‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 48 sur 148 · ET 27 GERMINAL AN II · texte numérisé non relu

ET 27 GERMINAL AN II

En attendant la continuation du consciencieux travail de M. la conseiller Bcrriat Saint-Prix, sur la Justice réoohUiotmaùt m France, travail sur l'importance duquel il n'y a qu'une voix, ions publions ici non point comme rectification, mais comnae eooplément un article de M. Am. Tarbouriech, archiviste du Gers»

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snr les exécutions qui ensanglantèrent la ville d'Auch aux beaux joars de la Terreur, et dont M. Berriat, restreint par son cadre^ a déjà si bien retracé les faits principaux. — 11 seroit à souhaiter que la pensée d'un travail semblable à celui de M. Tarbouriech vint aux hommes d'étude des diverses contrées dont Téminent magistrat a esquissé l'histoire. — Notre honorable collaborateur, qui a travaillé pièces en main^ ne redoute aucun contrôle, il rappelle au contraire, et nos colonnes restent ouvertes aux contradicteurs, s'il en existe.

On n'a jamais déterminé d'une manière bien exacte le nombre et les noms des personnes condamnées à mort et exécntées à Auch, par arrêt de la commission militaire de Bayonne, les 26 et 27 germinal an ii (15 et 16 avril 1794).

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré nous permettent de fournir à ce sujet des renseignements plus précis que ceux qui ont été donnés jusqu'à ce jour; et c'est d'après ces recherches, puisées parmi les documents originaux, soit aux archives du département et aux archives de TbOtel de ville d'Auch, soit enfln dans les mémoires ou écrits de l'époque révolutionnaire, que nous allons essayer de reconstituer cette liste.

H. Charles Berriat Saint-Prix, conseiller à la Cour impériale de Paris, qui a été le premier à établir le dossier de cette sanglante période, a publié^ dans le Cabinet historique^ plosienrs fragments de la justice révolutionnaire à Paris et iam Us départements. Le fragment relatif à la ville (FAuch, celui qui nous intéresse d'une manière toute particulière, est rqiroduit en entier dans le Bulletin d'Histoire et d'Archéo^ togiê de la province d'Auch, tome iv, — 1863, — pages 801 k 806. Indépendamment de ce travail, rédigé avec toute la prudence et tous les soins possibles par M. C. Berriat Saint- Piii^ il est facile de retrouver^ dansUes numéros du Moniteur dei 18, 27 e^ 30 germinal an ii, tous les détails circonstanoHi de l'attentat conmiis sur la personne du représentant

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Dartigoeyte, attentat plus ou moins réel, mais qui fut le piAtexte et la cause de la venue à Auch de la commisrioa extraordinaire.

Puisque nous épuisons la série des documents connus jps» qu-à ce jour, nous ajouterons la liste nominale des personnel condamnées par cette commission, publiée par H. Tabbé Duvoisin, et reproduite in extenso dans le Bulletin précité..

Avant d'entrer dans une discussion de noms et de nombre, il est essentiel pour nous de faire oonnottre les pièces justificatives que nous établissons à l'appui de notre nouvolla version. Nous avons entre les mains un document Cortrant un imprimé de l'époque^ intitulé : MfiMoiHB aux lumum justes et aux amis de l'humanité^ par un patriote ixpariial. — Ce mémoire, — sans nom d'auteur, sans date et sans nom d'imprimeur, — a dd probablement être écrit après b réaction thermidorienne, et son auteur parott avoir été détenu, car il se plaint avec amertume du régime arbitrairadM prisons, et, au milieu de ses diatribes violentes contre eau qu'il appelle des Tribwis modernes^ il donne des détails toài» complets sur l'intérieur des diverses maisons de réclnaoïL d'Auch. Nous n'emprunterons à: ce réquisitoire que la partie relative à l'affaire Dartigoeyte et à la commission militain. da Bayonne. Les détails sont d'autant plus intéressaot&qa'iiii sont en concordance parfaite avec les documents nouvem q.ue nous avons découverts et avec la tradition locale. Il bak bien cependant, puisque toutes les pièces de ce tribunal ijûr» que ont aujourd'hui à peu prés disparu, tenir grand compli. des. souvenirs ; car les cruautés que la commission ezeccjEt.aiir son passage sont encore si vi vaces dans l'esprit des raEesjOttl^ temporains de cette époque, que l'un d'eux noua disoit nar guère : < Rien que d'y penser, il y a de quoi faire ttambiar les pavés. »

Mais donnons tout d'abord le récit du Moniteur sur l'air

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tentai Dartigoeyte. — Le 17 germinal (6 ayril), au moment où le représentant du peuple en mission étoit à la tribune de la société populaire d'Âucb, < au mouient où il dëvoiloil une conspiration qu'il venoit de déjouer, » une brique fut lancée sur lui de Tune des tribunes des troisièmes loges de la salle de spectacle, lieu ordinaire des réunions de la sociélé montagnarde. Cette brique n'atteignit pas Dartigoeyte, mais elle se brisa en tombant, et les morceaux en furent recueillis et mis sous le scellé.

Le Méhoire précité s'exprime en ces termes :

« Une conspiration, dit-on, fut tramée contre les jours

du représentant Dartigoeyte Lecteurs judicieux et impartiaux, écoutez : Un jeune volontaire, âgé de dix-huit ans (erreur d'âge que nous rectifierons plus loin), étoit dans une des tribunes de la société dans le moment où Dartigoeyte baranguoit le peuple. Je ne sais par quelle fatalité, une brique partit de l'endroit où étoit le jeune bomme, tomba perpendiculairement à une grande distance du représentant du peuple» sans que la manière dont elle étoit tombée pût indiquer qu'elle eûtétér lancée dans de mauvaises intentions

JEr noie. — « Bien des personn^'s s'accordent à dire que ce jeune homme avoit joué au palet cette journée avec quelques-uns de ses camarades et que, le jeu flni, il avoit emporté avec lui un de ces palets qui, sans doute, tomba do dessous son bras lorsqu*il étoit à la société. On n'ose garantir ce fait. La célérité de la procédure a dérobé la vérité dans une affaire aussi importante. Ce qQ*ll y a de bien certain, c'est qu'à ce sujet le bataillon de Miraude, auquel appartenoit cet enfant, demeura consigné jusqu'après sa moci dans une maison de campagne à quelque distance de la ville (au Seillan). »

« Cet infortuné jeune homme fut aussitôt pris et arrêté CQmme assassin. Une motion fut faite, et aussitôt adoptée, d'eDToyer à l'armée de Bayonne demander une commission militaire afin de juger l'assassin et ses complices«.... »

Toute la procédure relative à cette mystëriense affaire existe encore dans les papiers de l'hôtel de ville : nous ; avons puisé les détails qui pourront peut-être apporter quelques nouveaux éclaircissements.

Vers dix heures et demie, la brique fut lancée contre Dartigoeyte; à onze heures, le conseil général se réunit dans une des salles de la maison commune, et Ton procède à Tinterrogaloirc de deux pr'évenus qui avoient été conduits an violon, — Ils déclarent se nommer: Tun, Jean Castaignou, natif de Haget, district de Mirande, âgé de 16 ans, apprenti charron chez le citoyen Laborde: l'autre, Pierre La Cassaigne, nntif de Tillac, liislrict de Mirande, âgé de 22 ans et volontaire ilans le balullon dudit district, laboureur de profession. — Le fait des deux arrestations n'a voit pas été signalé. — Après rinterrogatoire, on procéda à l'audition de neuf témoins, parmi lesquels se trouvent deux enfants. Tan âgé de 12 ans et l'autre de 13 ans, qui déclarent seuls c avoir vu La Cassaignc retirer la brique de dessous sa veste et la laisser tomber par dessus la tête d'un autre citoyen, i Sur les dépositions de ces deux enfants, La Cassaigne est mis en arrestation et conduit à la maison d'arrêt.

La séance se termine à trois heures du matin. Néanmoins, l'instruction continue; les 18 et 19 germinal, on entend deux nouveaux témoins; douze le 23 germinal, et trois le 26. — Ce qui donne un total de vingt-six d(';[tos;mts, sans compter ceux de l'enquéle ordonnée et effecluôe parmi les volontaires du bataillon de Mirande.

A peine la procédure contre La Cassaigne étoit-elle terminée, que la commission militairearrivoità Ancb poorprononcer le jugement.

Faisons d'abord connottre la composition de ce tribunal. révolutionnaire, institué le 13 ventôse an ii, par an arrêté des représentants Pinet et Cavaignac.

> n étoit composé de cinq membres : Cossaune, président; Maury, Dalbarade, Martin^ Toussaint, juges^ assistés de Depeton, secret air e-greffier.

c II n'y avoit pas de ministère public.

c Du 21 Yenlôse au 10 floréal an ii, la commission jugea un grand nombre de personnes, tant à Bayonne qu'à Saint- Sever, à Dax, à Auch. On a conservé les noms de 59 accusés présents qui furent condamnés à la peine capitale; (liste des personnes condamnées par la commission extraordinaire à la peine capitale); Histoire du diocèse de Bayonne pendant le xv!!!"* siècle^ par H. Duvoisin; Courrier de Bayonne du 4 février 1863.) Ainsi que pour la plupart des commissions révolutionnaires des départements, les jugements et presque tous les dossiers de ce tribunal ont élé enlevés ou détruits. — (C. Berriat Saint-Prix.)

11 n'existe plus, en effet, que trois de ces jugements imprimés en placard. Celui de Larroche^ de Barran, qui fut condamné c à raison d'aristocratie et pour avoir tenu des propos contre-révolulionnaires, i est le seul qui figure aux archives du Gers.

c A peine ce redoutable tribunal, continue l'auteur du MÉMOIRE, ces hommes avides de sang, furent-ils arrivés dans la cité que ce foible enfant fut envoyé au supplice sous les jeax d'une mère éplorée qui invoquoit les bourreaux en fa- Teur de ce fils innocent. Car, quelle apparence, quelle raison plausible, quelle idée qu'un enfant de cet âge qu'on venoit d'enlever à la charrue, qui n'avoit aucune expérience, ait pu se porter à un pareil attentat I Quelle idée encore qu'il ait été choisi par d'autres. »

Il y a évidemment confusion dans l'esprit de l'auteur du HtHOiRE. Il ne nomme jamais La Gassaigne, qu'il doit pvmdre pour Castaignon, dgé de 16 ans (comme nous l'avons

(lit plus haut); or, ce dernier dut être rel&chè faute de preuves.

Aussitôt arrivée à Âuch, le 26 germinal, la commiaùoa entra en fonction^. Elle s'installa à Thôtelde yille dans la grande salle (aujourd'hui la salie du musée), el après avoir condamné le malheureux volontaire, elle lui chercba de prétendus complices parmi les reclus entassés dans lespriaon de la ville ; ce terrible tribunal ne pouvoit, en effets s'anMy sans poursuivre son œuvre de destruction.

< L'accusé étoit traduit, sans acte d'accusation, devant la commission assemblée. Après avoir décliné ses noms^ iMk âge, sa profession, son domicile, il étoit interrogé somnuiifti ment par le pn^sident sur les faits qui lui étoient reprochéi». On lisoit les pièces qui le concernoient; puis, sans appeler aucun défenseur, comme à Lyon, comme à Valenciennei^ comme ailleurs, les juges dclibéroient, le jugement étoit rendu et son exécution avoit lieu immédiatement. -**Ll confiscation des biens des condamnés à mort étoit pronoacte ainsi que l'impression et Taffiche des jugements. * — (Gh. Berriat Sainl-Prix.)

Celle relation est très-exaclo et conforme, en tout point, aux souvenirs que le passage de la Commission a laissés l Auch. —La procédure était si expédilive que, pour le citoyen Dolong, exêcutô le 27 germinal, entre huit et neuf heures du soir, le greflier Depoton omit d'écrire la sentence de condamnation de Taccusé qui, malgré tout, fut envoyai l'échafaud sans qu'on lui ait lu le jugement prononcé contie lui. — (Lettre extraite du dossier Delong, de Jtfarstac, mis 1 mort sansjugenn^nt. Arch. dép.).

On faisoit la toilette des condamnés sur le carré de h mairie contigu à la salle où siégeoit la GommiesioD, et le malheureux étoit immédiatement conduit par lesgendacMi au bourreau qui l'attendoil à. Téchafaud droasé sur la |

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de la Liberté (aujourd'hui place de rHûtel-de-Yille), presque en face du {[rand escalier conduisant à l'Esplanade (cours d'Etigny actuel).

Ici se présente cette triste question : Quels furent le nombre et les noms des personnes exécutées?

Dans leur lettre à la Convention, Pinet et Cavaignac parlent de dix scélérats. lis ne citent aucun nom, pas môme celui, du c principal auteur de l'assassinat de Dartigoeyte^ qui faisoit retentir, jusqu'à son dernier instant, VintkWB nom de Louifi XVII. »

S^appuyant sur ce même texia, M. Berriat Saint-Prix continne :

< A ces condamnations il y en a deux autres à ajouter,. dont une fut exécutée, » et il donne celle de Delong^ exécula. le 27 ; — quant à la seconde^ celle de Moucha de Marciac^, nous n'en parlerons que pour mémoire,, puisqu'il flgum comme évadé et condamné par contumace.

Nous Yoici arrivé à onze exécutions f

Il faut maintenant reproduire ici la liste nominale publiée gar M. Tabbé Duvoisin :

Du 26 germinal au 3 floréal à Auch.

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