‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 25 sur 148 · HISTORIEN ROMANCIER · texte numérisé non relu

HISTORIEN ROMANCIER

Voici une non moins curieuse lettre de Tabbé de Saint-Réal,<|Di ne 9é RomcBôit point Sûint-Béal, mais tout liouiveoisemant (MNr Ftitardb On y assiste en quelque sorte à k ciéatlOA éà l'on ém

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plas eélèbru oorrageft historicfaes de Taotenr, — onTragts mé* JâDgea de fables ei de vdriif^s, et qui ont fait classer leur auteur moins parmi les bons historiens, que parmi les habiles conteurs. Qnoi qu'il en soit, comme composition, on ne peut nier que la Conjuraiitm contre h république de Venise ne soit un récit plein d'intérêt, de viirueur et de mouvement. On a contesté à Tabbé de Saint-Réal une partie de ses ouvrages, dont quelques-uns ont été attribués au marquis de la Bastie^à Eustache Lenoble, à Bourgoin de Yitlefore, etc., etc., mais on ne prend qu'aux riches, et il est bien évident que Saint-Réal étoit homme à vivre de son propre fonds. Son style est pur, noble, original el digne du grand siècle, bien qa'il vise parfois à raffêterie <*i à la pointe. Les meilleures éditions de ses œuvres sont celles de 1740, 6 vol. in-lâ,avec fig. de Bernard Picard. — Jeté plusieurs fois dans le monde et livré à ses plus vivei dissipations, à Paris et à Londres, Tabbé de Saint Real en quitta tout à fait le tourbillon, pour la retraite et Tétude, et retourna mourir en 1692 à Ghambéry, sa patrie, à Tâge de cinquante-trois ans.

M. Saint-Réal a Monseigneur.

Monseigneur,

Il y a déjà quelque temps que la conversation étant tombée ao petit couché sur les ouvrages de littérature et en particulier sur Dom Carlos^ un homme de la première qualité qui me fait l'honneur de m'aimer prit occasion sur les louanges qu'on donna a cet histoire de dire du bien de l'auteur. Le Roi lui demanda si je ne faisois rien de nouveau. Cet homme répondit qu'il n'en savoit rien d'assuré mais que je lui avois parlé d'une conjuration des Espagnols contre la république de Venise que j'avois quelque dessein d'écrire. S. M. ayant demandé ce que c'étoit, il lui dit qu'en Plumée 16i8 un ambassadeur ordinaire d'Espagne, demeurant i Venise depuis dix ans, avoit entrepris do détruire de tond en comble celte république et y auroit infailliblement rtoM sans le plus prodigieux hasard du monde qui le lit dècoHTrir vingt-quatre heures avant l'exécution. S. M. après discours sur ce sujet, dit qu'elle seroit bien aise

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que je fisse cet ouvrage et chargea cet homme de me le faire savoir. J'ay donc assemblé mes matériaux^ j'ai digéré et dressé mon plan ctmesme commencé d'écrire, c'esl-à-dire (|ue tout le plus difficile est fait. Tout cela, monseigneur, dans respéranoe que ce travail pourra vous exciter dans la conjecture préscnle des gratifications, ù rétablir celle de (|ualrc cents écus dont vous m^avez honoré pendant sept on huit ans. Il me seroit aisé, Monseigneur, de vous accabler de sollicitations en ma faveur, ayant l'avantage d'estre connu de tout ce qu'il y a de plus illustre en naissance, et en mérite à la cour; mais si vous voulez me faire du bien, je n'en veux avoir Tobligalion qu'à vous, c'est.

Monseigneur,

Volro très-humble et très -obéissant senriteor,

Saint-Réal.

Paris, lo 2k septembre 1673.

(A/<f/. (7^1-., vol. 468, fol. 101.)

Vn Krr>/uc' Mip/i/icit. étude hislorique. par M. Bertram>i. — Paris. IViirii, 1865, in-8'.

M. Berlrandi, dont on nous promet une bonne histoire da pontillrat de Jean XXII. vient de détacher de son ouvrage et de nous donner, comme prémisses, un des plus intéressants et aussi des plus doulourt^ui èpisoiies âe celte époiiue. — C'est rhistoire de rinforiunè Hu^ue^ GemKîi. êvè.iue de Cah^rs, que, en plein moyen âge. des inimitiés nvnnbreuses livrèrent au bras seralier.

liU|!ues i^raldi. p!u< communément connu sous le nom de GérAud« a voit ete chanoine de Liu^ves et chapelain dn pape Qétuent Y, dès Tannée i;k>l. IVpins. chantre de fe^lise de Pèrigneux» doien de :Nainl-Irier an liiocèse de Limites, et archidiacre d'Ange ou d*Ku au dkKèse de Uouen. il avou été référendaire da ptpe, qui

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l'avoit emploie en plusieurs affaires. Enfin, en ldi2, à la recommandalion de Philippe le Bel, on le voit proma an siège de Gahors. L'aliénation du temporel^ au temps des prédécesseurs de Geraldi, ayoit fait passer une grande partie des biens de l'église de Gahors aax mains laïques. C'est à dégager ce temporel que Hugues consacra ses premiers soins et son activité. Bien des intérêts se trouvolent lésés dans cette recherche, et Hugues eut le tort de mettre dans ses poursuites beaucoup de violence et de dureté. Les ennemis nombreux que lui suscitèrent ces revendications poriôrent leurs plaintes jusqu'au pied du Saint-Siège. Les extorsions, le> concussions, la simonie, servirent de bases aux dénonciations; d'autres accusations non moins odieuses d'immoralité, de commerce avec les démons, de sorcellerie et de tentatives contre la vie du Saint Père, furent nettement formulées contre lui. Jean XXII occupoit alors le trône pontifical : originaire de la ville dont Geraldi étoit évèque, il sembloit que le Saint-Père apporteroit un intérêt réel et quelque mansuétude dans l'examen d'un procès qui mettoit en cause une foule de gens, dont il connaissoit les noms, la famille; mais d'un autre cote, le caractère inflexible et despotique du pontife dut effrayer les partisans de l'évêque disgracié. M. Bertrandi s'efforce ici de disculper Jean XXII de toute intervention ou connivence favorable à l'un ou l'autre parii. Ce ne fut, selon l'auteur, que la conscience du devoir qui fit entreprendre au pape la série des enquêtes et des procédures; et Ton peut dire que dans cette tâche si délicate, il apporta une impartialité digne de sa position et de sa renommée. II ne voulut rien livrer à la soudaineté d'une première inspiration personnelle : il écouta tout avec calme, avec dignité, sans parti pris. Mais quelle que fût la pensée intime du Saint-Père, Geraldi fut écrasé sous le poids des accusations, et l'infortuné prélat, coupable, autant des fautes de ses prédécesseurs que des siennes propres, fut condamné à la dégradation publique, puis livré à la eonr séculière, qui le condamna au plus rigoureux des supplices. ■ Mpouillé des insignes de son ancienne chvrge, de l'anneau épiseopil, de la mitre, de la chape, la tête rasée, le corps revêtu d'un vêlement étroit, Geraldi quitta le palais du pape pour marcher au nppliee. Après avoir été traîné par des chevaux fougueux dans tontes les rues d'Avignon, il fut écorché vif et puis livré aux

Cb lugubre et lamentable drame se passoit en 1317. — Il nous ime k dire quelques mots de la façon dont M. Bertrandi à compris a tielie d'historien. Ce que nous croyons pouvoir louer sans réaarredans ce travail, c'est la saine critique, l'esprit d'impartialité fOl ont iirâsidé aux recherches de l'auteur et ù son récit. M. Ber- \l, on l'a déjà pressenti, n'est point un ennemi systématique de

lis LS CABI5ET filSTORIQtTK.

là papauté, de Tëpiscopat. C'est an hommf) de science et de rinei» rlté, qni cherche la vérité et la prend partout où ii croit la tronw. Se dégageant des étreintes de Técole des libres penseurs, M. Be^ trandi ne croit pas que la mission d'érrire Tbistoire de ]'égUs6€t de la papauté dispense d'être impartial et juste : nous le féllcitmis de son courage et le remercions de son livre comme d'une booM œuvre. Nous y puisons les motifs d'une légitime impatience de lire bientôt son Histoire du pontificat de Jean XXn, qui ne peut manquer de jeter de grandes lumières sur plusieurs points éb h vie de ce pape, si diversement jugé jusqu'à ce jour.

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