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JOURNAL DE LA TRAVERSÉE DE NAPOLÉON

01 I 11I..M S X I.'ll.K I > Il 1.1 . TAR LE CtPITAISE SU» TI10HAS ossnr.n ,

Suite et lin — \oir le dernier miner,,

Journée du 3 mai. — D'après les instructions de L'Empereur, le général Drouet devait prendre les noms de tous les officiers militaires et

en ils qui désiraient entrer a sou service. Napoléon demandait aussi qu'il

'ui filt envoxeune deputation des principaux babitans A huitheuresdu matin nous jetâmes l'ancre à l'entrée du port, et aussitôt la deputation se rendit près de Napoléon, La garnison était en ce moment réduite par les désertions de trois mille hommes à sept cents, et comme depuis plusieurs Semaines l'île était Ht) état de révolte, les troupes s'étaient rente r mecs dans les fortifications qui entourent l'orto-l errajo l'endant la nuit un officier autrichien partit dans une de mes embarcations pour l'ioiubino. afin d'essayer de rétablir les communications interrompues; mais quoiqu'il fut porteur d'une lettre du commissaire , le commandant s'ex- ,-iis.i poliment S'être l'orée de décliner sa demande jusqu'à ce qu'il eilt obtenu l'autorisation de son supérieur, auquel il axait écrit

.1 M,,ii \,| poiui du jour, \apoleon était sur le pont , où il causa pendant deux heures avec le maître du port, qui et;ut venu à bord pour piloter le vaisseau II le questionna minutieusement sur le mouilla-e, les fortifications, ete

A six heures, nous levâmes l'ancre et nous entrâmes dans la rade, où nous étions mouilles à six heures et demie

A huit heures, lT.mpereur me demanda un canot. 11 désirait fane une promenade sur l'autre eore de la baie, ou il m'imita à l'accompagner. Ta' comte Bertrand, le colonel Campbell et le colonel \ incent, ingénieur en chef, étaient àve'c nous; mais le baron Koiler avait décline cet honneur. L'Empereur portait une redingote et un chapeau rond \ moitié route, il remarqua qu'il n'avait pasd'epee, et peu après il demanda Si les paysans toscans étaient enclins a l'assassinat Notre j, ,■.,,,,, .. nade dura environ deux heures, et les paysans , qui croyaient que nous étions tous Anglais, nous criaient : Yiva! ce qui me sembla ne pas être agréable à Napoléon Nous retournâmes à bord pour le déjeuner 11 s'occupa ensuite de choisir un pavillon pour l'île d'KIbe, et il feuilleta un livre qui contenait tous les pavillons anciens et modernes de la Toscane. Après m'avoir demandé mon avis, il se décida pour nu pâvillôh blanc avec une. bande rouge diagonale, portant trois abeilles; les abeilles entraient dans ses armes comme empereur des Français, 'et il me chargea de faire faire aussitôt deux drapeaux sur ce modèle, par le tailleur de la frégate. L'un des deux devait être arbore sur les batteries à une heure.

A deux heures, la barque qui devait enduire Napoléon ,i terre étant armée, il me pria d'y descendre le premier, et il y fut suivi par le baron Koiler, le comte Rertrand et lecomte Clam. En ce moment la S'égale fut entourée de bateaux qui portaient les principaux babitans et des corps de musique. L'es corvettes françaises, pavoisees ainsi que 1 t nttiiuntal, répétèrent le salut royal , et l'air retentit des cris de : \i\e l'Kmpereur ! vive Sap'ôiéoh! Lé préfet, le clergé et les autres autorités de l'île atten daient l'Empereur au débarcadère, et ils lui présentèrent les clefs dé la ville sur un plat d'argent. Lorsque Napoléon eut réponduàla harangue du préfet, le peuple l'accueillit avec les plus vives acclamations. Nous nous rendîmes ensuite à lïrlise à travers une double haie de soldats, et delà à liintel-de-villc, on se trouvaient réunies toutes les notabilités de l'île, \prcs avoir adresse là parole à plusieurs personnes, l'Empereur aperçu! dans la foule un vieux soldat, un sergent, je crois, décore ne là Légion-d'Honneur. Il l'appela aussitôt, lui témoigna le plaisir qu'il avait à le voir, le DOrhma pair son nom, et se souvint de l'avoir décore sur le champ de bataille dï.vlau Iles larmes tombaient des veux du v ieux brave, qui semblait succomber a son émotion quand il se vit reconnu par son Empereur, et sans doute le souvenir de ce moment lui est resté Comme le plus beau de sa vie entière Napoléon monta a cheval, et, suivi d'une douzaine de personnes, il visita quelques uns des ouvrages extérieurs de la place il m'invita à dthèr bbùr sept heures, et moi, avant de quitter là (frégate, j'avais ordonné qu'on apportai a terre poiii son usage tous nies vins et mes autres provisions de bouche, dont j'avais appris que l'île était dépourvue

Le •') mai, dès quatre heures du matin, je fus éveille par le roulement du tambour et les eus de Vive l'Empereur I Napoléon était déjà sur pied, visitant les fortifications et les magasins; a dix heures il rentra

pour déjeuner, et à deux heures il monta à cheval ; je l'accompagnai, et nous avançâmes à deux lieues dans les terres. Il s'arrêta plusieurs fois pour examiner les maisons de campagne, et tout le long du chemin il répandit des aumônes. A sept heures, il rentra pour dîner. Avant de quitter YUndaunted, Napoléon m'avait demandé un détachement de cinquante soldats de marine pour l'accompaguer à terre et rester près de sa personne; mais plus tard il se réduisit à un officier et deux sergens. L'un des sergens, nommé O'German, le plus brave et le meilleur soldat que j'aie connu, fut choisi par Napoléon, qui en avait fait son favori, pour coucher tout habillé et armé sur un matelas placé eu dehors de sa chambre ; un valet de chambre couchait en outre à la même place, sur un autre matelas, et lorsque Napoléon se mettait au lit pendant le jour, le sergent demeurait posté dans l'antichambre.

6 mai. — A six heures nous traversâmes la baie dans mon canot, et nous montâmes sur des chevaux qui nous attendaient. Nous allions à Rion visiter les fameuses montagnes de fer. Après avoir parcouru différentes mines; nous allâmes aussi voir le temple de Jupiter, bâti par les Romains. Le chemin qui mène à ce temple est très agréable et très pittoresque, mais fort pénible en même temps, car il faut atteindre le sommet d'une haute et rude montagne. Nous quittâmes donc nos chevaux, et nous marchâmes abrités par l'épais feuillage d'arbres magnifiques. Parvenus au temple, nous y trouvâmes un petit musée parfaitement tenu ; sa principale richesse consiste en beaux échantillons fournis par les mines voisines , et desquels deux ou trois me furent donnés par Napoléon. L'Empereur demanda ensuite à voir la mine principale, et il invita le baron Roller, ainsi qu'une ou deux autres personnes, à l'accompagner dans cette visite, mais ceux-ci s'en excusèrent respectueusement. Tout étant disposé, nous partîmes précédés par deux guides avec des torches. Quand nous filmes arrivés au milieu d'une sorte de caverne d'une immense étendue, les guides touchèrent le sol avec leurs torclies, et nous nous trouvâmes subitement au milieu d'une illumination générale. J'avoue qu'à ce moment je redoutais une explosion; mais Napoléon, qui eut sans doute la même pensée, se. mit à prendre froidement une prise de tabac, en me disant de. le suivre.

A Rion, le Te Deum fut chanté, c'était, je le suppose, pour la première fois, à en juger par la manière dont le pauvre prêtre se tira de sa besogne. Des salves d'artillerie et de vives acclamations accompagnèrent en outre le passage de l'Empereur . Chacun s'empressant pour le voir, plusieurs vieilles femmes lui présentèrent des pétitions, et c'était à qui obtiendrait la faveur de lui baiser la main. Nous remontâmes dans le canot à cinq heures, et à sept nous nous mettions à table à Porto-Ferrajo. Pendant le dîner l'Empereur nous dit qu'il avait l'intention d'occuper Planosa, petite île. inhabitée à dix mille environ de l'île d'Elbe. « Toute l'Europe dira que j'ai déjà fait une conquête, » observa-t-il eu souriant. Déjà aussi il avait songé aux moyens de faire arriver dans la ville de l'eau des montagnes. Napoléon semblait attacher la plus haute importance à procurer de l'eau salubre aux habitans des villes, et ce fut évidemment la première pensée qui occupa son esprit à son arrivée dans l'île, car il me demanda immédiatement d'aller avec lui dans le canot à la recherche des sources.

Un jour que nous explorions la côte, il aperçut dans une petite crique, les embarcations de YUndaunted qui faisaient de l'eau: « Je suis sur, me dit-il aussitôt, qu'il y a là-bas de bonne eau; » et comme je demandais ce qui lui donnait cette assurance: « C'est que je sais, répondit-il, qu'il n'y a que les marins pour trouver promptement la meilleure eau. » Nous allâmes donc près de nos gens. Là , Napoléon ayant demandé à goûter l'eau, un matelot plia l'un des bords de son chapeau ciré, de manière à former une sorte de tasse qu'il remplit, et l'Empereur, après s'être amusé de la manœuvre de Jack , but , en déclarant que l'eau était parfaite.

L'Empereur attachait aussi une grande importance à la propreté des mes, et il voulait que je lui envoyasse à ce sujet le charpentier de la frégate, dont je lui avais parlé comme d'un, mécanicien assez habile pour

faire monter l'eau de la mer jusqu'au sommet d'une montagne. La ville de Porto-Ferrajo est bâtie en effet sur le penchant d'une montagne ; mais je crois que l'Empereur abandonna par la suite son projet d'employer l'eau de la mer qui lui eut coûté de grandes sommes. Du reste, il projetait bien d'autres choses; par exemple, la construction d'un palais et d'une villa , ainsi que d'un hôtel pour la princesse Pauline ; il me consulta aussi pour la construction d'un lazaret pour la quarantaine.

7 mai. — Le 4, à dix heures du matin, Napoléon s'occupa à parcourir la ville et les fortifications; il s'embarqua après déjeûner et visita les bàtimens qui entourent le port. S'il faisait une excursion, dans le pays, il avait toujours avec lui une douzaine d'officiers et le commandant de la gendarmerie. Un des fourriers du palais le précédait toujours, et quelquefois aussi un détachement de gendarmes à pied. Quand nous ectrions dans un canot, et que quelques uns d'entre nous restaient découverts, il les obligeait à remettre leur chapeau, disant : Nous sommes ici tous soldats ensemble.

La pêche du thon est faite dans l'île par un des plus riches habitans ; pauvre dans l'origine, il a amassé, par cette industrie, une fortune considérable, et comme il emploie un grand nombre d'ouvriers, il jouit d'une très grande influence ; aussi l'Empereur dût-il causer un grand mécontentement en prenant, pour y construire ses écuries, l'emplacement des magasins de cet homme , qui fut forcé d'aller les établir ailleurs.

8 mai. — Le Cuiraçao, capitaine Towers, entra, ayant à bord M. Locker, secrétaire de sir Edouard Pellew, commandant en chef. M. Locker demanda audience, pour présenter à l'Empereur mie copie du traité de paix. Napoléon le reçut très gracieusement, et après avoir lu le traité avec une profonde attention, il le replia et le rendit, en chargeant M. Locker de ses remercieinens pour le commandant en chef.

V» mai. — Le baron Roller après avoir obtenu de l'Empereur une audience de congé, s'embarqua pour Gènes sur le Cuiraçao. Dans la journée, j'accompagnai Napoléon à Longone, où nous primes une collation, au milieu des cris répétés de Vive l'Empereur ! Longone est une place très forte , dont les ouvrages sont réguliers ; la baie en est petite , mais l'ancrage en est fort bon. Là l'Empereur reçut les pétitions de beaucoup de vieillards, et il accepta avec beaucoup de bienveillance des fleurs offertes par des jeunes filles, qui toutes obtinrent quelques mots de lui, mais surtout celles qui étaient jolies ; un jeune garçon vint se jeter à genoux devant lui , soit pour demander une aumône , soit simplement en témoignage de respect ; alors , l'Empereur se tournant vers le colonel Campbell : « Voilà bien les Italiens, dit-il, et le fruit des leçons des moines! On ne sait pas faire de ces choses-là chez les peuples du nord. ■• Un peu après, nous fîmes rencontre de deux jeunes femmes , fort bien vêtues, qui lui adressèrent un salut et des complimens : l'une d'elle lui dit avec beaucoup d'aisance et d'enjouement, que deux jours auparavant elle avait été invitée à un bal, à Longone, mais qu'ayant appris que l'Empereur n'y viendrait pas, comme on l'espérait, elle ne s'était pas dérangée. Eu revenant, au lieu de prendre la même route, Napoléon, voulant examiner la côte, s'engagea dans des sentiers fait seulement pour des chèvres ; il marchait en fredonnant des airs italiens , ce qui lui arrivait souvent, et paraissait de très bonne humeur. Il parla de son goût pour la musique, puis remarqua que ce moment lui rappelait son passage du Saint-Bernard et une conversation qu'il eut avec un jeune paysan. « Ce garçon, dit-il, ne savait pas qui j'étais, et il me parlait naïvement du bonheur de ceux qui possédaient une bonne maison, un troupeau et le reste. Je pris plaisir à lui faire énumérer tous les objets qui combleraient sa plus haute ambition, et quelque temps après, je lui lis avoir tout ce dont il avait parle ; cela me coûta 60,000 fr. »

10 mai. — Napoléon gravit à cheval le point le plus élevé qui domine Porto-Ferrajo. J'étais près de lui; de cette hauteur nous pouvions apercevoir la mer sur ses quatre points différens, et en apparence à moins d'un nulle, en droite ligne. Après avoir regardé quelques iustans, l'Ein-

pereur, tournant sur lui-môme , se prit à rire en disant : « Diable, mon Qe est bien petite!

Mais je dois revenir à la journée du 9, où, après son retour de Longone, l'Empereur commença, pendanl le dîner, à parler des opérations de la dernière campagne. Étant ensuite passe dans le salon, il continua jusqu'à minuit, et toujours debout, pendant trois heures, a parler îles événemens récens de la politique des Bourbons, etc. Q dit qu'il avait toujours eu l'avantage sur les allies, malgré L'énorme infériorité numérique de son armée, et qu'une fois entre antres, qu'il n'avait que sept cents fantassins en tirailleurs, deux mille hommes de cavalerie et trois bataillons de sa garde en réserve, contre les Prussiens, plus forts du double, la vieille garde n'avait eu qu'à se montrer pour décider l'affaire. 11 faisait grand cas du général Bliicher Le vieux diable, dit-il, m'a toujours attaque avec vigueur; s'il était battu, il était aussitôt prêt à recommencer, i II nous détailla ensuite sa dernière marche, d'Arcis à Brienne. « Je savais, dit-il, que Schwartzenberg ne s'arrêterait pas pour me combattre,, mais j'espérais détruire la moitié de son armée, pendant sa retraite. J'avais déjà pris une immense quantité de bagages et de canons, lorsque je dus m'arrêter sur la nouvelle (pie l'ennemi avait traversé 1' \uhe a \ itr\ J'en doutais encore, lorsque le L'encrai Gérard m'assura qu'il voyait devant lui vingt mille hommes d'infanterie; cette assurance me combla de joie et je retournai immédiatement à Saint-Dizier, où. croyant avoir affaire à l'avant-garde de Schwartzenberg, j'attaquai la cavalerie de Wi Lntzingerode; je la chassai un jour entier devant moi, comme un troupeau en fuite. Je pris quinze cents a deux mille hommes, et quelques pièces d'artillerie légère; mais, a ma grande surprise, je De rencontrai pas d'armée, et je m'arrêtai de nouveau. Les renseignemens que je pus obtenir me tirent penser qu'au lieu de reculer sur Langres, les Russes étaient retournes à ïroyes. Je marchai dans cette direction, et ce fut là, qu'après une perte de trois jours, j'eus la certitude que les deux armées de Bliicher et de Schwartzenberg avaient marche sur Paris. Il commanda alors des marches forcées, lui-même restant à cheval nuit et jour, et jamais lui et les siens n'avaient été plus remplis de confiance.

- Je savais, dit-il, (pie tous les ouvriers de Paris se battraient pour moi. Et qu'eussent pu faire les allies contre une telle force ? D'ailleurs la garde nationale n'aurait eu qu'à barricader les rues avec des tonneaux pour empêcher l'ennemi d'avancer jusqu'à mon arrivée. \ huit heures du matin, à quelques lieues seulem ni de Paris, il rencontra toul à coup un certain nombre de traîneurs. « Qu'est-ce que cela ? demanda-t-il tout surpris. Tandis que ces hommes s'arrêtaient, saisis d'etonnciiieiit de voir l'Empereur à pareil endroit, ils lui dirent qu'ils venaient d'évacuer Paris; ce (jui ne diminua pas encore son espérance de succès. Mon armée, dit-il, bnilait d'attaquer L'ennemi et de le chasser de La capitale fi bien qu'avec une armée composée comme l'armée alliée, el contre une

armée cou • la mienne, Schwartzenberg, avant Paris derrière lui, ne

voudrait jamais risquer une bataille générale, et qu'il se contenterait de prendre une position défensive; car, après l'avoir occupée sur plusieurs points pendant deux ou trois heures, moi-même, prenant les trente bataillons de ma garde et quatre-vingts pièces de ci a, je me fusse jeté

tout a coup sur une partie de l'armée ennemie, que j'eusse écrasée Sai doute, j'étais m inférieur en nombre, que je ne pouvais espi rer une victoire décisive; du moins je tuais beaucoup de monde aux allies. . obligeais à s'éloigner de Paris; après quoi j'eusse agi selon les circonstances. Mais qui eût pu croire alors que le sénat, s'assemblanl pour délibérer sous la protection de vingt mille baïi rttes étrangères, oserait

commettre une lâcheté -ans exemple dans l'histoire, et qu'un homme

qui me devait tout, qui avait été mon aide-de-camp dévoué pendanl

vingt ans. me trahirait ? Ce ne fut qu'une faction qui d

laproti armées en e de la nation était pour moi

L'armée se serait battue pour moi jusqu'au dernier homme M

une ,i grande infériorité numérique, je ne pouvais i l de mes

amis à une mort certaine, et la France a plusieurs années de guerre ci-

vile. J'aimai mieux faire le sacrifice de mes droits, et j'abdiquai; car je ne m'étais pas battu seulement pour garder nia couronne, mais pour la gloire du pays et la réalisation de projets qui n'étaient plus possibles.

Je voulais taire de la I Tance la première nation du inonde. Maintenant, tout est Uni; j'ai abdiqué, je suis un homme mort Et il affecta de repéter plusieurs fois ces derniers mots \ propos de la confiance dans ses troupes, surtout dans sa vieille Larde, et du manque d'union qui affaiblissait les allies, il s'adressa au colonel Campbell Voyons, Campbell,

dites franchement si cela n'est pas vrai. Le colonel répondit qu'il n'avait jamais vu par lui-même aucun corps considérable des armées françaises, mais que partout on s'accordait adiré que l'Empereur et sa garde Si mhlaient animés d'une puissance surnaturelle; que, quant à l'infériorité de l'armée de Schwartzenberg, c'était une chose avérée, et les allies, n'ayant aucune confiance les uns dans les autres, chacun croyant tout faire el les autres rien, étaient déjà a moitié battus avant d'en venir aux mains. « l'ut-il jamais rien d'aussi naïf que cette capitulation de Paris? reprit Napoléon; rien de plus ridicule que le soin que prenait Marmout de ma personne, quand il nous abandonnait, moi ei ses compagnons d'armes, au péril d'être surpris par L'ennemi? car c'était le corps de Marmont qui couvrait toute notre hune; et la nuit précédente, il me disait encore: « Je réponds de mon corps d'armée. ■ Il pouvait h due. car il avait huit nulle hommes d'infanterie, trois mille hommes de cavalerie, avec soixante pièces de canon ; el tous, officiers et soldats, furent transportes de rage en apprenant ce qui venait d'être fait. Voilu l'histoire! Et se récriant sur la conduite de Marmont devant laris, il ajouta (Jui jamais le croira1 on laissait deux cents pièces di canon dans le Champ-de-Mars, et il n'y en avait que suivante sur les I; mteurs de Montmartre !

L'Empereur passa dans une autre pièce el reprit la conversation, en s'étendant sur la situation générale de l'armée et de la politique française Il semblait se repentir de son abdication, el il dit que s'il vait su que la division d'Augereau ne s'était retirée derrière Lyon qui par la trahison de ce général, il eût été la rejoindre avec son année, même après la capitulation de Marmont. Il parla avec amertume de la conduite d'Augereau, el rappela que quoique ce général, à leur dernière rencontre, lui eût témoigné le plus amical dévouement, la première pensée d'une défection possible l'avait frappe, quand ils se séparèrent sur la route, entre Valence et Lyon. Comme le général Koller exprimai! son étonnement de la conduite d' lugereau, et demandait ,i l'Empereur s'il avait vu sa proclamation . .le ne l'ai pas vue, repondit-il ; mais l'esprit de ses troupes était tel. qu'il n'osa rester a leur tête; j'ajouterai que plusieurs vieux Officiers et soldats étaient venus a moi, me disant, les larmes aux veux.qu' Ui-ereaii les trahissait, el ne suppliant de me mettre moimême a leur tête. Il v avait la trente nulle hommes d'excellentes troupes,

la plupart de l'armée d'Espagne, el bien capables de lutter contre es Vu

triebiens. Revenant a la défection de Mar nt, il dit qu'on la lui avait

annoncée le matin, ei qu'il ne pouvait v croire, quand il rencontra Berthicr. qui la lui confirma d'une manière indubitable.

\ propos de l'armistice conclu par lord Castlereagl) et I allev rand, il exprima l'avis qui' les ailes suivaient une mauvaise inspiration politique en affaiblissant autant la France, ce qui blesserai! trop chaque citoyen

-gueil national H du qu'on pouvait laisser sans danger à 'a

France beaucoup de ce qu'on lui niait, puisqu'elle ne m- trouverait pas encore a la hauteur de plusieurs autres puissances; qu'elle n'avait plus ni flottes ni colonies, et que la paix ne lui rendrait ni eaux m

Saint-D que la Pologne et Venise n'existaient plus, l'une de-

vant agrandir la Russie ei l'autre i Autriche; que l'Espagne, l'ennemie

naturelle île r Vngleterre, était encore moins que la I r '■ eu elat d'offrir une alliance efficace; mais que si. dans cette situation, la Grande- Bretagne voulait encore imposer a la France un traite de commère,, désavantageux, les Français ne resteraient peu' i lois tranquilles nie les puissances étrangi il quitté Paris. Il observa en ce moment que le roi de France ne s'était pas encore

rendu parmi le peuple qui, depuis un mois, l'avait appelé au trône.

.1 Aujourd'hui, reprit-il, l'Angleterre peut tout ce qu'elle veut; les autres puissances n'oseraient lui résister, et pendant vingt ans au moins nul ne sera en état de lui faire la guerre; quant à la Hollande, elle lui est entièrement soumise. »

Comme l'armistice ne disait rien concernant la flotte d'Anvers et le Texel : « Le brave Verhuel se défend toujours, » dit-il en parlant de l'amiral qui la commandait; et à ce propos, comptant le nombre des vaisseaux qu'il avait dans chaque port, il calcula que sous trois ou quatre ans il aurait eu trois cents vaisseaux de ligue. « Quelle différence pour la France ! »

Après une foule de remarques semblables, comme le colonel Campbell lui dit: «Mais pourquoi votre majesté voulait-elle anéantir l'Angleterre '.» il se prit à rire et répondit : « Si j'étais ministre d'Angleterre, je tricherais d'en faire la plus grande puissance du monde. S

Napoléon parlait souvent de l'invasion en Angleterre , disant qu'il ne l'eût jamais tentée que dans le cas où il aurait eu une (lotte supérieure capable de protéger la flottille; pour cela, il eût attiré la (lotte anglaise vers les Indes-Occidentales, tandis que les vaisseaux français seraient revenus subitement; que, certainement, trois jours d'avance eussent suffi pour que la flottille mît immédiatement à la voile, protégée par l'armée navale, et que peu importait l'endroit où l'on eût abordé, puisque l'on devait marcher directement sur Londres. Pour lui, il eût choisi la côte de Kent ; mais, n'étant pas le maître du vent et de la mer, il s'en fût remis aux officiers de la marine du soin de débarquer les troupes de la manière la plus prompte et la plus sûre. La flottille eût porté cent mille hommes, et chaque transport était muni de bateaux dé débarquement. L'artillerie et la cavalerie n'eussent pas tardé, et en trois jours on eût été à Londres. L'armement de la flottille n'avait été qu'un leurre pour nous laisser croire qu'on tenterait de forcer le passage avec les canonnières. Quelqu'un lui faisant observer que les Anglais s'attendaient, dans le cas où il eût réussi, à être traités avec une grande rigueur, et lui demandant ce qu'il eût fait après son arrivée à Londres, il dit qu'il était difficile dé répondre à une pareille question; qu'il n'était pas aisé de soumettre un peuple aussi brave et aussi énergique que le peuple anglais, même après avoir pris sa capitale ; mais qu'il eût certainement sépare l'Irlande de la Grande-Bretagne, et que, du reste, l'occupation de Londres eût porté un coup mortel à nos finances, à notre crédit et à notre commerce. « Avouez franchement, dit-il en terminant, que mes préparatifs de descente vous causaient une grande alarme en Angleterre. »

Il entra ensuite dans une longue discussion au sujet des opérations de Villeneuve avec le comte Drouet, qui s'était trouvé sur le vaisseau amiral pendant le combat contre sir Robert Calder.

26 mai. — Il y avait déjà si long-temps que Napoléon attendait ses troupes, ses bagages et ses chevaux, qu'enlin il commençait à perdre patience, et même à suspecter la bonne foi du gouvernement français ; mais lorsque je lui eus dit que c'était des transports anglais qui devaient effectuer le passage de ses troupes, et qu'il ne pouvaient tarder à paraître, il se montra agréablement surpris de ce qu'il appela notre générosité, et m'assura que s'il avait su que ses troupes dussent être embarquées sur nos vaisseaux, il n'eût pas ressenti un seul instant d'inquiétude. Le lendemain je dînais avec lui quand on vint m'annoncer qu'un de mes officiers demandait à me parier. Cet officier, qui était de garde au poste des signaux que j'avais établis sur une hauteur voisine, m'apprit qu'on découvrait par le nord-est sept navires se dirigeant sur l'île. Je ne doutais pas, d'après leur nombre et leur position, que ces bàtimens ne fussent les transports si attendus, et j'allai en prévenir 1 "Kmpereur, qui, se levant précipitamment de table, m'entraîna dans un jardin situé, ainsi que son habitation, sur la partie la plus élevée des forticatious, et dominant la vue de la mer du coté d'Italie et de France. Là il commença à marcher, allant et venant, et dans son anxiété, l'arrêtant à chaque détour pour tâcher d'apercevoir les navires. Pendant cette yromenade, qu'il con-

tinua jusqu'à ce que l'obscurité fut complète, il se montra très communicatif et sa conversation m'intéressa vivement. Vers minuit, je lui dit qu'avec une bonne lunette je pensais pouvoir distinguer les bàtimens que la brise devait avoir conduits à peu de distance de l'île, il me prêta alors une excellente lunette de Donaldson, au moyen de laquelle je pus distinctement reconnaître les vaisseaux, qui étaient en panne a ce moment. L'Kmperelir en montra une très grande joie, et nie souhaita gaiement une bonne nuit. A quatre heures du matin il était déjà sorti pour donner désordres, envoyant le maître du port et les pilotes aux navires, et faisant préparer les logemehs de Ses troupes, ainsi qu'é dès écuries pour cent chevaux. Les troupes débarquèrent à sept heures, et l'Empereur les passa en revue, adressant la parole à chaque officier ou soldat. Je distinguai surtout parmi les officiers, plusieurs jeunes Polonais d'une tournure remarquable. A huit heures, j'envoyai la moitié de l'équipage de la fvcûate à bord des transports, qui, à quatre heures de l'après-midi, étaient prêts à remettre à la mer. Napoléon était resté tout le temps sur le quai, expose à un ardent soleil ; et quand je lui annonçai que les transports, après avoir opéré leur débarquement, avaient terminé leur chargement d'eau et leur appareillage, il me témoigna sa surprise, et me dit en me montrant quelques matelots italiens : « Ces gaillards-là auraient mis huit jours à faire ce que vous venez de terminer en huit heures, et encore etissent-ils cassé les jambes à quelques uns de mes chevaux, qui n'ont pas reçu une égratignure, S

Tout le jour, Napoléon s'entretint avec le général Cambronne, arrivé en même temps que les troupes dont il avait le commandement. A quatre heurtes, il fit une course à cheval dans la campagne, et il revint dîner à sept heures. A sept heures et demie, il se leva de table, et je l'accompagnai au jardin, où il se promena jusqu'à plus de onze heures. Ce soir-là je lui dis qu'on lui avait généralement supposé en Angleterre l'intention de rétablir Jérusalem, et que cette opinion était venue de ce qu'il avait assemblé le sanhédrin à Paris. Il merépondit en riant qu'il avait eu un tout autre but, et que le sanhédrin, en attirant les juifs de tous les pays de l'Europe, et principalement dé Pologne, le mettait à même d'obtenir d'utiles renseigneffcens ; que les juifs, toujours parfaitement informés du véritable état du pays qu'ils habitent, lui apprenaient ce qu'il avait besoin de connaître, et qu'il en faisait son profit ; il venait aussi beaucoup de juifs d'Angleterre.

Napoléon parla de ses maréchaux , et dit qu'il regrettait beaucoup de ne pas avoir permis à ceux qui le désiraient de prendre leur retraite ; il eût élevé à leur place de jeunes officiers qui lui eussent été aussi dévoués que Masséna. Il considérait Gouvion-Saint-Cyr comme l'un de ses meilleurs généraux. Quant à Ney, c'était un homme qui allait au feu comme dans son élément; il fût entré daus la bouche d'un canon s'il en eût reçu l'ordre; mais il manquait de talent et d'éducation (1). Vlarmont était un bon militaire, mais un esprit faible. Soult joignait à un mérite supérieur les qualités d'un bon soldat. Bernadotte s'était mal conduit une fois à Austerlitz, où il eût mérité de passer par une cour martiale; du reste, l' Kmpereur n'avait nullement appuyé ni contrarié son élévation au trône de Suède. 11 avait une haute opinion de Junot, qui, n'étant encore que sergent, écrivait sur un tambour un ordre que lui dictait Bonaparte, lorsqu'un boulet passant près d'eux les couvrit de terre: « Bon! dit Junot; il vient à propos mettre du sable sur mon papier. ><

Devant le lendemain matin quitter l'île d'Elbe pour aller rejoindre à Gênes le commandant en chef, je demandai une audience de congé. Je trouvai l'Empereur seul. Il parut regretter mon départ, m'invita à le retarder, et me demanda si le vent était bon pour ma route : « Vous êtes, me dit-il, le premier Anglais que j'aie connu familièrement. • Et il ajouta des choses flatteuses pour la nation anglaise. Il me chargea surtout de témoigner toute sa gratitude à sir Edouard Pellew, auquel il était

(1) Note du Traducteur. Il y a évidemment erreur dans ces paroles prêtées a NapoléOD, qui, ailleurs, a rendu meilleure justice à son illustre lieutenant.

extrêmement obligé pour les attentions qu'il en avait reçues. Enfui, il espérait, me dit-il, qu'une fois la gnerrèc&ttre l'Amérique terminée, je

reviendrais le visiter.

J'avais ilii i Napoléon que, lé matin, déjeunant à bord de la frégate la Dryade avec le comte de Monteabrie, le comté m'avait appris que le prince d'Es'slihg, par suite d'un dTrKfèhd avec sir Edouard l'ellew, était menacé de perdre le commandement de TÔuïÔh. Il remarqua, à ce propos, que le prince était un de ses meilleurs màfêcnàùx, un homme supérieur, mais dont la sante était mauvaise, par suite de la rupture d'un vaisseau sanguin. Je lui rapportai qu'on l'avait cru si mécontent, dans le temps, de la conduite du prince d'Es'sling dans la Péninsule, qu'il l'avait exile à Bârêgés. Cette opinion le surprit, et : » C'était, dit-il, une grande erreur; car. à l'épôquê dont il s'agit, la santé du prince était si mauvaise, que ses médecins lui conseillèrent d'aller à Nice, sa ville natale Xprès son rétablissement, il lui avait donné le commandement de foulon, qui venait délie vacant.

Je demandai à l'Empereur la permission de lui présenter le lieutenant Bailev, agent des transports, qui avait ele chargé de l'embarquement de

sa garde et du convoi à Savohe L'Empereur remercia cet officier pour le

soin qu'il avait pris de ses soldats et de ses ChèvaÛX, et le complimenta

sur ce qu'il avait pu opérer le débarquement de quatre-vingt-treize chevaux sans accident, ce qui prouve une grande habileté. « Bu reste, àjouta-t-il, vos marins surpassent encore l'opinion que j'avais d'eux depuis long-temps. Napoléon nous donna alors \\w singulière preuve de sa grande mémoire et de ses connaissances en matière maritime. Comme le lieutenant liailev lui rapportait qu'après rembarquement de la garde, une violente tourmente et mie grosse mer avaient, pendant quelque temps, mis les transports en danger, et que S.ivoue était un mouillage périlleux, l'Eiriperéur lui dit qu'il y avait près deSavoneune petite baie OÙ il eilt pu rester en panne avec une entière sécurité. L'Empereur me chargea ensuite de dire au commandant en chef combien il était satisfait de la bonne et babile conduite ilu lieutenant l'.ailey ; et, après m'avoir remercie moi-même de mes égards pour sa personne, il m'embrassa « la française, en me disant : \ilieu. capitaine; comptez sur moi... adieu Il paraissait vivement ému.

En terminant ce récit, qu'il me soit permis de déclarer qu'en accomplissant avec /ele et loyauté la mission délicate qui m'avait été confiées, je n'oubliai jamais la déférence respectueuse que commandaient a la fuis les revers, la haute position et le génie de Napoléon (1).

NOTIC2 HISTORIQUE

LA NOBLESSE DE COUSE ET LA MAISON MONAl'AllTE.

Été et lin — Voir notre dernier numéro.)

La Corse, rentrée sous la domination génoise; oflrii pendant tout le dix-septième siècle peu d'événemens remarquables Ses plttft nobles ehf ans allèrent chercher la gloire et la fortune au service des fais de France, des

papes et de la republique de Venise.

En 1876; arn\;i dans l'ile une col • grecque de sept a huil CI OtS

"i les débris de la population Bfainote qui déf aà til

deux gièdes, en Morée, son indépendance cttntre les Turcs, et

qui. vaincue par le nombre, venait chercher un asile prëfi râblé i I escla-

tantih, chef de ces proscrits, 'tau un rejeton de là maison

'i I "■ article csl emprunté à la Renie Britannique, 1" livr.iiMm de 1841,

qui contient ehcoré les Révolutions dé la Papau raphi -:,

doc .le la Ticloire; Remrod en Allemagne, et l'Argent, comédie eu cinq actes de sir E. Bulwer.

impériale des Comnènes, dont l'oris'ine remonte jusqu'aux siècles les plus recules du moyen ;be. et qui a produit dix-neuf rois, dix-huit empereurs, et un grand nombre de primes souverains. Il obtint des Génois te territoire de l'ancienne riflfe de Sagone, sur la côte occidentale de

l'ile de Corse, et s'v li\a avec sa colonie I .es distinctions et la puissante attaches a son titre de prince passèrent successivemenl a son lils | Inodore, et ii Jean, son petit-tils. Ce dernier l'ut père de Constantin II, qui favorisa de tout son pouvoir l'occupation de la Corse par lis années de

Louis \\ , en 1768; mais, malgré les services émineusel désintéressés que

les Comnènes avaient rendus a la France, leur suprématie fui abolie après la conquête, et leurs possessions furent réunies auv. domaines de la couronne. Constantin II venait de mourir; Démetrius, son lils aine, réclama contre cette double spoliation, et obtint la restitution d'une partie de ses biens; mais, quand a son râhg de souverain, on lui répondit qu'il était

incompatible avec les lois de la n arrliie française, et qu'il ne pouvait

jouir désormais que des distinctions adoptées dans le royaume. Il fut donc obligé de produire ses titres devant Clierin, qui après un long et sévère examen, prononça son avis dans les termes suivans : On ne peut douter que M. de Comnène ne soit issu en hune directe de David, dernier empereur de ï rehisnnde, tue par ordre de Mahomet II. en 1 ICI! Constatée de nouveau dans le conseil du roi, celle filiation l'ut reconnue par Ici très patentes de Louis \\ l, du mois d'avril 17 s^>, enregistrées au parlenieiil l'année suivante.

La révolution française ayant éclaté, le prince Démetrius Comnène embrasa la cause de la monarchie. Arrêté comme royaliste, puis remis en liberté, il alla rejoindre l'année de Coude, et fut accueilli avec bonté par son altesse sérénissime. Nous savez, lui dit-elle comment on descend du troue:' — Oui, Monseigneur, répondit le prince : mais mes ancêtres n'avaient pas pour soutien un Coudé. »

En ISI."., le prince Démetrius, et Georges, son frère, derniers rejetons mâles de leur maison, obtinrent que les enfuis de la comtesse de Iv, mon, leur sœur, seraient substitués aux nom et rang des Comnènes; file avait alors un lils, le comte VID.it de l'erinon, et deux tilles, Cécile de (ieoulïre. et Caiire, dneliesse il' \brantes. A la mort du prince Georges en 1831, le comte Albert, qui l'avait précède au tombeau, n'ayant laisse qu'une fille, démence île Permôh-Comnène, le titre de prince devint le partage ôV vdolphe de Gèoùrrre, aujourd'hui chef d'escadron au régiment des hussards de Nemours. I.a princesse douairière de Comnène est la veuve de Demelniis

Revenons a la noblesse de Corse. Celte île jouissail depuis Un Siècle et demi du calme le plus profond, lorque le despotisme et les évadions du ïïouvernemenl ligurien lirent éclater, en I7l>t), une insurrection qui, d'abord peu grttvè, prit, sous les ordres de Ceccaldi et de l'aoli, un earactere SéirieUX. I.a lutte dura quarante ,ms en diverses périodes. Enfin

Cènes, fatiguée, lit, en faveur de la France, cession de tous ses droits

sur la Corse, dont les armées de Louis \\ . soutenues par un parti puissant, achevèrent en quelques mois la réduction. On vit, dans cette dernière guerre, lès Bocche-Ciarape, les Buttafbeco les ftossi, les Casablanca

• battre sous nos drapeaux, tandis que les vJbbatucci, lesGentili, les

Mari, les Salivetti continuaient a défendre la cause de l'indépendance nationale

\ près la pacification complète de l'ile. il rallUI songer par d'Habiles

et sages mesures ,i réparer les maux qu'avait causés I la Corse une

longue anarchie. Le corps social était désorganisé; toute distinction de

rangs, toute hiérarchie civile avaienl disparu fa pins lu- le confusion

régnai! dans l'ordre nobiliaire, qui n'av.iii jamais ete astreint > aucune

preuves, soumis a aucune recherches contre les. usurpateurs Louis \\ entreprit de reconstituer une noblesse nationale, de régler, a l'avenir, ses ses droits et ses prh ilégeS, et de relever les anciennes maisons du pays. l'ai' un édil du mois d'avril 1770, il déclara que tous een\ qnj Sc prétendaient nobles eussent .. produire leurs titres au greffi du conseil su]

de l'ile, et a justifier de leur possession d'étal depuis ni moins deux cents

ans. Dans le cas où les preuves seraient jugées insuffisantes, sa majesté- se

réserva d'y suppléer et de prendre en considération les services des personnes et la perte des archives domestiques.

En vertu de cet édit, le conseil supérieur reçut la mission d'apprécier les productions de titres, et de tenir un livre où seraient inscrites toutes les familles nobles. Voici la copie exacte de la nomenclature conservée dans ce précieux registre :

État contenant les Familles nobles de l'île de Corse reconnues par le Conseil supérieur, suivant l'ordre de leur réception.

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