I. rifri«ff-Xaii 18M. — Dm
82 LB GABUIBT H1ST0BIQD8.
On le Yoit^ à Bordeaux» comme partout, la justice rëvolir
tionnaire n'atleignoit pas moins les petites gens que Les aur
très; avec unprêtre, deux religieuses et une noble, un porteur
d'eau, deux couturières, une cuisinière et deux domestiques
f urent ensemble envoyés à Téchafaud.
A Bordeaux, comme à Angers et ailleurs, Tassisfanoe à l'office d'un prêtre insermenté étoit un crime capital. Le 19 messidor (1), Jeanne BiMê et cinq auti^s religjkmm étoient condamnées à mort c potir avoir assisté à h messe 4c prêtres réfractaires; » o'e&t tout ce que porte le jugemant!
Des octogénaires montèrent aussi sur l'échafaudl
Le !•' thermidor @), Joseph Duvalj âgé de 80 ans^ exnoble.
Le 3 thermidor (3]»Barre< Ferrand^ igé de BL ans» itt»i> lade et perclus de douleurs. Il étoit porteur de son certificat de civisme» mais c il étoit noble et avoit remis trop tari sa croix de Saint-Louis, i tels furent les seuls moUb qu9 trouva Lacombe à son égard (4).
A cette époque le nombre des détenus s'éleva à seize cent dix-huit (5). Dans une des huit prisons de Boréeamx étoîeiit, le 16 messidor, cinq cents quatre-vingts prêtres, plus tard transférés à Blaye, puis à TUe â'Okvoii, d'oài^s devoieEt ÔCre déportés (6).
La dernière affaire jugée par la commission Ait celle de Dugarry^ condamné à moit le 12 thenaidor (7).
La chute de Robespierre, qui devoH saurer Isofl deTiclimes, n'étoit pas encore connue.
(1, 2) Troisième registre de la commission, an ésum Mlqiite.
(3) Idem, ibid.
4ft) BL Faim, p. fl».
(5) Le même, p. 45.
(6) Lettre d» M. yTyie,AEi9îfdntef860w
(7) Troisième registre delà oommiasion à cette date.
LA JVSnCS livaCQTIOlINÂIRE. 83
Gaornier de Xmtihê (non du temps donné à la ville de Samim)^ reçat cette g^nde nouTelle, par nn conrrier extraordûsaire» dans la nait du 13 thermidor. Ce représentant ne pouvoit en croire ses yenx. Cependant le donte n'étant pas possible, son parti Ait bientôt pris; sans tarder, il ordonna l'arreslation de Lacombe; le matin la double nouvelle s'étant répandue, ce (ut dans la villa nne ivresse générale (4), eniflmée, le K, lorsque Gamier eut suspendu provisoirement la Commission (3).
Pourtant, deux jours auparavant, le même Gamier avoit essayé de compléter ce tribunal et de perfectimner ses jugements. Par un arrêté du 11 thermidor, il avoh créé un accusateur public; par le même acte il subslituoit à la délibération en secret, le vote des juges à hante voix (3); fatale erreur de fAflsemblée oonstituante (4) qui coAta la vie à Louis XYI et h tant d'autres viotimeav après lui f
858 accusés furent jugés par Lacombe, du 2 brumaire au 13 thermidor (33 octobre 1793-31 juillet 1794).
301 furent condamnés à mort; M. de Lamartine, avec son imagination ordinaire, dit : Sept cent cinquante (o) i
139 aux fers, ou à la détention, avec ou sans amende ;
65 à l'amende» sans peine accessoire.
373 furent acquittés (6), compris les 171 artistes des trois théâtres.
Les amendes prononcées s'élevèrent à 6^940,300 livres ; sur quoi 1,000,000 livres pour les sans-culottes de Bordeaux et de quelques communes environnantes; 400,000 livrer pour
(1. s) IL Vivie^ BordUmix après thtnmdor. (8) M. Fatve, p. 48.
(I) Décrar da 16 septembre ITIK^ sar... Vétahlissement des juréSy 2* partie. Ut. Tin, art. 0.
(5) Histoire des Girondine, t. VU, p. 8S2.
(6) Bordemx après thermidor»
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l'armée révolutionnaire (où les sans-culottes ne manquoient pas); 1 «325,000 livres pour un hospice de bienfaisance et 100,000 li V. pour un temple de la Raison, édifices demeurés à l'état de projet (!)•
Qui pourroit s'y attendre; comme celles de Fonquier, les annales de Lacombe^ dans les premiers temps, présentent quelques louables formules.
Le 12 brumaire (2), aux époux Lance^ c dupes de prêtres perfides, » d'après le jugement, la commission, en les acquittant, faisoit remettre, par son secrétaire, 200 livres à titre d'indemnité.
Le 26, Delort^ ayant envoyé, contre les brigands de la Vendée, son fils âgé de moins de 16 ans, recevoitde même 300 livres pour les faire parvenir à son fils (3).
Plusieurs accusés acquittés (4), entre autres Loriague* le 19 pluviôse (5), reçurent du président l'accolade firatemelle* Mais, comme moi, on aura de la peine à croire à la sincérité de ces démonstrations chevaleresques. Que l'on se rappelle d'abord les promenades par la ville, au son de la musique, des accusés d'Angers acquittés par Tâcheron et les autres ;u9^s par F. (6); puis les proclamation^ des accusés de Lyon, par Parein, sur la place de l'Hôtel-de-Yille, au bruit du canon (7) t Enfin, qu'on lise les incidents de l'exécution des jugements de Lacombe, qui vont suivre et qui achèvent la peinture de cet abominable tribunal.
On sait, d'après le Moniteur^ qu'à Rochefort, à la Société populaire, devant les représentants Lequinio et Laignelot,
(1) M. Fabre; p. 50; et ma Juitice révolutimmaire, iSeï, fi. 16S.
(2) Premier registre de la çommiasion, à cette date. (3, 5) Ibidem.
(4) M. Fabre, p. 56.
(6) Cabinet historique^ t. X, p. 331.
(7> V. ma Justice réfoluHoimaire. 1801» p* 188*
LA JUSnCB BiVOLXJTIOimAIRE. 85
le patriote Ance réclama et obtint ayec an noble enlAou* siasmêy ro£9ce de guillotineur (1); on sait également que de Rochefort il alla ensuite exercer à Brest, a?ec un égal élan (2).
A Bordeaux, cette fonction fut usurpée, momentanément, par le perruquier Dutroussy^ qui, apparemment, étoit jaloux des plaisirs officiels de l'exécuteur en titre. Ce digne sansculotte exécuta plusieurs condamnés auxquels il prodigua d'abord ses outrages. Un document authentique nous révèle cet épisode monstrueux (3).
Les représentants du peuple en mission dans le département du Bec-d'Ambès arrêtent que le citoyen Dutroussy, prévenu d*ayoir, sans mission et sans caraciéref guillotiné plusieurs personnes condamnées, après leur avoir prodigué toutes sortes d'insultes, sera, sur-le-champ, mis en état d'arrestation; chargent le Comité de surveillance, etc. Bordeaux, en séance, le 29 ventôse an m.
Signé : Treilhard, Boussion.
Malgré ses acquittements, Lacombe avoit usé l'instrument du supplice. La partie essentielle de la guillotine avoit dû être reparée et puis renouvelée ; c'est ce que nous apprennent des états de l'exécuteur de Bordeaux qui ont été conservés. En tète se lisent les articles suivants (4), dont j'ai respecté l'orthographe :
IHbanai de Parmée révolutionnaire.
!• Etat du charpentier. Ouvrage pour la gtllotine. Démonté l'ancienne, 373 livres.
Tamé la nouvelle la nuit. — Elle est permanente sur la place Hatifonale.
Démonté i Liboume, etc.
(1) Moniieur da 34 bramaire an n, p. 210.
(9) Oa GhfttelUer, Brest soin la Terreur, 1858, in-8, p. 70.
Ô) H- Mm, p. ei.
Jk) PiècM originales coooununiqaées, le 15 novembre 1863, par M. G. '^ aneien président de l'Académie de Bordeaax.
85 LB CàBIMBT 8BT0M0UB.
îf* Idem, ûu, aerrurier, i75 livres»
30 Idem, da taillandier, ii8 livres^ Un Damas à la mode de Pari, Raccomodé l'ancien Damas, Repassé deax fois le Damas.
Je Youdrois m'arrèter ici ; les devoirs de rhistorien ne ma le permettent pas. «La vérité, écrit avec raison H. Looia Blanc (1), la vérité exige qae toat soit dit, absolument tout. > Je viens donc h la guillotine, dite à qwitre couteaux.
La commission Lacombe, trouvant probablement que la guillotine et Téchafaud ordinaires n'étoient pas suffisants, avait donné des ordres et pris des mesures, de concert avec la monicipalité, poar foire oonstruire un échafaud dans de» proportions plus yastes et avec des dispositions permettant X&férer plus largement.
Le 3 pluvidse an m, apprenant du citoyen Bois, comnusaire national, q^e l'on avoit construit à Bordeaux une guillotine à q'mtre tranchants, le Comité de surveillance chargea de vérifier le fait deux de ses membres qui^ séance tenante, lui en firent leur rapport.
f Chez le cit«*» Fadville, marchand de bois, rue Constantin, n"" 15, étoit, à leur grand étonnement, un échafaud trés-considérable, peint en rouge, occupant la circonférence d'une grande salle et destiné à une guillotine. Cet échafaud avoit deux grandes portes en forme de portes de grange, outre cinq ou six autres sur les côtés, avec un grand escalier de 13 à 14 marches. Sur Téchafaud, une trappe pour les cadavres et un trou pour les têtes; par les principales portes seroil entré le charriot qui devoit emporter le ooffre rempli de tètes et de cadavres. »
 cet échafaud monumental avoient coopéré, sciemmenty les cit. FadYille, marchand de bois, Burguet jeiuui» eiof-
<1) Histoire de la Bivolutûm^ t. X, p. 170.
LA JUSTICE BÂYOLUnOlINÂIBB. 87
pentier^ Hennier, peintre^ Jayet fils et Sarrasin, serruriers associés, Rey, cordonnier, Pechade et Clochard, architectes. ce dernier employé an bureau des travaux publics de la commune. Tous, du 4 au 15 pluviOse, furent entendus par le comité, qui, un peu plus tard, recueillit, sur le monument, treîaa pièces^ parmi lesquelles étcit < une autorisation de la Oomnission militaire, en date du 3 thermidor an ii, signée Lacroix Qls, membre et Chaudru^ greffier, suivie d'un renvoi au bureau des travaux publics de la commune, en date du fribennidor (on n'o«ibiie pas que ta nouvelle de la chute de Robespierre ne parvint à Bordeaux q«e dans la nuit du 13), signé P'* Thomas, maire, plus deux ^i»de l'échafaud (1). Ces détaiiSj s'ils ne moDtreot pas les quatre tranchants en question, les font du moins pressentir, et ils nous expliquât le brait public et la tradition locale à cet égard.
Cependant le jour de l'expiation étottarrivé. Après l'arrestation de Lacombe, des victimes, ju<^e-là contenues par la crainte^ signalèrent ses exactions infâmes à l'égard des familles des accusés, ses condamnations h mort de détenus dont la rançon n'avoit pas été assez ample (2). Traduit dcvnnt une Commission spéciale, par Ysabeau^ qui avoit remplacé Garnier, à Bordeaux, Lacombe, le 27 thermidor, fut condamné (3) «comme exacteur, concussioanaire, prcvaric.itour, Gorrapteur des mœurs et de l'esprit public et connue tel traître à la patrie. » Ce jugement reçut les applaudissements d'an peuple immense qui eut à se reprocher d'avoir insulté
(1} DëUbératioDs da Comité do saryciUancc de Bordeaux, des 3, 4, 5, 6, 18 ploTiâM et 18 Tentôse an m. Registre de ce comitLS marque^ D, n° /i59 tearchiTtt delà Gironde; communication de M. Aurôlien Vivic.
(1) Bordeaux après thermidor, mss.
(S) Catalogue de l'Histoire de France, déjà cité, t. III, Convention^ iriMO.
le condamné jusqu'à l'échafaud, et puis d'avoir outragé son cadavre (1).
Ainsi se trouvèrent vérifiées ces prophétiques paroles d'un prêtre à Lacombe, qui l'avoit injurié avant de le condamner à mort :
Encore quelques jours, et dans ce même lieu où tu condamnes les innocents, tu entendras ton arrêt de mort, et ce même peu|te qui applaudit à tes jugements, te conduira à l'échafaud à coups de pierres (2).
Après l'exécution de Lacombe, Ysabeau fit cesser la permanence de la guillotine, qui duroit à Bordeaux depuis dix mois; la Terreur était finie (3) 1
Quant aux complices de Lacombe, quatre furent condamnés, le 3 brumaire an m (4) :
Rey, un de ses collègues et qui avoit pris part à ses exio tiens, à la peine de mort;
Bizet et Lacombe ainé^ chacun à 20 ans de fers ;'
La veuve Lacombe à 20 ans de gène.
Ch. Beilrut Saint Prix, Conseiller à la Cour impériale de Parit.
(1, 2) M. Fabre, p. 78, 70.
(3) Le môme, p. ^0.
(&) Catalogue, cité plus haut, Convention, n» 1200.