‹ Le Cabinet historique (volume 2)Chapitre 26 sur 240 · HARANGUE · texte numérisé non relu

HARANGUE

receurent sur le Tibre comme le Dieu tutelaire qui devoit apaiser le mal contagieuxqu'afligeoit leur ville, tout le peuple et le Sénat applaudirent a son abort couronerent de fleur le nauire qui Taportat et lui dressèrent a l'instant des temples et des statues pour le rendre propice.

Madame, la ville de Marseille a plus juste raison tressaillit de joye voyant aborder vos galleres en nos mers, acompagnées des aplaudissementz des nymphes et des tritons qui suivent vos voiles, et Vostre Majesté comme une deité plus salutaire que celle que Thistoire romaine nous raporte et qui chassera par les doux et favorables aspectz qui sortent de vos yeux toutes les mauvaises influences de ces astres malins qui semblent nous menasscr et envier au bonheur et au contentement que nous espérons recevoir de vostre arrivée.

Ce soubçon de mal et vostre descente inopinée en ceste ville la surprent et Tempeche de rendre avec plus de soing a V. M. tous les honneurs qu'elle mérite et que le Roy nous comande de luy déférer comme a sa personne propre.

Mais que porrions nous faire qui feust digne de recevoir la plus grande rayne que les siècles passés ayent jamais eu et que les aduenirs auront peine de croire qu'ayés esté si grande et si auguste comme le presant vous considère.

Toutes les vertus royalles et Tesperience de régir les septres sont tellemant attachées a Vostre Majesté que nous n'en recognoissons point d'autre qui les possède avec plus de perfections et ault une gloire si esclatante qui j<îtte ses rayons sur tous les endroitz de la terre.

Car vous imités nos Clotildes et nos Blanches en vostre pieté et les Semiramis en leur magnificence. A vostre courage cèdent les Panthésilées et aux attraictz charmans de vos appas vos Amalasontes Suadoises. Vous esgallés les

A LA REIX£ CHRISTLNfi DE SUÈDE 129

Zenobies en chasteté et toutes les Muses en leur savoir et parlés avec elles Thebreu, le grec et le latin et presque toutes les autres langues de TEurope, et avec un de nos poètes j'ose dire plus veritablemant et en paroles qui vous sont très intelîgibles :

Hsc ignara viri vacuoque assueta cubili Doctrina et iilvis primos instruserai annos Non calathis mollita manus, sed qualis Enyo Arma ferens stravisse feras immitis amabat

Aussi estes vous flihe de ce grand Gustave dont les illustres victoires ont rampli Tuniuers de son nom et luy ont aquis la gloire d'avoir esgallé des Césars et d'Alexandre.

Mais toutes grandes qu elles sont, on le peult vanter d'un plus grand chef d'œuvre qu'il a faict et quy passe tout ce que la Grèce et Tltalie ont jamais veu de mieulx faict et qui peult faire honte non sulemant a la figure de Minerve, mais encore a sa naissance. Il n'est pas dificile d*entendre que je veultz parler, Madame, de V. M. en laquelle sulle on peult dire que ce grand héros vostre père a faict et produict un continuel miracle et luy a imprimé ceste généreuse ambition de conquester plustost les cœurs des hommes que les monarchies du monde. Ce que n'abesse pas tant, mais bien rellëve plus hault ce désir ambitieux, la terre a ses bornes et la volonté de les posséder a esté a plusieurs, mais cest esprit qu'on admireen vous et qui ne se peult mesurer ny comprendre ce coeur qui est audessus des sceptres et des couronnes et qu] les donne et les grâces quj vous font reigner sur nos affections ne surpassent elle pas cest esprit ce coeur et ces grâces tous les trophées des plus grands Roys et tous les advantages des Reines plus glorieuses du monde.

Dez la première veue arrester a vous les âmes plus convoituses et les moins nées a la servitude et faire

130 HAAÀIÏGUE A LA. JREIXE CHRISTINE DE SUÈDE

naistre en elles une sorte d*amour qui cognoisse la raison et qui ue sache ce que c*est du désir et de Tesperance, Ce sont des effectz qu'on ne les peult comprendre qu'en Tidée des essances divines et qu'en la considération de vous mesrae.

Ainsi en est il de oeste grande lumière d'esprict qui vous faict voir d'abord la vérité des choses et vous les faictes paroistre en Texercisse de vos actions toutes royalles.

Les annéeSf Madame, ne me sufBroient pas pour débiter a Vostre Majesté le moindre de ces puissantz charmes qui m'attirent a son admiration et commant dans un petit momant de temps que j'ay heu de me presanter a elle nay je osé l'entreprendre sans orainte de donner a cesle mer le nom de ma témérité.

Mada3I£, jeTay Talct et my suis conduict par les heureus auspices de vos regardz et par les ordres que toute la ville nous a donne d'offrir en gênerai et en particulier a V. M. nos très humbles respectz et nos obéissances, etc.

DOCUMENTS

POUR SERVIR A

L^HISTOIRE DES TRÉSORS DE QUELQUES ÉGLISES DU RESSORT DU PARLEMENT DE PARIS

AU XVme SièCLR

Au lendemain de Rosbach, pour mener a terme une entreprise dans laquelle la France perdit tant d'hommes et qui ruina ses finances, i! fallut que la royauté recourût à des ressources extraordinaires. Louis XV se vit dans la nécessité de renouveller les mesures que son bisaïeul avait déjà prises en 1690 : il envoya son argenterie à la Monnaie et invita ses sujets à imiter son exemple.

« La rentrée des fonds dans les difiTérentes Cl caisses pouvant être retardé par la difficulté de « la circulation et les circonstances présentes « exigeant un secours actuel, nous nous sommes *< déterminés à faire porter notre vaisselle à l'Hô- <c tel des Monnoies. Nous avons d'autant plus « volontiers adopté cet expédient que nous regar- « dons les sacrifices les plus marqués comme « honorables pour nous dès qu'ils peuvent être H utiles à nos peuples. ))

Ainsi s'expriment les lettres patentes du 26 octobre 1759. Afin que les particuliers trouvassent

132 LES TRÉSORS t)Ë OlELQUES ÉGLISES

un avantage réel à la fonte de leur vaisselle, le roi en fixait le prix à un taux Irès-élevé; il faisait ainsi remise du droit de seigneuriage et du droit de contrôle.

Jusqu'au 31 décembre 1759, un registre devait cire ouvert dans chaque Hôtel des Monnaies; on y inscrirait le détail et l'estimation des pièces apportées pour être fondues. Le quart de leur valeur devait être payé sur le champ en espèces; des reconnaissances qui seraient reçues comme argent comptant dans tous les emprunts royaux devaient servir à solder le reste et fournir un intérêt de 5 pour 100 tant qu'elles demeureraient entre les mains de leurs possesseurs. Le registre devait être clos au mois de janvier 1760. On dresserait ensuite un état des objets déposés, paraphé à Paris et à Lyon par le premier président et le procureur général, dans les provinces par les juges-gardes des Monnaies. Adressé au contrôleur général des finances, le montant de cet état serait payé aux directeurs des monnaies par l'adjudicataire des fermes générales, sur le prix de son bail. Telles furent les principales dispositions des lettres du 26 octobre 1759.

L'exemple donné par le roi fut-il suivi par tout le monde? c'est ce que nous ne saurions dire; il est toutefois probable que le désir de donner au souverain des preuves de leur attachement poussa bien des gens à sacrifier leurs objets précieux. Mauvaise en elle-même, puisque ce n'était qu'un

misérable expédient financier, la mesure n'avait pas pourtant le caractère vexatoire des mesures analogues qui plus d'une fois furent prises au moyen âge. Philippe le Bel, par exemple, n'aurait pas invité, mais bien forcé les gens à lui apporter leur argenterie. Quoiqu'il en soit, nous verrons plus loin que dans certaines provinces, en Bourgogne, par exemple, Louis XV ne rencontra pas tout le zèle qu'il aurait désiré et en témoigna son mécontentement.

Cette résistance vint surtout des fabriques et c'est pourtant chez elles qu'on pouvait le moins s'attendre à la rencontrer. Car, si pour les particuliers, pour la plupart du moins, se conformer au désir du roi, était de leur part un acte purement bénévole, on pouvait penser qu'il n'en serait pas de mêmes des églises. Leurs trésors n'appartenant à personne, n'étant en somme que des dépôts confiés aux fabriques, dès lors il semblait plus facile de leur faire prendre le chemin de la Monnaie, puisque l'intérêt personnel des fabriciens n'était pas en jeu. Le dévouement au roi devenait en quelque sorte public et plus d'un fabricien garderait précieusement sa propre vaisselle qui enverrait avec joie à la fonte les objets dont il n'était que le dépositaire. D'ailleurs on comptait beaucoup sur l'influence des évêques, et, les prélats une fois gagnés, il serait bien difficile de résister à la volonté du roi.

Comme il pouvait y avoir malentendu, les

lettres du 26 octobre 1759 ne parlant que de la vaisselle d'argent, le Conseil d'État arrêta le il novembre (1) que les ouvrages d'or seraient payés également suivant leur titre et de la même manière que les ouvrages d'argent; du reste, la Cour des Monnaies, dès le 5 novembre, en enregistrant les lettres patentes avait déjà prévu le cas : elle avait dressé un tarif particulier pour les matières d'or (2). L'arrêt du Conseil d'Etat ajouta que les fractions de sous et de deniers qui, régulièrement, auraient dû figurer sur lesreconnaissances, seraient payées comptant en sus du quart de la valeur des objets. Quant aux droits attribués aux receveurs et contrôleurs aux changes (3 deniers par marc) ils devaient leur être payés seulement quand les états des objets reçus auraient été arrêtés dans les Hôtels des Monnaies.

Tandis que la Cour des Monnaies rendait un arrêt défendant à toutes personnes, juifs, banquiers

(1) Blbl. Nationale, Coll. Joly de Fleury, vol. 1446, f" 90-92.

(2) Voici quel fut le tarif adopté : pour les matières d*or, le marc à 24 carats devait être payé 861 1. 7 s. ; à 23 carats, 825 1. 9 s. 2 d.; à 18 carats, 6<3 1. 3 d. il y a des évaluations spéciales pour les alliages inférieurs à ces titres. Pour les matières d'argent le marc à 12 deniers devait être payé 59 1. 5 s. 10 d. ; à 10 deniers, 49 1. 8 s. 4 d. etc. Le marc de vaisselle plate du poinçon de Paris était estimée 56 1. ; la vaisselle montée du même poinçon 55 1. 38. 6 d. le marc; la vaisselle plate et montée des provinces, 54 1. 7 s. le marc. Nous ne donnons bien entendu que les principales évaluations ; nous renvoyons pour les autres au tarif de la Cour des Monnaies (Bibl. nat. Coll. Joly de Fleury, vol. 1416, fo» 84 et •ulv.)

et colporteurs « de faire des recherches, amas et « enlèvemens de vaisselles et matières d'or et « d'argent pour en abuser » et les transporter à l'étranger (1), le roi faisait écrire à tous les évêques de France par xMonsîeur de Saint Florentin au sujet de l'argenterie des églises. Les prêtres avaient bien, en général, porté à la Monnaie leur argenterie personnelle; mais pour l'argenterie des églises c'était autre chose : il fallait prendre là-dessus l'avis des conseils de fabriques et leur zèle avait sans doute besoin d'être stimulé.

Les prélats présents à Paris eurent une conférence ; ils jugèrent qu'ils ne pouvaient rien refuser au roi et décidèrent que chacun d'eux écrirait aux chapitres des églises cathédrales et collégiales, aux paroisses, confréries, communautés et congrégations de son diocèse de lui envoyer un état général de leur argenterie divisée en deux parties : l'une comprenant ce qu'ils se proposaient d'envoyer à la Monnaie, l'autre les objets réservés pour les besoins du culte. Telle est en substance la lettre qu'expédia le 6 novembre 1759 l'archevêque de Paris à tous les curés de son diocèse (2).

Le consentement accordé par les évêques eut pour effet de faire proroger jusqu'au 1" mars (3),

(1) Arrêt du 3 décembre 1759 (Bibl. nationale. Coll. Joly de Fleury, vol. 1446, f«« 94-^).

(2) Voir cl-aprè3, pièce n» 1.

^3) « Le clergé de notre royaume qui, après avoir fait porter

puis jusqu'au 1" mai (1) 1760, le délai fixé par les lettres du 26 octobre 1759.

Les lettres patentes du 8 février 1760, envoyées dès le 10 au Procureur général Joly de Fleury (2), ne furent enregistrées en Parlement que le 11 mars. Cette formalité de l'enregistrement au Parlement était d'ailleurs nécessaire pour tranquilliser les fabriques qui ne se souciaient pas d'être inquiétées par la suite pour avoir montré trop de zèle au bien de l'Etat (3).

Les évêques s'étaient du reste trop avancés en assurant au roi que les églises porteraient leur argenterie à la Monnaie : on y mit peu d'empressement. C'est ce que nous apprend une lettre

à nos Hôtels des Monnoies la vaisselle propre à son usage personnel, vient de nous donner une nouvelle preuve de son aflfecUon à notre service en offrant d'y faire porter pareillement la partie de l'argenterie des églises qui ne serait pas Indispcnsablement nécessaire pour le service divin, nous ayant représenté qu'il avait besoin d'un délai plus long que celui fixé par nos lettres patentes du mois d'octobre dernier pour rassembler l'argenterie des églises dans les différentes parties de notre royaume, nous avons cru devoir déférer à ses représentations pour répondre au zèle qu'il nous a marqué dans cette occasion en lui facilitant les moyens de l'employer à l'avantage de notre Etat — . (Lettres patentes du 11 décembre 1759 qui prorogent

jusqu'au 1* ' mars 1760 le délai fixé par les lettres du 2C octobre.

Bibl. nat. Coll. Joly de Fleury, vol. 1416. f«93.)

(1) Lettres patentes du 8 février 1760 (enregistrées au Parlement le 11 mars) (Bibl. Nat. Coll. Joly de Heury, vol. U46, fo« 103-106; et du 29 février (enregistrées à la Cour des iNfonnales le 11 mars). Voyez Bibl. Nat. Cat, de ruistoire de France lî. p. il3.

(2) Voyez ci-aprè?, pièces n®» Il et III. ^3) Pièces n« ÎV et V.

écrite à l'intendant de Bourgogne par le contrôleur général Berlin (1). Le roi s'était fait montrer la liste de tous ceux de cette province, tant particuliers qu'églises ou communautés qui avaient répondu d'une façon effective aux lettres patentes ; beaucoup de noms manquaient à l'appel, et des plus marquants, et Sa Majesté en avait manifesté un vif déplaisir.

Chargé de l'enregistrement et ensuite de l'exécution des lettres patentes, le procureur général était chaque jour consulté par les conseils de fabriques sur la décision qu'ils devaient prendre et on lui envoyait les inventaires des trésors des églises. C'est de la sorte que nous sont parvenues les pièces que nous publions.

Le ressort du Parlement de Paris était immense et si des pièces semblables furent adressées au procureur général de tout les points de son département, le dossier devait être très-considérable. Quoiqu'il en soit nous ne possédons que quelques pièces relatives pour la plupart aux églises de Paris, et non pas les plus intéressantes : c'est ainsi que nous n'avons rien sur le trésor de Notre-Dame.

Tout ce qui est porté aux inventaires fut-il fondu? il est à croire que non. Toutefois le mauvais goût de l'époque aidant et dans l'espoir de racheter des ornements et des reliquaires plus à la mode, plus d'une œuvre d'art du Moyen Age et de la

i\] Pièce VI.

Renaissance dut être condamnée à la destruction. Les ecclésiastiques du XVIII* siècle n'étaient déjà que trop portés à transformer leurs églises en chefs-d'œuvre de style « rococo » pour laisser échapper une si belle occasion de se débarasser du a gothique » sous la protection d'un arrêt du Parlement,

C'est donc à cette époque qu'il faut, croyonsnous, faire remonter la destruction d'un certain nombre d'objets d'art. En poussant plus loin ces recherches et surtout en les étendant à toute la France, si la chose était possible, on verrait si c'est — ainsi qu'on l'a dit quelquefois — uniquement à la Révolution qu'il faut attribuer la disparition de la plupart des trésors amassés pendant des siècles dans les églises ou si la royauté ellemême, réduite pour remplir ses coffres à d'aussi misérables expédients, n'a pas contribué, au moins en partie, à leur destruction.

Tous les documents que nous publions n'ont pas, au point de vue archéologique une égale valeur. Dans beaucoup de ces inventaires les descriptions sont trop brèves pour permettre de se représenter nettement les objets. Dans deux ou trois cependant, en particulier dans ceux de Saînt- Séverin, de Saint-Eustache et de Saint-GermainrAuxerrois, elles suffiraient peut-être pour faire reconnaître quelquespièces,si, ce que nous n'osons guère espérer, il en existe encore quelqu'une aujourd'hui. Trop récents pour servir à les dater,

ces documents peuvent tout au moins fixer la provenance des objets et c'est déjà quelque chose.

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