‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 59 sur 148 · Au MÊME. — (Ut suprà · texte numérisé non relu

Au MÊME. — (Ut suprà

Vendôme, %9 décembre 1321.

Je suis surpris et inquiet de votre silence, mon cher Tézénas. N'avez-vous donc rien à me dire dans ce moment qui doit être assez critique pour tous les employés des différents ministères, ou seriez-vous malade? Peut-être croyez-vous (fHB mon éloignement de Paris et des affaires ne me permet pis de vons être utile dans cette circonstance, et vous ne voulez m'écrire que lorsque votre sort sera décidé. Mais Toos seriez dans Terreur si vous pensiez que je vis ici comme onoors, que toutes mes relations sont brisées et que je ne puis vous être bon à rien. J'ai parlé de vous à un de nos demies qui a toujours suivi l'étendard du ministère actuel ; U«t26rt en crédit auprès de votre ministre et il vous servinit de son mieux si vous en aviez besoin, n m'a demandé VM note relativement à vous; voulez-vous que je la lui teae? il me serait bien agréable, à moi qui ne veux point 4l:p|ftc6s, de pouvoir vous conserver dans la vôtre ou vous Hfracarer une meilleure. J'aurais beaucoup de choses à ^m dire, et sur ce qui vient de se passer et sur le nouveau I qui vient de triompher; mais je vous ferai grâces bavardage, bien persuadé que vous espérez enfin.

3tt LB CABINET HISTOBIQUB.

L'espérance est le commencement du bonheur, pentrêtn est-ce le bonheur tout entier; je ne m'y connais plos—

Adieu, mon ami; que cette année vous soit meilleure que les autres. Embrassez pour moi toute votre aimable petite famille et croyez à la durée de mon attachement.

AORIBlf DE SaRRAZIN.

I\ S, Pour répondre à un passage de votre dernière lettre^ jo vous dirai (juo si je n'ai pas cherché à me faire nommer député par mon arrondissement, c'est qu'une lutte établie entre M. Josse Beauvoir et moi nous eût mis hors de cm tous les deux au proût d'un tiers. L'indécision de AI. Josfe Beauvoir m'ayant empêché d'agir pour le collège de dëpu^ tement, je m'y serois présenté trop tard et lorsque la partie étoit liée pour M. de (]ourtarvel. Si j'avois pu parler quili» jours plus tôt; il y a une grande apparence que je ranroii emporté sur ce dernier qui n'a été nommé que par des eoBsidérations de société. J'ai fait ce que j'ai dû, dans cette dr constance comme dans toutes les autres; et je ne pois m'a mordre les doigts^ malgré l'extrême désir que j'avoii iê figurer dans un mouvement que j'avois prévu et pridil longtemps d'avance...

(>. — Au MÊME. — (Ut suprà).

Vendôme, 31 décembre iSU.

Nos deux lettres se sont croisées, mon cher Tèzénas.Ji suis charmé des bonnes nouvelles que vous me donna, k connois depuis longtemps M. Franchet par tout le bien qoi vous m'en avez dit; je me souviens que votre amitié piv lui étoit un des griefs que l'on vous reprochoil, et que cette honorable liaison a bien failli vous coûter votre place.

Quant à M. de Laveau, le nouveau préfet de police, je M

mote particalièrement; sa femme est l'intime simie de ma ir. Lorsque j'ai appris sa nomination, je n'ai pn m'elnpâr de dire : c'est fort heureux pour notre repos et fort Iheureux pour le sien. C'est un jeune homme excellent, commerce le plus doux, et M. Franchet ne peut avoir avec que des relations agréables.

foire lettre m'a épargné un voyage à Paris, car, à vous e le vrai, si vous aviez eu de véritables Inquiétudes sur re sort, je parfois sur le champ; j'allois frapper à toutes portes et inlériîsser en votre faveur le petit nombre de •î^onnes qui veulent bien compter mon opinion pourquel- 3 chose. Je me faisois intrigant.

Vous regrettez, mon cher ami, de me voir éloigné des lires; vos regrets flattent mon amour-propre sans éveiller m ambition. Lorsque j'ai quitté la partie, j'ai pensé que la perdois pour toujours. Si, en effet, j'avois accepté ites les offres que me faisoit M. de Gazes pour me rattacher ul, nul doutL» que je ne me trouvasse aujourd'hui dans ife situation très-favorable; j'ai mesuré le sacrifice dans ateson étendue et je me suis déterminé par un sentiment Q8 impérieux, plus décisif pour un honnête homme, que 08 les calculs de Tintérêt personnel. Je me suis applaudi > cette résolution ; c'était une bêtise, mais c'était une bonne tioû. Je commençois à en recueillir le fruit. Je jouissais, tiu ma retraite, d'un bonheur pur et tranquille. Une forte indépendante, une femme qui méritait toute ma ten-

wel Est-ce dans les angoisses de l'ambition que j'itai

Meheir des consolations aux regrets dont mon cœur est tiUè? A mon âge, dans ma position^ il n'y a, comme vous ffiies, qu'une place importante qui puisse me ramener sur Mrixon politique. Je me sens bien la force de la remplir,

lii je n'ai pas le courage de la solliciter Cependant, je

il peMimeliement connu de trois ministres, mais je n'ai

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suivi aucune carrière; je n'ai d'antres antécédents à biK valoir que mes senliments et mes opinions qui sont pios connus et moins douteux que mon habileté. '

Mandez-moi ce qu'on va faire du sieur X dans ce

changement de système. Il seroir assez plaisant qu'on lainit à la tète de la librairie l'auteur ou l'entrepreneur à gages de tant de pamphlets contre les royalistes. Hais pourquoi pu? Cet homme est à présent, dit-on, plus royaliste à lai Umt seul que tout le côté droit de la chambre. Il est du nombn de ces gens heureusement nés, qui sont toujours de la de^ niére opinion qui domine et qui trouvent toujours des gens assez honnêtes pour croire à leur bonne foi.

Parlez-moi aussi des changements qui vont s'opérer autov de vous. Je m'intéresse beaucoup, vous le savez, au jeune Pëlicier, et je pense qu'on peut sans inconvénient tirer parti des connoissances et de Tassiduité de M. Dupleix. Quant n petit géant, comme il trouvoil mauvais que je m'occapme du pot au feii des pauvres employés dont on méditoit tariforme, je désire de tout mon cœur que sa matmite fotlMversée.

Il y a dans la police une partie bien délicate, maîi qoi tient à la division littéraire, c'est la censure dramaliipii L'influence que les théâtres exercent sur l'opinion est prodigieuse, surtout dans nos départements. Dans un sjsUm royaliste, remettra-t-on cette influence entre les mains de Le Montey, etc., etc.?... je ne parle pas de Lacretelle, ilert incapable de faire le mal comme le bien.

Demandez donc, je vous prie, tous ces renseignements ^ M. Franchet^ et faites-m'en part sur-le-champ, s'il ventfM les donner. Je n'en ferai pas mauvais usage^ et vous poQVH compter sur ma discrétion.

Je reviens à vous. Quoi, mon cher, encore un enbnd vous êtes une bien mauvaise tétel vous avez donc juré de

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inner un démenti formel aux deax fameax vers de Des- Qches :

Mosieun les geiw d'esprit, d'aillears fort estimables I etc..

ais je ne devrois pas vous parler de vers; c'est caresser )tre marote, et j'ai peur que la tète ne vous tourne avec )tre poésie. Quant à moi, mon cher ami, je suis entièreicnt brouillé avec les muses. A peine si je me souviens avoir écrit; il faut du moins qu'on me le rapelle. Des chains profonds, de tristes réalités et une triste connaissance 88 hommes et des choses ont éteint cette flamme légère qui ihigeait autour de mon cerveau el qui réchauffait sans le rûler; c'était un feu de paille. Je n'ai donc pu m'empêcher a rire à cette exclamation qui termine votre lettre : c Laigné est poète !Eh\ que m'importe! j'aimerais mieux pour li qu'il fût raisonnable, à présent que je n'ai pas l'esprit 'être autre chose. Je ne connais sa pièce que par les articles s la Quotidienne^ et ces tirades ambitieuses que vous appezphUosophiques pourroient bien n'être dictées que par un itraUime mal entendu, par cette même haine pour toutes ipériorités sociales, haine sur laquelle reposent les doc- :&M8 de beaucoup de gens qui se croient des pana jusqu'à ^'il8 puissent accrocher un titre et une décoration. le vous en dirais bien davantage sur ce sujet, si ma lettre (iltàl déjà d'une longueur démesurée. Je vois avec grand ÉUr que l'année va s'ouvrir d'une manière favorable pour Ééi il y a longtemps que je vous désirais quelque bonne iRtptt. Dites à votre aimable et douce compagne que je suis IJtQiehé de son souvenir, et embrassez pour moi vos pellts. Le mien est si aimable que je ne trouve point dos pour vous le dépeindre.

» cliar ami, je suis tout à vous.

Adrien de Sarrazin.

326 V9 Cà9uxsr mx^ùf^QTf^^

7. — Au MÊME.— Chef de la librairie^ rue Guénégaud^f^K. — A Paris.

Vendôme, 25 anili82S.

Vous devez ëlrc an peu surpris, mon cher ami, de ntpiis entendre parler de moi depuis que vous m'avez mnoieè votre nouvelle situation. Vous croyez que je vous oublie a pensant que vous ôles plus tranquille et plus heureux. Ilot vrai que mon amitié pour vous se repose sur celle qie M. Franchet vous a témoignée, que je ne suis pas fortinquiet sur votre sort; mais ce motif n'est pas le seul malheireusement qui m'ait empOché de vous écrire. J'ai été M malade et je ne suis pas encore jjien remis d'une sortede cardialgie que nos médecins ne savent trop caractériser. Hm idées étaient montées au dernier degré du sptem;ît» rêvais que polype au cceur^ anévrisme^ et tout ce qu'on yeri rêver de plus fâcheux dans les maux qui affligent niâtt humanité. Ce qu'il y a de sûr^ c'est que j'éprouvais, une inexprimable tristesse, de vives douleurs dans inpirr irine et surtout dans celte partie de la poitrine qu) cheiBii' a été le plus fortement lésée, je n'ai pas besoin de vowh désigner autrement. Je ne suis pas encore entiéremeoi ifli* bli; le moral seul est un peu remonté; les chàteaiix eaÉ^ : pagne se relèvent de nouveau sur leurs bases, et, sais eipirer quelque chose qui ressemble au bonheur, il me (ml envie de me retourner d'un autre côté pour voir si je M trouverai moins mal.

Il est sûr qu'il me faut un changement quetconqiie-j'illi faut du mouvement, une occupation^ un but, sans iali# serai bientôt parti pour l'autre monde; tous lea vMÊtiÊêW disent; mais indépendamment de mon peu de confiiaiajMl les arrêts de la Faculté, il me paraît fort ridkali»de flHi' ter un empioi pour cause de santé. Si un paitûl motif M

LETTUM D^ADBISir VÈ tâBliZIN. 917

ne fois, radministration ne serait bientôt plus qu'un

à vous, cher ami, à me parler franchement et vous ez. Quelle est ma situation, quels sont mes droits? lis présenté dans les jours de péril ; je me suis retiré la conduite politique de de Casses ne rendoit plus ma i soutenable pour un homme d'honneur. Enfin, vous , j'ai fait tout ce que j'ai dû^ peut-être même plus ['ai àt; et je crains par-dessus tout de rencontrer, si ite un emploi^ des gens qui me diront : « Vous n'avei i... » C'est donc vous que je charge d'éclaircir ma et de me dire ce que vous pensez du désir que j'aurentrer dans les affaires; quelles sont les limites où s'arrêter mes prétentions ou mes droits, afin de ne fourvoyer inutilement mon amour-propre. M. Franit vous donner beaucoup de lumières à cet égard, et liquer pont-être un emploi auquel je pourrais présoit dans Tadministration, soit dans la partie littéât en France, soit dans l'Étranger; car, je vous le ma situation actuelle n'est plus soutenable; je suis le chagrin; une jolie fortune, un enfant charmant, { ne fait qu'ajouter à mes regrets en me rappelant 16 le souvenir de celle à qui je dois ces dédommage^ ont ma tendresse pour elle m'empêche de sentir le serais sûr d'être appuyé dans mes demandes par listres : M. de Montmorency dont je suis connu, le lellune et le ministre de la marine.

»-moi donc ce que vous pensez de ce projet ; mais loi sans détour après cependant avoir pris quelques Sons. Dites à M. Franchet que je le remercie du bien is a fait, car je vous assure que la situation précaire latUe TOUS vous trouviez m'a fait souvent beaucoup

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Adieu, I appelez-moi au souvenir de votre intèraïaiile cojiipagne et recevez l'assurance de mon atlachemenL

Adrien de Sabrazik.

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