‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 12 sur 170 · VIII. — « ARBfiT CONTRE ALPHESTON ET SES COMPLICES · texte numérisé non relu

VIII. — « ARBfiT CONTRE ALPHESTON ET SES COMPLICES

[Entrait des re§iitr0$ du parkmint dt MeU.)

Après Pexécution de Mariilac et de Montmorency, deux des plus illustres victimes de la politique impitoyable de Richelieu, s*est glissé presque inaperçu dans Thistoire le supplice d*un pauvre Champenois, dont le nom est aujourd'hui bien ignoré de son propre pays. Nons en dirons quelques mots. Marie de Médicis, bannie de France, réfugiée à Bruxelles, éloit tombée malade assez sérieusement pour que le Roi son fils lui envoyât son médecin. Ce procédé Inattendu avoit amené un échange de compliments qui faisoit présager une prochaine réconciliation entre la mère et le fils; Richelieu slnquiétoit. Tout à coup le bruit se répand d'un nouveau complot contre la vie du cardinal-ministre. Deux soldats, en passage à Metz, déclarent au commandant de cette place qu'un individu, avec lequel ils sont récemment venus de Bruxelles, a voulu les pousser à assassiner M. k cardinal. G'étoit Âlpheston, de €halons-sur-Marne, soi-disant «eigoeur d'une terre en Champagne, écuyer, fils de bonne maison. Sa vie avoit été aventureuse : il avoit servi sous Mariilac, et durant l'emprisonnement du maréchal à Sainte -Ménéhould, on Tavoit entendu proférer des menaces contre le cardinal. Il n'en fallut pas tant pour le condamner. Alpheston fut rompu vif et brisé. — On publia après sa mort qu'il avoit avoué son crime dans l'épreuve de la question et déclaré que le cheval sur lequel il étoit venu de Bruxelles sortoit des écuries de la Reines enfin que le P. Chante-

(1) Le» Mém. de Bené BourgetH», eonseiller de viHe^ 3 v, pet. in-4^, de la Bibl.-de Reims, d'où ee récit est tiré, renferment bien dos faits curieux pour l'histoire de la ville au xvii^ siècle. Mais cela est noyé dans un fatras de paroles qui ne ressemble guère au style de Maucroix ou de Tallemant. L'écriture en est d'ailleurs fastidieuse. Une analyse de cet ouvrage, faite avec goût et résignation^ pourroit donner la matière d'un utile volume. -

loubbe, direclear de cette princesse, qu'on savoit avoir grand pouvoir sur elle, étoit Tauteur réel du complot. — Cependant Marie, rêvant toiyours sa rentrée en France, venoit d'envoyer un nouveau message à son fils. On juge comment il fut reçu du cardinal : on offrit à la Reine de lui renvoyer le cheval qu'elle avoit prêté si obligeamment à Alpheston , lui promettant du reste toute sûreté pour sa personne et le meilleur accueil du mondCi si elle vouloit livrer le P. Chanteloubbe et adhérents. — Marie comprit qu'il ne lui restoit plus qu*à mourir misérablement sur la terre étrangère (ce qui se réalisa effectivement). Ces pièces nous ont paru bonnes à conserver et à joindre aux nombreux dossiers du même genre , que les biographes du grand cardinal ne doivent pas négliger de voir.

Veu par la Cour le procès criminel extraordinairement faict, à la requeste du procureur général du Roy, à François Alpheston^ natif de Chalon en Champagne , prisonnier es prisons royalles de cette ville de Metz, accusé de conspiration contré la vie du sieur cardinal duc de Richelieu, et assassinat en la personne du nommé Clairbourg, informations faicles par les commissaires de ladite Cour à ce députlés, interrogatoires confessions et dénégations dudit accusé, recollements et confrontations de tesmoings, conclusions dudit procureur général ; ledit accusé ouy et interrogé au conseil sur les cas à luy imposés.

Dict a esté que ladicte Cour a déclairé et déclare ledit Alphes-* ton , atteint et convaincu d*avpir conspiré contre la vie dudit Clairbourg.

Pour réparation de quoy Ta condamné et condamne à faire amende honorable, nud en chemise, la corde au col, au devant de la principalle porte de Téglise Saint-Estienne de Metz, et là^ à genoulx, tenant en sa main une torche ardante du poids de deux livres, dire et déclairer que meschamment et preditoirenient il a fait ladite conspiration, dont il se repend, en crie mercy à Dieu, au Roy et à justice.

Ce faict, sera ledit Âlpheston mené et conduit par l*exéculeur de la haute justice en la place de Champasailie, sur un eschaiïaut qui sera pour ce dressé, sur lequel il sera rompu et brise vif par ledit exécuteur, et son corps mis snr une rouhe pour y demeurer jusque à la mort : a déclaré et déclare tous et ung chacun les biens dudit Alpheston, acquis et confisqués à qui il appartiendra, sur iceux préalablement pris la somme de cinq cens livres aplicables au pain des prisonniers de cette ville.

Et avant ladite exécution^ sera ledit Alpheston apliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour avoir par sa bouche la vérité de ses complices. .

Faict à Metz en parlement le vingt-deuxiesme de septembre mil six cent trente-trois, et exécuté selon sa forme et teneur.

Collationné. Fillotte.

ORDONNANCE D^RREST CONTRE LR P. CI! ANTELOUPE j LA ROCHE, SON CHARGÉ d'aFFAIRES » ET GARNIER, SECRE- TAIRE DE FEU LE MARESGHAL DE MARILLAC, REPUTES COMPLICES d'aLPHESTON.

En voyant par la Cour le procès criminel faict, à la requeste du procureur général du Roy, à François Alpheston, accusé d*avoir conspiré sur la vie du sieur cardinal duc de Richelieu , et le procès-verbal des commissaires députés pour faire donner Ja question audit Alpheston, auparavant Tarrest de mort donné à rencontre de luy le vingtiesme du présent mois de septembre, conclusions du procureur général du Roy ;

La Cour a ordonné et ordonne que les nommés le Père Clianlelôupe, La Roche, domoslique et ayant charge des affaires

dudit Chanieloupe, et Garnier, secrétaire du feu maréchal de Marillac^ seront pris au corps et amenés soubs bonne et seure garde en la conciergerie du palais pour respondre sur les charges coutr*eulx résultans des dittes procédures : et ou ils ne pourroient estre appréhendés, seront adjournés à trois briefs jours, sur les limites de ce ressort, et leurs biens saisis et annotés.

Faict à Metz en parlement le tingt-quatriesme de septembre mil six cent trente-trois.

FiLLOTTE.

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