On écrit de Suisse
«■Abraham Cap, de Saint-Cerges, forestier et chasseur de profession faisait il y a une quinzaine de jours une tournée dans les environs de ce village avec un nommé Constant. En passant au Vuarnoz près d'un endroit où il y a une petite caverne, leur chien se mit à aboyer par momens. En bon chasseur, Cap pensa qu'il pouvait bien y avoir quelque chose dans la tannière en question. Ils en cherchèrent l'entrée, mais elle était couverte de neige extrêmement durcie et en grande quantité. Un jeune homme vint à passer près d'eux, allant au bois avec sa hache; il s'arrêta, et les aida à coups de ha :he à déblayer cette neige. Dessous , ils trouvèrent des broussailles et enfin le trou, exactement fermé avec des pierres qu'ils ûtèrent. L'ouverture rétablie, il fut question que l'un d'eux entrât dedans. Cap décida Constant à s'y fourrer, et, pour pouvoir le faire, ce denier fut obligé d'ôter sa veste et son gilet, et d'entrer ainsi en chemise. Quand il fut dedans, il jutse tenir droit. Ayant armé sa carabine, il fit quelques pas sans voir goutte. 11 cria alors aux autres qu'il ne voyait rien , qu'ii fallait allumer un cornet de poix qu'ils avaient, et entrer avec; ce que fit Cap.
Quand celui-ci fut dedans a\cc sa lumière, Constant avait devant lui, à bout portant, un ours énorme prêt à lui sauter dessus; Constant lâcha la détente ; le coup partit, la poix s'éteignit, et l'ours, atteint à la tète, se mit à hurler d'une manière affreuse, tellement que la montagne en tremblait. Cap s'éla't vile blotti contre une paroi, où il se tenait debout, pensant que l'ours chercherait à sortir, et ne disait moi. Constant, en chemise, courait dans la caverne en niant : Ah diantre\ vo me laissi lot soleil Cap ré. pondit à voix basse : De sur; ici-. Au même moment, l'ours, qui se trouvait près de Cap, lui pose la patte sur l'épaule, et lui emporte habit, gilet, chemise et peau. Aux cris de Cap, l'ours se sauve à l'entrée, montre sa
grosse tête, sur laquelle le jeune homme resté dehors décharge un bon coup de bâche, qui achève l'ours. Mais, nouvel embarras! en se débattant, l'ours bouchait complètement l'entrée. L'odeur de la poudre et le manque d'air suffoquaient Cap et Constant. « Tire-le par les pattes ! » criaient-ils à leur compagnon. » Pousse-le par derrière , » disait celui-ci. A force de pousser et de tirer, ils en vinrent pourtant à bout, et mirent l'ours dehors. Il était très grand et pesait 2S3 livres. On le montre à présent dans une ville voisine, et, à ce qu'on assure, un a'ni de nos héros expose, sur un tonneau, dans les rues, toute l'histoire de la prise de l'ours. »
— Voici , sur les amusemens d'hiver en Chine , quelques détails curieux :
« Vam Braam, qui a fait partie de l'expédition hollandaise à Canton peu de temps après l'ambassade de lord Macartney, nous donne sur les amusemens de l'empereur de la Chine et de sa cour, durant les hivers rigoureux à Pékin, les détails suivans :
» L'empereur s'est montré dans une espèce de traîneau, supporté par quatre figures de dragons.
» Cette machine était mise en mouvement par plusieurs mandarins, les uns tirant par devant, les autres poussant par derrière. Les quatre ministres d'état se faisaient aussi traîner sur la place, dans leurs traîneaux, par des mandarins d'une classe inférieure :
» Venaient ensuite de grandes troupes d'officiers civils et militaires, les uns en traîneaux, les autres avec des patins ; d'autres jouaient à la balle avec les pieds; celui qui relevait la balle é ait récompensé par l'empereur; on suspendait ensuite la balle à une espèce d'arche, et plusieurs mandarins lui tiraient des llôches en courant avec des patins sous l'arche. Leurs patins étaient courts sous le talon, et la partie de devant était contournée à angle droit. Ces plaisirs sont plus dans l'esprit des Tartares que dans celui des Chinois, dont les habitudes sont plus efféminées et plus sédentaires. »
3.— Les Cochinchinois ont été présentés chez M. le ministre du commerce ; ils étaient en grand costume. Ils viennent à Paris pour étudier nos mœurs. Chaque fois qu'un de nos usages les frappe, ils tirent de leur ceinture une tablette recouverte en papier de Chine, de l'encre et un pinceau, et ils écrivent tranquillement leurs observations, môme au milieu de la rue : rien ne les trouble. Ce sont, dit-on, des hommes instruits et fort distingués dans leur pays.
— M. Lisfrauc, le célèbre chirurgien de l'hôpital de la Pitié , a offert son amphithéâtre à M. le docteur Phillips (de Liège), pour y faire quelques opérations de strabisme. Après une leçon, qui a été accueillie par des applaudisscmens de la part des nombreux élèves qui étaient venus pour l'entendre, cet opérateur a mis aussitôt à exécution les préceptes qu'il avait posés. M. Pinel-Crandchamp, chiruraien de l'hôpital Saint- Louis, s'est aussitôt livré au scalpel de M. Phillips, qui lui a redressé l'œil droit qui louchait fortement.
h. — L'Académie française, dans sa dernière séance, a nommé M. Dttpaty directeur, et M. Flourens chancelier pour le trimestre dejanvicr.
— On lit dans le Morning-lh raid: «S. A. R. le prince Albert a varié ses plaisirs sur le lac de Frogmore; le tcuips s'est passé soit à patiner, toit à courir en traineau. Le prince a été accompagné au lac par la reine et par la duchesse de Kent. On croit que Frogmore-Lodge sera la résidence de S. A. R. la duchesse de Kent. On prétend que le prince Albert ayant demandé hier à lord Melbourne s'il voulait l'accompagner à Frogmore pour prendre pendant une heure ou deux l'exercice des patins, le noble vicomte aurait répondu : Al'cssa royale, je me suis trouvé depuis quelque temps sur un terrain si glissant dans Downing-strcet que fatigué d'affaires si délicates, je désire prendre un peu de repos. Votre Altesse Royale voudra bien m'excuser. »
Le Gérant, taqiaud.
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