LA PRINCESSE DES UBSINS. W
consommée. L'on dit que la Reyne a déclaré qu'elle nevouloit pas que la duchesse d'Auray, nièce de la Princesse, se présentât devant elle, et qu'elle se passera bien de toutes ces femmes mariées, qui sont toujours ou grosses, ou en couche^ entendant parler de ces favorites mariées dans le palais, coomie la princesse de Robec et la marquise de Crevecœur.
L'on demeure d'accord que la Reyne, qui étoit, avant la petite vérole, une des beautés d'Italie, ne l'est plus ; mais qu'elle a un air si gracieux, si majestueux et si doux, qu'elle s'attire les cœurs de tout le monde. Le Roy marque une félicité parfaite. Il ne lui parle que françois, et la Reyne italien, ce qui produit une conversation mêlée, dans laquelle ils s'entendent parfaitement. La Reyne s'est servye du ministère de M. le marquis de Grimaido pour faire sçavoir à M. le duc et à madame la duchesse de Parme, son arrivée auprès du Roy son époux, et la consommation de son mariage : ainsi voilà encore ce seigneur pourvu du poste de secrétaire des commandements de la Reyne, dont chacun le félicite.
Le Roy, qui avoit renoncé à l'habitation du palais où la Reyne mourut, a ordonné qu'on rétablisse ce que la princesse avoil fait démolir, par caprice, à Tinsçu du Roy, à la sollicitation de la Reyne, qui n'a pas jugé la maison de Medina-Céli digne de Leurs Maj estez.— Hier, la Reyne fut visi* ter la palais qu'elle trouva magniOqiiement b^ti etagréal)lemeot sitaé pour la santé. Samcdy, Sa Majsté fut à Retiro» Yiliter les Princes, auxquels elle fit mille caresses, les appdant ses enfans, ce qui fait un plaisir extrême au Roy. On dit qu'elle sçait parfaitement joindre l'esprit italien à la grudeur allemande.
i^ sieur d'Aubigny^ autrefois secrétaire de la princesse, puis celluy des commandemens de la défunte Reyne, qui est I k Madrid avec la goutte, ayant appris la disgrâce de sa
maltresse, dit en jurant qu'il luy avoit dit cent fois qu'elle creusoit son précipice, qu'elle n'avoit voulu croire que 8& tète, et qu'elle se trouvoit aujourd'huy l'opprobre de toutes les nations.
Samedy matin, je fus rendre mes deroirs à M. le duc de Veragua, que je n'a vois point veu depuis son retour. De si loin qu'il me vit, il me demanda, avec son accueil obligeant à son ordinaire, ce que je disois de la disgrftce de la Princesse et de la résolution de la Reyne, qui devant que d'être sur le trône, faisoit des coups de maître dans l'art de régner? Je luy répondis que je me contentois d'admirer ce que je ne pouvois comprendre, et que ce que je pouvois dire à Son Excellence étoit que je n'avois rien lu de semblable dans l'histoire. Il s'ouvrit beaucoup à son ordinaire avec moy, croyant que tout ce qu'il me dit tombe à terre. Il n'est en garde sur rien, avec moy, affectant de ma part assez d'indif*férence sur les nouveaulez, et paroissant toujours aplaudir à son sentiment; et j'ay reconnu que son attachement auprès d'elle est pure politique, car dans son cœur il en est ravy comme les autres; sy bien que le deffunt duc son père et luy ayant plus contribué que personne à son retour en Espagne, après sa première disgrâce, elle n'a jamais rien fait pour sa maison. Enfin, après beaucoup de réflexions de sa part qui tendoient toutes à blâmer son acharnement à vouloir se maintenir dans Tauthorité despotique, je dis seulement qu'elle avoit manqué l'occasion de sortir glorieusement d'Espagne, môme avec l'applaudissement de ses ennemis^ si après la mort de la Reyne, sa maîtresse, elle avoit paru assez touchée de sa perte pour renoncer à toute fortune. Et à quoy de plus son ambition pouvoit-elle prétendre? Après avoir régné quatorze ans, aux yeux du monarque, qui avoit applaudi à son gouvernement (tout inique quMl étoit), n'avoit-elle pas fait assez de provisions pour la vie, pour commencer à faire quelques