COMMISSION
DONNÉS PAR LE ROI A M' DE SAINTE-MAURE (28 août 1653.) De par le Roy, Sa Majesté ayant résolu de mectre un corps de troupes de cavallerie soubs la charge du sieur de Salncte-Maure, lieutenant-général en Tarmée de Champagne, en Tabsence et soubs Taucthorité du sieur de la Ferté- Senneterre, mareschal de France, pour remployer à empescher que ceulx qui tiennent Saincte-Manehould et autres places et chasteaux de ces quartiers-là ne continuent leurs courses dans la Champagne, et voulant pourvoir à ce que ledict sieur de Saincte-Maure y puisse agir utilement. Sa Majesté ordonne et enjoinct trèsexpressément à tous gentilshommes et autres gens de profession des armes dans la province de Champagne, de monter à cheval toutes et quantes fois qulls en seront requis par ledict sieur de Saincte-Maure, et luy donner main forte et assistance. Ordonne en oultre Sa Majesté à toutes gens des bourgs, villages et communautés de ces quartiers-là de s'assembler en armes et en plus
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grand nombre qu*ilz pourront pour le mesme effect, et de faire tout ce qui leur sera ordonné par ledict sieur de Saincte-Maure pour l'exécution de la présente. Mande Sa Majesté au sieur de THospital, mareschal de France, son lieutenant-général en Champagne, et en son absence aux lieutenans-généraux pour Sa Majesté es bailliages de ladicte province et tous autres ses officiers qu'il appartiendra d'y tenir la main et de donner audict sieur de Saincte-Maure toute l'ayde dont ils seront requis pour ladicte exécution. Faict à Paris le 28"»* d'aoust 1653. Signé : Louis. Et plus bas : Le Tellier (1).
(1) Cette commission est registrée aux registres de réchevinage de Vitry, BB. 10, fo 277. Les nouveaux pouvoirs militaires accordés à Sainte-Maure n'empochèrent pas la Champagne d'ôtre fort tourmentée pendant les mois qui suivirent. Le 10 sept. 1653, le conseil de ville de Vitry-le-François est obligé de décider « qull sera mis sur pied un party de 200 hommes pour faciliter les vendanges ^ (Archives munie. BB. 10, f*» 276). Ces précautions ne suffisent pas ; le 27 sept., on demande que ce petit corps soit renforcé. Les habitants de Vitry-en-Perthois réclament protection, ce qui leur est aussitôt accordé (BB. 10, f«279.)
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(Siège de 1653) (1).
Le mercredy 22 octobre 1653 (2), justement à 7 heures dumatiu, il y eut grosse alarme à S^ Manehould à cause de quelque cavalerie qui parut du costé de Chaude Fontaine, contre laquelle fut tiré un coup de canon de la batterie du boulevard de devant TEglise. Monsieur de
(1) Après la soumission de Bordeaux (31 juillet 1653), la Cour avait décidé de ramener des troupes en Champagne et de reprendre la ville de Sainte-Menehould, qui est « une porte fort considérable pour entrer en France. » — c< m. de Turenne marcha pour couvrir la Picardie et les places de Flandres, et M. le maréchal de la Ferté alla vers la Meuse pour s'opposer à M. de Lorraine qui venoit avec quelques troupes pour secourir Sainte-Me nehould. » (Mémoires du vicomte de Turenne, p. 457). L'armée du Roi comptait à peu près 18,000 hommes ; il s'y était joint J300 bourgeois de la ville réfugiés à Châlons depuis la prise de la place, et beaucoup d'habitants de la campagne exagérés par les déprédations de la garnison. (Buirette, Histoire de 5" Menehoutd, p. 312). Montai disposait des régiments de Condé, de Bourgogne, de Borland, de Pulore, et du régiment allemand de Walter. — Le Roi arriva avec la Cour à Chaions le 20 octobre ; il alla reconnaître Sainte-Menehould le 21, et retourna à Chaions pour attendre les ôvénements. {Mém. de Montgtat, p. 292, et Mém. de du Plessy, p. 266.)
(2) Ce jour môme, le Roi écrivait aux échevins de Vitry-le- Prançols pour leur annoncer l'arrivée d'un régiment d'infanterie aUemande, qui devait séjourner une semaine dans leur ville. (Arch.mun. BB, 10, f«2810
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Montai sortit luy troiziesme à cheval pour recognoistre, et rentra à l'iastaDt; et peu après fureat tirés coatre cette cavalerie de la mesme batterie et de Courte Oreille quatre volées de canon ; je n*en says les effectz (1). Depuis ce temps les cloches de la paroisse ne sonnèrent plus pour tout. Environ demie heure après, fut tiré du mesme boulevard un coup de canon comme j*escrivoys cecy; peu de temps après un autre, puis un autre.
Environ les dix heures y eut grosse alarme du costé de Vérières, comme nous attendions à prendre un corps mort d*un flamand pour le porter au cimetière que nous venions de bénir (2).
De ce mesme costé Talarme redoubla à onze heures et à midy, et y fut encore tiré deux coups de canon; il y eut quelqu*escarmouche conduitte par ledict sieur de Montai, mais sans succès notable; car de Montai, craignant d'estre enveloppé, se retira. A trois heures après midy, l'alarme recommença du costé de Vérières, vers lequel on tira trois coups de canon. A. cinq heures du soir, un coup de canon. Toute la nuict fut calme dans la ville, jusques environ les huict heures du jeudy 23, que Ton tira trois coups de canon de la batterie de la pointe sur ceux qui portoient les fascines pour dresser un pont sur la rivière d'Aulve au dessous du bois des Âccuistes, et un autre de devant TEglise, et un de Courte Oreille tirant à la coste le Roy (3), et deux autres
(1) Il paraît que ces coups de canon étaient un signal couTenu pour prévenir le comte de Meille, qui commandait dans Clermont. (Buirette, p. 312.)
(2) Montai, en prévision d'un siège long et meurtrier, avait fait tracer et bénir un cimetière nouveau, le long des glacis. (Id., Id,, 312.)
(3) Les batteries de Tassiégé tiraient alors sur des compagnies de cavalerie et d'infanterie, qui venaient prendre position audessus de la Côte le Roy; les assiégeants occupaient déjà la côte des Chalaides au nord-est, et la montagne de Crémont au midi.
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à rinsrant du mesme lieu; un autre de devant TEglise, un autre du mesme endroit.
Ce mesme jour y eust escarmouche sur la coste le Roy, de laquelle je vis retourner plus viste que le pas les tenans qui regagnèrent les masures du Tauxbourg qui les favorisoit, et d*où ils retournoient souvent suivant les hayes des vignes ; et se tirèrent plusieurs volées de canoo tant à cette coste que contre les vedètes à cheval qui estoient en deçà de Vaux. Depuis midy jusques environ les quatre heures, il se tira quelques volées sans effect qu*on eût entendu. Environ les cinq heures du soir, il s*en tira neuf coups de la batterie de devant l'Eglise contre Vaux.
La nuict ne ressembla pas à la précédente ; car sur les neuf heures il y eut forte alarme à la porte des Bois, qui fut ouverte, et où plusieurs officiers, mesme M' le marquis de Fors, suivis de grand nombre de fuseliers françois et allemans, passèrent pour repousser les gens du Roy, qui vouloient dresser un pont pour se saisir du pied du chasteau, sur lesquels on tira deux coups de canon de Courte Oreille ; depuis minuict il n'y eut plus de bruit jusques environ huict heures, qu'on tira un coup de canon de devant l'Eglise, comme J*estoys sur la fin de ma messe. Je vys après des canoniers tirer quelques coups, qui se continuèrent jusques à midy, mais sans notable effect, comme il a jà esté dict.
Environ les deux heures après midy, les s" marquis de Fors, de Montai avec sa compagnie à cheval et quasi tous les ofQciers sortirent par la porte de Fiorion pour attaquer quelques escadrons ennemys ; mais la partie estant trop inégale, lesdicts sieurs rentrèrent emmenans
Sainte Maure, ancien gouverneur, avait été envoyé avec un fort détachement pour bloquer le côté des Bois et empêcher les communications avec Clermont.
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deux bandouliers prisonniers, qui paroissoient pleins de vin. Le cheval du s' de la Garde y fut blessé par derrière. Environ les dix heures du soir, il y eust grand bruit à la porte des Bois, oii alla le s' marquis de Fors, et y furent tirés force coups de fusil de part et d'autre ; monsieur de Montai commandoit dehors; monsieur le marquis estoit demeuré dans la ville.
Depuis le minuict jusques à quatre heures après midy du lendemain saniedy 25, tout fut en repos de part et d'autre. Je n'avoys pas bien achevé cette ligne que j'entondys un coup de canon tiré de devant Téglise. Environ les quatre heures il s'y fit une petite sortie qui n'advança rien, car les fuseliersennemys renvoyèrent les tenans plusviste qu'ils n'estoyent allés.
Le Dimanche se commença par un coup de canon de devant TEglise, et un second de derrière le magasin ; depuis s'en tirèrent plusieurs contre ceux qui travailloient aux lignes de tous costés, et ne dit-on pas qu'il y eust eiïect notable. Il se fit aussi une sortie de peu de gens qui ne fit pas grand effect. Le lundy 27, un trompette sonnant à la porte des Bois demanda si un gentilhomme, qu'on disoit estre monsieur de Saincte-Maure, pourroit parler au sieur de Montai, qui respondit suffire qu'on lui envoyast un capitaine. Sur les 4 heures après midy, on fit traisner deux canons au Ghasteilet pour tirer de là sur les travailleurs, et un trompette soomia monsieur le Gouverneur de rendre la ville au Roy; à qui ledict seigneur fit response que luy et les françoys qui esloient en la place estoient serviteurs du Roy, mais aussi l'estoient-ilsdu Prince qui luy avoit confié la place, de laquelle il luy estoit comptable (1).
(1) Dans la Duit du 26, de Montai avait reçu par un espion des dépôches du prince de Condé, qui lui promettait prompt secours : de là sans doute cette réponse dédaigneuse. On sait comment « la fièvre quarte prit à M. le Prince pendant ce siège, ce qui
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Le mardy se passa sans autre bruit que du canon qui tiroit sur les travailleurs, et des AUemans qui forcèrent nostre B&cherie la nuict et achevèrent de prendre les bois de nostre court, voulans forcer nostre maison. Le meroredy, madame la marquise de Fors ayant passeport du Roy et du Prince sortit en carosse hors de Saincte Manehould, avec elle madame de Bignipont, pour se rendre à Ghaalons auprès du comte de Vaubôcourt son père. Ce Jour, retournant de la porte de Florion, je vys tomber la maison du Président Doulcet, de laquelle les bois furent à Tinstant ravis par les AUemans, qui s*arrestèrent un peu à considérer un rat faisant mil tours sur une poutre restée en Tair. Cependant la vigilance du sieur de Montai se monstroit, faisant sans cesse le circuit tantost dedans tantost hors la ville, à pied o.t à cheval, pourvoyant aux fortifications avec un travail infatigable. Et Jusgues là ne se parloit point que le canon eût endommagé les assaillans, qui n^avoient encor mis le leur en estât de tirer au bout de huict jours. Une heure après Jean Rataut et un autre, tous deux domestiques du sieur du Moulet, furent écrasés sous la ruine de
la maison de (1). Gejour Je fus à Monsieur Doublet,
intendant dans la ville pour le Prince, affin d*avoir recommandation de sa part pour les religieuses de la Congrégation auprès du lieutenant colonnel commandant les Allemans derniers entrés et les plus fascheux ; lequel sieur lieutenant colonnel me promit toute Tassistance qu*on en pouvoit attendre, prenant la peine de circuire la maison des religieuses et la nostre pour en défendre rinvasion aux Allemans des deux régimens, qui venoient
rempécha de faire toute la diligence qu*il eût désiré pour aller secourir cette place. Sa fièvre fut violente, et il étoit dans un chagrin effiroyable... » (Mémoires de M'^^^de Manlpensier, p. 170.) (1) Mot illisible.
Sd
de mal tndtter Moosenr cTArsy ofllder flrui(oys, qui receat on coup d*espée an bras pour a^oîr foola fidre rendre à on boncber on morceaa de duir qa'on de ces Allemans loj awît pds ;I . On porloit lors divers^nent da nombre et des dépeins des assaillans dans la Tille, plostûst avec mespris qn^aatrement. Â^ocons Umtedbis
les (^) et entre aatres Moosîeiir des Landes.
Le jeadf 30 octobre ,3 se fit one forte sortie à pied et
(1} Las bourgeois ée S^ Meoehould étaifiat fort mal disposés pour les troupes; dès le eommeocffineat du siège, quelquas-ons t'ètaieat refusés é preadre part aux trsvaox ée dèfeose, et Montai les a^ait tùi iacar^èrer. ^ soa eôté^ la garmsoa« mècootante^ était prête é toos les eicès; eC sans la rude diseipUne que Montai imposait à ses soldats^ les habitants eussent sans doute TU leurs ma^ns au pillage. Boirette. Bistoire de S^ Menekauld, p. 311. 313, 314.)
(2) Lacune dans le manuscrit.
(3) Le cardinal Maiarin sollicitait arec «npressement le secours des Tilles Toisines. Le 30 octobre, M. Legras rend compte an
' conseil de Titry d'un entretien qu'il Tient d'avoir arec le m'mistre, par qui U aTait été mandé à Ch&lons. Dès le 21 décembre 1652, Mazarin aTait fait prendre & cette Tille des engagements pour les fournitures de troupes; lien réclame l'exécution; ee à quoi la Tille s'empresse de consentir. BB. 10, ^ 383. — Voici le tarte de la lettre de Mazarin, conservée aux archiTes municipales (II. 77.)
Voir pour de plus amples renseignements sur les demandes du cardinal le registre BB. 10. ^ 225.
« Messieurs, Je suis si persuadé de la passion que tous aTos « pour le bien de Testât, et particulièrement de la disposition où
• TOUS estes de contribuer tout ce qui dépendra de tous pour
• le succès des entreprises [que] Ton fera en ces quartiers cy « puisque le soulagement de toute la province et Tostre Intéresi « particulier ne s'y rencontrent pas moins que le seirice du Roy,
• que je ne doute point que tous ne nous donniez les assistances » dont le S' du Fresne tous fera instance de ma part. Je TenToie « pour cet efléct aTec le nujor de Tostre Tille. Vous pouTez luy « donner entière créance. Et oultre que les choses qu'il tous
• demluidera ne sont pas de grande considération, Tintention du «• Roi est que ce qu'elles pourront couster à la Tille soit régalé sur
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à cheval, commandée parle sieur de Montai, en la quelle furent prises deux vedètes à cheval pour estre mal montées. Nos gens de dedans la ville se vantèrent en avoir tué grand nombre, de quoy Je ne sçauroysrien asseurer, sinon que je vys quatre cavaliers du Roy tirer leurs chevals par la bride après la meslée, qui eust esté plus sanglante sans les lignes qui empeschèrent les parties de s'accoster de près ; et est véritable que, si le maistre de Tartillerle eust esté tel qu'on eust bien désiré, il ne pouvoit manquer, principalement de la batterie de la pointe où j'estoys, de faire grand eschec sur les trouppes du Roy. On m'asseura que deux ofQciers des tenans y avoient esté blessés à mort, ce que ne sçays au vray, non plus que la mort d'un jeune cadet Alleman, qu'on disoit avoir esté tué par une de leurs sentinelles. On tient que cette grande sortie se ût sur le rapport d'un vallet transfuge de Monsieur de Stelon (?), qui r'apporta n'y avoir au camp du Roy plus de 4000 hommes. Environ les 4 heures du soir, il y eust encore pareille grabuge entre les françoys etj les allemans qu'hier à mesme heure pour tout un mesme subject. La nuict se tirèrent quelques coups de fusil vers le pré Bonne Pille.
Le Vendredy dernier octobre à neuf heures ne s'estoit
encor rien entendu, sinon que la nuict les (1) des
religieuses avoient changé de main.
tous les lieux qui en dépendent, afin qu'elle ne porte pas cette charge enUère. Je m'asseure donc que vous y apporterez toute la facilité et diligence possible, et je ne manquerai pas de mon costé à faire valoir à Sa Majesté le zélé que vous témoignez en toutes rencontres pour son service. Cependant Je demeure, Messieurs, vostre trés-afTectionné à vous faire service.
« A Faln, ce 21 décembre |lfô2.i Le cardinal Mazarin. ^
(1) Mot illisible.
Toute cette sepmaine la corvée de la ville (1) fut employée à rompre les voûtes des caves qui restoient le long de la Motte et les combler en glacis affla d*empescher les assaillans de s'en prévaloir, comme ils eussent peu si Testât de leurs affaires leur eust permis de venir plus tost. Environ les dix heures, le bruit couroit en la ville que le cartier des gens du Roy du costé de la porte des Bois avoit esté enlevé la nuict par la garnison de Glermont (2). G*estoit une revanche des nouvelles qui portoient que les gens de Monsieur le Prince avoient esté deffaicts par M. le Mareschal de Turenneetle comte de Grandpré.
Environ les dix heures se tirèrent huict coups de canon de Courte Oreille vers Thermitage. A une heure après midy fust achevée de ruiner la maison oii souloit demeurer dame Louyse. A quatre heures après midy, nous enterrasmes dans la nef de TEglise parochiale Charles de la Viéville, jeune officier brabantin, aagé d'environ 16 à 17 ans, qui, estant sorty la nuict à la descouverte, au retour ne pouvant reppondre au : Qui va là? fut tué par la sentinelle d'une baie au travers de la teste.
A mesme temps arriva le canon au camp du Roy, et
(1) Montai avait fait abattre plusieurs maisons en dehors de la porte Florion pour favoriser la défense.
(2) C'était un bruit faux. Bien que le duc de Lorraine fût sur la Meuse, et à portée de secourir la place, il ne s'en souciait guère. {Mémoires de Lenet, p. 615.) Le maréchal de La Fer té, avec sa cavalerie, le tenait en respect. {Mémoires du duc d'Yorck, p. 571;. Les assiégeants craignaient fort rarrivée d'un secours : « La facilité qu'avoient les ennemis de mettre dans la place tout ce qu'ils auroient voulu n'est pas imaginable. Le voisinage de Glermont leur en donnoit les moyens, et les bois qui viennent depuis cette place jusqu'à Sainte-.\fenehould nous ostoient la connoissance de ce que l'on auroit voulu y introduire. > {Mémoires du maréchal du Plessy. Paris, 1676, in-4o, p. 271.)
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toute la nuict sans relasche se tirèrent coups de fusils et de mousquets.
Le samedy premier novembre, à six heures et demie du matin, on commença à entendre le canon du Roy, par quatre volées suivies de plusieurs autres, de sorte que comme j'entroys à Tautel pour chanter la messe ils en avoient tiré vingt quatre. Il s*en tira plusieurs autres pendant la messe. Après ma messe, comme Je montoys à la paroisse, je vys le fracas d'un coup de canon qui abbattit partie du comble de la cheminée du sieur du Train, et passa àla charpenterie et toicture du pays. Cestuy-là fut suivy d'un autre qui porta directement dans TEglise sur la chappelle de Nostre Dame des vignerons ; lors le sieur de Montai à cheval ût traisner un gros canon vers Courte Oreille, et à midy le canon de la ville n'avoit encore reppondu à celuy des assiégeans un seul
coup nonobstant que la batterie de Courte Oreille
fust attaquée comme je vys par deux volées, dont Tune donna au dessous et l'autre dans le recul d'icelle.
L*air qui depuis trois semaines avoit tousjours esté fort calme se changea ce matin, et plut à bon escient de» puis les huict heures du matin jusques à midy, auquel temps la pluie cessa au contentement des assiégeans et grand regret des défendans.
La batterie du Roy dressée sur la coste le Roy commença à jouer à quatre heures, comme nous sortions de vespres, pensans bien en estre surpris comme nous y vismes mettre le feu ; elle ne lascha que deux volées, qui furent suivies très-tost de deux autres, sans autre etfect que de la peur. Ce mesme jour on retira le canon de Courte Oreille pour en dresser une batterie au bastion qu'ils appellent de monsieur Detz, à cause qu'il y travailla fort et ferme, quand nous fermasmes le chasteau. On en fit autant de celuy qui estoit devant TEglise.
La nuict fut effroyable pour les coups de mousquets et
de fusils qui se tirèrent de part et d^autre à la porte des Bois depuis les 7 heures jusques à uae heure après minuict, le canon y ayant esté employé, duquel il s'en tira une volée entre huict et neuf heures, et trois justement à minuict; les tenans empeschèrent les assaillans de passer la rivière, mesme y gagnèrent une barque ; il n'est pas que de part et d'autre n'y soient demeurés plusieurs que morts, que blessés; j'en vys aucuns des tenans ; mais par ce que je n'ay cognoissance du dehors, pour ne paroistre partial, je m'en tays. Deux pièces du chasteau furent rendues inutiles et une du dehors, à ce que le bruit publioit (1).
Je vys porter en divers temps trois volées dans l'Eglise parochiale, mais au dessus des voultes, et signamment une qui donna au travers de la chappelle basse, où on dit y avoir des poudres ; et comme nous chantions l'office des morts, un coup porta au coing du pilier qui entretient le chœur avec la sacristie, et retroussa en arrière, ayant seulement offensé les briques et quelques cailloux. Nous ne maudissions pas ceux qui avoient peur. L'horreur du canon continua tout le jour, battant principalement à la Tour et au corps de garde de la porte des Bois, à travers la quelle, et le pont, et tout, pénétra un boulet à onze heures ; et depuis se continua ce jour la batterie en cest endroit et à l'Eglise du chasteau. A quatre heures on retira audict chasteau les deux pièces de canon qui estoient au Chastelet.
Le lundy se remarqua par une continuelle scopetterie, qui commença dès les 7 à 8 heures du dimanche et dura jusques à deux heures après minuict, les assail-
(1) Un régiment suisse et un régiment français avaient essayé cette nuit-là de passer l'Aisne ; mais Montai, prévoyant leur mouvement, avait formé une embuscade dans les fossés qui passaient entre la rlvièrQ et le bastion, (^uirette, p. 317).
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lans continuans à vouloir passer Teau et les tenans à les en empescher, ce qu'ils firent aux deppens de plusieurs, on dict trente des Valtencourt morts, et notamment du sieur Pothier, capitaine au régiment de Bourgongne, qui mourut sur le champ sans mot dire pressé d*une arquebuzade à travers le tétin droit ; il est enterré en TEglise parochiale en l'aisle gauchsi vis à vis de la chappelle S^ Roch. Le canon du chasteau qui pour avoir esté déplacé n*avoit rien dict la veille ronfla à merveille le long du jour, mais non pas avec tel succès que celuy des assaillaus, qui fracassa les ponts et les portes et une bonne partie de la tour de la porte des Bois ; TEglise eut part au débris de ce canon (1).
Deux fauxbourgs furent emportés du canon, et un soldat un peu curieux se sentit coupper par le milieu du corps d*un coup de ce funeste instrument, extrêmement bien manié par les assaillans.
Je vys partir à pied et à cheval gens qu'on disoit aller au devant de M. le Prince, qu'on assuroit estre proche avec un puissant secours. L'abbatis des maisons continuoit.
(1) CTest ce Jour-IÀ» lundi 3 novembre, que le maréchal du Plessy arriva au camp. Jusqu*& cette date, le siège avait été dirigé par les lieutenants-généraux, MM. de Navaille, de Castelnau et d'Uxelles ; et ils n^avaient Jamais pu s*accorder ensemble sur le plan d'attaque. (Mémoires du duc d^Yorckt p. 571.) Le maréchal amenait avec lui le duc de Mazarin , grand-maltre de l'artillerie, le chevalier de Clairville, renommé dans le génie militaire, etVauban, qui servait en second sous cet habile ingénieur. L'année précédente, Vauban, qui appartenait alors à Tannée de Condé, avait visité les fortifications de Sainte-Menehould ; et ses conseils ne furent pas inutiles en cette affaire. En outre , avec le maréchal étaient arrivés des renforts et des munitions, entre autres le régiment des gardes françaises. Il faut lire dans les mémoires du temps, et particulièrement dans ceux de Du Plessy, le récit des intrigues de cour à propos du commandement de Farmée royale.
La nuict du Lundy au mardy 4 novembre fût aussi tranquille que le jour avoît esté tempestueux ; et le Jour mesme ne se ût d'autre bruit que de cinq ou six volées de canon ; encor qu'il fust constant qu'il arriva au camp du Roy plus de cinq mil hommes du costé de Hans et trois pièces de canon du costé de Vitry. Je croys que le brouillard épais extraordinairement empescha les parties d'entreprendre ; toutesfois on en a souhaitté souvent telles occasions.
A sept heures du soir, les tenans qui, de l'authorité du s' de Montai, avoient percé la muraille audessus de la porte des Bois rendue inutile par le canon, aC&n de pouvoir sortir et maintenir la demie lune qui la couvroit, coururent à une attaque qui se donnoit à la demie lune du Haut Marché, qui fut maintenue contre l'effort des assaillans, non touteslois sans la mort d'aucuns, entre autres du lieutenant du sieur de Fondras, le sieur. . . (1) et d'un autre lieutenant, et blessures de plus grand nombre ; le sieur de Montai à cheval les fut commander s'y porter. Je ne sçays quel effort il se fit là ; mais les gens de guerre, retournans le matin de la garde, mesprisoient fort les gens du Roy. A 8 heures il ne s'estoit encor tiré que deux coups de canon ; à dix et demy il s'en tira davantage qui passoient le long de la ville vers le Chastelet. Le brouillard continua jusques à onze heures, nonobstant qu'il en fust tombé partie le matin. Deux soldats, qui estoienten garde sur le pont des Morts pour conserver la digue, pour un escu blanc passè[rent] l'eau et furent rompre le logement du corps de garde posé à l'opposite, emportant chacun un tonneau, après avoir ruiné les autres en plein jour. (Cecy est du jour précédent.)
Ce jour qui estoit justement le 15 du siège, un boulet enflammé tirant dans les voûtes de la chappelle de la
(1) Lacune dans lo manuscrit.
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Magdelaine, autrement ]a chappélle basse , y brusla quantité de tonnes de poudre qui y estoient, avec un dégast de l*EgIise parochiale et autres lieux circumvoisins estimé à plus de cent mil livres. Ce fut un miracle et protection toute divine que la chappélle de S* Jean TEvangéliste, pleine de toutes sortes de feu d'artifice, n'en fust ruinée et tout le corps de l'Eglise, attendu qu'elle est contiguôde la dicte chappélle basse, et mesme y a une féaestre à trois pieds du pavé qui respond dans ladicte chappélle. Si le feu s'y fust attaché, c'estoit faict du corps de l'Eglise, par l'imprudence ou malice de ceux qui ont donné advis de mettre ces dangereuses pièces dans une chappélle disposée comme est celle ici et tenant à un magasin de poudres. Gela causa grande rumeur entre les gens de guerre qui en cherchoient les autheurs avec grande instance, comme de raison (1) ; et pour un temps celuy qui a mis les clefs de ma dicte chappélle entre les mains du commissaire de l'artillerie n'en fut pas à la paix de son cœur. M. Charles Nollet, prestre, et M* Pierre Amyot, le jeune curé d'4rgier, et François Ârchambault apoticaire, furent en prison, soupçonnés d*estre autheurs de la ruine des poudres; et les soldats en vouloient mal à tous les prestres qu'on injurioit. Aussi faudroit-il que chacun se mesl&t de son mestier. A ce qu'on dict, il y eut grande feste au camp, ayant veu ce grand eschec dans le chasteau.
La nuict fut espouvantable et pour les coups de canon et pour la continuelle scopetterie qui ne cessa jamais, et
(1) Tout porte à croire que Teiplosion des poudres fut un simple accident, et que les bruits de trahison qui coururent n'avaient aucun fondement. Du Plessy {Mémoires, p. 267) et Montglat {Mém,, p. 293) attribuent cet événement à un coup de canon. Turenne {Mém„ p. 451) dit seulement que le feu se mit aux poudres, sans spécifier la cause ni le lieu. Mais on s'accorde à reconnaître que sans cela « les ennemis eussent eu lieu de faire de bien plus grands efforts pour leur défense. »
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quand j*escrivoys cecy à neuf heures du matin, elle duroit tousjours en nostre quartier de la porte des Bois, les baies tombans dru et menu devant la grande eschole et ses environs, non sans danger des passans. Environ les 9 heures, un coup de canon tua un Jeune masson et ea blessa un autre en la teste d*esclats de pierre dans les ruines des maisons de Royon ; ils estoient tous deux de la Neuville au Pont.
Ce Jour courut un grand bruit, que Monsieur le Prince estoit à Clermont avec secours.
Le samedy 8 novembre se dressa une batterie, au bas de S^ Catherine, de cinq pièces, qui commença par trois volées contre les arches et les escluses et se continua de cinq Jusques à onze heures; depuis lesquelles Jusqur.s à midy y eut une furieuse escarmouche, par la sortie de 3 à 4 cens hommes qui alloient à dessein de s*emparer du canon des assiégeans. Les portes du chasteau pendant Tescarmouche estoient fermées. La sortie se fit par la faulse porte et les chevaux de frise de la dernière lune du Haut Marché, qui pensa mettre le camp en dé* sordre (1). On fit des prisonniers dans la tranchée, un capitaine, un lieutenant, un enseigne et un caporal du régiment des gardes, gens de bonne mine; on eu tua aucuns, et bien prist à Mons' le marquis que la sorlye fust retardée ; aultrement il y couroit risque, k
(1) Le maréchal du Plessy rend Justice à Montai : « Les ennemis faisoient tous leurs efforts pour se bien défendre. Ce n'estoient pas de grandes sorties, mais elles estoient bien À propos, et pour leur avantage. » (Mém,, p. 270.) — Dans raCTaire du 8 novembre, les assiégés sortirent contre les gardes françaises, qulls mirent en déroute. Ce régiment ne sut point retrouver d'assurance et éprouva plusieurs autres échecs durant le siège. « Us avoient tellement intimidé le régiment des gardes françoises, dit du Plessy, qu'ils ne manquoient Jamais de se rendre maîtres de la tranchée et de ruiner le travail de la teste, toutes les fois qu'il estoit de garde.*» {Mém.y p. 270.)
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ce que disoient les tenans (1). Monsieur de Montai y perdit un de ses cavaliers ; le sieur de Ghampflour fut tué à travers un créneau, regardant la meslée du parapet estant au dessus du Chastelet qu'on appeloit cy devant le Guet Gardois ; ledict sieur de Ghampflour est enterré en la nef de TEglise parochiale joignant le costé droit de lautel S* Sébastien. Le curé n'y put assister quoy qu'il Tappellast son fils; il fut tellement yvre chez M'Macart, renardant en présence du gouverneur, qu'il ne put assister au convoy, et, se faisant mocquer de luy, pleuroit et crioit à pleine teste que son fils estoit mort, qu'il n'en faut rien divulguer ; il s'en sentoit encor le lendemain dimanche, auquel jour on dit le service des morts, et ledict curé faisoit encor le pleureur.
Le Dimanche, fascheux de vent et de menue pluie (2), se passa au bruit de dix ou onze volées de canon. Je n'oseroys escrlre ce qu'on dlsolt voyant une si molle attaque à la Bouverle, renflée en dehors d'une demi lune et en dedans espaulée d'une terrasse plus haulte que la tour. Il ne se fit rien de mémorable ce jour là. La Dulct on tira quelques volées de canon, je ne sçay à quelle fin, sinon pour quelque signal ou pour empescher les travailleurs de dedans.
Le Lundy 10 du mois et 20 du siège, à neuf heures ne 8'estolt encor entendu qu'un coup de canon à l'entrée du
(1) Le maréchal du Plessy convient qu'il fut deux ou trois fois surpris en personne dans les tranchées.
(2) Ce mauvais temps, qui persista Jusqu'au dernier jour du siège, donna beaucoup de peine aux assiégeants; les troupes, épuisées, négligeaient leur service. « La mauvaise garde que les troupes faisoient augmentoit encore l'inquiétude qu'avoit le ma^ rescbal, et le réduisoit à passer les nuits k faire le tour de la circonvallation, où d'ordinaire il ne trou voit pas de sentinelles ny de vedettes... La saison estoit si rude et les soldats si misérables, qu'ils ne pouvoient demeurer en leurs postes. » (Mém. de du Plessy j p. 271.)
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jour. Aussi le temps estoit-il extrêmement incommode pour manier le fer^ à cause de la pluye qui estoit tombée toute la nuict et continuoit le jour avec un froid insup- {portable; nonobstant quoy le sieur de Montai ne laissoit de prévenir les desseins des assaillans par esplanades, réparations et nouvelles fortifications à Tendroit des attaques; et ses soins estoient secondés de la bonne volonté de la garnison, tant d*une que d'autre nation.
Gomme je traçois ces dernières lignes, les assaillans envoyèrent quatre volées de leur canon contre les murailles àTendroitquej'ay dict, et un moment après cinq autres, et continua ainsi jusques à 4 heures et demye du soir, avec toute autre violence et diligence que les jours passés. Un capitaine de la garnison, nommé la Planchette, dit en avoir pénétré dans son logis du poids de 48 livres. L'endroit de cette attaque fut cause que le canon incommodoit fort les maisons depuis la ruelle de Madame la Maistresse jusques sur la rivière ; et un coup en perça deux pièces de vin à Contant dans la maison feu M*'* Paul Corvisier.
Ce jour la pluye, froide comme de neige fondue, redoubla sur les deux heures, ce qui redoubla le cœur aux assiégeans comme se roidissant contre les difficultés ; car leur batterie continua et avec toute autre violence et avec toute autre diligence que les jours passés, tousjours de cinq pièces qui se tiroient presque toutes ensemble. A midy il y tomba quantité de neige, dont les flots furent incontinent réduits en eau ; et le canon recommença sa furie*
Le sieur Alleaume Mengin et son cousin de Riaulcourt faisoient grandïeste et goustoient à plaisir chez Dorthu, qui me demandoit un demy minot de sel pour Mons' de Montai, qui fut cause que je vys là ces Messieurs qui estoient absents de la ville il y a un an, et non sans ombrage 'r il faut laisser cecy à dire à d'autres. La nuict le
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sieur de Montai coucha au travers des réparationsi encourageant un chacun par son exemple, se contentant d*un morceau de pain et d*eau, donnant le vin aux ouvriers, contre lesquels se tira de dehors quelques coups
de canon. Il gela et neigea cette nuict à bon (1).
L'onziesme, environ les dix heures, Nicolas Noce fut frappé en son grenier d'un coup de canon, dont il mourut trois heures après.
A une heure ou peu moins, y eut une furieuse escarmouche qui dura jusques à deux heures, parmy la quelle y eut quelques volées de canon. En ceste escarmouche mourut un capitaine et aultres officiers de Valtenquart ; le capitaine est enterré en TEglise de ThospitaL Le canon ne joua pas ce jour là à beaucoup près comme le précédent, sinon depuis les trois heures après midy ; et à quatre heures un boulet vint tomber sur deux som^ miers restés devant le grand tripot de Loche, et de là bondit par sur les murailles vers la demie lune ; ce ne fut pas sans nous mettre en appréhension dans nostre logis de la grande eschole, à 15 pas de ce bond.
La nuict on répara les bresches, nonobstant le canon qui tira à quatre diverses fois, dont un boulet emporta la teste à un alleman à qui le sieur de Montai tenoit la main pour luy monstrer où il devoit travailler.
Le mercredy 12 à midy je n'avoys encor riea appris ; seulement avoys-je ouy dix ou douze volées de canon; et tôusjours le sieur de Montai pressoit les esplanades, réparations et palissades. Depuis une heure jusques à — (2), il y eut grande rumeur dans la ville pour les exactions que faisolent les AUemans, et sembloit que tout tendoit à une consternation générale contre les habitans, dont plusieurs furent mal traittés ; moy mesme
(1) Mots effacés dans le manuscrit.
(2) Lacune^
en fus un peu tallé ; mais le respect de Monsieur le lieutenant de Pleure, qui m'avoit voulu avoir en recommandation, empescha que jusques lors je fus mal mené. Cette uuict fut blécé le capitaine S^ Marie.
Le jeudy les assiégeans recommencèrent leur batterie dès sept heures ; ensuite de quoy il fut ordonné par monsieur de Montai à. tous habitans de porter pain, vin, farines, foin et avoynes au chasteau, à peine d*estre abandonné au pillage. Toutesfois cette ordonnance fût modifiée à cent pièces de vin que la ville fournit aux despens des réfugiés (1). Ce jour les assiégeans rompirent les palissades et gagnèrent Tenveloppe de la Bouverie, aux despens de leurs gens qui se trouvèrent dedans. La nuict fut calme dans la ville comme s'il n*y eût eu aucun siège, et les tenans continuèrent à planter une palissade depuis les murailles de la ville tout le long sur les ruines des maisons qui avoient esté sur la Motte. Cette nuict fut blessé au bras le baron d'Alpremont d'une baie de mousquet. ... Le vendredy 14 novembre Tair fut fort net et la journée fort belle pour les travailleurs de part et d'autre, qu'on ne laissoit pas chommer. Le canon des assiégeans tiroit mollement, et ne pou- . voit-on que penser des desseins des assiégeans qui n*attaquoient point la bresche, quoy que plus que raisonnable pour 50 hommes de front. Le capitaine S^'-Marie mourut. La maison de M' le grenetier Aubertin et grenier à sel furent achevés de ruiner, comme les vys, jusques à la place de la Croix .
Cette nuict se commença et continua jusques environ la minuict par le feu des mousquets et volées de canon
(1) Lci place n'étant plus tenable, de Montai voulait évacuer la ta ville et continuer sa défense au ch&teau. U renonça à ce projet sur les représentations du lieutenant-colonel du régiment allemand» et exigea 100 pièces de vin pour adoucir le mécontentement de ses troupes.
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Jusques au nombre de huict en divers temps, et n*en 8çays les effects.
Le samedy 15 du mois, à neuf heures que j'escrivoys cecy, il ne s'estoit rien faiot de mémorable ; seulement continuoit-on, les uns leurs tranchées, les autres les réparations et nouvelles palissades.
Il y eut un sergent de Berlau tué à la demie lune de la porte des Bois d*un coup de fusil tiré à tout hazard. La nuict ût entendre le canon des assiégeans plus que le jour, notamment Jusques environ la minuict, sans toutesfois aucun notable efTect, sinon que trois volées ruinèrent la maison du poudrier.
Le dimanche 16 à 10 heures, rien, sinon qu'on continuoit les contremines et les palissades et autres fortifications au dedans; du dehors je n'en sçauroys que dire, pour n'y rien avoir veu. Le bruit estoit en la ville que les assiégeans vouloient entrer par une mine faicte à la porte de Plorion (1), et les discours des tenans le conflrmoient ; et pour en estre plus certain, le sieur de Montai sortit par une petite faulse porte, et donnant à la teste dé la tranchée des assiégeans, força le quartier, renversa les barrières, brusla les galeries, tua grand nombre et y fit plusieurs prisonniers, entre autres un mareschal de bataille du régiment des gardes, celuy qui avoit pris prisonnier Mons' des Landes.
Le sieur de Montai eut bien de la peine à sauver la vie à cet officier prisonnier, que les Allemans vouloient résolument tuer pour en avoir les despouilles. S^ Aman aussi, trompant les sentinelles des corps de garde, se rendit en la ville retournant de Glermont, où il estoit allé porter nouvelle de Testât dicelle dès le 15 de ce mois après la ruine de la poudre. De ceux qui sortirent
(l) La rameur publique ne se trompait pas ; dans la nuit du 15 au 16, le maréchal avait en effet attaché les mineurs au bastion de la porte de Florion.
avec le sieur de Montai, y moururent les sieurs Plantier et de Gomau, capitaines du régiment de Bourgongne. Le reste de la nuict se passa en harquebuzades de part et d'autre, et ne tira-t-on que 3 ou 4 volées de canon (1).
Le matin du lundy 17 se passa avec assez grand calme, sinon des fondrières des maisons et entre autres de la grange d'Anthoine Dommanges. Mais à midy y eut une longue et furieuse attacque à la porte de Florion, où de part et d'autre plusieurs tombèrent qui n'en relevèrent jamais. Les tenans y firent prisonnier un mareschal de bataille du régiment des gardes, duquel j'ay veu et desgainé l'espée, qui me fust monstrée par le lieutenant colonnel de Berlau ; la poignée est dorée ; la lame n'a pas plus de deux pieds et demy de long.
Le mardy 18 à mesme heure qu'hier, les assiégés firent une sortie par une faulse porte, en laquelle y eut grande tuerie des assiégeans et dix ou douze prisonniers
entre lesquels (2). On monstroit aussi un manteau (3),
et le sieur de Thésy un bonnet richement estoffé qu'on disoit estre de quelque grand, mort dans les tranchées.
Le mercredy 19 du mois, environ le midy, se fit un puissant appareil par les tenans pour une brave sortie; mais ayans descouvert les assaillans mieux disposés à les recevoir que les jours passés, ils ne bazardèrent rien. Et environ deux [heures] après, ils y retournèrent à mesme dessein ; mais le canon les recogna avec le commandement du s' de Montai qui commandoit toutes ces fac-
(1) Note marginale presque effacée : « Le trou des mines. . .
ne voulant s'amuser à chei^her dans ces trous, on les remplit de foin, de. . . à quoy on mit le feu. Ce matin J*en ay enoor veu la fumée. »
(2) Lacune dans le texte.
(3) Montai avait dit avant Taffaire : « Nous aurons ce soir des manteaux rouges. » C'était le costume des gardes f^nçaises.
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lions. Le soir un bruit courut que le Roy e&toit arrivé au camp (1), et en effect ceux qui estoient proches des murailles asseuroient avoir entendu un cry général de i Vive le Roy I Nous autres ennuyés de nos misères, qui en comptons jà le treiziesme mois sans relasche, ains allans tousjours de mal en pis, n'en voulions rien croire, voyans si peu d'effect pour nostre délivrance, mesurans les actions à Taulne de nos souhaits. 11 se parloit fort d'une mine qui n'a encore faict autre bruit que celuy que la crainte des uns et l'espérance des autres a produict. Cependant la livre de bœuf se vendoit huict sols, et celle de beur 24.
Le Jeudy 20 ne produisit pas grand effect; le canon mesme joua fort peu, et néantmoins ne laissa pas de tirer. Un soldat et un vallet qui abbreuvoit le cheval de son maistre [furent tués] d'un boulet, comme un lieutenant fut frappé dans la rue d'une baie de fusil en la teste qui l'envoya dans l'autre monde, au grand regret du s' Michel Marot son hoste, qui en avoit receu courtoisie tout le temps qu'il a esté chez luy.
La nuict du vendredy il y eut bien autre bruit par Tattacque qui se fit à deux reprises contre la demie lune du Vieil Marché, où plusieurs trouvèrent leur dernier jour, et plus grand nombre y furent griefvement blessés; entre les morts furent un capitaine, un lieutenant et un sergent de Valtenaire tués à la dernière attacque du matin, en la quelle deux volées de canon des assiégeans firent grand eschec sur les assiégés qui estoient sortis pour combler le travail de ceux-là. Tout le jour se passa en continuelles scopetteries et volées de canon, qui en envoyèrent toujours quelqu'un au royaume des taulpes.
(1) Le maréchal, voyant la place réduite à rextrémité, avait, en effet, donné avis au Roi, qui quitta aussitôt ChAlons où il se trouvait avec la cour, et vint coucher près de Sainte-Menehould. {Mém, de du Ptessy, p. 214.)
7i> wMfflnms
Nonidistuit la résistaiioe des toians, les aasiégetns âTMtèrent un pont sur la rmère qui oondmsoît à h bracriH* La nuict fut tuifisi paisible que le jour avoit esté InquH^K^ ; car, outre quelques moufiqnetades, laadiées comme quand on tire à labutle, ei deux volées de canon Xiv^e^ environ la minuict il ne s'entendit autre bnût ni hurt d aTmft>.
Lr samf'd^ , meâse, 22 du mois : à dix heures, il ne ^ 'tintait paA>e autre chose : mais à une heure se reoommtuira la sonnerie du canon plus violente et plus réglée qu'hier; ei dt^ toutes les nuicts du siège ne s'entendit une auîisi effrox-aliir que ceUe-c}\ tant en scopetterie que caaonadt>h, qui favorisèrent la prise de Tenveloppe qui couvre la tour de la Bouverie, la quelle fut génâreusement emporttH' aui dtspens de la vie de tous ceux qui la défendaient où penreDt quatre hauts of&ciers; et bien d^ant^e^ furent pôriileusfluient blessés.
Le lendemain jour de Dimanche 23 du mens, ceux qui avoient gaigné renvelojqie mirent le feu à un fourneau à la pointe qui regarde le gros bastion de la porte te Florion, qui renversa si à propos les tores que les assiégeans en furent couverts, en sorte que de ce bastion n estait possible de les offenser.
Le soir ne céda guères à la nuiot précédente en tintamarre de scopetlerie et canonades. Le matin on fit entendre au sieur de Montai qull advisast à son salut et composait devant 1 assault, et af&n qu'il ne doutast des apiM^ts de 1 armée royale, on luy fit vecàr avec asseorance Tarmée disposée à la bresdie, les batteries, la mine ; sur qooy j eut surséance d'armes, qui dura juâ-
ues à environ une heure ^irès nûdy (1) ; auquel temps
(\/ C^i 4 «4 motii«at« tins donte, que Montai fit des oaver-
tun»« ^\xr unn c«;;JiuU4ion qui lui accordait les hoanears de la l^iiêm. Hiài% Mazafju avait défeodo « qu'on leur fît aucone grioe, ^ui'C^li^ d« 1^» faire priKiDOiers de guerre.» Mem, éeéu PUssit,
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quelques volées de caQon et la scopetterie fit croire ettippréhender aux meilleurs jugemens qu'il n'y avoit point ûe composition. Et & deux heures lamine tenant au boulevart de la porte de Florion fit voir ce qui est ordinaire en des assaults livrés par des grands et soustenus par des désespérés. Je n'en voulus rien croire de prime face ; car je venoys de voir poser la garde des assiégeans; mais la fin m'y contraignit à demie heure de là.
Il faudroit y avoir esté présent pour faire croire aux autres sens ce que mon œil n'a jamais veu, et que la surprise de Troye et le sac de Jérusalem n'a pas égalé, au meurtre et carnage des deffendans et en la prouesse des assaillans, qui, se mocquans de la mort, ont laissé pour estre admirés, mais non pas égalés, leur invincible cueur. Si la mine en enterra plusieurs, le plomb en defiTit encor plus, le dernier des quels du costé des tenans fut le sieur de Desaubœufs, fï'ère à monsieur de Montai, qui ferma la catastrophe par une baie mortelle qui lui traversa le cerveau ; regretté d'un chacun en ce qu'il avoit tousjours conseillé la reddition de la place au Roy.
L'eschec, grand des deux costés, fit rentrer les deux partis à remettre sur le pourparler de composition, interrompu le jour précédent aux despens de la vie de plusieurs braves hommes, qui auroient esté un jour bien plus utiles-aiUeurs.
Enfin le sieur de Montai et colonnels estrangers, rabattans de leurs demandes (1), furent receus, sous le bon
p. 273.) Alors le maréchal se décida à faire Jouer la mine, « qui fit une si grande brèche que les Suisses qui estolent de garde montèrent en bataille Jusqu'au haut du bastion et y firent un logement. »
(1) Il n'est pas exact que Montai eût rien rabattu de ses demandes. Mais le maréchal du Plessy, qui craignait toujours un secours, avait hftte de terminer le siège; d'ailleurs, la saison était détestable; le soldat, mal vôtu, ne supportait point le froid; enfin, la cour désirait rentrer à Paris, u Le Roy vint assez tost au
plaisir de Sa Majesté qui avoit couché à Hans, de sortir avec armes et bagage.
En suitte de quoy le Roy vint aux tranchées, fut jusques aux palissades de la ville sur le Vieil Marché, visita toutes ses batteries qui par leur décharge surpassèrent d'un ton bien plus haut résonnant les cris de : Vive le Roy ! répétés plusieurs fois par tous ceux de sa suitte.
Lors le bourgeois eut liberté de visiter les places de guerre et travaux des tenans par toute l'enceinte du chasteau.
Ce Jour, comme présageant le bon heur et la délivrance de la ville, fut aussy beau, clair et modérément chaux que les trois précédens, et notamment les nuicts, avoient esté fascheuses par les pluyes continuelles, qui n*ennuyoient pas moins les Qdelz habitans que les soldats qui estoient aux tranchées.
Le Roy fut disner à Bignipont, où le furent trouver Messieurs le Marquis de Fors et le sieur de Montagne avec nombre d'ofQciers tant françois qu'estrangers pour signer les articles ; ce qu'estant faict, les soldats du Roy s'emparèrent du gros boulevart de la porte de Florion, dans le quel ils couchèrent, et la garnison sur les murs de la ville.
Le lendemain mercredy 26 de novembre, jour beau, clair et serein, selon qu'il estoit porté par les articles, [ils] montèrent tous au chasteau environ les dix heures du matin, et le régiment des gardes devancé de Monsieur le mareschal de Praslin entra en mesme temps et se saisit de la place de la ville (1).
camp pour écouter de nouvelles propositions que les ennemis votiloient faire pour se rendre; Sa Majesté les accepta, bien 4|u elles ne fussent pas autres que celles du Jour précédent. » {V^m, de du Plessy, p. 274.)
,{) L'auteur avait écrit d*abord : « Et monsieur le mareschal it Pmalln, accompagné de belle noblesse à pied, fut visiter la
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Gomme je me resjouissoys en ma petite famille, pour nous revoir devant ma mort entre les mains de nostre légitime maistre, je receus la nouvelle de la mort du curé d'Emblancourt, mon neveux, ce qui rabbattit entièrement la joye que je pouvoys avoir de nous revoir en robéissance du Roy.
Lejeudi27 (1), toutes les trouppes du prince commencèrent à sortir du chasteau environ les dix heures du matin, enseignes déployées, tambour battant, mesche allumée, chaque régiment précédé d*un lourd et pesant bagage ; aussy emportèrent-ils tous les meilleurs et précieux meubles de la ville, la quelle ils traversèrent de la porte du chasteau à la porte des Prez, non sans grandes huées des femmes et menue populace, qui n'espargnèrent le mortier ni les morceaux de briques sur les ragaches et femmes des AUemans, qui auroient rendu gorge de tant de vols par eux commis s'il n*y eût esté pourveu au despens de la vie d'aucuns par les capitaines du régiment des gardes, qu'on mit en haye des deux costez tout du long du passage; encor y eust-il des chariots entièrement pillés à l'entrée de la première porte des Prez, et dit-on que le désordre fut plus grand hors la ville; au moins en vis-je quelqu'un réduit en chemise, sans souliers, sans bas et sans chapeau ; si ne faisoit-il pas chaux (2).
porte des Bois, considérant en mesme temps le piteux abbaty des* maisons. »
(1) A la même date, des lettres royales annonçaient aux habitants de yitry qu'un régiment irlandais arriverait incessamment pour tenir garnison dans la ville ; les échevins députèrent aussitôt vers le Roi pour le supplier de leur épargner cette charge, et pour offrir en compensation telle somme qu'on Jugerait à propos. (BB. 11, f<» 10.) Cinq Jours plus tard, d'autres lettres annonçaient le passage det six régiments irlandais « de Illon, Napier, Bruelle, Au* beterre, Jusseguin et Ferai. » (Id. fo 12.)
(2) Louis XTV, à cheval, sur le chemin qui conduit à Chftlons,
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Gftinesnelaiir, Tamemy estent âurty, le Boraeosi. pagnéde... l] doc dTorek, du ourediaL de ^nsîma et antres arignaroentr... hnsdie du hastîmi & la wrte
de FlOTion, « avee une Mq^^é toute pan feiK et
affleuré panny m» maBores, mimte à IT^lîae da eftas-
teaii.., adora le ? Sacranent de l'Antel dans le teùen^ çneje loy monstray, n'ayant esté exposé à décoomt-
aadéfotioa adieiPée, ^rts le ifewâie .&&« /îic jfe^
le /fe AnBI^ U ¥it les niines de noétre Eglise, causées par le braalemeit des poudres, et de UKglîse alla toit te fcrtiflcatioas et batteries da cbasteau, puis reprit la route de Hans.
aairistaittadémédBSTamim
toPtoBy. da eardinai Itearin, 4a doc «arck, des lieutenants gÉDéranx. de FaadeU édMirtii de Saiate-Jtaie&jaKL Apcés Téim eaatiaa de la plate, le ml tntza par la brèche, pios ncm presifae aaasltàt poor aUer eoneher le aoir aa ctiAteau é» a«« n revint eaaaite à Cbâlons, d'au a partit avec toate la cour le 4 décembre, • ftit coactter i T«tas, le 3 i Maatmirei, le S i u Fertè-soosnkMiaRe, le 7 àXeaox où U a^onroa le 8. et le 9 E ar- Ttwurk Fans. •
On peut » tain quelque idée de la triste Kta^ùm 4 laquelle ces longues goernsféduisaieat les habitants de la «imp^|pi|.^ ^^^ rine par ce Cragmeat de lettre que 3L ChAteaa, conseillef du Rot
à Parsnyéenvait trois ans après à M. Gaspard Legoox, notaire an sajel dnne dette poor UqneUe il était ponrsairi : • Larmée de la Farté Tint camp^ à Pvgny . qni mit tant en raine. De ph», pour cookble de malhear, farmée de Monsienr dn Ptécy Pralin Tint aeheTer le reste. Je tous jure snr la tùj que Je doibt 4 Oien qu'il ne me demeura pas seoiemant la cbrânise an dos; elle me fut prise et desponillée. » (Arekâet da baiUimge de fiirf^e'Frmmcm,) {\j L'original est déchiré 4 la marge.
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