‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 14 sur 170 · IX. — M. FARON, CONSEILLER DE L*HOSTEL DR VILLE · texte numérisé non relu

IX. — M. FARON, CONSEILLER DE L*HOSTEL DR VILLE

A M. l'abbé.

La rencontre et la prise d'une fille sauvage dans les bois de Songî, près de Ghàlons, en l'année 1731, fit grand bruit à cette époque. Le Mercure de France du mois de décembre en fit l'objet d'an article, et il existe un livret assez rare sur cette singulière aventure ; il a pour titre : Histoire d*une jeune fille sauvage inmvée dam les

ùG LE CABINET HISTORIQUE.

bois à Vdge ie dix ans, publiée par Jf'"' H.....ij Paris^ 1755, tn-12.

La lellre qui suit peut lui ser?îr de supplément.

A Cliaalons, ce 23 avril 1757.

Monsieur,

Quelques affaires m*ont empêché d'avoir Tlionneur de vous faire réponse au sujet de la fille sauvage dont, à la fin d-uhe lettre que j'ay reeeu de M. Tabbé Lebœuf, cbanoine d'Auxerre, vous témoignez vouloir avoir quelque connoissance , depuis le temps que je vous ay fait sçavoir ce que j'en avois peu découvrir.

Je vous diray qu'elle a esté baptisée au bout d'un an, après avoir esté instruite dans la religion dans le couvent des dames religieuses Ursulines de cette ville : que son baptesme s'est fait sans aucune marque d'éclat et de distinction : qu'elle vit comme une fille sage dans l'hôpilal général de cette ville, lieu où l'on reçoit les enfans de l'un ou de l'autre sexe, de pauvres parens qui n'ont pas le moyen de les pouvoir élever, où ils restent jusqu'à l'âge de 14 à 15 ans : après quoi on leur fait apprendre des professions, fondées par les evesques de Chaalons, par des personnes pieuses, où par des aumônes publiques des babitans de Chaalons qui se sont offert volontairement à contribuer à leur nourriture; par une juste répartition qui s'en . fait, on ouvre à ces pauvres gens un asyle sacré, où en recevant les secours temporels dont ils ont besoin , ils apprennent à mettre leur misère à proffit. Cette fille est donc du nombre des autres tilles qui y sont, avec néanlmoins plus de distinction, puisqu'on lui donne des emplois dans cet hôpital, dont elle s'acquitte à la satisfaction de la supérieure. D'ailleurs on ne rencontre rien dans sa conduite qui soit extraordinaire. On l'a

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accoutumée inspnsibiement à manger du pain et à vivre à la manière de France. A la vérité elle a toujours un penchant pour les viandes crues, tant en chair qu'en poisson. Comme au bout du jardin de cet hôpital il y a un bras de rivière de Marne qui y passe, elle se sent, lorsqu'elle s'y promène, des mouvements de se jetter dans l'eau pour y pescher du poisson qu'elle trouveroit, nageant parfaitement bien. Du reste elle est comme les autres filles : elle a de Tesprit, mais elle ne peut se souvenir de la ville où elle estoit lorsqu'elle s'est sauvée, ny dans quel pays, ny chez quelle nation elte estoit. Ce qui fait croire qu'«'Ue n'en estoit pas originaire, mais quelque créolle d'une mère qui a péry sur mer et dont une dame de charité a pris soin.

Jeprolille de l'occasion pour vous prier de communiquer à M. l'abbé Le Bœuf le^némoire cy-joint, qui est une petite dissertation sur le temps de la mort de Saint-Nicaise, evesque de Reims; car comme je suis prest à mcUre au jour la vie de saint Alpin, evesque de Chaalons, dont j'ay eu l'honneur de vous entretenir plusieurs fois. On croit qucsaiutNicaise a été martyrisé par les Yandalles qui ravageaient la France en 406, plutôt que par l'armée d'Attila qui assiégea Reims en 451 : c'est un fait que j'avance dans la vie de saint Alpin : je serois bien aise qu'il examinât ce mémoire^ afin de me conformer à son sentiment. Et comme il peut avoir des connoissances plus certaines que celles que j'avance, je luy seray obligé des découvertes qu'il fera à ce sujet, qui pourront vous servir de matières, sous son nom, pour insérer dans votre Mercure» Il pourra mesme, s'il le juge à propos, ce qui seroit d'un grand poids dans mon histoire de saint Alpin, assurer que saint Alpin accompagna, après la tenue du concile de Troyes, saint Loup et saint Germain d'Auxerre dans l'isle de la Grande- Bretagne pour combattre l'hérésie de Pélasge ; comme il me marque dans sa lettre du 17 février que je peux l'avancer comme un fait qui ne demande point de démonstration meta*

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physique : ce qu*il diroit en cette rencontre désabaseroit beaucoup de personnes, peu instruites de ce fait.

Je n'ay pu encore découvrir par quel endroit Baye étoit la capitale des Vadicasses ou Bœdicasses. Ce que je sais, c'est que Baye est un fief relevant de l'evescbé, que cette terre a esté possédée par la maison de Béthune, celle de Broyés, de Chasteau*Yillain et Dauphin, et ensuite retournée à la maison de Bélhune, Mais on ne sait point que les evesques y aient résidé, sinon que comme le chasteau de Baye estoit fortifié, on y a toujours conservé, nonobstant les changemens qui y ont esté faits, Tendroit où saint Alpin se retiroit pour vacquer à la prière et aux affaires de son diocèse, lorsqu'il y alloit passer quelque temps. Vous aurez la bonté de luy dire que personne dans le pays n'a de connoissance des peuples appelés Capedenses, situez entre Chaalons et Sens. Il y a à 4 à 5 lieues de Chaalons un village^ appelé Coupets ; mais sa situation et ce qu'on en voit ne donnent pas lieu de croire que ce village, qui n'est pas beaucoup peuplé, ait donné un nom à un peuple dont aucune histoire du pays ne parle.

H. Le Bœuf dit à la fin de sa lettre qu'une histoire de Chaalons demanderoit à paraître (i). Le peu d'exactitude qu'on a eu à conserver des mémoires en rend presque la chose impossible. Cependant à la fin de la vie de saint Alpin, je ne laisse pats de tirer, autant que je le crois, le temps de la fondation de la ville, et je parle encore d'autres choses remarquables qui 6*y trouvent, recherchées avec exactitude.

J'ai l'honneur d'estre avec respect, Monsieur, vostrc trèshumble et très-obéissant serviteur,

Faron.

(1) Celle lacune n'a été qu'imparraitemenl comblée par Touvrage de Buiretle de Verrières. On nous dil que M. Ed. Barlhélemy commence en ce moment la publication d'une HUtoire de la ville de Chalons- sur-Marne et de ses monumetU$, eouronnée par la Société d'agriculture de la Marne.

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