‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 12 sur 148 · LA PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DES URSINS

lay demanda ; il s'en deffendit sur ce qu'il n'avoit point ordre de le luy remettre. Il en fut rendre compte à la Rcyne^ qui lay dit : Donnez- lui la copie ou Voriginal^ il ne tn' importe ! cependant^ qu'on fasse diligence de la faire partir.^Toni se prépara pour cet effet : et il y eut ordre de garder les portes et qu'on ne laissât sortir personne.

La Princesse, qui le sut, dit au sieur Occart^ son secrétaire, de franchir la fenêtre, ce qu'il fit : mais il fut arrêté et toute la suite de ses domestiques le furent de même. Le comte de Sassatelly, Romain, son alliée et qui avoit toujours été arec elle, l'ayant même accompagnée en ce voyage, qooyqu'elle luy eut promis le poste d'écuyer de la Reyne, tat arrêté ayec les autres : —alors reniant son ancienne mattresse, il se justirûa d'écuyer de Sa Majesté, ce qui luy ayant été raporté, elle dit qu'elle en étoit bien aise, et qu'il y demeurât à son service.

Cependant tout se préparoit pour le départ, bien qu'il fit un temps de froid et de neige qu'on n'en avoit pas senty un semblable en Espagne depuis trente ans. — La Princesse, qui vil qu'il n'y avoit pas moyen de l'éviter, envoya représenter à la Reyne qu'une femme de son âge, incommodée des jambes^ ne pourroit pas partir ainsy sans quelques autres précautions. A quoy la Reyne répondit : Quoy, elle n'est fÊ$ m^care partie ! les jambes ne luy manqueront pas; je luy iâmuf cinquante chevaux qui les ont bonnes : qu'on luy donne m matelas aux pieds^ — et qu'elle parte incessamment. 11 était 0DX6 beures passées, de la nuit la plus obscure, quand die Monta en carrosse, et en partant elle dit : Je suis bien fidUê i^avoir causé du chagrin à la Reyne.

Tonte la troupe marcha jusqu'à sept heures du matin, et ne fit q^ cinq lieues. — La Reyne se leva, ce jour-là, qui étoit la faind j« S4 du courant, devant se trouver le soir à Guada- — dez sept heures du matin, contre sa coutume, où

le Roy arriva deux heures plus lost, n'ayant eu que quatre lieues à faire, et la Reyne huit, qui est une grande journée en hiver et en Espagne. A son arrivée, il se trouva une telle foulle sur le corridor, qu'on ne pouvoit luy faciliter le passage. Ce fut M. le marquis de Grimaldoqui fil la fonction de présenter la Reyne au Roy : ce qui se fit sans qu'il se proférât une parole de partny d'autre. — Leurs Majestés entrèrent ensemble dans le cabinet, et tous les courtisans se disoient à l'oreille l'aventure de la Princesse, dont on restoit dans l'admiration. Le prince Alexandre Lantz et le prince de Chalais furent les derniers à le savoir, et eurent une impatience extrême que le Roy ne fut visible pour obtenir de suivre la Princesse. Ce qui leur fut d'abord accordé, et prirent la poste pour la joindre.

Le mercrcdy au soir, la nouvelle se répandit icy, et causa une joye publique, que ceux qui la souhaitoient davantage croyoient le moins. Le jeudy, Leurs Majestés arrivèrent à Madrid, sur les quatre heures, et partout où la Reyne passa, elle fut acclamée du nom de Restauradora de la Spdna; et dans l'église d'At )cha, on interrompoit le Te Deum par des Viva la lieyna, reparadora de la Spdna. C'est une allégresse qui n'est pas imaginable parmy le peuple.

Cette résolution de la Reyne qui s'est trouvée si bien d'accord avec les souhaits publics la va faire adorer; à quoy ne contribuera pas peu sa prédilexion pour les fêtes de taureaux ; car on a publié icy que luy en ayant été donné une, à Pampelune, le troisième jour de la résidence qu'elle y fit, sur ce que le jour fut trop court pour son plaisir, elle le fit continuer aux flambeaux : — on a rien vu de pareil à la fureur du peuple pour ce barbare passe-temps. Des prêtres déguisez en femmes furent des combatans, et prenoient le chocolat dans la place, quand ces animaux furieux venoîent sur eux à la charge, sachant en éviter l'abord par une dextérité

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