‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 2 sur 148 · I. — DE LA PARTICULE · texte numérisé non relu

I. — DE LA PARTICULE

DITE NOBILIAIRB (1).

Opus aggredior opimum caribus. — J'entreprends de traiter un sujet bien délicat. Je voudrois exprimer mon sentiment particulier sur an point qui a le privilège d'oc* cuper Taltention d'une partie considérable de la génération

(1) Ce mémoire n'est point absolament inédit : écrit en iSdl, il a été la par raotear à l'Académie impériale de Reims dans la séance publique du SI JnfUet 1861 et inséré dans le t. xxxiii des Travaux de cette compagnie. Beims^ Duhois, 18C2, in-8. Un tirage à part de quelques exemplalrea en a même été fait, mais à trop petit nombre pour être mis sériea- MOMDt dans le commerce. On sait la publicité généralement si restreinte de ces sortes de recueils qui ne vont guère au delà des rayons académiques, f entends de la bibliotlièque des membres résidents ou correspondants do eea Bavantes compagnies. Le public, proprement dit, lit peu ces vo- . hunes : c'est un mal que les efforts de tous les congrès du monde n'ont pu encore amoindrir. La petite dissertation que nous reproduisons ici, fort à loopea an moment où elle a été lue, n'a rien perdu de son actualité, et la question, toujours controversée, est restée à l'ordre du Jour. D^jà pluùdun écrits ont été publiés sur cette matière. De savants héraldistes, -M. Jnlei H. d'Arbaomont, dans le Cabinet historique, t. v, p. 860^ et aillenra, M. Henri Beaune, dans son traité Des distinctions honorifiques et de la particufê, MM. P. de Scroainville, Ed. de Barthélémy, Borel d'Haoterlre et antres, ont émis à ce sujet des opinions à peu près concordantes. il* sanèa. Jtnvier 1866. — Doc. 1

à laquelle nous avons l'honneur d'appartenir. Qu'on se rassure pourtant : je n'entends pas rechercher quelle seroit la meilleure Torme de gouvernement, république ou monarchie plus ou moins tempérée; — quels avantages seroient attachés à la liberté de tout écrire:— quelle opinion on doit se former des droits respeclifs de l'ancien roi de Naples ou du nouveau roi d'Italie; — de quelle importance enfin seroit pour la religion le maintien du pouvoir temporel du Souverain Pontife. Toules ces questions, personne aujourd'hui ne semble embarrassé de les traiter et même de les résoudre, dans un double sens, il est vrai, parfaitement opposé. Je veux aborder une question bien autrement hérissée de difficultés : Qu'est-ce que la particule nobiliairey et quelle importance convient-il de lui accorder?

Entendons-nous bien d'abord : sous le point de vue grammatical, il faut avouer que cette façon de parler est assez peu françoise; d'un côté, si l'on s'en rapporte au Dictionnaire de V Académie^ la parliculey est une c certaine partie du discours invariable j » et tel n'est pas le cas de la préposition de^ du, des; de l'autre côté, Lhomond, notre premier maître à tous, a bien dit que le masculin étoit plus noble que le féminin, mais il n'a pas ajouté que le signe du génitif de, du^ étoit plus noble que le signe du datif à ou celui du vocatif ô. Ce qu'on nomme ici particule est donc une préposition^ et cette préposition n^a rien de noble ou de nobiliaire.

Hais, enfin, je l'admets avec les dictionnaires qui enregistrent toutes les expressions incorrectes : c La particule nobiliaire est la syllabe que les nobles placent devant leur nom (i). > Seulement, pour compléter le sens qu'ils accor-

Cet divers travaux, ai remarquablea qu'ila puissent être, De préjudideront point au piquant exposé qu'on va lire, et que Tauteur a bien voulu nooi autoriser à reproduire*

(1) Complément du Dictionnaire de r Académie,

dent à cette expression, les dictionnaires auroient dû ajouter que la particule devenoit nobiliaire à une condition : c'étoit de rester séparée du corps du nom propre. Car si vous écrivez tout d'un trait Dumouriez^ Denoux^ Devaux^ la particule se voit dépouillée de son merveilleux privilège, et votre nom rappelât-il évidemment un nom de lieu déclinable, comme champs^ pré, boiSy porte, ou rivière, la réunion du nom et de la préposition sufQra pour vous enlever tout droit légitime à la qualité de gentilhomme. Mon observation, comme on le voit, ne manque pas de gravité; j'engage donc les honorables familles qui, portant de ces noms-U), n'ont pas encore établi la généreuse séparation, à se mettre en régie.

£l pour aller au-devant des scrupules exagérés, je dirai tout de suite que l'importance attachée à la séparation de la particule est de date extrêmement récente. Autrerois^ du, des étoient toujours réunis au mot suivant; de l'étoit dans le plus grand nombre des cas. Quand de se trouvoit devant une voyelle, on n'uhoit pas de l'apostrophe pour indiquer Télision de Ve^ comme Torlhographe sembloit le demander; on écri- YOit d'un seul mot Damville, Dalincourt^ Don al et Danbigny; ou s'il arrivoit qu'on s'écarlAtde cet usnge i\c réunion, c*étoit quand le sens attaché au nom sautoit pour ainsi dire aux yeux, comme dans ceux de du Bois, du Pré, de Reims ou de Paris, De façon qu'à s'en rapporter aux principes des hérauts d'armes de noire temps, on devroit conclure de tous les noms consignés dans les livres et dan.^ les actes des deux derniers siècles, que tous les Messieurs du Bois, de Lille et de France, qui ont la séparation exigée, sont plus nobles que les ducs Damville, les marquis Daspremont, les comtes Dorval, qui n'affecloient pas cette séparation.

Mais, après tout, liés ou séparés, la particule et le nom ne changent pas d'origine et n'en présentent pas moins le sens primitif qu'ils ont encore. C'est un perpétuel souvenir, soit

du lieu d'où Ton tire son origine, soit d'un bois, d'un village, d*iiD6 ferme, d'une motte de terre, d'un marais ou d'un pré que l'on a possédés. Par conséquent, l'union ou la séparation de la préposition génitive ne devroit inspirer aucune prévention favorable ou défavorable. Cependant, puisque la prévention favorable est attachée à la séparation, séparez, hâtezvous de séparer^ Messieurs du, des^ de ; même plutôt aujourd'hui que demain. C'est un moment d'embarras à subir^ j'en conviens; vous craignez le sourire de vos intimes, de vos relations habituelles; mais un moment d'embarras est bientôt passé, le bénéfice en sera durable. Et ne croyez pas que les austères gentilshommes qui forment la nouvelle commission des Titres vous interdisent cette faculté; s'ils le tentoient, vous leur diriez que ceux qui sont en pleine jouissance du bénéfice de la séparation ont fait, il n'y a pas longtemps, ce que vous faites aujourd'hui; qu'ils ont tous, de leur propre autorité, séparé ce que leurs pères avoient comme les vôtres rhabitude de réunir; et que c'est à leur empressement et à votre négligence qu'on pourroit appliquer les deux derniers vers du fameux couplet :

D'Adam noas sommes tous enfants,

La preave en est connue.

Et qae tons nos premiers parents

Ont mené la charrue; Mais, fis de cultiver enfin

La terre labourée, L'an a dételé le matin.

L'autre Taprès-dlnée.

Ce point établi et, j'imagine, à la satisfaction générale, je "vais m'attacher particulièrement à ce qui regarde la préposition de.

Voici quel étoit l'ancien usage. Le de réclamé par la forme de certains noms ne se prononçoit pas quand le nom de famille n'étoit pas précédé du nom de baptême ou du titre

de Monsieur. Pour ne citer que les plus grandes maisons^ les ducs de Montmorency, de Rohan, de la TrémoïIIe, signoieot tout simplement Rohan., Montmorency y La TrémMle. Od eût impitoyablement raillé le gentilhomme campagnard qui auroit dit : c J'ai salué de Montmorency^ j'ai parlé à de la Trémollle. » Encore aujourd'hui, c'est blesser le bon usage de faire, en pareille cas, sentir la particule. Mais on disoit, on écrivoit Charles de Rohan^ Louis de la TrémoVley Anne de Montmorenq/^ etc. Gentilshommes et roturiers, la règle étoit pour tous la même. Et, par exemple, si l'on venoit à désigner les gens attachés au service d'une famille par le nom de cette famille, on appeloit Pierre, valet du marquis de Courval, Pierre de Courval ; Nicolas, messager du comte de Boutcville, Nicolas de Bouteville. Quand donc ces noms d'officiers subalternes ont été transmis aux descendants, ils doivent encore aujourd'hui s'écrire et se prononcer de même; ils doivent tous, sans exception, réclamer, non pas une communauté d'origine avec nos plus grandes maisons féodales, mais Tusage de la particule, si la négligence de leur père immédiat les en a dépossédés; ce qui, par malheur pour eux, a dû plus d'une fois arriver. Car, en leur qualité de serviteurs, ils se passoient ordinairement da titre de Monsieur^ et n'aimoient pas à s'entendre appeler de leur nom de baptême par d'autres que par leurs maîtres; et comme ils ne prévoyoicnt pas l'importance que la particule deroil acquérir plus tard, il la laissèrent choir de leurs noms; si bien qu'il n'y a plus guère moyen aujourd'hui, poar eux, d'en réclamer le bénéfice. Mais je me hâte de le dire, ceux qui ont perdu la particule dans les conditions indiqates sont infiniment moins nombreux que ceux qui l'ont conseiTëe.

Gela me conduit à jeter un coup d'œil rapide sur la façon dont on s'y prenoit, dans les siècles précédents, pour distin-

guer les personnes que leur naissance ou leurs charges rendoient les plus considérables.

A vrai dire, il n*y eut jamais en France une ligne de séparation entre les noms de noble origine et les noms d'origine roturière. Un homme élevé au rang de gentilhomme ne changeoit pour cela rien à la façon d'écrire ou de signer son nom; il ne le grandissoit ou ne Técourtoit pas d'une lettre. Seulement, jadis, au litre de chevalier étoil attaché le privilège, insigne entre tous, d'être dtpipelè Monseigneur (1), et de conférer à la femme épousée la qualité de Madame. On pouvoit être duc, comte ou noble seigneur, sans avoir pour cela, si Ton n'étoit chevalier, droit au titre de Monseigneur; les enfants du Roi eux-mêmes ne l'obtenoient qu'en raison d'une dérogation à la règle, qui les faisoit considérer comme che-

(1) n faat ajouter que, dès le XIV« siècle, les présidents du Parlement, les prélats, les curés de paroisse étoient considérés comme chevaliers en loi et on théologie, kn conséquence, on leur accordoit volontiers le titre de Messire ou Monseigneur , deux formes qui paroissent avoir appartenu au même mot. Puis on Unit par appliquer, mais en particulier, le Monseigneur aui vrais chevaliers, et le Messire aux chefs de justice et aux prêtres qualifiés. Les curés perdirent, au XVi« siècle, le Messire que gagnèrent les conseillers au Parlement, les maîtres des Requêtes, les intendants, etc. Aujourd'hui, nous avons abandonné le Messire, mais le Monseigneur tend à revenir. Oo le doit aux princes du sang, on le laisse aux évêques et on le réclame pour les ministres de la volonté ou de la parole du souverain.

Pour le titre d* Excellence, on en devient moins avare tous les jours. Cest le privilège non-seulement des ministres, mais des présidents du Sénat conservateur et du Conseil d'Etat, et d'autres encore. Il nous vient d'Italie et c'est en 1503 qu'il fit en France sa première entrée, en faveur du duc de Nevers, ambassadeur près du Saint-Siège. On l'étendit, sous le règne de Louis XIII, à tous nos envoyés près des autre cours de rEurope ; puis , de la diplomatie il passa aux autres sommités de la hiérarchie officielle.

VEminence des cardinaux a , sur la Grandeur des évêques et sur VEx» cellence des ministres , une incontestable antériorité. On inventa même^ pour le cardinal de Richelieu, d'oppressive et superbe mémoire, Véminentissimey Yillustrissime et le généralissime.

Biais tous ces beaux titres de Majesté^ à* Altesse royale, impériale ou sérénissime, de Grandeur^ qui est moins qu'Altesse, et d'imminence qui est moins que Grandeur, étoient inconnus dans le moyen âge, époque où l'on ne savoit rien de la valeur réelle des choses.

yaliers^nés. Cet usage, général au XIV siècle, commença à dégénérer vers la fin du XV* : alors on abrégea ce titre de Monseigneur pour en faire celui de Monsieur; puis on raccorda aux écuyers, puis à tous ceux qui pouvoient aspirer à l'éperon d'or de la chevalerie. La femme de i'écuyer fut intitulé Damoiselle ou pelite dame ; et quant aux personnes des classes roturières, le meilleur usage se maintint longtemps encore de les désigner par leur nom de baptême suivi du nom de famille, ou par les titres de MaUre^ Sire^ au lieu de Messire^ pour les hommes; et de Dame^ au lieu de Madame, pour les femmes.

Sous le régne de Louis XIV, ces distinctions tendirent à disparoître. 11 est vrai qu'en province, les femmes d'écuyers s'honoroient encore du titre de Mademoiselle ; mdiis les simples bourgeoises de Paris n'étoient pas toujours satisfaites quand on leur refusoit celui de Madame. Enfin, depuis un siècle, le titre de Monsieur, si longtemps désiré et, par conséquent, disputé, est devenu de droit commun pour les hommes, comme pour les femmes mariées celui de Madame; tandis que celles qui restent dans l'attente plus ou moins vive du doux sacrement, princesses ou bergères, citadines ou villageoises, veulent bien encore se contenter du gracieux nom de Mademoiselle.

Il n'est donc plus possible d'attribuer à ces qualifications banales de Monsieur^ Madame et Mademoiselle le moindre indice de noblesse. Mais, comme le malin esprit, dit-on, ne doit jamais rien perdre, cet indice, on veut le retrouver dans remploi du de^ du, des. Je ne demande pas mieux : cela fait plaisir à beaucoup de gens et ne fait de tort à personne, Je réclame seulement la permission de rappeler les origines fort diverses de l'emploi de cette particule devenue nobi- Uabre.

Parfois donc, le de suppose un titre féodal omis, et se

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rapporte au &ef auquel tenoit ie titre. Dans les lettres et dans la conversation, les ducs d^AumonU les vicomtes de Narbonne^ les sires de Coucy^ sont appelés seulement Messieurs d*Aumont, de Coucy, de Narbonne. Le nom du fief alors est une présomption favorable, tout ainsi que le seroient les noms de Mole, Seguier, Lépagnol, Goujon» Yergeur, pour ceux qui prëtendroient appartenir à ces bonnes maisons. Mais, ne l'oublions pas : le de ne nous dit pas quel est son genre de rapport avec le nom de lieu qu'il précède ; on a pu désigner sous le nom de Narbonne^ et les descendants des anciens vicomtes de Narbonne, et Tarchevèque, et le bourreau de Narbonne, et tout ouvrier, originaire de la même ville. Ce n'est donc pas le de^ mais le titre féodal sous-entendu qui peut être véritablement honorable.

En second lieu, dans les familles qui possédoient un seul fief, marquisat, comté ou baronie, il est arrivé que les puînés, pour conserver le souvenir d'une filiation chevaleresque, ont gardé le nom du fief appartenant à leur aîné, tout en ne réclamant aucun droit sur Vhanneur ou possession de ce fief. Ainsi le frère cadet du duc de Gramont se sera appelé M. de Gramont, comme toute sa descendance. Le nom présente alors un indice de haute extraction. Mais, d'un autre côté, si, depuis plusieurs générations, d'autres familles originaires de la petite ville de Gramont^ charbonniers, piqueurs ou porte-balles, ont, en s'éloignant de leur pays, ajouté le nom de Gramont au nom de baptême ou au sobriquet sous lequel ils étoient auparavant connus, le droit que leurs enfants ont de le conserver est tout aussi bien établi, tout aussi bien fondé que pour les putnés et pour les collatéraux des ducs de Gramont. Et quand le nom lui-même ne prouve rien, comment le de seroit-il un titre de noblesse?

Dans les familles qualifiées, les enfants naturels avoient^ comme les putnés, le droit de garder le nom féodal de leur

premier ancêtre. Le cas étoit autrefois des plus fréquents : on regardoit comme un grand honneur de descendre de grands seigneurs en ligne légitime; on étoit un peu moins fier, mais on l'étoit encore beaucoup de leur appartenir d'une autre manière. On n'bésitoit pas à s'intituler bâtard d'une maison bien connue. Ainsi notre belle histoire de France (j'entends celle que les {contemporains écrivirent, non pas celle que l'on fait aujourd'hui chaque jour contre elle), notre belle histoire de France consacre les glorieux noms des bâtards d'Orléans, des bâtards de Bourbon, de Montmorency, de Duras, de Bouillon. A chaque page des chroniques de messire Jehan Froissart on rencontre quelqu'un de ces généreux fruits d'un amour illégitime, que nous appelons encore aujourd'hui enfants naturels. Or, à la seconde généralion^ tous ces enfants de la nature gardoient à peine sur leur écu la trace de la tache originelle;- ils signoient Orléans, Bouillon, Longueville, Duras, Albret, Tournon ; si bien qu'on est souvent embarrassé de distinguer les descendants légitimes des meilleures maisons et ceux qui devroient se contenter d'en être les descendants naturels.

Et que devons-nous conclure de cela? Que si vous réclamez ane présomption favorable pour la préposition qui précède votre nom, il faut constater que le litre de duc, de marquis, de comte ou de baron duûef que ce nom nous rappelle vous est dû, ou que vous descendez en ligne directe, légitime ou natnrelie de ceux qui possédèrent jadis ces duchés, marqui- «ta, comtés ou baronnies.

Maïs vingt fois plus nombreux sont les cas ohnoireparticule prétendue nobiliaire ne se lie à aucun souvenir de ce genre. J'ai déjà cité les individus attachés à de grandes maisons et qui ont gardé le nom de leurs mattres, comme pour mieux eonitafer leur ancienne domesticité ; et plus d'une fois le défkat d'opposition ou de réclamation de la part des familles

intéressées a fait considérer les prétentions. les plus chimériques comme ayant pour elles une autorité de chose jugée. L'usurpation alors s'étayoit^ non de la préposition, mais de ridentité des noms.

L'usage étoit autrefois trés-répandu, comme il l'est encore, de donner aux ouvriers que le besoin de vivre décidoit à quitter leur pays natal le nom du village , de la ville ou de la province qui les avoit vus naître. Qu'un de leurs enfants ait atteint les rangs de la classe bourgeoise, ce nom, que le père ou grand-père avoit innocemment adopté, peut lui donner aujourd'hui les moyens de figurer parmi les vieux gentilshommes. Dans ma conviction^ il faut rapporter à cette origine un assez grand nombre des de, du. des de la France : no tuttiy comme diroient les Italiens, ma buana parte. Il n'est pas de village en France où n'abondent les paysans en possession de ces noms à noble particule. Dans celui que j'habite et que j'ai toutes les raisons d'aimer, nous avons les de Hissy, les des Marais, les de l'Abbaye, les du Bray, les du Plessis, les de Point, les de Banne et d'autres encore. Ce sont, depuis plusieurs générations, d'honnêtes vignerons, qui tous ne marchent pas également droit, les jours de fête ; mais au moins peut-on dire , à leur louange, que ce n'est pas la particule nobiliaire qui les éblouit et leur tourne la tête.

Une autre série de de^ du, des tire son origine d'un usage autrefois général dans la bourgeoisie campagnarde ou citadine : usage que pourroient attester les rares et vénérables débris vivants du brillant XYIII*" siècle. Avant la révolution de 1790, l'atné d'un marchand, d'un procureur ou d'un notaire , conservoit le nom de la famille ; les putnés se distinguoient de l'atné par un nom de fantaisie ou de propriété patrimoniale. A cela, personne ne trouvoit à redire, pourvu que le choix ne tombât pas sur un nom dont une autre famille, noble ou roturière , fût déjà en possession. Il en étoit

DE LA PABTICULE NOBIUAIRE. il

alors des surnoms comme des armoiries : ils ëtoient au premier occupant. C'est ainsi que Boileau, fils d'un greffier, s'étoit appelé Des Préaux ; que le poëte Houdart^ fils d'un chapelier, avoit adoplé le nom de La Motte^ et que le plus fameux de nos écrivains et de nos poêles, répudiant la maison paternelle, s'est fait connaître sous un nom de pure invention, celui de Voltaire. La forme lui parut sans doute harmonieuse, et cela lui suffit.

Or, ces jolis noms, arbitrairement choisis par les cadets de la bourgeoisie, avoient-ils la prétention de simuler la noblesse d'origine ? Pas le moins du monde. Pourquoi donc leurs descendants les invoqueroient-ils pour justifier celle qu'ils veulent avoir? Tout au plus pouvoient-ils permettre de supposer la possession de quelque champ , vigne, pré^ bois ou moulin de la famille. Mais la véritable cause de ces surnoms avoit été le besoin de distinguer les puinés de leur aîné ; car alors, les les grands parents seuls désignoient leurs enfants sous le nom que le baptême avoit consacré. La mode est aujourd'hui meilleure : on met une sorte de point d*honneur à conserver rasage de ce nom de baptême. Aussi, l'auteur de l^Henriade^ s'il avoit vécu de notre temps, bien qu'il ne fût pas né pour célébrer les saints, ne nous seroit apparemment connu que sous le nom de François Arouet, et n'auroit pas inventé celui qu'il devait rendre si mémorable.

Il étoit alors fort rare qu'un roturier, acquéreur des droits féodaux d'une terre ou d'un village, prît le nom de cette terre on de ce village; il se contentoit, dans les actes publics, de se dire seigneur de Hontchenaux, par exemple, et cette seignenrie n'avoit rien de commun avec la Noblesse. On pouvait posséder de grands fiefs , des comtés, des marquisats, sans être marquis ou comte, sans même cesser de payer la gabelle et la capitation. Une foule de gentilshommes, en raison de terres dépendantes de fiefs tenus par des roturiers , dévoient

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l'hommage à ces roturiers. Hais le père qui n'auroit pas osé se nommer M. de Hontchenaux ne manquoit pas d'ajouter le nom de cette seigneurie è celui de son fils. Or, de ce que Jean, fils de Guillaume Martin, s'intituloit Jean Martin de Monchenaux, il n'en faut pas conclure que Jean Martin fût gentilhomme. 11 ne faut conclure rien du tout.

D'après ce que nous venons de réunir sur les origines diverses des prépositions de^du^ des^ au conunencement des noms^ on voit déjà que leur emploi n'est régulier que pour les mots qui rappellent un lieu, une terre, un objet matériel inanimé. On ne doit pas les rencontrer devant les noms patronymiques , ou devant les sobriquets tirés du caractère, de la profession ou de l'extérieur de la personne. Ainsi Mathieu, Rolland, Gérard, Ponce ou Ponsard, Gile ou Gilot, Charpentier, Lefèvre, Maigret, Grasset, Noiret, Blanchet, Vilain, Le Noble, etc., ne comportent pas la particule. Nous ririons en entendant appeler M. de Mathieu, M. de Vilain ; et pourtant quelques nobles familles font exception à la règle (1) ; mais on peut dire que cette exception n'est bien fondée que pour les familles originaires de l'Italie. Là, souvent, au lieu du nom pur et simple d'une personne, on dit qu'elle est de ceux qui portent tel ou tel nom. Au lieu de Pietro ou Piero Medid^

(1) Aux familles originaires d'Italie U faut joiodre qaelques-uns des plus grands noms de Tancienne Provence, comme Messieurs cTAdbémar, 00 ries Adhémars, et Messieurs de Bérenger, dont rorigioe se confond avec celle des Boson et des Bérengier d'Arles et de Bourgogne. U faut aussi tenir compte des noms patronymiques reportés sur certains fiefs. Ainsi le flla naturel du roi d'Angleterre , Jacques ou James II, célèbre sous le nom de maréchal de Berwick, obtint la faculté de changer le nom de la terre de Warty, dans le Beauvoisis, contre celui de Fitzjames, érigé en duclié-palrie. Dès lors, les Filmâmes nés du maréchal de Bt-rwick devinrent régulièremeat Messieurs de Fiujames. On pourroit citer, Je le pense, bien des cas antflogues. Mais enfin, quand on est en possession de placer la particule devant des noms évidemment personnels, il est à propos de dire quelle terre, da Pierre, Jean, Guillaume ou Bertrand, fut l'occasion de cette dérogation à la grammaire, qui doit, après tout, régenter les gentUsbommea aaaai bien que l«aroit.

AlbêrtU ou Onmi, on dit Pietro degli JUedici, degli Albertiy iêgli Ortinù Gomme si noas disions à Reims, Eugène des GéruxeZf Louis des Clicquotj Antoine des Andrès^ etc. Hais pareil usage n'a jamais existé en France, et même en Italie on a toujours mieux dit Pietro Mediciy Albertiy Orsini. Il ne faut donc pas se targuer de ces cas exceptionnels, pour accoler la particule à des noms qui ne la supportent pas. Et c'est par conséquent avec surprise que nous voyons d'honorables familles se donner une peine infinie pour pousser le de, duy des, au-devant de noms qui ne devroient jamais le prendre. Mon Dieu I si l'on a tant de passion pour la particule, pourquoi ne pas ajouter au nom qu'on porte celui d'une terre qui permette de s'en donner la fantaisie : j'approuve d'avance ceux qui parviennent ainsi à se satisfaire ; cela vaut mille fois mieux que de charger la langue françoise de nouveaux solécûmes. Elle en supporte déjà bien assez d'autres.

On a beaucoup raillé, sous la Restauration, un publiciste très-honorable qui, recevant des lettres de noblesse, avoit cru pouvoir, en conséquence de ces lettres, ajouter à son nom la particule, c Hais, lui dit le président Seguier, pensez-vous donc, Monsieur 6., que les Ameiot, les Holé, les Seguier aient besoin , pour se dire gentilshommes, d'altérer le nom qu'ils ont reçu de leurs ancêtres ? » Le premier président Seguier avoit raison de protester, et de démontrer ensuite, comme il le fit, que la particule n'avoit rien de commun avec l88 indices de noblesse. Le même blâme accueilleroit, je n'en doute pas, ceux qui, dans la conviction de leur extraction génArrase, s'aviseroient de grandir leurs noms pour en faire des de Durant, des de Bourguignon , des de Charpentier. Y «eraienl-ils autorisés, la faute n'en serolt pas moindre à eux ^e l'iToir demandé, aux autres de l'avoir accordé.

Il semble qu'à partir de la suppression de tous les privilé- ; féodaux on devoit se contenter, en France, d'appartenir

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à une famille honnête ; il n'en est rien pourtant, et je crois que le désir de continuer Tanciennc Noblesse n*a jamais été plus violent en France que depuis le momentoù cette Noblesse ne fut plus qu'un vain nom , l'ombre et le pâle reflet de ce qu'elle avoit été. Je conçois, assurément, le zèle que Ton met à rassembler tous les souvenirs, toutes les traditions de la famille ; c'est un sentiment pieux dont l'ardeur ne peut que tourner au profit de la morale publique. Mais poursuivre les recherches de ce genre, uniquement pour y découvrir un aliment à notre vanité; négliger dans tout ce que nous retrouvons de nos pères ce qui ne les représente pas comme audessus de ce qu'ils ont été réellement ; oublier la descendance certaine pour se hanter sur une filiation imaginaire, c*est là faire un acte d'impiété ; c'est renier la mémoire des ancêtres, c'est enfin commettre un acte plus déloyal que si l'on avoit l'impudeur de désavouer son propre père vivant. Car, enfin, celui-ci peut en appeler de l'ingratitude filiale, mais la tombe interdit toute réclamation aux aïeux de celui qui les méconnott et les désavoue.

Au reste, il n'y a qu'en France, et depuis le moment où la Noblesse a mis elle-même le feu à tout l'échafaudage de ses privilèges, que les usurpations de noblesse sont devenues faciles et, par conséquent, innombrables. Autrefois, on n'auroit pas compris une telle préoccupation ; car , avant la Révolution, le nombre des gentilshommes qui renonçoient volontairement aux privilèges de leur ordre, celui des roturiers qui refusoient d'entrer dans celui de la Noblesse, étoit plus grand qu'on ne le suppose aujourd'hui. La Noblesse nejouissoitde certains privilèges que sous la condition de certaines interdiotioi^s. Par exemple, on se trompe singulièrement quand on lui fait un crime d'avoir regardé le commerce comme une profession au-dessous d'elle. Ce n'est pas la Noblesse qui refusoit d'exei*cer le négoce , c'ëtoit la Bourgeoisie qui , dans

tontes nos anciennes assemblées d'états généraux , réclamoit hautement rexécution rigoureuse des ordonnances qui enle- Toient aux gentilshommes « affranchis de la capitalion et de la gabelle, la faculté d'entrer en concurrence avec la Bourgeoisie par l'exercice de la profession commerciale. Pour retrouver une certaine aisance, le gentilhomme pauvre, comme il y en avoit tant^ se trouvoit souvent heureux d'épouser une bourgeoise, et de reprendre, en jetant l'épée qui ne lui donnoit pas de quoi vivre, le fonds de commerce de sa nouvelle famille. Il ne changeoitpasde nom pour cela ; il ne rougibsoit pas du parti qu'il avoit pris : mais il perdoil les privilèges de la Noblesse, dont le plus évident, après tout, étoit de fournir libéralement, au lieu de l'impôt du sel, l'impôt du sang sur tous les champs de bataille : glorieux impôt, que la Noblesse françoise n'a jamais cessé, durant les douze siècles de son existence, d'acquitter libéralement.

Pour les familles roturières devenues assez opulentes pour se passer des fonctions exclusivement réservées à la roture , elles achetoient, à beaux deniers comptant, une de ces charges de Cùmeiller du Roi qui n'engageaient à rien^ et qui donnoient le droit d'entrer dans les assemblées de la Noblesse, d'envoyer ses enfants dans les écoles militaires et de prendre le titre féodal des ûefs que l'on possédoit, marquisats, comtés, Tioomlés ou baronnies.

• Les charges de conseiller du Roi , si connues sous le nom ÛB nswnmettes à vilain^ ne se refusoient guère à l'honorable boorgeois qui consentoit à les payer : de même que la voie éMt toujours largement ouverte aux cadets et même aux afaiée de familles nobles et pauvres qui , volontairement, re- SOBfQient aux privilèges nobiliaires. Mais alors il n'y avoit fêê de méprise possible sur le nouvel état que venoit de prendfe le gentilhomme, que venoit de quitter le roturier. Le Use ayoit l'œil sur l'un et sur l'autre ; le lendemain, le

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fermier général étoit à la porte du gentilhomme deyeno roturier ; et sur présentation des letlres-patentes , il laissoit en repos Je roturier devenu gentilhomme. Car une question qui, pour rÉtat,dominoit déjà toutes les autres^ c'étoit la question d'argent, et^ croyez-le bien, pour échapper à la recherche des fermiers généraux , on eût bien yaînement allégué ce talisman de la particule nobiliaire dont on veut faire aujourd'hui quelque chose.

Et quand revint en France le roi Louis XYIII , il déclara , dans la charte qu'il osoit substituer aux constitutions impériales^ que Tancienne Noblesse reprenoit ses titres et que la nouvelle conservoit les siens. On applaudit d'un commun accord à cette disposition ; mais peut-être eût-il mieux valu se taire sur une double Noblesse à laquelle on ne laissoit que le droit de dire qu'elle avoit autrefois été. Personne assurément n'avoit à réclamer contre deux ombres ; mais on livroit ainsi le terrain aux aspirations de la vanité la plus intempérante. Cette Noblesse de la Restauration ne conféroit aucun genre de privilèges ; elle ne donnait pas même, dans les fêtes publiques ou dans les processions , le moindre droit de préséance ; aucun insigne n*y étoit attaché, et le trésor de l'État n'avoit rien à démêler avec tonsces gentilshommes d'ancienne ou de nouvelle souche. D'un autre cêté^ le temps avoit marché d'un pas rapide et avoit fait oublier à quels indices on pouvoit distinguer l'ancienne Noblesse de l'ancienne roture. A défaut de titres réels^ il fut donc aisé de s'en forger d'imaginahres, et c'est de là que date la haute importance attachée à la particule de, du, des. Chose remarquable I toute chimérique, toute folle qu'elle soit, elle a déteint sur les préventions et les habitudes étrangères. Si bien qu'en Russie, en Belgique, en Allemagne, on pense faire acte d'urbânitô en ajoutant un de au nom , quel qu'il soit , du François qu'on vient à rencontrer, comme M. de Renaud, M. de Boyer,

M. de Charpentier, M. de Chaix, M. de Chevalier, M. de Betirand, etc.

Bien plus, on m'a dit, et pourtant je n'oserois TafTlrnier, que l'oubli de l'acception du de^ du^ des^ étoit si général, qu'il existoit des lettres d'anoblissement, rei.ontant au règne du roi Charles X, dans lesquelles on autorisoit les nouveaux (fentilshommes à joindre à leurs noms la particule qui jusque-là ne s'y trouvait pas. En môme temps, on refusoit le droit de prendre cette particule à eeux qui la réclamoieiu aTec le plus de raison. Ainsi, l'un de nos concitoyens, ayant demandé la permission d'ajouter à son nom celui d'une grande terre qu'il avoit mise en valeur , avoit bien obtenu ce qu'il demandoity mais à la condition de ne pas placer le de entre son nom de famille, et celui de la terre. Or, voici le côté plaisant de la restriction : la personne à laquelle on refusoit le droit d'user de la pariicule prétendue nobiliaire, appartenoità la meilleure Noblesse de la province, et son nom, depuis deux cents ans, liguroit en première ligne dans le fameux procés-verbal de la Noblesse de Champagne di*essé par l'intendant Caumartin.

Je passe maintenant à un autre point sur lequel les méprises ne sont pas moins singulières.

Nous entendons dire tous les jours : c( J'ai trouvé, dans les objets que mon père ou ma mère m'a laissés , un cachet armorié, surmonté d'une couronne de comte. J'en dois conclure que j'ai le droit de porter les mômes armes, et que nous somines d'extraction noble. Si môme je tenois à ces hochets do la ▼anité (ainsi parlent tous ceux qui considèrent le plus ces kêAeU), je pourrois prendre le titre de comte justifié par leetmier de ce cachet de famille. »

fie ci» (rois conclusions la première seule est fondée. Oui, ▼008' pouvez user du cachet de Monsieur votre père, porter des armoiries et même en fabriquer à votre goût. Cette faculté,

!!• WBét. Jinvier I86C. — Doc. i

VOUS l'avez comme ravoit votre père ; elle est, elle fat tonjours de droit commun. Si vous jetiez les yeux sur tous les anciens comptes des fournisseurs et des artisans qui travaillèrent pour les anciens grands seigneurs, vous verriez qu'il n'y avoit pas au XIV* siècle, au XV* et au XV1% un seul ouvrier, maçon, tailleur, mercier, messager, vigneron, laboureur, qui n'eût son seing armorié et qui ne l'apposât au bas des sommes qu'il recevoitou dont il se reconnaissoit débiteur. Rien ne vous empêche donc de faire aujourd'hui ce que tout le monde, autrefois, avoit l'usage et le droit de faire. Voilà pour les armes ; il n'en est pas ainsi de la couronne qui dérore votre cachet de famille. Avant le règne de Louis XV, on ne voit pas les bourgeois placer la couronne féodale sur leurs écussons ; mais à partir du XVIIP siècle, il n'est plus de roturier qui ne s'y crût suffisamment autorisé ; si bien que Tusage de ce genre d'usurpation devint bientôt général. En voulez-vous une preuve sans réplique ? Le comte de Mirabeau, ce fameux tribun dont l'éloquence et les vices dévoient être si funestes à l'ancienne monarchie , le comte de Mirabeau écrivoit, en 1785, à la femme qu'il avoit séduite : « Dites à mon orfèvre de graver un cachet à mes armes : vous lui recommanderez de les surmonter d'une couronne de marquis. Je ne suis pourtant pas marquis ; mais il n*est pas aujourd'hui de procureur qui ne prenne la couronne de comte, et je ne puis m'en contenter, i Ce passage des Lettres à Sophie ne peut-il pas tenir lieu d'une longue et fastidieuse dissertation ? Encore un peu de patience ; je n'ai plus qu'à résumer la conclusion de tout ce qui précède.

1* La préposition de^ du, des^ connue sous le nom peu grammatical de particule nobiliaire, ne fut jamais autrefois considérée comme un signe, un indice de noblesse; elle ne doit pas aujourd'hui l'être davantage.

2* Cette préposition ne peut précéder que les noms qui

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désignent une province, une terre, une localilé particulières.

3* L'origine des noms qui rëcluiuent la parîicule est fort diverse. Elle est assez rarement liée au souvenir d'une possession seigneuriale, et cette possession môme n'étant pas un privilège de la Noblesse, le nom qui s'y rapporteroit ne peut être une présomption nobiliaire.

4* C'est un grand abus de faire , de la liberté commune à tous de prendre des armoiries , un privilège de l'ancienne ou de la nouvelle Noblesse. Il est vrai que, dans les derniers temps de la Monarchie^ un droit de timbre ëtoit attaché à la Yérification de ces armoiries ; mais la vérification n'avoit d'autre avantage que celui d'empôclier toute autre famille de prendre les mêmes insignes; c'étoit une sorte de brevet d'invention qu'on ne pouvoit refuser à personne. D'ailleurs, ceux qui choisissoient ces insignes n'avoient pas la moindre intention de se faire par là délivrer un brevet de gentilhomme.

5* Chacun avolt, autrefois, la faculté d'ajouter un second nom à celui de son père. Cette faculté étoit en usage surtout dans les familles nombreuses, et pour distinguer les jeunes frères de leur aîné. Ce deuxième nom étoit emprunté soit au lieu de naissance, soit à la possession d'une terre tenue en roture, soit enfin au souvenir de quelque séjour fait dans one autre ville ou dans une autre province.

6" Le nombre des gentilshommes qui préféroient l'ancien nom de leur famille à quelque nom de terre étoit assez considérable. Il suffit de ciier les Potier, les Amclot, les Goyon, les Colbert, les Chabot, les Mole, les Seguier.

7* C'est une grande méprise, commune à plusieurs familles honorables de notre temps, de penser confirmer leur noblesse en ajoutant à leur nom la préposition de. Et quoi que l'on prétende ou que l'on fasse, on ne pourra jamais dire eoaTenablement : M. de Guillaume, M. de Bertrand, M. de CUade, M. de Guillemot.

fO LE CABINET HISTORIQUE.

8* La nouvelle commission des Titres instituée près du ministt^re de la Justice renronlreroit les plus grandes difficultés dans la recherche du droit, plus ou moins fondé sur l'usage, de porter la particule dite nobiliaire. Car beaucoup de noms qui Tavoient négligée semblent naturellement pouvoir la réclamer, et beaucoup d'autres qui , depuis un demisiècle, l'ont admise , l'ont fait au mépris de toutes les analogies grammaticales.

La noble Commission, laissant donc de côté ces attributions plus ou moins régulières, pourroit se contenter de rappeler les seuls indices véritables d'une noble extraction. Je les réduis à trois.

Le premier, c'est l'inscription de la famille dans les procèsverbaux de la Noblesse, dressés, ^ans les dernières années du XVII* siècle, par les intendants des provinces ;

Le second, les lettres d'anoblissement obtenues depuis la rédaction des procès-verbaux ;

Le troisième, la qualité d'éciiyer accordée, dans les actes publics, à l'un des ancêtre? incontestés. On connoît fori peu d'usurpations authentiques de ce litre d^écuyer. En effet, dans chaque province, on pouvoil aisément savoir qui payoit la gabelle et qui ne la payoit pas ; et le titre d'écuyer ne pouvoit appartenir à celui qui n'étoit pns exempt de la gabelle. La Noblesse, aujourd'hui, n'est pas un avantage; mais c'est un souvenir honorable, et ceux qui appartiennent à cet ancien premier ordre ont raison de s'en ten?r fort honores. Hais penser à justifier la prétention de lui avoir appartenu par la présence ou Taddition du de, du, des^ dans notre nom de famille, c'est provoquer les réclamations, non-seulement de nos concitoyens , mais des bons esprits de notre propre sang, qui s^obstinent à ne pas suivre notre exemple^ et protestent dignement ainsi contre une transformation qui nous laisse précisément au point où nous étions auparavant Oh 1

CHANSON SPIBITUBLLK. 21

comme il vaudrait mieux, une fois pour toutes, se pénétrer de la bonne morale renfermée dans deux couplets de Taimable Goulange, sur les avantages de la noblesse et sur le meilleur moyen de s'en passer I Ils sont inédits, je crois, et je ne puis mieux prendre congé de mes bienveillants lecteurs qu'en les leur faisant connaître. Les voici :

Il faut être de bonne foi :

Daraon, rotre origine est mince.

Quand cela dépendra de Boi , Qui ne voudra pas être prince ?

Pour moi , sans en faire à deux fois , Je serai du sang de nos rois.

La noblesse, à la vérité , Dont la prt'uve est bien établie , Est uue libéralité, Un don du ciel , digne d*envie ; Le sort vous en a-t-il exclu ?

Hetrancbez-vous sur la vertu.

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