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raison et excuser une première faute. Le voyageur tomba ainsi au milieu de sa famille, dans le petit bourg de Cheminon où il était né, en butte aux récriminations des siens, bafoué des ignorants, aigri, désabusé, et prêt h faire tout pour se tirer de cet enfer. Il vint à Vitry-le-François, pensant trouver mieux à s'y employer : mais dès ce temps le déclassé avait pris rang; sa haine pour le genre humain se laissait échapper en phrases compromettantes. « Il n'avoit, assurait-il, pas plus de satisfaction que d'avoir un ennemi, affin de le peindre dans ses escripts. » (i)
Au collège de la ville, où on Tadmit sans grande peine, Richelet reçut la régence de la première classe. Il rencontrait là des collègues peu instruits en lettres, mais suffisamment pourvus de la grosse instruction religieuse dont lui-même faisait peu de cas. L'année 1655 commençait. A Vitry les guerres civiles de la Fronde avaient conservé deprofondes racines; les camps opposés étaient en présence, laissant libre cours auxjntrigues, aux haines religieuses et politiques (2). Le grammairien n'écouta guère plus les uns que les autres.
(1) Archives de la Prévôté de Vitry, liasse de l'année 1G57. Dossier Richelet.
(2) En 1650 les partis avaient tenté une pression électorale sur les habitants dans le choix à faire de deux nouveaux échevins à Vitpy-le-François. H y eut une séance orageuse heureusement conduite à bonne fln par le lieutenant général au Bailliage, Etienne Le Blanc. ('Délibérations municipales du 6 novembre 1650. Arch. Municip. de Vitry-le-François, Série B.B.)
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fréquentant également orthodoxes et protestants, prodiguant ses épigrammes de droite et de gauche, au grand scandale des gens sérieux de la magistrature ou des chanoines de l'église Notre-Dame. D'ailleurs lui riait de tout, se vantait de ses fourberies passées, sans que l'on pût sérieusement songer à lui trouver un remplaçant dans une ville où la disette de régents était des plus grandes. Ainsi s'écoulèrent une année ou deux, pendant lesquelles on s'habitua au vers facile et à l'esprit humoristique du régent de la première classe.
Une pièce de procédure, retrouvée par nous dans les amas de papiers de l'ancienne Prévôté de Vitry-le-François(l), nous donne sur le genre de vie du futur grammairien les détails les plus circonstanciés et les plus gaulois qui se puissent imaginer. Nous ne serons que juste en reconnaissant combien peu ces escapades, ces « friponneries » , — comme les nommait le Prévôt, — ne sauraient constituer pour Richelet ce que des hommes graves se sont plu à appeler une déplorable aventure : mais il faut bien avouer aussi que dès cette époque le professeur avait charge d'âmes, et déjeunes âmes, promptes à mal faire, à chercher le bruit de la rue, les querelles, « les batteries )>, et que loin de les détourner, de ce mauvais chemin, le régent les y poussa pour servir ses propres rancunes.
(1) Ces archives sont aujourd'hui conservées au dépôt de Châlons-sur-Marne.
Il lui advint la plus ordinaire histoire du monde. Parmi ses élèves se trouva le jeune Garnier, fils d'un chirurgien protestant dé la ville, et comme cet enfant à demi studieux -réclamait une surveillance de tous les instants, le père crut sage de lui donner à titre de répétiteur le professeur catholique dont l'orthodoxie ne s'effa'^'ouchait point du contact des Réformés. Dans la maison du chirurgien, Richelet rencontra la sœur de son élève, Louise, fille simple, qu'il eut bientôt circonvenue, et pour laquelle il tourna de ces fades et médiocres ritournelles, dont il conserva le secret jusqu'à la fin de sa vie. Et puis il s'enhardit. Il osa, le pauvre hère qu'il était alors, demander la main de. la riche héritière à Monsieur Isaac Garnier, le père. La question de religion ne pouvait être un obstacle ; Richelet affirmait n'avoir pour le catholicisme qu'une estime médiocre, et la Réforme, bien que d'invention récente, lui souriait assez pour qu'il n'hésitât point à l'embrasser.
Malheureusement le chirurgien lui avoua simplement qu'il ne serait jamais son gendre, et fort poliment il pria le régent de rester désormais chez lui. Il était grand temps, disent les témoins entendus plus tard dans l'afTaire. Chaque jour Louise recevait les plus brûlantes missives : le professeur y peignait son amour en termes ampoulés, en phrases creuses, dont la pauvre fille se montrait toute honteuse. Lorsqu'on l'eut éconduit, la correspondance continua, soit que Richelet remît lui-