‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 47 sur 148 · SIS · texte numérisé non relu

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|ad i^vi* siècle, i6s procureurs de la eoQfrérie de SdiDt-Créptn ides iilasons comme des t'en^il^homfnes, et cet usage ahsiocra- Uqoe se coniinue pendant le xvir' siorle. Ainsi, Nicolas Dessaux, pwcan?ur en IG07, a an 'Mousson (f argent au muk de sinople f de» lettres N f» degumlen^ Kn 1628^ on peint sur le registre d'Adrien Ponrhel, i'un des pro(*ureurs, dans un écu forgent *i la p^mche ou sac de gumfes accotupagné des lettres * ^OT, dntx n!(}nes en saïUoir m chef et un couteau, de cùrdonnier ijntr Vax Kl^îi Robert Sarrazin a un écu d'azur à un cœur d^or^ ^r m dief, et en cimier les ou iris du métier. Eu 1648, , ,...;} est iiuallQé de <* cordonnier du Roy. » parmi *es gentllshommp«i inscrits commo bfonfaîleurs de la éne, on trouve, en 1564, Jean de Crcspon, rcuyer; Jacques [ï, honiOie d'armes, en 1*^70; noble oouinie liobert Lebret, uyer en 1589, et beaucoup d'autres. Kn ItiâG, on peint un /fii^wr à deux Moilcs d'argent en chef, une /UJinme d'or ett r; ni en pointe, un dauphin pàtm^ du même ; ce blason est celui rM* Jafiiues I«.^ Ma»»iro, escuicr, s^ do Saint*€respin, conseiller lieiilenant gonéral criminel et partirulier, civil et cri- I 80 bnillyage de Gisors en la ville et choslellenio dudicl lieu le Jacqueline Froniin son espouse. » Celle seigneurie ;ireî^pin avoii une affinité- naturelle avec la confrérie des ûvrs; auisi, en lOiSj voit-on parmi les bienfaitrict's de Hfri^rie « Damoi^elle Jeanne le Parmenlier, veuve de Jaclafstro, escuyer, viuani s^ de Saint-Crespin et d'Esirau, et r en la ville de Dieppe. »

ni les bienfailenrs de Tannée 1641, on voit figurer le nom Denyau, escuyer, évidemment de li Tamille de Robert il) doyen de Gisors, qui, vers le m*>me lem(is, a écrit une his^ ^locale restée manuscrite et est connu par divers ouvrages DUS i^res,

L partir de 1591, en iMe du compte dechaque année, apparoîi

om d'un procureur de la confrérie, dont les fonctions soni

titre de procureur ne scmhlorl pas assez ronflant

Il xvri« siècle, et la confrérie des cordonniers» à

R^lc de tica:i<'iMip d'autres confréries normandes, donna à

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nies publiques. Noire matrotoge constate que

12^ Koy en lanuëe 1645, et Marion Paiinoi, sa furnme^

uucî pour le don du baston une aube à dentelles, amict et

le tout de iboille de lin. «»

le copiste cotji menée à mouler son écriture en romain,

Tusagedes lettres gothiques; mais en lGi3 le gotbl-

k npraod. On continue à figurer dans ce curieai registre I^

Dyau,

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214 LB GABINBT HiSTOUQim.

saiisfâction du Roy, puis qu'il a été toute ma Tie mon uoo bition et que j'ay eu l'honneur d'estre un de ses caTiiUan dans le régiment de feu le marquis de Barada. Je flairé Monseigneur^ en attendant vos commandemants et ma di avec respect,

Monseigneur, Votre trés-humble et trés-obéissant et iffectionné serviteur,

P. Gaillard.

A Allep, ce 23 Jaio 1073.

MANUSCRITS ET INCUNABLES

Exposés à Eoreux.

(Suite et fin. -- Voir le Tolame précédent da Cabinet liiatoriqw, p. 129 et saivantes.)

Nous en étions restés à deux livres matrologes intéressants poiU l'histoire de la ville de Gisors et des familles du pays. Mais xaét faute d'impression a substitué au mot matrologe, qui signifie 00 registre de confrérie, le mot martyrologe, qui dans Tespèce est nH contre-sens. Nous aurions bien à relever quelques autres coqmUs^ qui ont rendu nos phrases boiteuses ou estropié des noms propre» mais il seroit ennuyeux de placer ici un errata. Revenons dono i nos matrologes.

L'un d'eux (n*'i081) étoit le livre de la confrérie de SaintrCrépiC de Gisors, érigée en 1456. Il commence en 1505, car quelque! feuillets paroissent avoir été enlevés : il reste 67 feuillets su] véliii, pleins d'indications pour Thistoire des familles nobles e^ bourgeoises de Gisors. La majeure partie du volume est en gotldque écrit avec soin, avec initiales de couleur et blasons des prO' cnreurs de la confrérie. Au xviii^ siècle, les images ne sont plui que des barbouillages, l'écriture devient informe et une orthographe digne des cordonniers du temps présent apparoit. Le progrèi a lieu a rebours, et la décadence descend jusqu'à la barbarie.

BULLETIN BIBLÎDORAPHÏOUE.

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l IV1* siècle, les procureors de la confrérie de Sainl-Crépio i omme des genlil^hommes, et cel usage aristocrapemianl le xvii* siècle. Ainsi» Nicolas Dessaux, nivur cri ir»07, a an écnsson d*afgent an mnk de shtople f dc9 lettres N n degueuks. En 1628, on peint sor le registre d'Adrien Poucliet, Ton des procureurs, dans un éctt tttrgmt à la pMchc ou me de gueiths accomj^gn^ des kttrcs ' cTor» druje fttènes en mntotr en chef et un cmitmu de eordonnier I u mfv. En !r>:JS, Robert Sarrazîn a nn écu t/'n-ur ri un cœnrd*or^ r tn (hef^ et en cimier lesoalils du métier. En 164*î, .y est qualifié de <t cordonnier du Roy, » armi les gentilshommes inscrits comme bionfaileurs de la nrrèrie, on trouve, en 1564, Jean de Crespon, écuyer; Jacques tiadin, hon.me d'armes, en 1570; noble aoranie Itobert Lebret, uyer en 1589, e; beaucoup d*oulres. Kn IGÎG, on peint an Mon (fazur 4 daLt étoiles *Vargcni en chef, une lk\mme d*or m r; et en pointe^ nu dauphin pàmè du même : ce blason est celui I* M* Jarqueî^ le Mai>lre, escuicr, s^ de Suinl-Crespin, conseiller 1 Roy, lieiîlenunl g^'iiéral crimint'l et parlî< ulier, civil et criât au bnîllyajîc de Gisors en là vilkî et chastellenie dudict lieu ^iselb Jacqueline Fronlin son espouse. » Celle seigneurie ^e.Hpin avoit une alïlnilé naturelle avec la confrérie des tiers; au3M» en 1C45, voit-on parmi les bienfaitrices do aWrie « Damoï^^elle Jeanne le Parnienlier, veuve de JaclaUlro, escuyer , vtuant s' de Saint^Crespin et d'Estrau^ et rmajor en la ville de Dieppe.»

ni les bienfaiteurs de Tannée 1641, on voit figurer le nom I Robert Denyau» escuyer, t^videmment de li famille de Robert nyan, doyendeGisors, qui, vers le même temps, a écrit une hiâali» restée luanuscrite et est coûdu par divers ouvrages i rires.

tir de 1591» en tAte du compte de chaque année, apparoît

d'un procureur de la coaCrérie, dont les fonctions sont

' titre de procureur ne sombloît pas assez ronflant

kl xvri* siècle, et la confrérie des cordonniers, à

Je de Leauconp d'autres confréries n<»rmandes, donna à

Mclitr*^ df» hni: cVst ini qui porloii le bâton aux proces-

tt ^. Notre nnatrologe constate que

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mû puur le don du ba.^ton une aube à dentelles, amict et

le tout de thoille de lin. »

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214 LE CABINET HISTORIQUI.

saiisfâction du Roy, puis qu'il a été toute ma rie mon ai bition et que j'ay eu rhonnçur d'estre un de ses cavailli^ dans le régiment de feu le marquis de Barada. Je llslj Monseigneur^ en attendant vos commandemants et mA i avec respect,

Monseigneur, Votre trés-bumble et très-obéissant et affectionné servitsi

P. GâiLLABD.

A Allep, ce 23 JuId 1073.

MANUSCRITS ET INCUNABLES

Exposés à Eoreux,

(Suite et fin, — Voir le Tolame précédent da Cabinet liistoiiqaB, p. 129 et saivantes.}

Nous en étions restés à deux livres matrologes intéressants po l'histoire de la ville de Gisors et des familles du pays. Mais u faute d'impression a substitué au mot matrologe, qui signifie i registre de confrérie^ le mot martyrologe, qui dans l'espèce est 1 cootre-sens. Nous aurions bien à relever quelques autres coquû qui ont rendu nos phrases boiteuses ou estropié des noms propp mais il seroit ennuyeux de placer ici un errata. Revenons dom nos matrologes.

L'un d'eux (n"1081) étoit le livre de la confrérie de Saint-Cré| de Gisors, érigée en 1456. Il commence en 1505, car quelqi feuillets paroissent avoir été enlevés : il reste 67 feuillets 8 vélin, pleins d'indications pour l'histoire des familles nobles bourgeoises de Gisors. La majeure partie du volume est en got que écrit avec soin, avec initiales de couleur et blasons des pi cnreurs de la confrérie. Au xyiu^ siècle^ les images ne sont p] que des barbouillages, l'écriture devient informe et une orthogi phe digne des cordonniers du temps présent apparoit. Le progi a lieu a rebours, et la décadence descend jusqu'à la barbarie.

An XVI* siècle, les procareurs de la confrérie de Saiot-CrépÎD

I blasons comme des gentilshommes, el cet usage aristocra-

|ie roolinae pendant le xvii* sièrle» Ainsi, Nicolas Dessaux,

mt on 1607, a nn écasson (forgent au sauk d€ ^inoph

} des it'ttres N D de gueules. En 1028, on peint sar le registre

Ma^ou d'Adrien Pouch^t, Tun des procureurs, dans un ccu

nie Hitffjnif î la pouche ou me de ^lailea aer.ompagné dc^ lettres

t^^ <' V en s^mtoir en chef et nu couteau de c^donnier

nie. L 1 . itobert Sarrazîn a un écu d'azur à un cœur tiV ,

^f d*or ai chef, et en cimier les outils du métier. En iOit*,

ïubéry eil qualifié de « cordonnier du Roy. ■

Parmi les gentilshommes inscrits comme bienfaileurs de la

rvnfrëne, on trouve, en i564, Jean de Crespon, t^cnyer; iacqoes

BnndJn, homme d*armes, en 1570; noble narame Robert Lebrei,

icuyor en 1589, et beaucoup d^autres. Kn I62t5, on peint un

blason rfajiir à deujc étoiles d^argent en chef^ une (Inmme (ftrr m

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W^ ' M* Jacques le Mai^ire, escuicr, s' do Saint-Crespin, conseiller

au Roy, lieuieuatu griiéral criminel el particulier, civil et cri-

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' kcqiieliae Froutin son espouse. » Celte seigneurie

li avoit une aCÛnité naturelle avec la confrérie des

ttiriii, aur^sî, en 1045, voiion parmi les bienfaitrices de

onfrérie « Damoiselle Jeanne le Parmentier, veuve de Jac-

^ te Maistro, escoyer, viuant s^ de Saini-Crespin el d'Eatran^ el

«etfBûi major en la ville de Dieppe,»

Pirmi Ic^ iHcnfuiletirs de Tannée 1641, on voit figîirer le nom

ert Denyau, escuyer, évidemment de h famille de Robert

D^^oyendeGisors, qui, vers lo même temps, a écrit une hî&-

r^lc restée manuscrite et est connu par divers ouvrages

*veou.N rtires.

A partir de l!»9l, en tète du compte de chaque année, apparoît nom d*tm procureur de la confrérie, dont les fonctions sonl Iri titre de procureur ne sembloit pas assez ronflant t? XVII* siècle, et la confrérie des cordonniersi à fplc di- iHîancoup d'auires confréries normandes, donna à ' le tiire de Um: rVst lui qui portoit le Mton aux proceset i I >s. Notre matrologe constate que

iSar* V 16y , et Marion Patinot, sa femme»

oDùe pour le don du b»ston une enbe à denteilesi amict et p. le tout de Ihoille de lin. n ). le copiste commence à mouler son écriture en romain, oant rasage des lettres gothiques ; mais en 1622 le golbis'fèpri^nd. On continue à figurer dans ce curieux registre les

salisfaction du Roy, pais qu'il a été toute ma Tie mon \ bition et que j'ay eu l'honneur d'estre un de ses caYaillen, dans le régiment de feu le marquis de Barada. Je floiré^ Monseigneur^ en attendant vos commandemants et me db avec respect,

Monseigneur, Votre trés-humble et très-obéissant et iffectionné aerviteor,

P. Gaillard.

A Allep, ce 23 Juin 1073.

MANUSCRITS ET INCUNABLES

Exposés à Eoreux.

{Suite et fin, -- Voir le Tolame précédent da Cabinet historique, p. 129 et BuiTaDtee.)

Nous en étions restés à deux livres matrologes intéressants pour l'histoire de la ville de Gisors et des familles du pays. Mais une faute d'impression a substitué au mot mairologe, qui signifie UA registre de confrérie, le mot martyrologe, qui dans TespéMBe est m contre-sens. Nous aurions bien à relever quelques autres coqwUn qui ont rendu nos phrases boiteuses ou estropié des noms propres» mais il seroit ennuyeux de placer ici un errata. Revenons donc à nos matrologes.

L'un d'eux (n"" 1081) étolt le livre de la confrérie de Saint-Orépîn de Gisors, érigée en 1456. Il commence en 1505, car quelques feuillets paroissent avoir été enlevés : il reste 67 feuillets sur vélin, pleins d'Indications pour Thistolre des familles nobles el bourgeoises de Gisors. La majeure partie du volume est en gothique écrit avec soin, avec initiales de couleur et blasons des pro* cureurs de la confrérie. Au xviii* siècle, les images ne sont plus que des barbouillages, l'écriture devient informe et une orthographe digne des cordonniers du temps présent apparoit. Le progrte a lieu a rebours, et la décadence descend jusqu'à la barbarie.

BtILLETm BIBLIOGRAPHIQUE.

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cle, les procureurs de la confrérie de SainUCrépin ^ns comme des geiuiUhommes, et cet usage aristocraliûue pendant le xvir* siècle. Ainsi, Nicolas Dessaux, lf)07. a nu éciisson df argent au mnk de nimpîe Êtres S U degumles. En 1628, on peint sur te registre d'Adrien Pouchei» Fun des procureurs, dans un ccu fit à ta pouchç ou sac de gueuks aceotnpagué des kttres alMe^ en sautoir en chef et un couteau de cùrdonnier 1 1032, Robert Sarrazîn a un ècn d\izur à un cœiir d*or^ *m chiff et en cimier les outils du métier. En 1648^ ' eîît qualifié de « cordonnier du Roy. • gentilshommes înstTlis comme bienfaileurs de la trouve, en 1^64, Jeau de Crespon, êcuyer; Jacfjnea lime d*3rmeSj en lo70; noble iiomme Robert Lebret^ |589, et beaucoup d*âutres. En 1636, on peint an à deux étoiles d*argmt en chef^ une fUinvmt d^iyr en ùinte^ un dauphin pàfné du rnéme : ce blason est celui aes le Maisire, escuiVr, s^ de Saint-Crespin, conseiller Btenanl général criminel et parlteulier, civil et crilllyage de Gisors en la ville et chastellenie dudict lieu Perte Jacqueline Froniin son espouse. » Cette seigneurie ^e^pÎD uvoitune afllnilé naturelle avec la confrérie des

Iou<si, en UH5, voit on parmi les bienfaitrices de le *f Damoi>elle Jeanne le Parmenlrer, veuve de Jac* ;rc, escoyer , viuani s^ de Saint-Crespin et d'Esiran, ei r en la ville de Dieppe. »

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Hft 1591, en tête du compte de'chaque année, apparoU 'un procureur de la confrérie» dont les fonctions ^^onl ^Êif\s le titre de procureur ne scmbloit pas assez ronûant ^mquo xvii* siècle, et la confrérie des cordonniers, à ^K beaucoap d*autres confréries normandes, donna à Hire de Hùt; c'est lui qui portoît le h^Uon m% procesiSrémonies publiques. Notre matrologe constate qU6 rraxin» Hoy en l'année 1045, et \lorion I*atiDol, sa femma, ^pour le don du baston uoe aube h dentelles, amict et Bom de thoille de lin. »

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il 4 LE CABINET HISTORIQUE.

salisfuction du Roy, puis qu'il a été toute ma vie mou ambition et que j'ay eu l'honneur d'estre un de ses cavaillen, dans le régiment de feu le marquis de Barada. Je fiairti Monseigneur^ en attendant vos commandemants et me dis avec respect,

Monseigneur, Votre trés-humble et très-obéissant et liïectionné serviteor,

P. Gaillard.

A Allep, eu 23 JuiD 1673.

MANUSCRITS ET INCUNABLES

Exposés à Erreux.

{Suite et fin. — Voir le volame précédeat da Cabinet hûtoriqm, p. 129 et suivantes.)

Nous en étions restés à deux livres matrologes intéressants pour l'histoire de la ville de Gisors et des familles du pays. Mais ooe faute d'impression a substitué au mot matrologe, qui signlfle u regi>tre de confrérie, le mot martyrologe, qui dans Tespèce est m contre-sens. Nous aurions bien à relever quelques autres oogirillii qui ont rendu nos phrases boiteuses ou estropié des noms propm, mais il seroit ennuyeux de placer ici un errata. Revenons dono i nos matrologes.

L'un d'eux (n^'iOSI) étoit le livre de la confrérie de Saînt-CriiiiB de Gisors, érigée en 1456. Il commence en i{S05, car qnelqaei feuillets paroissent avoir été enlevés : il reste 67 fenillets sar vélin, pleins d'indications pour Thistoire des familles nobles al bourgeoises de Gisors. La majeure partie du volume est en gothique écrit avec soin, avec initiales de couleur et blasons des pRh cureurs de la confrérie. Au xvni* siècle, les images ne sont |dBi que des barbouillages, l'écriture devient informe et nne orthoptphe digne des cordonniers du temps présent apparoit. Le progris a lieu a rebours, et la décadence descend jusqu'à la barbarie.

Aa xvi« siècle, les procureurs de la confrérie de Saint-Crépin ont des blasons comme des gentilshommes^ et cet usage aristocratique se continue pendant le xvii* siècle. Ainsi, Nicolas Dessaux, procureur en 1607, a un écusson â^argent au saule de sinaple accosté des lettres N i) de gueules. En 1628, on peint sur le registre le blason d'Adrien Pouchet, Pun des procureurs, dans un écu OYale d'argent à la pouche ou sac de gueules accompagné des lettres A P d^or, deux alênes en sautoir en chef et un couteau de cordonnier en pointe. En 1632, Robert Sarrazin a un écu d'azur à un coBur d*orj trois épis d'or en chef, et en cimier les outils du métier. En 1648, Jean Aubéry est qualifié de <r cordonnier du Roy. »

Parmi les gentilshommes inscrits comme bienfaiteurs de la confrérie, on trouve, en 1564, Jean de Crespon, écnyer ; Jacques Grandin, homme d'armes, en 1570; noble nomme Robert Lebret, escuyer en 1589, et beaucoup d'autres. En 1626, on peint un blason d^azur à deux étoiles d'argent en chefj une flamme d'or en cœur; et en pointe, un dauphin pâmé du même : ce blason est celui de « M* Jacques le Maisire, escuier, s' de Saint-Crespin, conseiller du Roy, lieutenant général criminel et particulier, civil et criminel au baillyage de Gisors en la ville et chastellenie dudict lieu et damoiselle Jacqueline Frontin son espouse. » Cette seigneurie de Saint-Crespin avoit une affinité naturelle avec la confrérie des cordonniers; aussi, en 1045, voit-on parmi les bienfaitrices de cette confrérie « Damoiselle Jeanne le Parmentier, veuve de Jacques le Maistro, escuyer, viuant s"^ do Saint-Crespin et d'Estran, et «ei^ni major en la ville de Dieppe. »

Parmi les bienfaiteurs de l'année 1641, on voit figurer le nom de Robert Denyau, escuyer, évidemment de h famille de Robert Denyaa, doyen de Gisors, qui, vers le même temps, a écrit une histoire localfl restée manuscrite et est connu par divers ouvrages devenus rares.

A partir de 1591, en tête du compte de'chaque année, apparoît le nom d*un procureur de la confrérie, dont les fonctions sont «nnoelles. Mais le titre de procureur ne scmbloit pas assez ronflant à l'aristocratique xvii* siècle, et la confrérie des cordonniers, à rnemple de beaucoup d'autres confréries normandes, donna à son chef le titre de Roi; c'est lui qui portoit le bâton aux procèsdons et cérémonies publiques. Notre matrologe constate que Bobert&rrazin, Roy en l'année 1645, et Marion Patinot, sa femme, < om dourà pour le don du baston une aube à dentelles, amict et erfeiiire, le tout de thoille de lin. »

IttiinO, le copiste commence à mouler son écriture en romain, àhtidontttnt l'usage des leUres gothiques; mais en 1622 le gothi- Qto tepirend. On continue à figurer dans ce curieux registre les

216 LE CADINET UISTOAIUUB.

armoiries des confrères : les alênes et les antres oatils du métier meublent d'ordinaire ces bIa^ons ] opnlaires, à moins qa*on ne trouve moyen, au moyen d'un rébus, de faire des armes parlantes, Ainsi, en 1598, un puits dessiné dans un élégant cartouche forme le blason d'Ëstienne Dupuis ; en 159U, Tarticle de Raulin Anciau est accompagne d'un écu ovale chafi^'é en chef d^tine anse, d'un seau en cœur (nos paysans prononcent siau) et des lettres RAen pointe*

A cette époque, la particule, à laquelle de nos jours la chancellerie attache une grosse importance, n'a aucune valeur nubiliaire; beaucoup de gentilshommes ne l'ont pas; mais en revanche na bouinnger, donateur en I60I. s'appelle George de Gisors,et «Gnillaume de Saint-Oen, maistre cordonnier en Tan de grâce 1700... a donnée 12 livres pour sa maistrise... 6 livres pour lu donda baston et 37 sols G deniers pour l'ouverture de sa boutique. > — Grâce à ces ressources, on touche aux vitres de la chapelle, on achète force ornements d'église, et l'on commence à fort mal écrire. L'année 1654 avoit été la dernière où le registre avoit été calligraphié en gothique : l'écriture cursive avoit pris sa place et le désordre s'introduisoit dans la tenue du registre, qui, commencé comme un manuscrit luxueux, finit par des barbouillages. En 1731, on lit l'inventaire du mobilier de la confrérie, qui avoit chapelle et chapelain. Ou y voit figurer « sept chasubles, un méchant missel romain, un canon, deux rideaux et le devant d'aatel de damas rouge, deux coussins... deux rideaux et le devant d'autel blanc et deux coussins... lavabo, un bassin d'estain, deox rideaux et le devant d'autel violet, deux rideaux de tavaiolle et le devant d'autel... calice, patène, etc.

Nous n^analyserons pus l'autre matrologe (n^ 1080), parce qu'il appartient à la bibliothèque de Gisors, où on peut le consulter. Il renferme les comptes de la confrérie des Saints-Gervais-et-Protais, et n'est pas moins curieux pour l'histoire des familles, des mœurs et des usages.

Sous le n^ 1077, la fabrique de l'église de Gisors avoit exposé un volume qui, pour n'être pas manuscrit, n'en est pas moins précieux. C'est un missel en caractères gothiques, imprimé à Tours en 1508, et revêtu de sa reliure originale, du plus beau style de la Renaissance, avec devises et compartiments. En tête de ce beau missel on trouve peint un blason (fasur au chevron d*or, aecompa' gné de deux molettes â^or en chef ci d'un croissant d'argent enpoMe*

M. le comte de Beiset, ministre plénipotentiaire à Hanovre, avoit distrait de la riche collection par lui formée au Breail-Benoili entre Evreux et Dreux, des curiosités de grand prix, dont le n? 159S rentre dans le cadre de notre article. Nous voulons parler d'un psautier manuscrit sur vélin, grand in-folio de 234 feuillets,

BULLETIN BIBLIOGBAPHIQUB. 217

dans sa reliure en peau de truie gaufrée. Ce superbe spécimen de la calligraphie allemande de la fin du xvi^ siôcle est décoré de lettres capitales et d'un ^rand nomhre de miniatures marginales. Son titre en rouge et en noir est ainsi disposé :

LIBER pealmorû ranttcor }

3«rta 05um ) ronaurtu^inr m0ttûetfrn.... (iiols effacés )

Jussu ]^ in ChrS P. ac Dni DN Gasparl K. Abbutis ibidem

transcriptus per F. Danidem Aichelerum

Bénédictin u

MDLXXXIII

Mais cette date de 1583 est seulement celle du commencement de Tœayre^ car on voit plus loin ({ue le scribe David Aichler y traTaflloit encore à la fin de 1584, et le relieur Panibaléon Straob l'a ainsi daté en lettres d'or frappées sur le dos :

PSAÎ.TERIVM

Ce gigantesque manuscrit, haut de 54 centimètres sur 38 cenliaèiras de largeur, offre en effet cette rare particularité qu'on y tranra te nom de Técrivaio, celui du miniaturiste, Jean Werle, et ealol da relieor. Or, on sait combien peu de noms d'artistes de CMlB catégorie sont venus jusqu'à nous. Les deux pièces de vers httnsaiTante, d'an moine de Salzbourg, donnent à ce sujet des iMIs explicites.

y. P* p. Joannis Dominici Hess ord. Minor et concionatoris

Salisburgensis in praesens opus Elegia.

Hoc Deemo Dauid conscripsit mense volumen 1584.

Aiehlerus céleris dexieritate manus, i Contaipto adiecitvarias hinc inde figuras Verlinm celebri Zeusidis arte potens

PanthaJeon tandem id compegit Straubim apte

Vt fieret plénum laudis et artis opus His tribus ergà viris qui régnât trinus et unus

Prœmia compcnsef non peritura Deus.

Ejusdeni Teirasiiclion superiori correspondans.

Die agCy cur vnum très perfecere vohmen

Très inquam digni perpeté laude viri?

In prompiu musa est» Triaderh veneramur in vno Numine, et hanc unû credimus esse Deum,

Uinc diuina viros sibi très Sapientia legit Vnum perficerent qui pietate librum.

In quOy dam vasti perstabit machina mundi V?w^ taudetur tergeminusg; Deus,

En tête du volume, et avant le titre, on trouve une table da temps de 1585 à 1630, à laquelle ont été successivement ajoutées une autre table de 1531 à 1700, et une de 1700 à 1900.

Au verso du titre une superbe vignette entoure Thyiniie de saint Ambroise.

Jam lucis orto sydere.

Au feuillet suivant, un B splendide commence le premier psaume Beatus vir qui non abiit : au bas on voit l'entrée des anima jx dans Tarche de Noë. Au verso du feuillet 86, on remarque un très-curieux palaisen style de la renaissance allemande. Davidj du haut d'un belvédère en bois, aperçoit Belhsabée qui se baigna les jambes dans la fontaine d'un jardin à palissades et à compartimeuts. Par-ci par-là, dans les grandes lettres enluminées et âorées, on aperçoit des enroulements, des volutes déchiquetées qui sentent déjà les chicorées et les rocailles contournées da roeoeo allemand, et qui sont entremêlées aux découpures flamboy^ntai, particularité intéressante pour l'histoire de l'art, car elle prouve qu'en Allemagne le style rococo descend directement du dernier gothique sans être passé, comme chez nous, par le classique*

Au feuillet 143, en tête de l'hymne de l'Avent :

Gondltor aime syderum,

on lit sur une banderolle cette nouvelle mention du nom de l'artiste :

Quas DAVID vatescecinit laudesq; preceig; Et l£gis veteris cœtera tui^a DEO

Dauidis fœlix Aichleri dextera scripsU Odas antiquis iungit et ecce nouas.

Sar le titre, le nom de l'abbé du monastère u'étoit indiqué que par Tinitiale K; nous le trouvons tout au long au verso du feuillet i57y où, en marge de l'bymne Ad preces nostras deitatis, est écrite cette mention :

Dum bsec scribo Moritur nr piissimus R. P. D. Gasparus Kindelman hiiius loci Abbas p. 37 an.

Anno Dnj 1584.

5^ januarii média nocle precedenti.

Les riches peintures de ce volume révèlent des détails intéressants pour Tecclésiologie. Ainsi, au feuillet 170, le P majuscule de l'hymne Fange lingua (m festo corporis Christi), contient la représentation d'un magnifique ostensoir ou monstrance à pinacles gothiques. A la fête de la dédicace (feuillet 194), la lettre ornée repr^nte un évêque aspergeant d'eau bénite l'extérieur d'une église. Chose qu'on ne soupçonneroit pas à cette époque, le clerc qui porte la bannière est représenté avec un surplis dont les mandies sont rejetées derrière le dos, absolnment comme les affreux surplis en usage à Saint-Sulpice et dans le clergé de Paris.

Aa point de vue musical, cet important manuscrit mériteroit d'aire examiné par les gens spéciaux : nous avons remarqué la ctirieiise notation du plain-chant. Les paroles notées sont en caractkre ronvdn, tandis que le texte des psaumes est en gothique, et lis bymnes en grandes italiques.

^Bflîflo* an propre du tenps et des saints, ce volume contient Âfenee hymnes particulières avec le nom des latinistes qui les am compilées. Voici trois extraits concernant les compositions de Mb de ees hymnographes : Zachari Ferrerius, Mathias Frik et Pontanus. — De SS. Apostolis PhUippo et Jacobo hymn. I Ferreris (cujtis hymnos, ajoute une note, duo swnmi pon- ( Xeo X ei Clenms Vil tanquam orthodoxos publico tesHmonio

SicuH bine speciose oliue IfUer excelsos apices olympi Floribus vemant hodie Philippm Aique Jacobus.

Une hYiDDe du môme, pour la fêle de saint Jean TËvangéliste, commence ainsi :

Dire Joannes spéculum pudoris.

— De S. Ursula ad vesp. Asclepiadeum R. P. M. Mathiae Frikij Socielalis Jesu pbri.

Vindex ô hommum magne pater Deus.

Reple corda tuo numine celitus.

De S. Felidtatc martyre ad vesp. Iiymnns R. P. M. Jacobi Pontani Soc. Jesu.

JElheris spkdor decus atqz rector Christe septenc sobolis parcntem Da celehrando feiHfimus alti Cuhninis auîam

Laissons les manuscrits pour dire un mot des incunables. La bibIiotIièqued'Ëvreuxavoitexposé(n<* 1066) son précieux exemplaire des Heures à Vusage d^EvreuXy imprimées par Simon Voslre, eo 1513, avec le luxe ordinaire de vignettes sur bois. M. Tabbé Préaux avoit fourni, pour sa part (n° 1582), le Missel dit de Glande de Sainctes, imprimé à Rouen, en gothique, par Mallard et Hamitlon, en 1583. C'est le seul exemplaire complet que Ton connoiss» en Normandie : nous en possédons un autre défectueux de nombreux feuillets, et la Bibliothèque Sainte-Geneviève en conserva, croyons-nous, un troisième exemplaire. — Un livre d'heures imprimé sur vélin par Germain Hardouin, avec miniatures et vignettes, exposé aussi par M. Tabbé Préaux {n? 1583), est remarquable par sa reliure du temps, à compartiments, avec le nom de MARIE DE BOUTIGNY. Un autre livre d'heures enluminé, imprimé sur vélin en 1513, par Gilet Hardouin, et portant le n"* 6ii du catalogue, provenoit de la bibliothèque de M. P. Dibon, l'historien de la ville de Louviers. Notons encore deux volumes gottilques exposés par M*^* Ghesnon (n^"" 1398 et 1399) : l'on d'eux renferme les œuvres d'un de nos vieux auteurs normands, Alain Charlier, né à Bayeux, imprimées à Paris, en 1523, par Phiiippe Lenoir.

Enfin, pour terminer, rappelons la série de belles relinres sons les n"" 1752 à 1658 par un amateur de Paris, M. A. Bonvenne, et surtout la reliure à compartiments dans le goût des reliures de

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 22i

Grolier qui revêt le volume n^ 277. exposé par M. Frédéric de Postel. C'est on délicieux exemplaire de Tlliade d'Homère, traduite en vers françois par Hugues Saiel; cet in-folio, daté de 1525» contient des gravures sur (ois dans le style de Geoffroy Tory, et des initiales en manière criblée, composées de la façon la plus élégante.

H. Bordeaux.

Le premier livre des chroniques de Froissart, manuscrit de la Vaticane. — Éditeur, le baron Kervin de Lettenhcrve (1863, 2 vol. in-8. Bruxelles.)

Le manuscrit des Chroniques de Froissart, conservé dans la bibliothèque du Vatican, provient du fonds de la bibliothèque de Christine, reine de Suède, au n<> 869. Ce manuscrit excita la sollicitude de M. Dacier, et il s^engagea entre cet académicien et la Porte du Theil, en 1777, une correspondance dont nous citerons ce fragment :

c Je vous envoie la première et la dernière feuille du manuscrit de Froissart, qui se trouve dans la bibliothèque de la reine Christine an n® 869. Elles sont exactement calquées sur du papier huilé dans la forme du manuscrit même (1). Il n*y a aucun litre, ni aucune épigraphe à la un du volume. Il ne contient autre chose, nul avertissement, nulle note sur aucune marge, en un mot, il commence, continue et finit aussi crûment que les deux feuilles huilées vous le représenteront. Si d'après cela, vous me prescrivez d*eQ faire la confrontation avec les imprimés, soit en partie, soit môme en total, je suis homme ù le faire exactement, pourvu toutefois, qu'il existe un seul exemplaire imprimé de Froissart dans li capitale du monde. »

An mois de janvier 1860, M. Kervin de Leltenhove, en visitant les bibliothèques de Rome, voulut à son tour, compulser le même ■MOnserit. Son étonnement fut extrême, en présence d'une rédac- HoD qu'il n'avoit jamais rencontrée. Fier de sa découverte, M. de Iiettenhove en fît part à Tacadémie de Bruxelles, et le texte inédit ta fremier livre de Jehan Froissart, d'après le manuscrit de la Tatieiiie» fut imprimé par ses soins en 1863, en 2 volumes in-S.

IdS manuscrit de la Vaticane avoit appartenu à Paul Pétau, Cfilit d^ètre réuni à la bibliothèque de la reine Christine. Cet W/U. est incomplet; les derniers feuillets ont ét6 détruits; le texte n'arrive qu'au règne de Philippe de Valois; les lacunes de i et de mots sont nombreuses.

(1) ■• BQchon a en ce fac-similé entre les mains.

avoient dû développer chez le chroniqueur nue compission pbg profonde non point seulement des infortunes royales et dei désastres de la noblesse, mais aussi des misères des bourgeois el des laboureurs. Par une de ces habiletés qui sont famil ièm à M. Kervin, le savant éditeur sur trois lettres (J. D. E) du déln d'une signature tracée, dit-il, par une main du comm^uiemeni di XV* siècle, arrive, à supposer que le manuscrit de la YatieaiMi pu appartenir à Jean de Moreui 1, donHI croit powxnrcompUUrk signature mutilée. On voit qu'à défaut de réalités, M. Kervin, eniR avec facilité dans le domaine des suppositions, et il faut dire que son talent d'écrivain le sert assez bien dans ses excursions hypothétiques.

Après réloge vient la critique; dans un moment d'impartialité, M. Kervin nous montre le revers de la médaille. L'éditeur s'écrie: Malheureusement le manucrit du Vatican est incomplet. Les denàen feuillets ont été détruits, et ce qui nous en a été conservé ne dam que le règne de Philippe de Valois, Le texte alloit-il beaucoup pim loin ? fen doute, car, vers la pi^ je crois découvrir dans la rédadMn certains symplômes d*éi'Uiscment et de lassitude, les cîiapitres deoiah nent très-courts; le récit, loin d^étre développé comme dans ^tulm parties de ce texte, n*offre i)lus que le résumé de ce que nous oomioîi* soîis, et nous avons bien le droit de nous demander si le jour <à pA suspendu le travail du chrornqueury ne fat pas aussi celui où Coner&m à Chimay cette tombe qae Von ne retrouve plus !

Telle est l'opinion de M. Kervin sur le manuscrit de la Vatiane. Cette opini m, quant à Tappréciation i'i favorable du texte, obtifttdra-t-elle la consécration des cnidits? Des doutes à cet égwlotf surgi dans notre e^^prit. Nous ne voulons point iuQrmer le Jugement de M. Kerviu sur rextellcnce de la leçon du mauascritft Rome; nous laissons au maîini toute la responsabilité de ses apprécia lions. Sans lyrisme, avec la franchise d*un homme tji cherche à s'éclairer, et salva rcve^^entia louchant le noble académicien de Bruxelles^ nous présenterons à notre tour quelqnei observations dans un prochain article.

Albin de S\iNT-AuidBSi

REVUE MENSUELLE

RACONTÉS PAB LB P. DIfŒT> SON CONFESSEUR.

Le récit qu'on va lire est du P. Dinet, de MonliDs, jésuite qui remplaça le P. Gaussin comme confesseur auprès de Louis XIII, el qtd l'assista dans sa dernière maladie. On y trouve toutes les dreonstances des derniers jours de ce prince, et le texte nous iamble tel qu'il fut écrit par l'auteur. Plus tard un autre jésuite, la P. Antoine Girard, retoucha ce morceau et en donna une édition sous ce titre : Vidée d'une belle mort, ou â^une mort chrétienne Aau le rédt delà pi heureuse. Ce livre^ qui sortoit de Timprimerie de 8éb* Gramoisy, i656, forme une plaquette in-foi., aujourd'hui fcrt nra, et d'ailleurs fort peu connue.

lA P. Dinet^ sous la main du P. Girard, a perdu quelque chose iê ma cniglnalité et de sa couleur si vraie. En corrigeant et en f^jamiiasaiit le style, en l'ornant de figures et de périphrases, en hoeameiflsant surtout en beaucoup d'endroits, l'éditeur a changé tOQte la physionomie du travail, si vrai et si exempt de toute redMdieé Ce texte que nous donnons ici, nous en devons la comjonndeaalioii à l'obligeance bien connue de M. Rathery, qui a pris Ja fatae d'^ faire extraire copie d'un des volumes du fonds Thoisy-;- fonds précieux pour ses nombreux mélanges de prose èl dé Ter8> d'imprimés et de manuscrits, et qui, par exception, se -eooservé au département des imprimés, où n'étant ni ca-

!!• tmaéê, Septembre-Octobre 1866. — Doc. 16

Î26 LE CAMinBT HISTORIQUE.

talogué, ni en vue, il n'est point assez consulté. — On relronve aussi ce morceau au. département des manuscrits, fonds Suppl.fr., 4111 : MaUxdie et mort du roy Louis XIIL

La maladie qui survint au roy devant Perpignan Tavoil réduit a ce point de débilité^ qu'il ne regaigna qu'à tonle peine le doux air de Fontainebleau et de Saint-Germain, cî. là mesme, il esprouva tant de variété en sa sanlé es nioi> d'aoust, septembre, octobre, novembre et décembiia, 'til jusques à la my février de la 16i3 que, quelque bonne opinion que sa cour en eust, luy qui se sentoit en Ht un 1resmauvais jugement. Mais quand le seize du sudil mois de février, il se vit en outre attaqué d'un flux hépatique, il se condemna detorminoment à mourir dans peu de temps, le miracle à part, et il en parla en ce sens au sieur Bonnard, son premier médecin, qui ne luy dissimula pas que les termes où il se trouvoit l'attristoyent au dernier point : et cet habile homme trouva bon de luy parler ainsi cruemont, piar essayer si l'appréhension qu'il pouroit avoir de la mort,iiK l'am^neroit point k ce résoudre à l'usage de certains' retntdfis dont il avoit toujours eu une aversion inimaginable: ce qve te roy divinant assez, il voulut estrc informé de Teffet qu'ils opêreroyenl, et coïnme il n'en apprit autre chose, sinom .qu'avec le soûlas qu effectivement il en receveroit, sa mort en seroit peut estie retardée de quelques mois et mesme it delà, si Dieu le vouloil, il ne se tinst pas obligé en conscifince •a Initier incessament contre une antipatie naturellement intincible pour une vie de peu de durée, et encor pour:an pei d'estre et pour un soulagement qui se suppléetoit d'aillam aisément : tellement qu'il fut nécessaire de convenir aiac luy des remèdes qu'il agréroit : et cependant quMt se rangeoit pour ce conformer aux ordres de Dieu, il songea d'aatrt costë aux affaires de son âme et s'avisa de commencer pir

DERNUBS MOMBNTS DE LOUIS XIII. tàl

Jane confesaioa générallo de louie sa vie. — Hais d'autant que son confesseur, qui estoit alors le R. P. Jacques Sirmond^ avoit la parole moins articulée et l'oreille un peu tardive à jraison de son grand âge de plus de quatre-vingts ans, il m'envoya dire qu'il me subrogeoit en sa place, pour le servir en cet occasion, et que je m'apprestasse pour me rendre au jirès de luy, de Paris à Saint-Germain, le mercredi suivant.

J'y viens donc au jour assigné, et le trouvay au vieux cli^ teau, debout dans sa chambre, et mieux disposé de sa personne qu'il n'avoit esté depuis trois semaines, et occupé de quantiléJe reliques qu'il a voit hérité de la feue reyne sa mère, et dont je lui vis choisir et retenir pour soy celles que bon luy sembla, laissant le surplus à la reyne, qui en a toujours esté aussi avide que luy. Il se fit apporter les siennes et me ies montra, une à une,' riciiement enchâssés pour estre mises ^nson oratoire, incidemment aussi il m'apprit que de tous les sainctsdontil avoitquehiues ossements, il enavoit acheté oaia légende ou l'ollice, et tous les deux ensemble, s'il les aroit peu rencontrer; et que depuis un long temps il les invoqnoit matin et soir, demandant à Dieu par leur entremise de .mourir en estât de grâce.

Luy vinrent aussi en mesme temps plusieurs exemplaires de.'petits offices, que lui mesme a inventez et ordonnez avec on. soin qui n'est pas croyable, quoy qu'en ce travail il ait esté secondé du labeur de ses confesseurs et de quelques saine habiles hommes. Car, outre ce que dedans, il y a four tontes les festes, plus signalées de l'année, tant com- Jundées que de dévotion, il en a dressé pour les principaux Mdncts de France, pour le sacré sang de Jésus-Christ, pour Joui lasbesoins, pour l'impélration de la paix, pour estre seconni contre les ennemis particuliers de son salut^ la chair» 4SiVfitea,iet la superbe, les mauvaises pensées, les péchés de Il langae, les œuvres et le trouble intérieur, un pour obtenir

228 LE CAIilfiET HISTORIQUE.

la vrayc pénitence, un pour les malades et un aussi pour bien mourir. — Et, ce qui est bien digne de considération, dans celui cy, par des assages empruntés de divers pselmes de David, à l'ayde du livre des concordances qu'il manioit heureusement, par des hymnes aiïectueux et par des prières ardentes, il demandoit instamment a Dieu que son plaisir fût de laj octroyer devant son trépas tous ses sacrements, la liberté de la parole, le jugement sain et net jusques au dernier soupir, une contrition cordialle, une ferme foy, une espérance vive et une charité parfaite. — Or, de ces livres qu'il avoit achevé de composer dés l'an 1640 (1), et qui sorloyent tout fraîchement de son imprimerie du Louvre, en petit et en grand volume, le petit pour la campagne; le grand pour le cabinet, il m'en bailla un Je sa ;:.ain et souhaita que je leusse en sa présence le premier psalme de matines dans l'oiBce des Apostres^ qui estoit un surnom selon son idée et tel qu'il le désiroit, puis, dans Votfice des mystères de Nostre Seigneur Jésus-Christ, le psalme de noue, où est renfermée fort artificiellement l'histoire de la Passion.

Ces premiers entretiens finis, il me parla de se confesser et me demanda la méthode que j'approuverois qu'il y tinst, me faisant cependant entendre que, bien qu'il n'eût jamais fait autre confession généralle que une, que le fresre Sosfren tira de luy à la hasle, en sa maladie de Lion, il s'estoit tonjours acquitté très-exactement de ses ordinaires et particulières : à raison de (]uoy nous arestasmes que le len» demain, 19 de mars, jour de Saint-Joseph, pour qui il avoit beaucoup de vénération, nous travaillerons à ce bon œuvre.

Ainsi donc, ce cour là venu, le cardinal Mazarin et le sieur

(1) La BiblioUièque impériale, SuppL fr. 2,243 (Franc. 13,170) OOftaerre un ma. pet. iD-6 de VOffice de Saint-Louis, rédigé en itttin p&r louis XIII, et mis en vers françoispar Laurent,

de Noyers, secrétaire d'estat présents, il s'éclaircit avec moy de certains cas de conscience, appartenant à l'action que nous allions commencer : puis ces deux seigneurs s'estant retirés et toutes les portes de sa chambre estant fermées à verrouil sur nous, il s'accusa de ses offenses durant quelques heures, non sans une grande peine, tant il avoit la bouche seiche, et si vif estoit d'autre part le desplaisjiT et si véhémente la confusion quelles luy donnoyent : et celles là mesme qui, en son enfance, n'avoyent eu, à son jugement^ que quelque bassesse et ce je ne scais quoy de moins convenable à sa qualité de roy : d*où, quand par après il passoit a quelque point plus notable et ou je jugeois, non qu'il eût failli, mais qu'il eût mieux .fait dy procéder par une autre voye, il n'est pas imaginable, avec combien d'amertume il en requéroit le pardon ! a Non jamais plus ! non pour rien du monde, plutost mourir que d'y retourner. » — C'estoit ses propres termes : d'où vint que force luy fut de s'interrompre une ou deux fois, pour humecter sa langue altérée avec un peu d'eau qu'il avoit auprès de soy, et ainsi enfin s'acheva cette pénible confession : mais pour sa communion, il lui plust de la différer jusques à l'Annonciation.

Dieu voulut au reste qu'en cet entretemps, la satisfaction intérieure qu'il tira de cette décharge de conscience festant estendue sur son corps, elle y opéra un tel changeniQDt, que comme on croit facilement ce qu'on désire souverainement, il n'y eut aucun de nous qui n'estiinast qu'il estoit goery, et cette créance nous dura jusques à la feste.

Yoicy donc que, le jour de TAnnonciation du verbe divin ertant arrivé, il se réconcilia, s'habilla^ ouyt la messe en sa ebapelle, la teste niie et à deux genoux, et receut son Créatonr avec sa ferveur ordinaire; et j'eus permission de luy de 4$ ma retirer à Paris jusques à son retour de Versailles, où il irMendoit d'aller, porté dans une chaise et d'en revenir pour

230 LB CABINET HISTORIQUB.

lé jeudy sainct. La nuict toutefois lui fut^ fâcheuse; rairae rendit si mal gracieux, et son indisposition s'augmenta es sorte qu'il se conlenta de passer du vieux château de Sainl- Germain au neuf, où il se logea en la chambre de la Reynej et, pour essayer de se ravoir^ s'il estoit posâble^ allant et Tenant il s'habilloit chaque jour pour faire un tour de galerie, soustenu de deux de siens et une rbaise le suivant^ qu'à tout propos il demandoit avec assez d'empressement, n'estant point en sa puissance de marcher plus de vingt pas sans avoirb»^ soin de repos. El il en estoit In réduit quand je le revis to mercredy sainct pi-est à faire le lendemain, s'il eût esté du* plaisir de Dieu, sa communion de Pasques; car quant à Ihi cérémonie du lavement des pieds et du service des- pawres, se souvenant qu'Henry leGrand s'en estoit autrefois deschargé' sur luy, par un exemple singulier en nostre histoire, il eiL donna la commission à ttonseigneiH* le Dauphin, le snball^ tuant en son lieu pour cette action de piété et d'humifitff chrestienne. — Maïs, la nuict du mercredi tirant au jeudis Ifefièvre Tatterra si fort que, ne pouvant ni passer la nuict sav se refratchir la bouche, ni se résoudre à communier aprte un simple gargarisme, tant il craignoit d^avoir avallé pv* mesgarde quelque goutte d'eau, il s'en abstint respectoeasement.

Donc, alors et tous les jours consécutifs, nous attendismer sa meilleure disposition, espérant que dans la quinzaine cov*rante cette ardeur se modéreroit : comme en effet ri advint, car le jeudi de pasques ii satisfit au précepte de l'ETgiifle, s» OMfessant et communiant, et, quoy que fortabatu, il se leva neantmoins, mais pour la dernière fois, n'en ayant pas eu te pouvoir depuis le samedi sainct, quatriesme d'avril, jour a*^ quel il commença par contrainte à se déposer dlB sa petile-elf languissante promenade. Il s'efforça toutefois- alors*, et aanr avoir d'autre habit que* sa robe de chamftre, les' moleB am

DBRNI&BS M0MBNT3 DB LOUIS XIII. 231

pieds^ il s'en vinl^avec un maiolien qui tenoit à mon ad vis plus de l'ange que de rhomme, prendre le très-sainct Sacre* ment à un autel qu'on luy dressoit au fond de sa chambre quand il demandoU sa messe,, à quoi; jamais il ne manqua tant que sa maladie dura, non plus qu'aux vespres du di-. manche et des Testes commandées, ni mesme à l'oOico de la sepiuaine saincte. Et sur ce propos iay à dire qu'aymant !)eau'' coup la prière^ c'estoit par elle que, sain et malade, il commençoit sans y jamais faillir sa journée, et cette prière cstoit en partie l'exercice qu'on appelle du matin, en parti aussi un des ses petits ofUces; cela fait, il se laissoit veoir et gou« ▼erner aux médecins; succedoit tost aprè« la messe à laquelle' toUsS les prélats et seigneurs qui se rencontroient en cour es^ toyent les très-bien venus; y assistoient aussi par drvoir ses ausmoniers et sa chapelle de musique qui prend toujours son' commandement sur ce qu'il vouloir qu*on chantât, qui fut constamment Tantienne de Magnificat des premières vespres d» 1» faste de la Tonssaints^ Angeii et Archangeli^ et le surplus^ qui contient un dénombrement de neufs ordres des Anges et de toute la cour céleste : et lui, ses rideaux ouverte, la teste lue, ses heures en main, les yeux an estes ou au ciel ou sur l'autel ou sur son livre, nous estoit à tous un miroir de dé" votion. Sa messe estoilrelle achevée, ses rideaux se tiroyent sur luy, il recevoit les placets des prétendants aux bénéfices, ksyiftitos des^ grands et les propositions de ses olDciors et Ministres, ou si non il s'entretenoit des choses de Dieu, mtosi il part soy, tantost avec son confesseur : puis il pranoit (pielque noarpîlwe, à Tinstance pour Toixlinaire de ses médir dns, en ayant bien autant d'aversion quasi que des médica* flient8..-^Aftboutde son court- et triste repas, on l'entretenoit di cboee divertîssantos. ev moins sérieuses et, si c'estoit, poBf esGiemple, jour de Gazette, on luy en faisoit la lecture, q«oj qoe'Bur sa fin il n'en oyoitplus que ce qui touchoitles

troubles de la Grande Bretagne et l'histoire des nouveaux martirs qu'on y immoloit alors et à ceux cy il leur envioit sainteçient leur félicité et leur générosité, et il eul voulu pour beaucoup se veoir en leur place : aussi ce fut à sa grande joye que je luy donnay des reliques de deux Jésuites, reliréi du feu, où on venoit de les jelter, et un véritable narré da leur vie et de leur martire. — Venoit cependant l'heare du conseil qui s'assembloit auprès de luy en grand ou petit nombre selon l'exigence des choses qu'on estoit pour y traitter, et jour aucun ne se passoit sans qu'il rendît ou le soir ou le matin ce service à son estât. Le conseil congédié, il psalmodioit en son cœur et n'estoit jamais plus haut de trois heures sans pratiquer ce saint exercice; s'en estant acquitté, il voyoit lei survcnansyil prenoituntel quel souper, accompagné et suivi d'un devis commun, dit de petit couché, puis de l'oraison du soir pour laquelle il s'assisloit communément du sieur Lucas, secrétaire de son cabinet, et, pour fin de sa journée, le mesmi sieur Lucas, ou quelque autre qui en recevoit le commandement, luy lisoil les vies des saincts des jours ou counni ou suivant^ et à cela s'employoi l une bonne partie de la naict, car à toute peine pouvoit-il prendre un peu de sommeil foii interompu, et, n'eût esté l'égard qu'il avoil aux officiers de son corps, qu'il ne vouloit pas mettre sur les dents, il leseûi bien volontiers retenus jusques au jour.

Or, ainsi vivoit règlement, ou mourroit plutost ce grand prince^ quand, ne me l'imaginant point si proche de soi trespas, je luy demanday congé de me retirer à Paris pou quatre ou cinq jours, ce qu'il m'octroya fort bénignement,mi signifiant néanmoins qu'il seroit bien ayse que, dans les ter mes ou il se voyoit, je ne m'esloignoyasse plus tant. Et, pour ce que quelques eveschés estoyent venus à vacquer et qu'il n'en vouloit pourvoir que des hommes bien choisis, il me chargei d'y penser et d'en communiquer avec des personnes connois*

santés el zélées pour les interest de Dieu, Jésuites et autres; cl particulièrement avec le R. Père Vincent, supérieur général de la mission, et luy en fournir une liste où ils scroyent rangés selon l'ordre de leur mérite et suffisance. Hais, comme à mon retour il me parut qu'il minuttoit une espèce de testament, je fis mon compte qu'il s'en alloit temps de l'advertir de trois choses que je roulois dans mon esprit, et luy mesme il m'y convia, me demandant par prévention, ainsi qae desja quelques autres fois, si j'estois content de luy; à quoy je luy répartis qu'après y avoir meurement pensé, il m'avoil semblé que ce seroit chrestiennement et sainctement fait à luy, pour l'édilication et satisfaction publique, de donner premièrement à entendre à tous, soit de bouche, soit par escrit, qu'il mouroit avec un vif et très-cuisant desplaisir de les omissions envers la feue Reyne, sa mère dans les peines, qu'il avoit eus d'ajuster ensemble les devoirs de fils et de roy, spécialement pour le temps auquel n'estant plus sur la terre de l'Espagnol, ni secourue de ses deniers, ni partie agissante dans les mouvements de Testât, elle n'a voit pas laissé, à ce qu'on estimoit, de souffrir en ses aliments et ne les avoitpas eus convenablement à sa qualité. Secondement de tenir la niain à ce que ceux des serviteurs de la dite dame reyne qui u'auroyent autre péché que le malheur de leur maistresse fusent payés de leur gages et leurs services reconnus comme die Favoit ordonné. Ticrcement d'arresier aussi les plaintes qui ae faisoyent au sujet de plusieurs personnes dont les unes tenoyentprison, les autresestoyent exilées et hors du royaume et les autres reléguées çà et là, hors de leurs maisons^ et, d'aubittt que là dedans il en estoit qui passoyent pour très-innocentes, et, comme on parloit, pour martyrs d'estat, (]u'il pluti Sa Majesté de leur assigner des juges pour congnoistre de leurs griefs, puis qu'ils le requeroient ainsi. A ces trois chefs sa réponse fut que pour le premier, qui

lendemain il ne parla que de la mort à ceux qui s'approchèrent de luy, et, Taprès-dinée, s'estant fait mettre dans sa grande chaire où, de fois à autre, il se soulageoit de la lassitude du lict, là, couché de son long, la teste on peu haute, il commanda qu'on lui ouvrit les fenestres de sa chambre, qui regardoient Saint-Denif., disant h ceux qui le senroieDt qu'il vouloit voir son dernier logis : puis le soir tout tard, chacun s'estant retiré, à la réserve des sieurs Lucas, du Boîi et peu d'autres, il désira qu'on luy lût le 28* chapitre de saint Jean^ où sont les derniers propos du Sauveur i ses aposlres avant sa passion, et sa prière à son père en recooBr mandation de ses bien aymés disciples, qui est un discoon i fendre des cœurs de marbre et de bronze. Il se ût pareillement lire un chapitre de l'introduction à la Vie dévale an B. H. évesque de Genève, François de Sales, touchant le mépris du monde et le chapitre de la mort de Gerson, que le sieur Lucas ne pouvant trouver, il prit luy mesme le lim et y rencontrant à l'ouverture ce qu'il clierchoit : c Lisez, loj dit-il, cela^ i et cette lecture se continua jusques à mînuid. Le jour d'après, 20 du mois, s'assemblèrent ea sa chambn par ses ordres autour de Sa Majesté^ la reyne, le duc d'Orlèmii le prince de Condé, ses ministres d'estat et tout ce qu'il y avoit de grand à la cour, ot là, les rideaux de son lict levez, s'estant entretenu quelque temps avec la lieyne, Monsieur el Monsieur le prince, il haussa le ton de la voix, et flt à toute l'assistance un discours déclaratif de ses dernières volonlei, au bout duquel il commanda au sieur de la Yrilliëro, secré-. taire d'eslat qui estoit en mois, de lire, tout haut^ la Hëgenee de la Reyne séante alors au pied du lict, et tant ie lecteur que les escoutant fondant tout en pleurs, il avoit lai seul le visage gay et satisfait. Cette pièce ayant esté leae, il la flt signer et jurera la Reyne et à Monsieur leur disant plusienri. choses sur ce subject, comme aussi à Monsieur le prince.

* OBBNIBRS UOMENTS DE LOUIS XIII. 337

Entra pais après le parlement et les gens du roy, qu*il informa de ses intentions, et ensuite il enjoignit à M. le duc d'Orléans, au prince de Condé et à M. le chancelier d'estre le jour suivant, 21 avril, à Paris, et d'entrer au parlement et y faire enregistrer sa déclaration. Et ce fut chose admirable de voir le plus grand roy du monde disposer ainsi de son sceptre et de ses conquestes, quitter la reyne et ses enfans en la fleur de son aage, et mesme sa propre vie, avec aussi peu desmolion que s'il n'eût quitte qu'une maisonnette; et ce qui rehaussa bien fort la gloire de cette action, c'est qu'il parut visiblement que Dieu luy presta comme à dessein plus de santé et plus de force que de long temps il n'avoit, et tout le monde s'en estant allé tout en larmes, il se restint M. de Meaux et son confesseur, et ce qui restoit de la journée ne fut que pour Di(*u. La nuict, il souffrit de grandes évacuations qui, jointes aux précédentes, l'exténuèrent^ en sorte que ce n'estoit plus de son corps qu'un squelette parlant et mouvant, tellement que, le jour venu, se nettoyant luy-mesme, à guise d*un Job, et regardant par occasion sa poitrine^ ses bras et ses jambes^ et se trou- Tant tel qu'il estoit, il s'en estonna, et haussant les yeux au ciel, ce qu'il faisoit à tout moment : Quid est homoy dit-il, aux termes de ce prophète qu'il répéta depuis fréquemment, parlant à des grands qu'il aymoit beaucoup^ et entre les autres an sieur de Liancour, adjoutant consèqucmmcnt : t Je ne suis plus que terre t «

Celte mesme journée, sur les cinq heures du soir, après le conseil tenu, se flt le baptesme de M. le Dauphin, en sa chapelle da vieux château, la reyne présanic, et son parain fat, ponr Sa Saincteté, le cardinal Mazarln, et sa marraine. Madame la Princesse, de qui il eut le nom de Louis, désiré d'aiOears du petit prince, qui, après la cérémonie qui s'expMIa promptement et san:; appareil, en alla remercier

St38 LE CABINET mSTORIQUE. •

de fort bonne grâce M. de Meaux. Le roy, en ^vant icea tout Le succès, on loua Dieu, les yeux eslevez au ciel et-les y tint assez long temps.

Peu de joui^s depuis, ses mauvaises nuicts le matant de plus en plus, et ses médecins ouys là-dessus, il fat amité qu'on lui administreroit le saint viatique. J'eus rordredB lui en porter la parole, que Ton sçavoit assez qu'il recevrait à grande Joye, ce qu'aussi tost il Ot, car il m^embrassa anin tost tendrement comme le porteur d'une nouvelle qui Iq estoit Irès-agréable, et en dit mosme un Te Deum pour action de grâces à Dieu, avec plus d'espanouissemenl qall n'en avoit jamais témoigné, ni pour ville prise, ni pour bataille gagnée, et se tournant devers l'assistance : • Qia j'aime, ce dit-il, ce Pèret > L'on informe cependant la rejse de ce qui se passe; luy se confesse, la messe se dit, eti peine fut-elle achevée, quand voicy que celte prinoesseimii esploréc, comme Ton peut penser^ fend la presse, et .^jiBt laissé un peu en arrière Messeigneurs le Daupliin et le dM d'Anjou à leur gouvernante, elle se présente au cheval da roY, prosternée en terre ; elle le voit communier pour la dtt^ niére fois. Messeigneurs le duc d'Orléans et le priuce da Gondé luy tenant les deux premiers coins de Iani(ppe,4t deux aumosniers, les duux autres plus reculés.

Sa recollection après cela se fait à loisir, puis ils s'^id» tiennent luy et elle dans le particulier un bon espace dt temps, et, pour la clôture de cette lamentable action, le rqf demandant messieurs ses enfans, la reyne elle-mesme les Ti prendre tous deux par les mains et lesameine, et tous troili les genous en terre, ils reçoivent sa bénédiction.

Qui l'en eust creu, l'on luy eust donné tout d'un lenfs rextréme-onction; mais ce ne fut ni l'opinion de M. A Meaux, ni la mienne, tant nous lui vismes de vigueur; m effet, ce jour il continua encore d'accueillir favorableKflBt

quelques grands qui^ pour la plus pari, avoienl encouru son indignation, s'esiant engagé.» maiheureusemcnt dans les di- Tisions de la cour el de la maison royale, et aiant sçeu que les marescliaux de Chalillon et de la Force souhailoient de lay tesmoigner leur zèle pour sa personne, el le rep^rct qu'ils ayoient pour la perle d'un tel maistre, quoy qu'il ne vit pas folontiers aucun huguenot en cet accessoire, où il ne vouloitpas souffrir d'imagination contraire à la foy, son humeur estant de ne liaïr pas moins les pensées venues que les (Buyres, quand elles estoient d'un subjet qui ne plaisoit {MS à Dieu, il les fit toute fois enlrer, puis, les aiant remerciés de la tendresse de leur affection, il les exhorta fortement à se relirer de leur prétendue religion, leur intimant qu'estant sur le point de rendre ses contes à son Créateur, il ne pouvoit s'cnpescher de leur dire qu'à son advis Dieu les avoit gralifiées de ce grand âge, auquel ils estoient tous deux arrivés, pour leur donner le loisir de penser à eux, et qu'il les en conjuroit : qu'au demeurant, il reconnoissoit que^ selon le monde, ils estoient véritablement eegee, vaillans et très-braves hommes, mais que ce n'estoit pas le tout, qu'il n'y avoit pas plus d*nne voie pour aller au ciel, que, hors Tivglise catholique, apostolique et romaine, il n'y avoit point de salut : et choses semblables en de si beaux termes et avec tant de cordialité qu'il leur tira k l'un et>i l'autre les grosses larmes des yeux, qui fut tout ce qu'il êD eiist.

•îAlDsi la journée s'en alla, et la nuict s'avançoit bien fort Hliand Dieu permit, pour les raisons qui luy sont connues, gaTaprès nousestre un peu hastés de luy donner le viatique, «QS fosmes encore aussi hastés pour l'extréme-onction, sur «e qjoe nous en dirent les médecins, quy estoient alors de firde auprès de son lit, et particulièrement le sieur Seguin te jeam, premier médecin de la Reyne, car ne lui trouvant

240 LE GABINLT HISTORIQUR.

comme point de pouls, ils advertirent ciiaudement M. de Meaux et moy qu'il s'en alloit infalliblement, que très-difficilement verroit-il le jour, et qu'il esloit temps ou jamais de lui bâiller les saintes huiles, ne fût-ce que pour ne pas essuier le blasme qui nous suivroit si nous laissions mourir sans ce dernier sacrement un prince de tant de verlu^ et qui s'ea reposoit sur nous,— et qu'enfin il s'en deschargeoit. Si cetadTÎi me surprit, il sera aisé de le deviner à qui sçaura que le matin Sa Majesté ayant demandé au sieur Bonnart, à son ordinaire, des nouvelles de sa mort^ nous estant auprès de lay, et si ce seroit pour la nuict prochaine, il lui avoit répliqué que ce n'estoit pas sa créance, s'il n'arivoit quelque accident, et d'accidens je n'en voiois point; comme toute fois je fus pressé de mesnager, ce comme disoit, et ne voulant pas en alarmer le roy qui dormoit, sans une plus ample délibération, je me laissai persuader de prendre le carrosse de M. de IMeaux et m'en aller aux flambeaux au vieux chiten en donner part au cardinal Mazarin et au sieur de Changny qui, aussi estonnés que moy, me suivent en diligence, et les mesmcs médecins luy aiant tasté de nouveau le poob et nous promettant que, pour bas et faible qu'il fût, il nom dureroil tout au moins jusques à midy, conclusion se prend que, le jour venu, ce seroit à moy de le disposer au sacrement. Ce fut donc ce que je fis le lendemain au plus matin, jour de jeudy 22 avril, luy représentant que^ la nuit passée^ il nous avoit fait grande fraïeur, jusque là que les médecini qui le veilloient avoient doubté s'il verroit le jour : que grice à Dieu il estoit mieux sans comparaison, mais qu'il baissent néanmoins tout court : que tous les jours il se monroit et tous les matins il ressuscitolt pour ainsi parler, et que nous craignions là dedans pour luy un trépas inopiné, et qae pourtant s'il luy plaisoit qu'on luy donnât les saintes hailies cette matinée sans plus long délay, il auroit tous les aydei

DEBNIBRS «OUI %T$ (»£ LOUIS XIII. S4t

[tooles les armes spirituelles de TÉglise el nous lireroit

Bf rande anxiété*^ — Au surplus, rextrême-onction ne s'ap-

I pas de ce nom, comme ne devant eslre conférée qu'à la

extrêmitëf mais pour ce qu'elle estoit l'exlrôme

ïâi dire el la dernière desonclions ecclô&iastiques, et

Bêtie avoU mesme été instiluée de Jésns-Christ pour forti*

rcorps et d'esprit ceux qui sont grandement malades,

•leur rendre la sant^ï au cas qu'elle leur soit utile en

lité de médecine surnaturelle et céleste^ ainsi que Tapos-

[lâint Jacques Tatteste eu sa canonique» et qu'en somme

^peut beaucoup encourager un malade à porter douce-

Dtson mal.

îfut plus qu'assez à un prince à qui Ton pouvoit parler

[sa mort comme de celle J'autruy, et qui ne vivoit qu'au

'Il journée; sy voulut il néanmoins ouïr auparavant de ta

! de ses médecins qui Tavoient toujours . ntretenu de

Mque foible espt'H'anco de convnlessance. si à leur juge-

Dtsa maladie estoit sans remède ; sur quoy le sieur Bonnart

tluy réparti! autre chose si non : Dieu est tout puissant, et

«Sa Majesté, d'un visage serein el riant, s'écria avec le Psal-

Jœtatm sum in hi$ quœ dicta sont mîAt, etc. Ensuite,

^inion qu^alors il prit qu'il mourroit le kndemaint

r de vendredi, quant et quant, et 01a désirable et l'agréable

in[\e ! 0 heureuse journée pour moy f 0 vraymenl

llfeux veiulredy ! Aussi n'est ce pas d'aujourd*huy que ces

lis me sont favorable : un vendredy m'a élevé à la

mté ; je guagnay à pannl jour au pont de Ce, la premit>re

fîttes virtoir^^, la première place que j'ay assiégée a été

Bt-Jean-d'Angely . sa réduction escheutà un tel jour; la

lili dcSoubise U M advint aussi un vendredy, comme j'y

i%vn personne, et un autre vendn^di me lit savoir que les

opps que je venois d'envoier avec mes ordres en Tisle de

I contre les Angtois, les avoil battus et forcés Je rentrer en

K2 LB CABINET HISTOfilQUI.

leurs vaisseaux. Ainsi de quantité d'autres; mais ce yendred; me sera le plus heureux de toute ma vie, puisqu'il vbm mettra dans le ciel pour régner éternellement. Vaut mieu mille et mille fois estre roy au ciel que sur la terre : non toute fois que je me promette d'y aller tout droit saw obstacle au sortir du corps, car, eu esgard à mes offenaeii cent, cent ans de purgatoire ne sont point trop pour mofi Mais j'en auray aumoinsl'espectative certaine, Dieu aidant. i Ce discours finy, je le confessay, on lui dit la mescd; H. de Meaux s'approche avec son livre et les saintes buîlei, La Reine survint là dessus, et, comme je pensois luy quitlir ma pince, elle m'y retint avec sa bonté sans pareille; ta psalmcs, les litanies se récitent avec les oraisons, les onctîoiis usitées se font. Ce religieux monarque répond à tout aiuri peu saisi que s'il n'eût été que spectateur de cette action, ^i se lit si bien, il m'en souvient, sur les neuf heures et denie< Nous fondions tous néanmoins en larmes, quelque grand efioEt que nous fissions de les retenir, mais la cérémonie ne ht pas plus tôt achevée, qu'il joignit les siennes aux noslres, et nous dit, les yeux mouillés : a Je ne trouve nullement maih vais que vous me plaigniez, c'est une démouslration de votre amitê, et c'est ce qui m'attendrit : hors de là. Dieu lait assez si la vie m'a jamais pieu, et si je ne suis pas ravi da m'en aller à luy, » — et choses pareilles sur lesquelles il s'étendit avec tant de fermeté que, depuis, il m'avoua qu'il en avoit eu un petit sentiment de vaine gloire : et, comme je luy respondis que cette disitosition d'esprit estoit on ellet du sacrement qu'il avoit re^u. < t un don de Dieu qui di^ maiuloit sa reoognoissauce et loi iigeoit a dire : nom mdH$ Domine^ non nobis. $e*J nomini^ eîc, il reprit iQContînaBt : C'est ce que j'ay toujouriî dii. »

La foule au re<te de ceux qui avoient rempli la cbamlRi estoit si grande que lempeschaut de respirer et lui osianth

Toe et le libre usage de l'air qui entroil par ses fenestres, et Be Youlant congédier personne eu particulier, tant il avoit de circonspection et d'humanité, il fît signe de la main qu'on 86 rangeât, et nous dit : c Hé^Hessîeurs, donnez-moy la vie ! » Acetle parolle, tousc('ux qui n'avoientque Taire auprès de Iny prirent la porte, mais il m'arresta, m'ordonnant de ne bouger, et de luy dire a quoy il s*ocruperoit : a Sire, fis-je alors, » vous me paroissez si robuste cl si vigoureux, que je ne veux pas désespérer de votre convalescence et, ne sachant i quoy rapporter un changement si subit, je présume pieuaerneui que c'est un effet de TExtrême Onction, et que le grand Dieu agit eu vous extraordinairement, vous consolant et fortitiant. — « Je le sens, » poursuivit-il ; — et j'adjoutay qu'après tout, s'il n'esloit p;)s pour guérir de sa maladie, cette allégresse et cette force qu'il sentoit eu soy luy estoit preslée pour en digérer la durée avec moins d'ennuy; de sorte que je le suppliay de ne se point négliger, le sage l'y conviant an 38 de l'Ëcclésiasle : Fili, in tua infirmitate, etc., de suivre EMeu et sa conduite, partager la journée à l'accou- UBuaëe, prendre ce qu'il pourroit de médicamens et d'aiivens et quelques divertissements innocents après le repas ; que je luy parlerois fréquemment des choses divines, mais Kn peu de parolles, de crainte de l'attôdier, doutant qu'on se lasse de tout à la longue et qu'on doit distribuer aux aialades la nourriture spiriluelle, de mesine que la coi poreUe, peu et souvent à chaque fois ; qu'il pourroit songer de kâng aux œuvres pieuses qu'il voudroit faire : que de ma part, je me chargeois de l'advertir à point nommé de la journée, et, s'il se pourroit, de l'heure de son passage, m'en iBttniisantavec ses médecins.

Ce langage et ce conseil ne lui ayant point despieu, dès niMTB mesme^ il s'en prévalut, et tel en lut le succès que, lai forces luy croissant, je ne sçais par quelle ressource, il

s'émerveilla de ce qu'il avoit esté mis si tosl à TExtrâiiie- Onction, et en toucha mesme un mot à ses médecins, qui y parèrenl comme ils l'enlendirent.

Le lendemain matin, 24 d'ayril, il luy présentèrent one prise de rubarbe : mais ce que toute la cour eut de crédit et de rhétorique, joint à la leur, n'y adyança à rien ; et, nonobstant, après son dîner, par une espèce de miracle, i\ eut tant de santé et entra en si bonne humeur, qu'il se fit chanter sur le luth le psalme : Lauda^ anima mea^ Dominum^ par son premier valet de garde-robe; et ensuite l'on luy chanta en partie plusieurs autres psalmes traduits de nouveau en rime françoise, sur des airs de son invention. Et il en chaDla luy mesme des basses avec le duc de Schomberg, tellement que la reine l'estant venue visiter, à l'heure que tous les joan elle prenoit pour cette action, ne fut jamais plus estonnée ni plus joyeuse tout ensemble; et la nouvelle d'un prodige si peu attendu, volant soudain partout Saint-Germain, il n*j eut aucun de ceux qui avoient l'honneur de l'aprocher qu'il ne creut et ne luy vint dire qu'il esloit guary ; et luy, ne sachant qu'en juger, protesta tout haut que si le grand Dies agréoit qu'il revint au monde, il accepteroit la vie pour luj obéir, mais à condition qu'il luy pleust donner quant et quant la paix à toute l'Europe, et non autrement. Nostre espérance, toutefois, ne nous flatta qu'environ huit jours, car, dés l'entrée du mois de may, ce fut à recommencer, et ses langueurs et lassitudes parurent plus grandes qu'elles n'avoient encore été, et il luy tardoit tant et plus qu'on ne lui donnât la bonne nouvelle qu'il estoit temps de partir. Aussi ne s'en laisoit-il pas à ses médecins, quand ils le aollicitoient de prendre un peu de gellée fondue qu'on luy presentoit dans une fiole de verre, afin de lui espargner la peine de lever la teste. Son refrain ordinaire estant qu'on le laissit mourir en paix; et à moy mesme il me dit un jour pitoiable-

DBRNIEtfS MOMBNTS DE LOUIS XIII. 245

ment en termes du bouliomme Jib : Tedet animam meam vitœmeœ; surquoy, au défaut d'un discours de plus de consolation, je me mis à lui compaiir, avouanl que dans Testât où je le considérois, après tant et tnat de vicissitudes de douleursy de soulagement, de recbeutes, de convalescence, il me sembloit que je voyois une barque dont le pilotte combattu de la tempeste, est à tous momens eslevé, tantost à la hauteur des nues, tantost englouty au fond des abismes; mai.^ que réclamant en confiance le secours de Dieu, il en seroit exaucé et surgiroit à bon port. Davantage que tout ce que souffrent en ce bas monde les esleus de sa divine ma« jestë, leur est compté en déduction des peines du purgatoire, et, qu'à la bien prendre, c'est de Targenl à payer leurs debtes ; et, comme il gousta cette pensée, il s'enquit de moy sy en effect il estoit ainssy : alors je lui produisis le texte de saint Augustin sur le psalmettO, où il parle en cette sorte : Inhdc viia purgeê me, et talem me reddas cui jam emendato igné apus non sit : Purgez moy, s'il vous plait. Seigneur, et que 08 soit en cette vie, et me rendez tel et sy pur (lue le feu du purgatoire ne me soit pas nécessaire. Et à cela je joygnis que, dans la doctrine des Pérès, les longues maladies prises comme de la main de Dieu sont une espèce de martire, et que le mesme saint Augustin l'atteste encore en ces termes : MÊuUiducunt martirium in lecto, prorsi^s muUi^ et conséqnemment que, plus long temps on est malade, plus on appiHshe des saints dont le martire a duré long temps, comme nint Clément d'Ancyre, que je savois qu'il aimoit beaucoup. PIds, que l'ayant veu souvent dans le désir de mourir pour Dieu, non une ou deux fois, mais cent et cent fois, je tnwvois qu'il etoit ouï, et que estre si fréquemment aujourfflmi mort et demain vivant, au jugement des médecins, et IB Bonmettre là dedans aux ordres du Tout-Puissant, c'étoit BKrarirtoat autant de fois, et subir un nouveau martire.

246 LE CABINET HISTORIOUI.

En outre aussi, je fus inspiré de lui conseiller l'usage de la confession journalière pour ce qui lui restoil de Tie, n'en eust il autre matière que quelques péchés déjà confessés et pardonnes, pour croistre toujours en force et en grâce m moyen et en vertu du sacrement de pénitence; ce quetrfc volontiers il accepta et pratiqua, et j'en vis bientost les he»reux eiïecfs, car, fort peu de temps après, l'ayant ftiitressoBvenir de saint Martin disant à Dieu que s'il estoit encore utile et nécessaire à son peuple, il no refusoit nullement h prolongation do sa peine, t Voilà, t fit-il, •justement moi fait! 9 — et puis il adjouta par un mouvement héroïque qvH estoit prest, si Dieu le vouloil, de languir dans le triste estlt où il se trouvoil, autant de temps que peut vivre nalureltomenl un homme plein de santé.

Du reste, ses douleurs, la langueur à part, et le d'gout, et la veille, et i*importunité du bassin sur lequel il estoit saii cesse, et dont il redoutoit fort la mauvaise odeur pour tas assistans, n'estoieilt pas si petites, au redoublement surMt de sa fièvre, ([u'il ne fût contraint d'esteiidre fréquemment ses bras à Tair, les fenestres ouvertes, quoy qu'en une saison frileuse, outre l'ordinaire, et d'avoir sous ses reins et nousn teste des oreillers de paille d'avoine pour medérer la violence du feu qui le dévoroit.

Et, nonobstant^ je puis protester que, si quelquefoin il s'est plaint de ce qu'il souffroit, ce ne fut jamais ni h moy m en ma présence; au contraire, et c'est ici que je m'en vab dire une chose moins croiable, mais très véritable : Ce prince qui a triomphé de tant de puissans ennemis et fait tant et tant d'actions signalées, l'espace de quarante-deux iim qui a vescu, me dit un jour qu'il préféroit cette dernière maladie k la meilleure partie de sa vie, d'où on peut coujeclarer combien il pratiquoit d'actions de vertus sur son lict, et i bien il y remportoil de victoires sur ses passions.

DSRNIBBS MOMBIITS DE LOUIS XIIU 247

Je ne nieray pas néantmoins que je ne l'aye vea une oa deux fois en grosse colère, et qu'il n'ait eu de Tindignation eODlre quelques-uns pour cause qui ne sera pas venue à ma eognoissance : mais ou il en avoit raison, ou il s'appaisoit tout incontinent; — et^ quand il avoil donné subjet de fâcherie à qui que ce fût, présent ou absent, parlant à luy ou de luy, il y remédioit soigneusement ou par soy mesme ou ^r autruy; et, le josr mesme, il s'en confessoit; et je l'en ay veu user de la sorte envers le sieur Bonnart, et une fois envers moy mesme, à qui iî envoya un soir> bien tard, le rieur de Gëavigni en une occasion de cette nature. Quelqu'un aussi l'ayant adverti que le duc de Cbevreuse appréhendoit qu'il eust en son cœur quelque amertume contre luy, il pria Monseigneur le Prince de l'asseurer du contraire.

Or, depuis ce rude combat contre Teonuy de la vie, dont par digression, je me suis un peu détourné, il en eut deux autres à rendre, mais plus légers sans comparaison contre deux inquiétudes : l'une de n'avoir peu donner avant son Irespas la paix a la chrétienté, quelque vray désir qu'il en eusty et il vainquit celle cy de luy mesme, en se resolvant à n contenter de la demander à Dieu par prières, quand il auTOit le bien de le voir.

La seconde estoit fondée en l'affection naturelle qu'il avoit pour son estât qu'il aimoit par préférence à toutes autres èhoses, après Dieu et son salut, et je l'ay veu quelquefois disputer scrupuleusement, s'il ne pëchoit point en l'aimant 1^8 que de raison, et de là vint qu'il redouta grandement qu'après son trespas nous eussions beaucoup à souffrir. Mais 0OBlre cette anxiété, ie luy mis devant les yeux qu'il ne se deyoit point tant travailler pour l'advenir, y ayant pourveu de ion dief en la manière la meilleure qu'il avoit peu, que h sagesse divine à qui seulle il appartient de disposer soufurniement de la prospérité et de l'adversité des états, en

in *7.^«r*^<l Vr'.i'. ,r* lUr Tl.i j &?-•: LâO^ «•jU aÏBHB

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j^ ^,r*»/rjOi', ku .nT". .> \k :r .p ■:•:.' .i'^:. lâr j-jorneUeB tVf«pl^}Ojl î* v/fi iraiCî^ du pi.i. — àsa ^«rre. — â wiPrr «rjx \A\\kXï(-ji\ à ;ri^*:jrr: i'^'ilâ vac.iuoient, — et à r/iir lf;% artierjx de la Qo;jie«Â« qai alloit combaitre ei %T\uh\ (Ih l'j^^Mîe, vjus le dur d'Enguiea, qu'il araitc de s;o/i rnoiiveiAent pour y commander en chef.

t}t\ i,\uK il fevoît à disposer de quelques ETtehés, poi il dien:hoit enc/^re de» hommes, et de quelques abbaj nsrvAcft {Kiur un dej»Aein qui n'eut point de lieu: k régi

tIERS «IQi

«tiricaiionsj ordonner de ses iegs pieux el de ce quon fe-

m\ de son corps après son decés, articles Qui luy coûtèrent

trois grosses après-dinées qu'il y dédia : le cardinal JMastarini

k sieur de Chavigny^ qui tenoit la plume^ et son confesseur

yré^enls et enferuiés à cet effet avec luy. U me suffira de dira

^ue les évèchés furent donnez samclement, les abbayes cha-

ritiblemcnl ; que ny ses gratiliculioQs ny ses legs pieux ne

arent à charge à personne, de désir qu'il eusl d'espargner

(»Q peuple ; qu'il n'oublia qui que ce fust de ses domestiques,

^m vas mesnie le garçon qui boulangeoit le pain des chiens,

^^œgnaissant tous de nom et surnom et en ayant outre ce-

i'éstat devant soy; qu'il lit iJeux fondations nolables à

âini-Denis, tant pour soy que pour les âmes du père de U

Ui' levne sa rature; qu'il en Ot une a Chantilly et une à

Versailles; plus, que leglise Ju dit lieu de Versailles ayant

oin (le réparation, il en chargea k sieur de Noyers, pour

soigner que, quoi qu'il luy eust accordé sa retraicte

ide la cour, il avoH non obstanl très-bonne opinion de

iprobilé; qu'il envoya à la frontière des aumosnes secret-

' estre distribuées en quantité de villages par les Pères

I Ifî^^ion ; qu'il s'm distribua d'autres fois aux environs

|<l<cf hiis par les seings de Monsieur de Meaux, qui luy avoit

Vja rendu quelques autres fois ce service, quand il estoit

i pleine santé ; qu'une partie considérable fut assignée au

ûêiime prélat pour estre applicquée à la châsse de Saint-

re; que le tout se prit sur un fonds qui estoit entré tout

1 ptx)po8 dans le coffre du trésorier de ses menus plaisirs et

ce qui y resta après toutes ces destinations, qui ne se

Honiojcnt pas à peu, fut laissé au plein pouvoir des trois

r«ooûe< que dessus, commises pour l'exécution de ^es

s. Et, pour le regard de son corps, il déclara

,.^ .^ it, qu'il fust mis à Saint-Denis avec ses ances-

iSans cérémonie toutes lois, pour la descharge de Testât

SfiO UB CABINET HISTOUQOE.

qu'il plaignoit bien-fort, et qu'il tascha de soulager en toat et par tout autant qu'il pouvott. Arec cela ii souhaitta, par raison, si je ne me trompe, de pudeur et d'honesteté, qu'on ne l'ouvrit point, mais son confesseur^ Iny ayant reprëseaté qu'on le garderoil et exposeroit en public à la Royalle, durant quelque Jours, et (|ue, si on ne l'embeausmoit, il pouroit estre de mauvaise ordeur, il condesi'.endit à sa remontriace et voulant qu'il eust sa part en son testament^ le regardant d'un œuil capable de fendre un rocher : c Mon co&ur, » hiy dit'il, c vous le voulez bien t > Aussi luy fut-il délivré, trop tost, hélas 1 de plusieurs années, pour l'église de Saint- Louis, fondée et bastie par Sa Majesté : et la reyne régente le voulut enchâsser en or, et l'honorer d'une despence digu de sa magnificence et de son amour conjugal.

Ces affjires expédiées et son passage de la terre au del savançant toujours. Monsieur de Lizieux Cospeau se piisenta pour l'ayiler en cet accesifoire et se joindre à MoBsiev de Meaux, qui s'en arquittoit à la perfection : y parut sem* blablement Monsieur de Ventadour, chanoine de Notr^ Dame do Paris, que le roi vit de fort bon œil ; y vint auaii par deux fois le Père Vincent, la reyne l'ayant désiré el proposé h Sa Majesté^ qui n'y consentit que moyennant que soB confesseur n'y eût point ds? difficulté, si grande estoit loa attention à tout ce qui so passoit, et il y eust assez de bontl en cette excellente Princesse pour se vouloir donner ell*mesme, a toutes les doux fois, la peine de m'en parler, ce^fli me combla d'estime et d'à imifation pour elle, etm'oUigei non seulement à luy on rendre mes actions de grâce, nuM à l'en riM]uérir el supplier très-humblement. Là au iwplus ne s'anvste pas la considération du roi, car quand, pour la première fois, on luy amena ce bon père, il commanda que son confesseur fût appelé par mesme moyen, e4 ne le ^ qu'en sa présence, non à faute d'affection et de coD&aveo

DERNIBRS MOMRNTS DE LOUIS XIII. 25i

pour ce verfnenx personnage, mais pour cstouffer TraTserabiablement nn bruit qui couroit liepuis l'absence du smn de Hogers, que Sa Majesté s'en vouloit servir désormais pour SCS confessions, et se dcffaire des Jésuites.

Ce secours nous estant venu, et le roy ne me parlant guères sans me demander: « Quand sera-ce? » — et combien ses médecins loy donnoienl encore d'heures on de journées à vivre? Enfin, l'onzième de may, surveille de son irespas, nous convînmes entre nous de l'invitera s'y préparer par une dernière communion qu*il prendroit de nouveau en forme de viatique, ne le pouvant pas autrement: joint que 81 nous eussions remis cette action an lendemain, ignorant s'il y en auroil nn pour luy, il estoit h craindre, la flèvre ïuy ayant déjà entièrement dépouillé la l)ourhp et la langue, qu'il n'eût pas la force de faire passer la sainio iiostîe en son estomacli : et pourtant on me députa pour hiy en feire l'ouverture, et d'ayse qu'il en eust, il en chanta le Te Beum^ puis il se reconcilia : et, environ les sept heures du soir, il communia : et, cette mesine soirée, prenant la main delà reyne et de monseigneur le duc d'Orléans, et les joignant Pane à l'autre, il leur fit de rechef promettre de vivre en union et concorde, et leur recommanda encore une fois les petits princes, ses enfans; et si nous eusmes beaucoup de compassion pour luy. nous l'eusmes très grande pour cette bonne princesse qni, après s'estre deslogée du vieux château, pour pstre plus près du roy, ne laisse il pas de se rendre tous les jours aux pieds de Jèsus-Christ exposé en l'Eucharistie, de réclamer tous les saincls et saincles au suhjet de son esponx, adjouler toujours vœux sur vœux, neuvaine surneaTaine, et le recommander sans cesse a tout le clergé sAcnlier et à toutes les communautés régulières; et, n'osant paroiatre i sa vene si souvent qu'elle eût bien voulu, de peur de l'inquiéter, elle en apprenoit à tout moment des

252 LE CAUINBT HISTORIQUB.

nouvelles, et toujours fâcheuses, dans une antichambre. Uzk^ ce jour là, elle gagna qu'il la souffrit à son chevet jusqaei à trois heures après la minuict, et la meilleure partie de h journée suivante, sans jamais s'en esloigner que quand oo changeoit le bassin du roy , qui, la voyant revenir, ne manquolt guéres de luy dire amiablement : c Madame, n'approchez pas du lit, il sent trop mauvais; » — nonqu'en effetœli fût, mais il le craygnoit pour Taffection qu'il ayoit à la netr teté et honesteté.

Or, ceste journée suivante, la treizième de may et veille de l'Ascension , fut celle-là , si ma mémoire ne me trompe, qui le consola d'un pressentiment de la victoire gagnée i Rocroy. Il s'estoit acquitté de ses prières ordinaires; il avdt ouy la messe; on lui a voit parlé amplement de Dieu; peu de personnes estoient dans sa chambre, tant pour ce qu'il estoit encore assez matin; qu'à raison que, ayant beaucoup enduré toute la nuict, il se laissoit aller de fois à autre à un court sommeil que, par discrétion, on ne vouloit pas interrompre; j'étois cependant à sa ruelle, où il me venoit d'appeler pour luy dire quelque bon mot, quand, luy voyant clorre le yeux, je me retirai tout doucement en arrière contre la cheminée, où je ne fus pas longtemps, qu'oyant entrer quelqu'un en si chambre et s'appcrcevant que cestoit par bonheur monsei* gneur le prince, il Tinvita à s'approcher, et sa voix estant désormais extrêmement basse, mon dit seigneur le Prince ayant appliqué l'oreille à sa bouche, il luy tinst ce court langage: — c Monsieur, l'ennemi s'est avancé sur notre frontière avec une grosse et puissante armée (chose qu'âme qui vive ne pou voit encore sçavoir); mais votre fils les va vaincn glorieusement et repoucser honteusement. > — A quoi M. Il prince se contenta de répartir, qu'il y avoit grande apparence que les deuv années se choqueroyent , et que les Flamands perdroyent^ Dieu aydant, la bataille. Et, se venant

DERinBBS MOmifTS DB LOUIS IIII. 253

joindre à moy : «Prenez, c me fit-il,» garde au roy^ car déjà son cerveau se trouble. Et à cela ma réponse fut que le cerveau estoil au roy la partie la plus saine qui fût en luy , et que ses fréquentes évacuations en destoumoyent les fumées qui lé pouvoient altérer; que ce n'estolt pas ce que je craignois, mais que par fois il avoit des songes de peu de durée, et ce qu'il venoit de luy narrer en estoit un. Aussi mon dit seigneur le prince, après la sanglante victoire qu'obtint h Rocroy monseigneur le duc d'Anguien , son fils, me vint aborder plain de joye, et me demander ce qui me sembloit de la prophétie : ainsi me parloit-il du feu roy.

Ce même jour encore, Sa Majesté s'enquit de moy si elle n'estoit pas au dernier jour de sa vie^ et je Tasseurai que non y ses médecins m'ayant fait entendre qu'ils luy trou- Yoyent assez de force pour gagner le lendemain et plus ayant, n'estoit que sa fièvre redoublât comme d'ordinaire, d'autant qu'en tel cas difficilement dureroit-il nu de là de trois heures après midi, mais qu'il ne pouvoit mourir en un jour plus considérable que celuy qui a le premier ouvert le ciel au genre humain; et, en effet, il en loua Dieu et me témoigna qu'il en estoit tout consolé.

Puis il me parla d'un petit crucifix que de longue main il gardoit pour cette occasion ; de deux bréviaires et d'un diurnil où il avoit marqué luy mesme la recommandation de Tume; il se fit apporter le tout pour estre plus prest au combat

Il me demanda quand se fait précisément le jugement particulier? et sur ce que je lui répondis que nous serons tous jugei au moment de la division de l'âme et du corps; mais qu'alors il ce verroit escorté de son bon ange et de tous les uincts et sainctes dont il révéroit les reliques que nous Toyons k son chevet, et il me sembla, à sa contenance, ainsi qo^en toutes ses paroles, qu'il luy tardoit que l'heure n'en

S54 LB UABINST HIITÛRIQUK.

vint; car^ fti tost que je luy touchois quelque mot du paradis, aux termes de ûavid dont il savoit et eutendoit suffisamment tout le Psautier et une infinité d'autres textes de r£criturc^ son cœur y voloit tout incontinent: et quand je disojs, pour cxeir.ple : Quàm dilecta tabe^^nacula ttuil il continuoit : Concupiscit et déficit anima mea; et, s'il m'adTenoit de iuy dire : Cùm deJerit dilectia suie SQmnum^ il adjooloit conseil utiniiient : Ecce haereditas Domini, Si, rexliortanti attendre la venue de Josus-ClirisL» je coonmencois le verset: Expecta Dominum^ il ne manquoit pas de nous dire : Bi confortetui cor tuum. Si je disois après saint Jean, sur la fin de l'Apocalipse: Veni cita Domine Jesu, il ropétoit affe^ tueuseiuent : Etiam veni citd Domina Jesu. Davantage, ce jour h\ laesme, un certain mayani rapporté (|u'on tenoiten cour i}ue le roy avoit souDailé (^ncori* (|uiuze jours de viejet que '.{uelques personnes eu avoient martel en teste, et ne to pouvant lias croire, je m'en voulus enquérir de luy, qui ne répliqua, ce qui estoit vray, qu'il en seroil bien marry.

Le soir, tout tard, ii voulut ouïr entre choses la lecture de quelque chapitre do la |iaraphns'.> fra.îçoiso do la vie de Jésus-Clirist, selon les quatre évangélistes, que le père de MoQtniui), jésuite, luy avo i présentez d: puis peu de jonn; mais le ivsie de la n.iict luy sembla si long et lui cousta tant à iiM>ser qu*à lou! propos il s'inf()nnnit«iuelle heure il estoit, et, iucoulinant que le jour parut, il se fit ouvrir son rideaa et ses féueslros et commença à |;ressor sa messe, où pea do i..uude se trouva, d'autant (|u*il estoil Irop matin, et, cependant qu'on dressoit l'autel il me ciiargea d'une commission et me dit un mol à part, qui jue lit beaucoup admirer son ^1 and et profond jugement et sa religiosité.

Puis, sa messe achevée, encore voulut-il sçavoir de la propre bouche de ses médecins s'ils persistoient en leurs prédictions et s'il ne seroit pas pour tirer peul-estre jusquee

à SOU heureux vendredy, sans que toute fois il s'en souciât, el eux, Tajant longuement considéré et touché, prononcèrent unaniment, sept ou huict qu'ils estoient^ qu'ils ne Tosaient pas espérer, son redoublement estant pour venir sur les deux à trois heures, el qu'il y succomberoil. Et je joignis que, suivant Tusage de l'Église, le vendredy commençant dès les vespres du jeudy, sortir du monde un jeudy sur les trois heures, c'estoit mourir le vendredy, et monter tout ensemble au ciel à mesme jour que Jesus-Christ ; à cet arrest définitif le roi, fort content, esleva les yeux au ciel, ioignit les mains et pria un assez longtemps en son cœur, après quoy, haussant sa voix, il s'escria : « Loué soit Dieul > et adjouta tost après : c Votre volonté s^ face de moy, ô mon Sauveur I »

Estimant donc qu'il etoit temps de prendre congé de tous, il commença ses adieux par la reyne son espouse, que la douleur estoujffoit, et luy dit plusieurs choses qu'autre qu'elle n'entendit. Survindrent après ses enfans, à qui il bailla sa bénédiction, puis les princes el princesses, les seigneurs de marque et universellement lous ses ofliciers grands et petits qui se trouvèrent di.ns sa ciiambre, et aux uns, les embrassant, il leur donnoil une bonne parolle, aux autres sa main à baiser, aux autres il la prenoilel estroignoit, aux autres il la metloit sur in teste; et me voyant qui me présentois pareillement le dernier de lous, il se jfta à mon col jusques à deux lois et m'einbrassant Itenignement me disant quatre ou cinq mots obligeans infininient.

Cette action ainsi faicte, il ne se parla plus que de Dieu, et sa ruelle demeura aux ecclésiastiques revesius de leur surplis, dont ceux qui n'eu avoyent bougé dés la pointe du jour s'en allèrent célébrer la Sainte-Messe pour Sa Majesté, et tous s'en estant acquittez, nous mismcs sur son lict, devant 868 yeux, un crucifix, qu'il adora et baisa fort révéreiument et, les cierges bénis à costë, nous ouvrismes nos livres

256 LE CABINET HISTOBIQUE.

et recitasmes les litanies et les autres prières qne l'église a ordonnées pour ceux qui sont en cet accessoire, excepté celle qu'on réserva pour la dernière extrémité, luy tousjoiin respondant à tout, et n'en perdant pas une syllabe ; et, quasd nous fusmes au bout, il congédia la compagnie» ne se retenant que son confesseur, voulant donner ce loisir à tous de prendre leur réfection; puis, quand ils furent tous sortis, il me répéta ce que déjà une et deux fois il m'avoit dit« qu'il redoutoit que lorsqu'il perdroit l'usage de la paroUe, Sathan vint à luy donner des tentations contre la foy et que pourtant s'il m'arrivoit de le veoir en peine, j'eusse de bons advis toit prests pour le secourir : mais là-dessus ma réplique fut que là nestoit pas son foible, et que Sathan sçavoit trop i'ho^ reur qu'il avoitde ce genre de tentation: qu'avoir en dèteitition une tentation, c'est la vaincre : qu'ainsi faisolt Sa Mijestè à la première imagination qui heurtoit sa foy pour l'employer alors contre luy, disant tousjours au mesme moment: Credo sanctam ecclesiamcatholicam ; et hors de l'Église il n'j a point de salut. — c De quoy serai-je tenté? » ajouta ce vertueux prince. — Possiblement, sire, d'aversion, vous représentant des personnes qui vous auront autrefois fiché comme si vous les aviez sous vos yeux en votre chambre et an pied de votre lict. <- Que me faut-il faire, poursuivit-il, en tel rencontre? — Sire, il vous souviendra, s'il vous platt, deli vertu de charité et de l'omour des ennemis. — Boni dit-il; mais convenons que si je suis tenté par cet endroit je le ycob signifieré par un geste de la main et vous me crierez : cbtrité, ou ce que vous advisercz. > Je le promis, et j'en vis l'elTet avant son trespas à ma grande consolation comme il se dira bientost.

Après donc qu'il eust tiré de moy cette assurance, il me fit mettre sa Vie des Saints sur un pulpitre haut eslevé, et me commanda de m'asscoir et luy lire la dedans la Passion de

Notre*S6igneur : et les autres commençant à retourner, il m'enroya, malgré moy, manger un morceau, puisque le temps me le permettoit.

L'aprës-diner, nous reprenons tous nos places au plus près de luy, et le scrupule luy estant venu d'avoir abrégé sa vie par le refus des alimens qui luy avoyent esté offerts^ il en requit l'absolution : quoique la vérité fût que, pour s'estre efforcé de prendre son laict sur les dix heures de la nuict, il en perdit la respiration, et il tint à peu qu'il ne mourût entre les mains de ceux qui le souslevoient. Cette anxiété essuyée, il demanda le sieur Bonnart et luy présente le bras pour scavoir de luy où il en estoit : et le dit sieur l'ayant manié, luy répond la larme à Tœil : c Si ma créance ne me trompe^ ce sera bientost que vous serez délivré des liens de ce corps, je ne vous trouve plus de pouls; y> — et luy^ à Tinstant, regardant en haut : c Mon Dieu, > dit-il^ < recevez moy, s'il vous plait, à miséricorde I » — et se retournant devers nous : i Prions! > fît-il, « et quant et quant, » s'adressant à M. de Meaux : c Vous avez, t lui dil-il, > dans le livre que vous tenez, (c'estoit un de ceux de sa majesté, les prières de Tagonie marquées par moy: ) commençons les à la bonne heure I » — Nous le faisons, et il y répond, les mains jointes et les bras tendus contre le ciel, les rideaux de son lict ouverts, et tous les grands priant et pleurant, conjointement arec nous les genoux en terre, ce que la reyne ayant fait un Uen long temps, Mgr le duc d'Orléans et le prince de Condé ja retirèrent de l'aspect du roy, et la menèrent en sa chambre. Moy cependant voyant que la voix de Sa Majesté s'abais- .•oit fort, je le suppliay très-humblement qu'il luy plut de se contenter de ne respondre que mentalement, nostre oraiton estant pour durer, il le fît, incontinent, puis, au bout ..de^qaelqae temps, je m'advancay d'adjouier que ses pauvres I tendus comme un arc contre le ciel me faisoieni pitié,

iU oanée. Septeabre-Octobre 1866. — Doc. 18

et soudain il les abattit, et les tint en croix sar ses anps et continua de prier de cœur et des yeux.

Advint au surplus assez tost après que, s'adressant à oof, il me déclara à haute voix avec quelque sorte d'effiroy ^ae certaines pensées l'inquiétoient fort extraordinairement : et, sur ce, je l'encouragcay, Iny remëmoraut qu'il estoit au fort du combat, qu'il n'a voit qu'a résister généreusement â «s ennemis, se fier en Dieu et les mespriser; qu'ils faisoteritdl pis qu'ils pouYoient, mais qu'il en auroitbientost laTidOire, qu'il nous voyoit tous en oraison autour de luy, les genoux en terre, qui Tassistions de cœur et d'âme, et il pvnft qu'à CCS parolles et à la veue du devoir que chacqutrn laschoit de luy rendre, son bon courage lui revint et se grossit, son visage se rasséréna et l'ayse qu'il en eust luy en fit toucher an mot à M. de Lizieux qu'il avoit à son oreille. Il baisa dltffection une médaille de saint Fiacre que M. de Meanxloiteftdoit, et une autre des cinq saints que je luy offris, et 'ptMT en gagner l'indulgence, il réclama dévotement le nom d6 Jésus.

Et, voyant qu'il s'en alloit, nous le fismes souvenir de prononcer : in maniis : après quoy, il perdit tout usage, premièrement de la parole, et puis de l'ouye, le jugement liqr demeurant, dont il me donna, à ma grande consolation, OM démonstration sensible sMI en fut jamais, et de la satishctlon avec laquelle il se mourut.

J'avais présumé de luy prédire, ainsi que je Tay desjâTH conté, qu'estant au dernier période de sa vie il sercA phis tost tenté en matière d'aversion qu'en matière de créanoe; il m'avoit adverti que, cela luy arrivant, il me le maraifeMa* roitpar quelque signe; or, s'il le promit, il reffisGtm,-d'aitant qu'à la veue de toute l'assistance, comme s'il ettldefiBt soy un objet d'aliénation au pied de son lict, il^meeeilria du doigt et de la contenance, non sans eslonnement de-lte-

DEBlflSBS MOKENTS DE LOUIS XIII, 180

Tisager aussi^ et, comme j'y portois les yeux, il me regarda de rechef avec un souriri! ({ui m'appreaoit sa victoire, et, ipplicquant tout incontinanl ce mesme doigt sur sa bouche, 41 m'insinua que je luy ferois plaisir de m'en taire : et ce fut le dernier témoignage de cognoissance que j'eus de Sa Majesté, car, depuis, on ne le vit plus qu'agoniser et son âme se deprendre et détacher de son corps, ce qui se flt si doucement et si imperceptiblement que son dernier moment SOI» surprit.

Et en cette manière mourut Louis treiziesme, le quarante deuxième de son âge, et de son règne le trente deux, sur les trois heures après midi, à pareil jour et presque à pareille lieure que le grand Henry son père. — Et messieurs de Lixieux et de Meaux lui fermèrent les yeux, qui luy estoient demeurez ouyerts et dressez, la part où estoit allé son esprit I et, chacun de nous ayant donné de l'eau beniste, nous laissasmes son corps à ses ynlets de chambre qui en ayant ce qa^requeroît leur oiBce à l'ordinaire, la musique de sa chapelle luy Tint chanter un De profanais^ et on l'exposa en public sur son lict de parade, environné de vingt-quatre religieux de divers ordres, psalmodiant autour de luy et se relevant de deux heures en deux heures, et entre douze jésuites, "iliH ne le quittèrent que quand nous le portasmes de Sainl- Germâîn à Saint-Denis, par la route qu'il avoit luy mesme dessignée de son vivant comme la plus commode pour ceux fBiile conduiroient.

Nous clorons ce récit, un peu long, par ce résumé qae donne Bê^, des diverses phases de la dernière maladie de Louis XIII. ^GRM'de la part d'un écrivain exact, comme Tautenr de l'Hittùire HtVMwsoi» l/mis xni, qui n'a pas connu le récit du P. Dinet, "OM jmilTe de Texactitude et de la -véracité de Tnn et de l'autre. iM^vloDg ntnré eomme le résumé succint se corroborent et jus- 1fltedt¥mi purTantre.

t Oq peut dire que jamais homme plus résolu à la mort n'eut plus de poi' ' à mourir. C'est quelque chose de vraiment horrible à se figiiici ijue cette sorte de pompe qui entoure Tagonie des rois, que celte longue lutte de la vie contre le mal, se passant avec les soins bilieux qu'elle demande, les plaintes qu'elle amchei avec tout *le désespoir du rorp^; et de l'âme qu'elle produit, ea présence de noiiibrrux spectateurs, dont la douleur fatigue, on dont on devine la joie. Tous les mots qu'on a conservés du monarque nioriliOnJ, durant ces tristes soirées, tendoient à une fln, et n'avoieiu ((u'une pensée, nous dirions mieux, qu'un sentiment Il demanrioit qu'on le laissait s'éteindre tranquillement, qu'on loi épargnât des elTorts dont il ne pouvoit avoir que la peine, que l'on ne troublât pas le peu de sommeil qu'il obtenoit si raremeoti pour robli^jer à prendre des aliments ou des remèdes. Un »oir pourtar.t (10 mai) (]u'il venoit de dormir quelque peu, il s'éveîUa en sursilut, cIior(!ln des yeux le prince de Coudé dans sa ruelle, et lui dit qn'ii avoit rAvé d*une grande victoire remportée par la duc d'Enghieu, son fils, sur les enneuiis du royaume. Cette éne^ gie que sembloit lui avoir rendue pour un instant un songe de victoire, il la constrvii jusqu'à son dernier moment, pour les préparatifs d'une sainte mort. Ceux-là le trouvoient toujours prêt, toujours disposé : loin de leur demander répit, il les sollicitoit, il les appeloit, les dirigeoit lui-môme. Deux évêques, deux Pftni Jésuites, et le P.Vincent de Paul, étoient toujours près de lu, pour lui faire des lectures ou des discours dont il leur donnolt le texte. Enfin le 14 mai 1643, trente-trois ans jour pour jour aprài la mort de son pore, et presque à la même heure, Louis Xlll rendit l'âme. >

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