‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 60 sur 148 · Au MÊME · texte numérisé non relu

Au MÊME

VeodAme, h mai 1830.

Vous avez agi en homme d'esprit, mon cher Tèiiiui; vous répondez par des vers excellents à une lettre fort ridicule. C'est fort bien. Et si vos veis me prouvent un taleil que je sa vois apprécier, votre silence me prouve que avez fait de grands progrès dans la connaissance du humain. En eiïel, que répondre et comment répondre i a homme qui vous prie de déterminer la mesure iempti^ tentions et de ses droits f il faut pour cela connaître bieBM juste la limite du talent, de Tambition et surtout de l'amoupropre du questionneur. Il y a un temps où vous aurieieni pouvoir me répondre avec franchise; vous me saviei|V. cœwr; mais voilà trois ans bientôt que nous ne nous somiMi vus, et depuis trois ans le bonheur m'a gâté; je suis devHi ambitieux outre mesure et de la vanité la plus chatonilleottl Je ne sais, en vérité, où j'avais la tête quand je vous aiéfirit cette sotte lettre. Regardez-la comme non avenue. Cepeadant, mon cher, comme je ne veux pas que vous me croiia tombé dans la niaiserie la plus complète, je vais tous expliquer ce que vous avez dû regarder comme une énigme. Je voulais savoir de vous si mon ancienne position, auprès de qui vous savez, me nuirait, dans le cas où je voudrais joaer le rôle de solliciteur ; si la manière dont je me suis oQDdnit. envers ce personnage m'a donné quelques droits à la ooi* aanced'un gouvernement conduit par d'honnêtes gais; e^si enfin, le proverbe qui quitte la place la perd est de fov

LBTTBS8 d'âDBISN DE SÂBRAZIN. 3M

WfA et de tous les systèmes. Si voas tronvez U réponse lélicate, ne répondez pas à ces questions; mais, pour écriyez-moi qaelqnes mots; je tiens d'autant plus à mis qu'ils sont en petit nombre, et dans le triste état m âme et de ma santé, leur indifférence apparente me 1 mal très-réel.

ir revenir à votre envoi, je vous dirai, sans complique je suis cbarmé de ce morceau. Votre style est èrme et plus soutenu; la phrase poétique est toujours aite et vous exprimez avec autant de force que d'élétoute l'indignation dont votre belle âme est remplie, des misérables qui voudraient par de nouveaux crimes per au mépris. Que je vous porte envie i vous conser- I goût qui vous a procuré d'heureux instants» de douces »ns. Quant à moi, plus rien ne me plaît, rien ne me ; je ne suis plus qu'une ombre; je ne vis plus que pour ir. Mon esprit est tombé dans une impuissance absolue, eureux quand je m'en trouve assez pour écrire à quelamis indulgents qui daignent répondre en prose aux salons franches de mon attachement.

eu; dites mille choses tendres pour moi à votre douce igne. J'embrasse les petits anges qu'elle vous a donnés :, j'eqpère, hériteront un jour de vos talents et de tos entes qualités. Tout à vous.

Adrien de Sarrazin.

^ v&D MÊME. — Chef de la librairie, au ministire i4Êtkitériewr (pour lui seul), -» A Paris.

; ^ .. Vendôme, le5 maiiSSS. — Rép. le 9.

Èdamandez, mon cher Tézénas, pourquoi je n'ai (à votre dernière lettre, en datte de telle année, »iiB««Bted«DéoaBbN HM.- Doe. n

330 Ll CABINET mSTOBIQUI.

de tel mois, de tel jour , je vous diraU pour A'exea«i

(pie probablement j'en ai été empêché par ma migriiBei mon mal de dents, on ma colique» ou mon rhumatisme. Th nez, le vrai mot c'est ma léthargie.

le vous demanderai à mon tour comment voub m m'im pas même accuse réception du joli exemplaire que je VMi ai adressé de mes charmantes fraducHans. Vous êtes le ml qui ayes manqué à cette fonnalité obligée, car youi èt«ii seul à qui j'aie fait un aussi joli cadeau. Vous me répoodrili en vain que c'est votre léthargie ou vos graves occupatûn ce qui revient à peu près au même, car vous n'êtes, je gi|i, guère plus occupé que votre ministre; mais si mon eiemi moi ne vaut pas grand chose, la vôtre est encore moins admissible; car enfin, par mon silence, je ne fais tort qu'àBA et par le vôtre, vous faites tort à moi et à un tiers, 6^ dire à la personne que j'avais chargée de monenvoL rempli fidèlement mes intentions? avez-voue reçu cet plaire? Voilà ce que je me demande et ce que je n'oie U demander, dans la crainte de lui laisser voir une dèflaM mal placée. Tâchez donc de dérober une minute à te ffii* tique littéraire^ et donnez-moi signe de vie; car, si Je M vous écris pas de peur de vous ennuyer, vos lettres as M grand plaisir, quoique vous ne m'y disiez pas tout es qoi vous pensez. Quant à moi, je ne sais plus ce que je pwi) je crois que la ligne droite est la plus longue de toutes, qm deux et deux ne font pas quatre^ que M. de Yillêle est H grand homme, que vous et H. l'abbé Guyon voue aimeilsi

jésuites à la folie que que que aaa flri, Ji

vous laisse à deviner tout ce que je pense, vous en viendni facilement à bout, quand vous vous sentirez le cerveau vidu

Adieu, mon cher ami, donnez-moi de vos nouvelles; ANt" dez-moi s'il vous est arrivé quelque événement heuMVi ' s*il pleuvra sur vous quelques gouttes des favanrs qM i^

LBTTBES d'ADRIBN DE SARBAZIN. 331

S(kT0 va répandre à graQ4s flots sur tous les genres de gloire et de mérite.

Rappelez-moi au souvenir de Itf. l'abbé Guyon dont la dévotion s'açconlerait assez bien avec la mienne. J'embrasse vos petites enfants et.... votre femme^ ne vous déplaise.

Tout à vous.

AdHJBN BB SARBABIlff.

iO. Dd li&w.

6 mars 18S6. — Rép. le l«r avril.

Vous voyeZf mon cher Tézénas, que je prends mon temps pour vous remercier, lorsque vous m'avez rendu service, mais vous me connaissez, et je n'ai pas bemn de déployer avec vous beaucoup d'éloquence pour vous prouver que je ne suis point un ingrat.

J'ai été charmé d'apprendre le succès des démarches du jeune Banou; l'intérêt que vous avez bien voulu prendre à cette affaire était une nouvelle preuve que vous me donniez 4e votre amitié. Aussi ai-je éprouvé un double plaisir en tpprennant par vous qu'il avait réussi.

Je vous recommande encore un nouveau protégé, c'est le jeune Henrion^ bon jeune homme de notre ville qui appartient aux plus honnêtes gens de ce pays-ci, mais que la fortane a traité comme elle traite en général les honnêtes imi; il TOildr^it être libraire breveté; se^ pi^çe^ sont parfaitement en règle, sa demande appuyée fortement pur tontes les autorités locales, et je crois que vous n'aurez pu autre chose à faire que de lui épargner les lenteurs qui '..jRiioapignent souvent les moindres affaires. Pauvre jeDqe Il d vous eaviea oe qu'il demande I C'est à peine de

Teau à boire et du pain à manger. Yendôme est une ville où il ne manque pas de gens qui écrivent, mais des gens qui lisent, je n'en connais point.

Pourquoi donc ne pas me donner plus souvent de vos nouvelles. Vous m'alléguerez vos occupations; mais Urne semble que, de temps à autre, une petite lettre un peu gaie, un peu caustique serait pour vous un délassement agréable; il est doux quelquefois de pouvoir déposer le fardeau qui pèse sur notre cœur. Je ne vous parlerai point politique; les circonstances sont trop délicates ; mes idées demanderaient trop de développement et ressemblent trop aux vôtres, je gage, pour que je me mette en train d'étaler ici tout ce qoe je pense. Je me contente donc de me rappeler à votre souvenir, de vous souhaiter bonne santé, bon courage et bonne chance, j'ajouterai: et un bon ami qui puisse de temps i autre me remplacer auprès de vous el dérider votre front lorsqu'il est obscurci par un travail ennuyeux.

Tout à vous et de tout cœur.

Adrien de Sarrazin.

XXXU. - BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

Le PREMIER LIVRE DBS CHRONIQUES DE Froissart, maniisciil de II Yaticane. — Publ. le baron KenAn de Lettenhove (1863 S veL in-8. Bruxelles.)

— Saite. —

Le premier livre des Chroniques de Froissart débute pir on prologae qui, contemporain de la révision de l'œuvre du chtaote de Ghimay, fidèlemept conservé dans les manuscrits les ploi nu*

BULLETIN BIBUOGBAPHIQUE. 333

tbentiqaes des chroniques, eût l'approbation de tons les éditeurs, à partir de 1495, jusqu'au xix* siècle. Yérard, Sauvage, Burchier, JohDes, Dauer et Buchon l'ont traditionnellement respecté et reproduit.

On trouve en ce prologue trois faits principaux : i"* l'annonce et le motif de l'œuvre. Afin que honorables emprises et nobles aventures et faits d'armes Soient notablement registrées et mises en

mémoire perpétuelle Je veux traitier et recorder histoire et ma-

Hère de grand louange.

^ Après cette volonté exprimée, l'écrivain se recueille et fait ainsi appel au secours de la divinité : Mais ains que je le œmmence, je requiers au sauveur de tout le monde, qui de néant créa toutes dioses, qu'U veuille créer et mettre en moi sens et entendement si vertueux que, ce livre que j'ai commencé, je le puisse continuer et persévérer en telle manière que tous ceux et celles qui le liront, vervont et orront, y puissent prendre ébâtement et plaisance et je enchoir en leurgrâce.

3^ Après cette invocation, émanée d'un esprit convaincu, d'un homme ayant dépassé Tâge des passions, l'écrivain ajoute :

On dit et voir est, que tout édifice est ouvré et maçonné fune pierre après foutre, et toutes grosses rivières sont faites et rassemblées des phtsieurs ruisseaux et fontaines : aussi les sciences sont extraites et coimpHées de plusieurs clercs, et ce que Vun sait, Vautre ne sait mie ; ncn pour quant rien n*est qui ne soit sçu ou loin ou prés. Donc ainsi, pour atteindre et venir à la matière que fai emprise de commencer, premièrement par la Grâce de Dieu, et de la benoite vierge Marie, dont tout confort et avancement viennent. Je me veux fonder et ordonner sur 1er vraies chroniques, jadis faites et rassemblées, par vénèrMe homme et discret Seigneur Monseigneur Jean Lebel, chanoine de eednt Lambert de Liège, qui grand cure et toute bonne diligence mit en cette matière, et la continua tout son vivant au plus justement fifUpùij et moult lui coûta à acquerre et à l'avoir.

Ces trois points, disons-nous, montrent à nu l'âme du chroniqueur. Aa moment de reviser l'œuvre de ses chroniques, il exfrime, par un coup d'œil rétrospectif, quel est le motif qui lui a lut prendre la plume : traitier et recorder histoire de àrand-

Le ebanoine de Ghimay, engagé dans les ordres^ doit s'incliner difipt le divin maître, qui de néant créa toute chose; toute idée de sme doit être éloignée de son esprit voué au sacerdoce.

Pais avec ce style imagé, pittoresque et naîf^ pour faire entendtB qn^en matière historique, c'est la collection des matériaux 40! grossit le récit, et que pour que la narration soit complète iD faut s*aider de l'œuvre des devanciers, car ce que Vun 9aii^ foitn ne sait mie; et le clerc qui tient le burin de l'histoire avec eeta probité littéraire qui doit être le patrim9in3 du chroniqaeor, doit mentionner ses emprunts, et nommer expressément cehii gai loi a servi de guide dans ses rudes labeurs.

Ce prologue, nous le répétons, fait le plus grand honneur a c^ bon et doux mcAtre qui s'appeîlait messire Jehan Froissart; la probité littéraire Tut la gloire de son nom, ses sentiments religieux as déclin de ses jours, ce fut Tbonueur de sa vie.

Le prologue qui sert de frontispice au manuscrit de Rome «t antipathique avec les sentiments que nous venons de mentionBt^ U trésorier et chanoine de Chimay, an moment de mettre 00 pirf dans la tombe (d'après M. Kervin), dans un prologue qa^onatoi^ suivant nous, de lui attribuer, n*a point un seul instant de recniilement, ne songe point à la divinité et s'amuse à demam k pourpos et estai de pi'oéce pour excmplyer les bons. Cette diaiertiliei sur la proéce est plutôt Tœuvre d'un rhéteur que d'an éctink ou d'un chroniqueur : une érudition de mauvais aloi, et qoi aMi les arguties du xvi* sià'le, a été mise à proiit sans doole, pir quelque clore-copiste qui, ne voulant pas marcher snr les tneei du style de Froissart^ a fait Tintercalation malheureaaeanlTailia:

Vérité est sclonch les ancJUennes escriptures que apriés le dth0 é que Noè et sa génération, mrent repeuplé le mofide^ et que on m copmença à aimer et à prendre par le fait de guene Vun sus fwéf^t proésche rcsgna premièrement ou roiaulme de Çaldée par le fM Ad roi Ninus, qui fist fonder et édifier la grande chité de n»ntt>«, girfooi^ tejwii trois journées de Lonch^ et aussi par la royne SenuramUf m femme, qui fn dame de rjrant valour, Apriés proéche se r$mu^ if vint rcsgner en Judée et Jhémsalem par le fait de Josué, de JMliÉ défi Macabyens. Apriés elle vint resgner ens ou roiaulme de 'Perte 4 (fc Mède, par le fait de Ciru% le grnnt roi, par Assèrus et Xertés. Afritf vint proéce reagner en Grcsce, par le fait de Herqules de Téents k Jaiison et d- À cilles ei des aulires preiis cheimliers; apriés en Irektk grant, par le roi Priant, par Hector et par ses frères; aprU» enk chité de Rome, par les nobles signateurs et centurions, et par k ^fMÊâ Julles- CHar, Apriés elle vint demeurer en France par U peStts grand Karlemannr, qu» fut roi de France etd^Alemagneeieniperoer

BULUBTm BlBLKXmÂPfilQl^ 385

deRome. Apriisaresgnéproécewi temps in Angleterre par le fcdi du roi Edouwart et delà bonne roine PheHppé de Hairmau, sa femme, ei par lors enfans et par les vaUlans hommes de eeH roîavknej ensi que wïUM veris et trouverez, se tout le fissiez en ceite histoire.

Pas un mot snr les emprunts faits h Jean Lebel, par Froissart, dans le manuscrit de la Yaticane. Cet oubli, pnisqne M. Kerrin nous dit qne le texte est Yolsin des derniers moments dn chroniqueur, pouToit-il être fait par nn homme dont on alloit erenser la tombe? Nous prêtons à Froissart d'autres sentimens. Trente manascrits conservés en France ou h l'étranger Tiennent rompre en Yîsière avec la transcription du texte conservé à la Yaticane, et nous avons bien le droit de nous demander, si c'est bien là l'osavre dn chanoine mourant de Ghîmay. Notre opinion est que ce texte a été l'œuvre, au contraire, d'un clerc qui a voulu substituer à la composition primitive de Froissart une phraséologie qui n'a rien de commun, de naïf et de sympathique avec le style du chroniqueur, quant au prologue en question. M. Kervin loue surtout le style du manuscrit, en affirmant que la forme en est plus atta^ chante, parce que le chroniqueur, met davantage ses personnages en scène en mMipHant les dialogues et les vives réparties, Rn effet, si notre calcul est exact, nous avons compté dans l'édition de l'académicien de Bruxelles 1S4 dialogues ou réparties. Loin de donner de la grâce 5 la narration, nous avons trouvé que ce parti pris dn chroniqueur, ou plutôt dn rédacteur du texte revisé, loin de mériter des éloges, rendoit an contraire le récit traînant, par la plus grande multiplicité des dialogues; à moins que notre esprit ne s'abuse, nous n'avons pas reronnu dans le manuscrit de Rome la diction habituelle et cette naïveté de langage qui fait le caractère dlsdnctif du chroniqueur de Yalenciennes.

n flindroit un volume entier et particulier pour discuter les autras assertions de M. Kervin. Cela nous éloigneroit un peu trop anlonrd'hni de l'objet de notre article; en temps et lieu nous pourrons revenir sur ce grave sujet. Nous eussions désiré que M. Kerrîn nous eût fait connoître, dans le manuscrit du Yatican, quelle étoit la partie du texte correspondante à la chronique de Jean Lebel. Ce travail incomboit au savant éditeur, et il auroit dd nous informer, par une collation des deux textes, si les emprunts hits i rœuvre du chanoine de Liège étoient nuls ou partiels. Si les emprunts sont unis, motif de plus pour penser que le transoripteur rédacteur du manuscrit de Rome n*étoit pas Froissart^

336 LE CABINET HISTOBIQUB.

mais bien un clerc-copiste qui a substitaé un texte à on autre. Gomme yalenr, le mannscrit du Vatican, dans nne édition ftiton des Chroniques^ ne doit être pris en considération que ponr lignaler des variantes, et quelques leçons qui s*éloigneroient d^ manière trop sensible, ayec les textes des manuscrits reeomms les plus authentiques.

Il nous reste à parler d'une autre partie du travailde M.Kania, des annotations placées au bas des pages de sa publication; oou nous empressons de reconnaître que ce travail est méritoire. Lei vieux mots sont toujours expliqués; les noms d*hommes et de lioa ont été l'objet d'une sollicitude extrême. La cbronologie à diaqu instant donne naissance à des explications judicieuses, el benh coup de pièces justificatives servent d'auxiliaire au texte édité.

Dans cette partie, M. Kervin a été aussi abondant que ensciencieux. Il n'y a qu*un point sur lequel nous ne pourrons Jamiii nous mettre d*accord avec M. Kervin. Le manuscrit de Borne ne contient aucun sommaire, ni indication de chapitres; l'éditeur a,de son chef, improvisé Tindication de 277 chapitres et par conséqiMt la matière d'un pareil nombre de sommaires, qui, l'un dansl'kiitn pouvant comporter plus d'une ligne et demie, ont fourni 416 lignes de texte, rédigées par M. Kervin, à sa convenance et à sa i«lonté.

Nous disons que ces sommaires de provenance du xix* siècls n'ont aucune valeur, eu égard au xiv«, et que cette rëdaedii ne peut être consultée ni accréditée par un esprit sérieux et érudit. Ce n'est pas là du Froissart, et quoique ie savant «cadimicien ait dit, qu'à Texemple des [anciens éditeurs, il iWl livré & cette innovation, ponr faciliter la lecture et les recherdMi, nous lai ferons respectueusement observer que M. Cairol de Goee piègne, gourmande dans ie temps M. Buchon, pour s'être pendi pareil fait, et que le savant Dacier, dans les 632 pages de son édition du premier livre des Chroniques, n*a suivi et reproduit qiieb texte des sommaires des manuscrits les plus accrédités.

Albin db SAnrr-Auiiki.

Recueil de poésies cALvunsTEs (15{MM566), publié, par F. Tabbé^ correspondant de l'Institut. — Reims, 1866, in-8, pp. XLiii-2iO.

Il a été de mode pendant longtemps, parmi nous, à propos des guerres de religion, de ne tenir aucun compte des torts et des excès du protestantisme, et d'attribuer tous les désastres de cette époque à l'intolérance et au fanatisme des catholiques : si bien que l'histoire du règne de Charles IX, principalement, s'est trouyée, pour nous, complètement à refaire. Grâce au goût prononcé pour les études historiques, qui est devenu le plus grand besoin littéraire de notre temps^ on s'est pris à revoir les récits des historiens, particulièrement en ce qui touche le xvi** siècle, et l'on n*a pu se défendre de reconnoitre que ces récits, tous puisés aux mômes sources, n'avoient guère d'autres garants, jusqu'à ce jour^ que les ennemis du catholicisme, les écrivains protestants euxmêmes. L'esprit d'opposition est en France si étrangement l'esprit du pays, qu'on a cru faire acte d'indépendance et de raison en se plaçant toujours du côté des réformés contre la royauté, qui, d'entente avec l'Église^ restoit seule responsable des actes d'intolérance dont se plaignoient les protestants. Cette appréciation est de tous points contraire à la vérité historique. La royauté, en combattant la réforme, n'éioit que l'expression de l'immense majorité du pays : elle prenoit en main la cause du peuple en ce temps exclusivement et sincèrement catholique. — Il n'en est plus de même aujourd'hui : l'esprit d'examen, comme il se dit maintenant, s'est fait jour et s'est infiltré partout : il a eu pour résultat, non point de convertir au protestantisme, mais de rendre sceptiques, iodîflërents, libres penseurs^ les enfants dont les pères ont été si ardents catholiques. C*est lu un fait acquis. Mais ce progrès, si s'en est on, ne doit point exclure la bonne foi dans les études et les lacherches historiques qui se font aujourd'hui de toute part sur les documents originaux, si peu connus naguère. Or^ de leur

i ressort et jaillit un fait incontestable, c'est que les protesta avec leur zèle de néophytes, leur ardeur de prosélytisme, dttntèrent comme tous les sectaires fanatiques, comme les Hussiles, les Ariens, les Yaudois, par le feu, le pillage, la dévastation^ le meurtre et l'assassinat. — L'Église, c'étoit son droite s'éleva

la doctrine : la royauté contre la révolte et ses entraîne- . — • Peut-être fàlloit-il tons ces excès, toutes ces péripéties.

31t U GâBimT BUTCMUQink

pour arriver à la tolérance universelle dont fait profession atqoD^ d'hoi l'aatoritë en France; mais cette tolérance n'Atoit ni. dam h mission, ni dans les deroirs de la royauté au xvi* sîèele. Gftx pour avoir méconnu cet état de choses que les écrivains de Ilgs saivant ont si déplorablement apprécié les faits du xvi« et du XfU* siècles. Les excès, les violences, nous le répétons donc, nVnl gaère été ehes les catholiques, au temps de Charles IX, qa^iM affaire de représailles.

L'initiative du meurtre, de l'assassinat et de tous les esflès, a^ partient surtout aux disciples de Luther et de Gal?in : ee sanft chose curieuse que de mettre sous les yeux du public tous hs actes de provocation du protestantisme. C'est un travail anqoil un homme de beaucoup de raison, de philosophie et d*lmpartialM se livra en ce moment. Il a bien voulu promettre les prémis» de son tnvaii au Cabinet hiskfigfm; et nous sommes coavainenl l'avance qu'il sera bien accueilli de nos lecteurs. C'est un peu dHS cette vue, croyons-nous, que M. Tarbé vient d'ajouter un danisr volume à sa collection des Pùêtês champenùis. Celui-ci n'eM |lB tout à fait de la même famille : l'objet n'en est point restreint I h province dont M. Tarbé a ravivé les richesses littérairea; flirt tont entier au souvenir des guerres, des passions, des misèmii xn* siècle. Les poésies calvinistes, que publie M. TarM, asil pour le plus grand nombre extraites d'un Recueil en cinq volnM dont le Cabinet historique a le premier révélé l'existence. Il eMàl Rasse des Nœux, médecin du xvi« siècle, tour à tour cathoUqnael protesunt, au service, un instant, de Catherine de Médicis et des catholiques, puis enfln tout entier à l'amiral Coligny et aa parU àl la réforme. On trouve de tout dans ce bizarre assemblage àl productions : des vers à la louange de Catherine et de ChariMfX. à côté des diatribes les plus virulentes contre la papauté, coim les prêtres et surtout contre la maison de Guise. Des vers aotaiiqoes en asses grand nombre émaillent ces feuilles (tarUMiBdes,it protestent contre le monopole de pureté et de pruderie qa*a ceux de la réforme. M. Tarbé n'a pris dans ce volumineux 1 que les pièces notoirement provocatrices aux excès, les du meurtre, de l'assassinat et du régicide. — Cependant, U M f pas e^ méprendre : M. Tarbé, quoique franc catholique, n*û un réactionnaire intolérant ou fanatique. Voîd u prolawiei Ai faî, que bous fournit sa préface :

f a de notre Recueil poaveit sortir la vrenve qu'an eh' sH*,

BULLkTtll iIBLIOMkMiOtnB. MO

sors^ las fautes Justement refmchées à bos firères en relin politique, forent d'abord celles de ces hommes qui se diles saints, les élus de Dieu, les apôtres de la raison, peats adversaires, et, nous le déclarons nettement^ ce ne sont calvinistes que nous appelons ainsi^ seroient-ils moins conlans leurs agressions, moins pressés d'évoquer à l'avenir lant fantôme du passé I — Tous ces enfants de la plume et §e qui, —trois siècles ont passé depuis, -^ guerroyèrent en tur de Rome et de Genève, sont nos ancêtres; puisse venir

où l'on ne dira plus, avec quelques publications prêtes-

— Où sont nos pères? Mais : Respect à nos pères t Puisse ) jour où leurs descendants^ las de divisions intestines, se 'on et l'autre : — Frère, donne-moi la main. » ques-unes des pièces qui composent le volume de M. Tarbé à vu le jour dans le Cabinet historiqye, d'autres dans les historiques français de M. Le Roux de Lincy. Mais l'ensemble iplétement inédit, et la plupart sont d'un haut intérêt histo- ^ous n'en citerons ici qu'uoe chanson satirique, faite à l'ocdes obsèques du duc de Guise, si lâchement assassiné par

de Merey. On est tout étonné d'y retrouver le cadre et 3 le modèle sur lequel a été calqué la fameuse chanson de roug. 9 Assassiner un ennemi, c'est, n dit M. Tarbé, « comnn crime ; mais insulter la Juste douleur de sa femme et ses enfants^ c'est une odieuse Iftcheté. — Anne d'Esté et ses

ne se souvinrent que trop, et de la mort de leur époux et des chansons calvinistes. »

LBS FUNtoAILLES DU DUC DE GUISE.

11 mm 1561.

Qui veut ouïr chanson?

C'est du grand duc de Guise, Doub doQ, doub don^ don, don,

DoB« don, don, Qn'est mort et enterré,

Qn*est mort et enterré (bis).

Aox quatr' coins de sa tombe, Donb, etc., Qoatr' gentilshomm* y avoit,

340 LK GABINBT HISTORIOUS.

Qaatre gentilshomm' y avoit (^ts).

Dont Tan portoit le casque, Doub, etc.. L'autre les pistolets.

L'antre les pistolets (bis), Et l'autre son épée, Doub, etc., Qui tant d'hng*nots a tués,

Qui tant d'hug'nots a tués (bis).

Yenoit le quatriesme, Doub> etc. :

G'estoit le plus dolent,

G'estoit le plus dolent (bis).

Après venoient les pages, Doub, etc.

Et les valets de pied,

Et les valets de pied (&is), Qui portoient de grands crêpes, Doub, etc^, Et des souliers cirés,

Et des souliers cirés {bis), Et de biaux bas d'estame, Doub, elc.

Et des culott*s de piau,

Et des culott's de piau (bis).

Après vcnoit la femme, Doub, etc., Et tous les biaux enfans,

Et tous les biuux enfans (bis), La cérémonie faiote, Doub, etc., Cliascun s'allil coucher,

Chascun s'allit coudier (bis) :

Les uns avec leurs femmes, Doub, etc., Et les autres tout seuls.

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