne et la France devraient toujours être unies, dans l'intérêt de leur commerce et de leurs colonies; que c'était une honte pour l'Espagne de nous laisser en possession de Gibraltar, et que, dùt-elle bombarder cette forteresse nuit et jour pendant uu an, il faudrait tôt ou tard qu'elle essayât de nous en chasser. Il parla aussi de la manière dont l'Angleterre attaqua l'Espagne sans déclaration de guerre comme sans motif, et de la capture qu'elle lit des frégates chargées ûu trésor national. L'un de nous dit alors qu'on savait en Angleterre que l'Espagne devait faire cause commune avec lui dès que le trésor serait arrivé.

Sur une question que je lui lis touchant l'expédition de Waleheren, l'Empereur me répondit qu'il eut fallu pour occuper Waleheren 14,000 hommes, dont les maladies nous eussent enlevé annuellement la moitié; que d'ailleurs il a\ait, lui, par le voisinage d'Anvers, les moyens de nous attaquer soudainement, quand il l'eût jugé à propos, et de triompher par la force numérique; qu'ensuite nous avions préparé notre expédition trop longuement et sur une trop grande échelle, ce qui lui avait donne le temps d'être averti et d'écrire devienne, ainsi qu'il l'avait fait, que la flotte se dirigeait sur Anvers; qu'il pensait qu'un coup de main lente rapidement, avec seulement 10,000 hommes, eût pu réussir. Mais il riait, beaucoup de l'incapacité qui nous fit. perdre tant de. temps et tant de monde par les maladies, en restant devant Flessingue, tandis que nous aurions dû avancer vivement sur Anvers; du reste, il ne pouvait comprendre comment notre gouvernement avait si mal choisi le chef d'une expédition aussi importante.

Napoléon lut, après le déjeuner, pendant quelques heures; il monta sur le pont à deux heures, et il y demeura jusqu'au dîner. Tout ce qui se passait à bord attirait son attention : les occupations habituelles des matelots, les uns raccommodant les voiles, les autres tirant les cartes, d'autres enfin nettoyant les canons, rien ne lui échappait.

Apres le dîner, il se mit à examiner une carte du port de Toulon, et il en prit occasion de parler du siège souteuu dans cette ville par lord Ilood et le général O'Hara. Il commandait l'artillerie française en qualité de major, et comme tous les autres officiers étaient pour un siège régulier, il proposa, dans un mémoire, un plan pour forcer la flotte à sortir du port intérieur, ce qui, une fois accompli, laissait la garnison dans une position dangereuse. « Ce fut alors, dit-il, que je compris tous les avantages d'une nouvelle tactique. » Il raconta aussi l'anecdote de ce représentant du peuple qui démasqua maladroitement une batterie en donnant avant le temps l'ordre de tirer.

Vers le soir, passa près de nous un petit navire dont j'ordonnai la visite; et comme Napoléon se montrait fort curieux d'avoir des nouvelles, je demandai que le capitaine vînt à bord, et je l'adressai directement a l'Empereur, qui était à l'extrémité du gaillard d'arrière, vêtu d'une grande redingote et coiffe d'un chapeau rond. Le capitaine crut avoir affaire au commandant de la frégate, et quand on me l'envoya ensuite dans ma cabine : « Savez-vous, me dit-il, que votre capitaine est l'homme le plus extraordinaire que j'aie rencontré? Après m'avoir fait une question, il me laissait à peine le temps d'y répondre, et il me la répétait rapidement une seconde fois. » Je lui appris alors qui était celui auquel il venait de parler. Saisi d'étonnement, il se précipita bientôt sur le pont, dans l'espoir d'y retrouver Napoléon, qui, à son grand désappointement, en était déjà descendu. Quand je racontai à Napoléon ce que cet homme m'avait dit, il me répondit que celte manière de repeter vivement ia même question était la seule qui pût forcer es sortes de uens à dire la vérité.

Le matin, landis que Napoléon était sur le pont, ayant fait virer de

bord, nous marchâmes vers les côtes de là Ligurie. L'air était tirs pur, et, cii apercevanl la terre, nous vîmes les Upes se dessiner magnifiquement devant dous. Pendant près d'une demi-heure, appuyé sur mon bras, l Empereur resta absorbé dans la contemplation de ce spectacle, et son regard semblait devenir immobile. Je lui dis qu'il avait autrefois traversé ces montagnes dans des circonstances bien différentes. Cela est vrai, • répondit-il simplement.

Le venl commença à fraîchir, et pour taquiner le baron Koller, qui se trouvait alors près de lui, l'Empereur me demanda en riant si nous ue courions aucun danger; car il plaisantait sans cesse le baron, qui était fort peu rassuré sur un vaisseau, et qui d'ailleurs souffrait beaucoup du mal de mer. Il me lit ensuite quelques observations sur la nourriture de nos hommes, et, surpris de ce qu'ils avaient une ration de cacao el de sucre, il me demanda s'ils jouissaient depuis Long-temps de ces friandises Je répondis que nos marins en étaient redevables à lui-même et à son système continental, parce que, ne pouvanl écouler le sucre et le cac 10 sur le continent, le gouvernement en avait augmenté les provisions des marins.

Nous gouvernions sur l'île quand nous aperçûmes un petit navire que Napoléon me pressa vivement de héler pour avoir des nouvelles, .le lui répondis que nous ne pourrions le serrer d'assez près, purée qu'il marchait sur vent dans une direction opposée a la nôtre. Kl) bien ! me ditil a l'oreille, tirez dessus et coulez-le. J'affectai d'être surpris, et je demandai si je devais dénationaliser ce uavire, faisant allusion au décret de .Milan. H sourit, nu- pinça l'oreille, et lit cette remarque, que, d'après le traité d'Utrecht, quand les navires sont abordés, ce doit être hors la portée du canon

\ cette occasion, il me dit encore que l' Angleterre ne s'attendait pas aux mesures qu'il prit pour se venger de ce qu'elle avait bloque toutes les côtes, depuis l'Elbe jusqu'à Brest, et que ce fui alors qu'il fui obligé de s'emparer de la Hollande. Puis il ajouta en riant : ■. Ali ! vous traitez les américains comme s'ils étaient toujours vos sujets. Mais, continuat-il, I' Amérique se conduit .mc courage, ci d'ailleurs sa correspondance diplomatique m'a toujours paru forl bien fuie ci pleine de bons raison-

neinens. .le lui demandai s'il n'avait pas lance le décret de Milan dans

le but de forcer l'Amérique a si' brouiller avec nous. Il repondit qu'en effet il était mécontent de voir 1' Amérique souffrir qu'on dénationalisât SOU pavillon, el, après s cire étendu longuement sur ce sujet, il termina en disant que l'Amérique avait le bon droit de son côté. Il dit encore que l'expédition de Copenhague avait été une grande injustice et une grandf faute politique; qui' l'Angleterre n'y avail gagné qu'un petit nombre de vaisseaux qui ne pouvaient lui être utiles, et qu'au contraire elle s'était nui inliniineiil par l'acte inique de tomber sur une petite nation sans déclaration de guerre et sans un seul motif. Je répondis qu'a eetie époque on croyait eu Angleterre que la flotte danoise lui avait été vendue.

En parlant de Toulon, Napoléon dit que lis vaisseaux ■ tant obligés de sortir do l>assin intérieur pour compléter leurs approvisionnemens, les croiseurs anglais pouvaient ainsi avoir connaissance des expéditions qui préparaient, et. pour remédier à ce -rave inconvénient, il avait eu le projet de transporter a Bouc, près l'embouchure du Rhône, les chantiers pour la construction des vaisseaux de guerre, l n canal pariant d'\rles v eût transporté les bois el Toulon n'eût plus été qu'un port d'armement. Cela le conduisit a parler de Cherbourg et du bassin ou docks, qu'il v avait fait creuser dans h- roc vif. Puis, avec un crayou, il h ça,

sur un plan que j'avais de cette ville, • h. ne de fortifications qu'il

avait l'ail élever. dans la prévision d'une attaque par une flotte .iiil L'entrée est minée de chaque côté. Discutaul ensuite le faible el le fort

des points importans de l'empire .l'avais, dit-il, e a possessio

places qui eussent i té pour l' Angleterre d'une valeur incalculable pour être forte, la France doil posséder envers; car, en su]

a el de Toulon à la fois, on peul encore équiper une flotte 1 Anvers avec les bois qu'on tire de Pologne; au»! n'ai-je jamais voulu

consentir à l'abandon de celle place ; d'ailleurs, j'avais jure, a mon couronnement, de garder l'intégrité du territoire français 11 avait aussi fait souder et étudier l'Elbe avec soin, et il avait trouvé que près de Hambourg elle était aussi favorable que l'Escaut à l'établissement d'une grande place maritime. Ses plans pour la marine étaient gigantesques; il comptait avoir un jour jusqu'à trois cents vaisseaux de -lierre Je lui lis observer qu'il n'aurait pas eu la moitié des marins nécessaires b une pareille Motte. Il me répondit qu'il s'en fût procuré autant qu'il en eût fallu, au moyen de la conscription navale et de l'enrôlement d'étrangers, qu'il pouvait choisir dans toutes les parties de l'Europe; qu'ensuite, le Zuyderzée eut été 1res commode pour exercer les recrues. Comme je paraiwuN douter

que ses conscrits eussent pu devenir de hons marins, il nie cita ceux qui

monta ieni la flotte que j'avais eu souvent l'occasion de voir manœuvrer

devant loulou, cl il me demanda de lui en dire franchement mon opinion. » Les conscrits, ajouta-t-il, commençaient a serv ir deux ans sur di s

goélettes, ou ils étaient exerces par les officiers et les matelots les plus

capables. Pendant ces deux années, ils étaient continuellement à la mer, pour protéger les caboteurs ou pour faire des manœuvres. Sans doute

cela ne suffisait pas encore pour former de parfaits marins-, aussi avaisje le projet de faire partir des escadres pour les mers du Levant el les Indes-Orientales, non dans le but d'attaquer vos colonies, mais pour instruire les équipages, tout en gênant votre commerce il savait bien

qu'il lui en cul colite quelques vaisseaux ; mais il les eut facilement remplacés, et le bénéfice eût amplement compensé les pertes

Après cette conversation, je fus forl surpris d'entendre Napoléon expliquer au baron Koller, avec une grande justesse, la maniœuvre fort difficile par laquelle on maintient un navire ferme mu- son ancre contre lamarée.De son côté il admirait beaucoup la régularité du service et la

1 ne distribution du temps sur mon bord. Ce qui le frappait suri mt,

c'était la respectueuse déférence maintenue sur le gaillard d'avant entre 1rs officiers de différens tirades. Il semblait approuver fort notre minutieuse ponctualité à cet égard, disant qu'il la croyait si nécessaire, dans

l'intérêt d'une hou liscipMne, qu'il s'était efforce de l'introduire dans

la marine française, mais sans pouvoir se faire comprendre de ses officiers.

l.e temps devint si menaçant, que j'annonçai l'intention d'aller 5 Bastia si le vent continuait à fraîchir. Napoléon eût désiré que je touchasse a

Ajaccio; mais comme cela nous ei'il trop détournes de noire route, il

proposa d'aller a Calvi, me donnant sur ce porl ions les renseignemens

que j'eusse pu attendre d'un bon pilote, et faisant preuve en celte occas

d'une mémoire étonnante.

Ce soir-la nous rencontrâmes le Berwick, V ligte et VAlcmine, qui escortaient un convoi Je lis des signaux pour inviter sir John Louis el le capitaine Coghl an à dîner. Dès qu'ils arrivèrent à bord, je les présentai ii l'Empereur qui les questionna sur la vitesse et les autres qualités de leurs vaisseaux ; il surprit le capitaine Coghlan en lui demandant s'il n'était pas Irlandais et catholique romain

'foute la nuit nous l'on unes de v ni 1rs pour atteindre la terre, el au point du jour, Calvi nout apparut au sud. Napoléon «tait sur le pont avant son heure habituelle ; il semblait fort anime, et son regard cherchait ardem

ment a reconnaître le rivage. I.e venl tomba connue nous approchions de la cote: mais pendant le U'rns temps. Napoléon n'avait pas quitte le pont, sur lequel il se tenait aussi ferme qu'un marin I ,e comte 1 (rouet, qui avait beaucoup navigué avec Villeneuve, fut un de .eux qui restaient le plus long-temps auprès de lui.

Tant que le vent nous maintint le long de la côte, Napoléon sembla prendre grand plaisir à examiner le rivageà travers sa lorgnette, toul on

racontant divers souvenirs .le s. ai enfance I n instant, comme nous passiens ., deux ou trms enc Iblures d nu . norme rocher qui B'avani t d ns

I i! dem inda au baron Kollcr s'il ne se sentait pas le désir d'aller

■ . e ; romenade ; mais le baron me i il] plia d'i m| êclier qu'il allât àterre, en me disant toul bai qu'il eonn l i p bien l'Em| ereu t ou|

ompagner dans une semblable excursion

Enfin le temps nous permit de reprendre route pour l'île d'Elbe. Napoléon commença alors à montrer beaucoup d'impatience de voir son nouveau royaume, et comme nous marchions à pleines voiles, il me demanda si nous avions autant de toile que nous en pouvions porter. Sur ma réponse affirmative : « Mais, reprit-il, si vous étiez en chasse d'une frégate, ennemie, n'en porteriez-vous pas davantage? » Je regardai en haut et voyant que la voile du perroquet d'artimon n'était pas déployée, je lui dis que je m'en servirais certainement en cas de chasse. « Eh bien ! dit-il, puisque vous le feriez alors, faites-le donc maintenant. » Je rappelle cet incident pour prouver qu'il était impossible que rien échappât à sou pressant examen.

Son impatience devint encore plus vive, lorsque la vigie nous eût crié de la tête du mât que l'île d'Elbe était en vue. 11 alla aussitôt sur l'avant, et dès qu'il fut possible de reconnaître la terre, il témoigna une grande anxiété de savoir quelles couleurs étaient arborées sur les batteries. Il paraissait douter que la garnison eût reconnu les Bourbons, et, en effet, il n'y avait pas plus de quarante-huit heures que ce fait s'était accompli; de sorte que, sans le inauvai temps,nous eussions trouvé l'île entre les mains de l'ennemi. Dans ce cas, j'eusse été obligé de conduire l'Empereur au commandant en chef, qui, sans nul doute, l'eût envoyé directement en Angleterre.

Le général Drouet, le comte Clam, aide-de-camp du prince Sehwartzemberg, et le lieutenant Hastings, premier lieutenant ide YtJndaunted, accopmpagnés du colonel Campbell, furent conduits à terre, chargés par Napoléon de prendre, en son nom, possession de l'île. A leur arrivée, on les mena chez le général Dalheme qui, ainsi que nous l'avons dit, avait dû en conséquence des ordres qu'il avait reçus, la surveille seulement, du gouvernement provisoire, arborer le drapeau blanc. Ce général témoigna le désir de faire tout ce qui pourrait être agréable à l'Empereur. [Revue Britannique. — La suite au prochain numéro.)

NOTICE HISTORIQUE SDR

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